Le chasseur et la Princesse

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Il y a très très longtemps, les plantes pouvaient se déplacer, tout comme les hommes et les animaux.

Les habitants ne peuvent plus ni se nourrir,ni se soigner depuis qu'un jour, dans le village de la princesse Elalié les plantes disparaissent.

En quête d'une solution, le jeune Tam s'aventure plus loin que les autres chasseurs, et découvre une étrange forêt...
Publié le : lundi 13 août 2012
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EAN13 : 9782753105768
Nombre de pages : 30
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1.
Biro rejoint son poste d'instituteur à Babban Gari où il fait la connaissance de Gomma.
C'est la fin des grandes vacances!
Affecté à Babban Gari, au cœur du Pays des Sables, Biro quittera bientôt son fleuve natal pour l'intérieur du pays. Le marabout qu'il a consulté lui a prédit un heureux séjour à Babban Gari. Il lui a conseillé d'immoler un mouton blanc, pour conjurer le mauvais sort.
***
Sa mère organisa plusieurs séances de follay1 regroupant les plus célèbres zima2
de la région. Sept jours durant, tout le village vécut dans une ambiance fiévreuse de fête.
Chaque jour, Gogué et ses compagnons s'installaient sur la grande place du village. Assis sur des nattes, les jambes allongées et écartées, les batteurs assénaient de vigoureux coups de baguettes cadencés sur de grandes calebasses renversées à même le sol. Gogué les accompagnait de son mélodieux violon, tout en fredonnant un air sacré pathétique. A chaque génie correspondaient un air et un rythme particuliers. Les « chevaux » des esprits invoqués, disposés en cercle, se trémoussaient éperdument. Les hommes, les femmes et les enfants qui ne dansaient pas, dodelinaient de la tête et leurs battements de mains soutenaient chaleureusement la cadence.
De temps en temps, envoûtée par cette ensorcelante mélodie, une femme se détachait du groupe, trépignant frénétiquement au milieu du cercle. En transe, elle criait, hurlait, geignait, chancelait, se redressait, s'avançait d'un pas hésitant, tombait à terre, se roulait dans le sable, puis se relevait. Quelques instants après, une vieille initiée s'approchait d'elle, la saisissait à bras le corps, soufflait dans ses oreilles et lui tapotait le dos et la tête. La patiente toussotait plusieurs fois, se relevait péniblement, écarquillant les yeux, l'air effaré et regagnait lentement sa place, soutenue par une camarade. Tour à tour, d'autres succombaient au pouvoir irrésistible des génies.
Ensuite, changeant de cadence, Gogué entonnait les louanges de Dongo, « esprit redoutable du tonnerre et de la foudre, maître incontestable des cieux ! Dongo, force ambivalente3
 ! Diable-roi parmi les diables. Que les chevaux des petits se calment et s'éclipsent ! A présent c'est la chanson des forts et le rythme des puissants sans commune mesure avec ceux des autres! »
Ainsi chantait Gogué, accompagnant ses paroles de vigoureux coups d'archet sur les cordes harmonieuses de son violon. Des coups de baguette de plus en plus énergiques et accélérés crépitaient sur les calebasses, retentissant à travers tous les villages environnants.
Dans un coin, Sarkin Bori, tout de noir habillé, s'étirait interminablement, fermait les yeux, les rouvrait, les refermait encore, baillait longuement, grimaçant comme pris d'un brusque malaise. Pour les initiés, pareille attitude préludait sa possession par Dongo.
Devant cette situation, certaines femmes ordonnèrent au violoniste de changer de musique, afin d'éviter la colère des dieux, car on n'invoque pas Dongo à n'importe quel moment de l'année. Gogué changea automatiquement de rythme.
Chaque jour, la fête se passait ainsi et prenait fin tard dans la nuit. Au septième jour, le grand zima accomplit le sacrifice rituel marquant la fin des cérémonies. Alors il égorgea un bouc et un coq noirs, offrit le sang aux esprits et la viande aux seuls initiés du groupe. Après, la foule se dispersa. Chacun, le cœur rasséréné*, regagna sa concession.
Birogna jubilait de joie, heureuse du bon déroulement des festivités. Le lendemain, avec un soin maternel, elle accomplit tous les sacrifices nécessaires pour la protection de son cher fils. Dès lors, celui-ci pouvait rejoindre Babban Gari sans crainte.
***
De bon matin, Biro se rendit à l'autogare en quête d'un véhicule à destination de Babban Gari. Dès qu'il arriva dans la cour, trois garçons se précipitèrentsur ses bagages, les arrachèrent de ses mains, en se bousculant rudement. Les poings fermés, les deux garnements se menaçaient, prêts à la bagarre. Chacun d'eux voulait s'arroger le privilège de transporter ses bagages.
Outré par tant de désinvolture, Biro les congédia tous et utilisa les services d'un autre portefaix. Dans un coin de l'autogare, un groupe de badauds jouaient aux cartes. Absorbés par le jeu, ceux-ci n'avaient d'yeux que pour leurs cartes, ignorant tout de ce qui se déroulait autour d'eux. Par hasard, en se retournant, l'un d'entre eux aperçut un policier qui s'avançait à pas feutrés vers eux. « Sauve qui peut! » s'égosilla-t-il. A ces mots, le groupe se dispersa promptement, abandonnant pêle-mêle couverture, cartes, chaussures et argent. Le policier ramassa tous ces objets, empochant lestement l'argent, heureux de cette aubaine.
Plus loin, deux garçons se battaient au milieu d'un cercle de badauds qui les encourageaient de la voix.
– Cogne-le ! criait un spectateur.
– Tue-le ! renchérit un autre.
– Ne les séparez pas! ordonna un troisième.
– Celui qui les séparera se frottera à moi ! cria un gaillard surnommé Django à cause de son allure athlétique et de son caractère frondeur.
Soufflant et suant à grosses gouttes, les deux antagonistes* se rouaient de coups. Malgré leur épuisement, aucun d'eux ne songeait à renoncer au combat. Les spectateurs applaudissaient et les encourageaient de la voix.
Biro, perplexe, comprenait mal que des hommes jubilent parce que d'autres hommes se battaient. Heureusement, entre temps, un policier survint et dispersa énergiquement spectateurs et acteurs de ce drame révoltant. Biro déplorant que personne n'ait songé à les séparer plus tôt, un voisin lui répliquafroidement : « qui sépare une bagarre n'appréciera point les charmes du spectacle ! »
Pareil cynisme* choqua Biro qui sans mot dire poursuivit son chemin.
Dans un autre coin de l'autogare, un attroupement retint son attention. Il s'approcha du lieu, et vit un spectacle insolite. Arborant un large pantalon de cotonnades bariolées, les reins barbés de grosses amulettes, les cheveux longs tressés, un solide gaillard gigotait au milieu d'une foule ébahie. Assis à même le sol, deux griots frappaient fébrilement sur leurs tam-tams, accompagnant ainsi les pas du danseur. Tout en transe, l'homme se dandinait, se déhanchait, grimaçait en fredonnant un chant aux paroles grivoises* : un invulnérable !
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