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La peau du lion

De
156 pages
Tout sépare Antoine l'expatrié français, Amina la jeune fille de Cotonou et Louis, le fils d'un ancien ministre béninois. Pourtant les trois adolescents vont se retrouver mêlés à une affaire de vol de fétiches lors d'un safari photo au Bénin. Aventure, suspense et magie, voilà les trois mots qui résument ce roman !(A partir de 14 ans).
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Projetcouv 2Lion_Mise en page 2 11/12/14 15:43 Page1
La peau du lion Daniel ROQUES
Tout sépare Antoine l’expatrié français, Amina la La peau jeune fille de Cotonou et Louis, le fils d’un ancien
ministre béninois. Pourtant les trois adolescents
vont se retrouver mêlés à une affaire de vol de
fétiches lors d’un safari photo au Bénin. du lion
Aventure, suspense et magie, voilà les trois mots qui
résument ce roman !
Daniel Roques, originaire de Figeac dans le Lot, est
enseignant spécialisé en Français Langue Etrangère. Il a
travaillé dans plusieurs pays d’Afrique – notamment au Bénin
et au Togo – et à Bruxelles où il a séjourné pendant dix ans.
Il aime utiliser ses souvenirs pour écrire des histoires à la fois
réalistes et imaginaires.
Illustration de couverture : Bertrand Dubois
ISBN : 978-2-343-04809-3
à partir de 14 ans
13,50 €
Daniel ROQUES
La peau du lion




La peau du lion


Des livres pour comprendre, réfléchir,
s'étonner, des livres pour rêver et voyager à
travers le monde, le temps, la vie...


Marie-Thérèse BITAINE DE LA FUENTE, Le masque mexicain, 2014.
Stanislas KOWALSKI, Deux souliers superposés, 2014.
Pius NGANDU NKASHAMA, Les cendres du père, 2014.
Pierre-Louis BESOMBES, Le Templier et la Sainte Lance, 2014.
Sylvie BOCQUET N’GUESSAN, Voyages croisés Lille-Abidjan,
Agathe et Mathurin, 2014.
Pierre MARMIESSE, Rio-Québec 1, Justin au pays des orixas, 2014.
Tristan CHALON, D’or et de sang, au temps des Incas, 2014.
Angela PORTELLA, Qui es-tu Salomé ?, 2014. Daniel Roques



La peau du lion










































© L'HARMATTAN, 2014
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-04809-3
EAN : 9782343048093

À Eléna, Paul-Elie et Léa Mai, mes premiers lecteurs.
Avec mes remerciements à Viviane et Odile. 1
Cotonou, le 27 octobre

Cher Paul,
Comment vas-tu ? J’espère que tu aimes bien regarder
tomber les feuilles mortes et que les premières gelées ne vont
pas tarder. Tu vas bientôt être obligé de gratter le
parebrise de ta voiture le matin alors qu’au même moment nous
commencerons à transpirer ! C’est parfois pénible, je le
concède… Mais avec voiture et maison climatisées, plage et
piscine de l’hôtel Sheraton… on ne peut que s’acclimater !
(…)
Salut frangin !
Antoine

Mon grand frère Paul est resté en France, alors
j’essaie de lui envoyer régulièrement quelques
messages pour le tenir informé de notre quotidien
car, depuis quelques semaines, nous habitons à
Cotonou, au Bénin. Mes parents ont été envoyés par
le ministère de la Coopération. Ils font désormais
partie du club des « expatriés » qui vivent ici à
l’européenne. On est des Yovos, un mot de dialecte
qui désigne les Blancs. On est des « expats » blancs
parachutés en Afrique noire. Le Bénin, c’est un petit
pays d’Afrique de l’Ouest : une terre basse au climat
tropical avec un vaste territoire de savanes qui
s’étend vers le nord. Évidemment, on est des hyper
privilégiés. On est même des demi-dieux pour les
9 gosses qui courent après des boîtes de conserve dans
les rues sableuses.
Cependant, je ne pensais pas vivre des histoires
aussi extraordinaires et je ne savais pas que certaines
resteraient difficiles à raconter.
Depuis qu’on est arrivés, c’est surtout ma mère qui
souffre de la chaleur. Elle en parle abondamment à
grand-mère ou à tante Fabienne sur Skype :
– L’Afrique, c’est vraiment un autre monde ! La
chaleur, c’est incroyable… Oui, et il y a plein de sales
bêtes… Il faut absolument être vacciné contre toutes
les maladies tropicales, fièvre jaune, diphtérie,
hépatites, etc. ! Et prendre un bon traitement
antipaludisme… Moi, je rajoute aussi de
l’homéopathie.
Elle me gave, maman, avec ses ampoules
d’oligoéléments. Je l’entends encore :
– C’est un changement de climat absolument
terrible ! 99% d’humidité ! Tu imagines ? Tu te
déshydrates en restant assise dans un fauteuil ! Cinq
cents mètres en taxi et tu dois changer de tenue !

Cotonou, le 12 janvier
Cher Paul,
Comment vas-tu ?
Je commence à oublier ce qu’est l’hiver. Je ne sais plus
combien c’est agréable de marcher dans de la neige fondue
ou de se geler les pieds sur des trottoirs glacés. Je ne sais
plus ce que c’est que d’enfiler des chaussettes en laine.
Figure-toi que pour Noël, on a mangé sur la plage et on
10 s’est tous baignés : l’eau est à 30 degrés ! Qu’en dis-tu ?
Évidemment, nous n’avons pas trouvé de sapin, mais avoue
que c’est un moindre inconvénient.
Je t’embrasse, etc.
Antoine

Disons qu’il nous aura fallu près d’un an pour nous
habituer au climat et pour digérer le « choc
culturel ». Je me souviendrai toujours des premiers
instants de notre arrivée, juste après que notre
Airbus se soit immobilisé face aux bâtiments de
l’aéroport de Cotonou. Les portes se sont ouvertes et
nous sommes descendus par l’escalier pour rejoindre
le bitume de la piste. La bouffée de chaleur ! Comme
dans une étuve saturée de vapeur chaude ! J’ai
découvert en quelques minutes que l’Afrique se
respire. Elle vous saute aux narines avec ses odeurs
étranges, ses gaz d’échappement, ses senteurs de
cuisine, de moteurs, de caoutchouc et de tôles qui
chauffent. Ensuite c’est un tourbillon de bruits et de
couleurs : les gens parlent fort et vous interpellent,
ils vous touchent et vous proposent des tas de trucs à
acheter. Des tissus colorés vous frôlent. Des visages
inconnus, des coiffures nouvelles attirent le regard.
Un vrai bouillon tropical.
Au lycée Montaigne de Cotonou, je fais
maintenant ma deuxième année. Je suis un peu moins
paumé que l’an dernier. J’ai un bon copain béninois
dans ma classe. Il me parle volontiers de son pays et
de sa famille. Il s’appelle Louis. C’est le fils d’un
ancien ministre. Grâce à Louis, je découvre des trucs,
j’apprends des choses.
11 Cotonou, le 2 novembre
Cher Paul,
(…) Mon copain Louis a commencé à m’expliquer pour
les fétiches. Ici, sur l’ancienne côte des Esclaves, la religion
c’est le Vaudou. Il y a des fétiches qui représentent les
ancêtres un peu partout, même en ville. C’est Louis qui m’a
montré. Des fois en jetant un œil dans une cour, je les
repère. Ce sont le plus souvent des monticules de terre
décorés de coquillages, recouverts de sang séché et de
plumes coagulées. Au début j’avais peur mais Louis m’a
expliqué que c’était du sang de poulet ou de chèvre. On les
sacrifie en l’honneur des ancêtres. Et puis on les mange !
C’est d’ailleurs l’occasion de plusieurs nuits de fête. Alors
là, je comprends mieux. (…)
Je t’embrasse, etc.
Antoine

Certains soirs, papa avait un conseil de classe ou
une réunion qui durait généralement assez tard.
Officiellement, j’allais m’entraîner sur le terrain de
basket en l’attendant mais Louis et moi, on se
retrouvait sur le parking à motos. On aimait bien
aller en ville faire un flipper. Je n’en avais pas le
droit… Louis me prenait sur sa grosse Yamaha
Enduro et il me ramenait au lycée deux heures après.
Nous traversions la zone résidentielle de l’aéroport et
nous filions vers le centre-ville et son brouhaha
populeux. La nuit tombe vite sous les tropiques.
Louis confiait sa Yamaha à un gardien de motos et on
se baladait à la lueur des petites lampes à pétrole : pas
de lampadaires, pas de goudron, rien que du sable et
une vie intense de petits commerces. Parfois on
12 s’achetait un Coca et des beignets de haricots. Nous
les partagions assis sur des tabourets. Ça sentait la
grillade et le pot d’échappement de mobylette, ça
bourdonnait de bruits de moteurs, de musiques et de
voix. La chaleur s’attardait dans ces rues encombrées
où quelques filles élégantes riaient fort et se
retournaient quand Louis les interpellait en dialecte
fon. La vie nocturne allait commencer, mais nous, on
n’en goûtait que le parfum avant de rentrer.
Notre nouvelle vie béninoise me plaisait mais je ne
connaissais pas encore la brousse. J’allais bientôt en
faire la découverte.