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Le Choix d'Élisabeth

De
260 pages

Élisabeth vit près de Seattle, aux États Unis. Elle passe inaperçue aux yeux de tous. Ou presque.
Lorsqu'un jeune homme débarque dans son lycée et s'intéresse de trop près à elle, elle sent que quelque chose se trame...

Jay, ce garçon si froid et si distant, l'embarque malgré elle dans son monde peuplé de mystères.
Élisabeth se retrouve alors au cœur d'une chasse au trésor qui doit les conduire au Talisman, pierre légendaire aux immenses pouvoirs. Leur périple les mène ensuite aux quatre coins du monde, et le danger est omniprésent.

Mais quand Élisabeth comprend que le Talisman n’offre qu’un seul vœu, un choix difficile se présente à elle : qui choisira-t-elle de sauver ?


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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-12505-5

 

© Edilivre, 2017

Le Choix d'Élisabeth

 

Vous, les humains, vous vous faites beaucoup de représentations de l’Enfer. Fausses bien sûr. Il n’y a qu’une personne à ma connaissance qui se soit le plus approchée de la vérité. C’est mon ami Dante, dont vous avez sûrement entendu parler. Vous savez, cet écrivain du 13ème siècle qui a écrit la Divine Comédie. C’est celui-là même ; en effet son « récit » n’était pas qu’inspiré de son imaginaire, pour dire vrai, il est vraiment venu nous rendre une petite visite. Il a traversé un à un les 9 cercles de l’Enfer, et une fois revenu à la surface, nous l’avons laissé tout nous raconter. Mais je m’égare, pardon. Si je m’adresse à vous aujourd’hui c’est pour une bonne raison, je vais vous raconter mon histoire. Vous allez vous dire : « oh non encore ces histoires pour pré-ados qui parlent de fées et de méchantes sorcières », mais là n’est pas le propos. Mon histoire parle d’Enfer, de démons, de mensonges, de trahisons, de sang, de larmes et enfin de tragédie.

« Dans des lieux dissimulés

Se trouve la pierre sacrée

Que seule la Sauveuse pourra trouver,

Et son vœu sera exhaussé. »

Grand Livre, chap 1

Jay

Je m’appelle Jay et je suis un démon. Ou un diable, comme nous appellerait ce cher Dante. Comme tous les démons supérieurs, nous avons un cercle de l’Enfer attitré et nous avons la charge d’y maintenir l’ordre. Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, notre cher Royaume qu’est l’Enfer est divisé en neuf cercles concentriques. Plus on se rapproche du centre, plus on est un démon puissant.

Le mien est le 9ème. Le plus près du centre, le plus chaud de tous. Ce cercle-là est divisé en 4 parties. J’ai en charge la 2ème zone, et je dois m’occuper des traîtres vis-à-vis de leur patrie. C’est paradoxal car ce cercle emprisonne tous ces traitres dans la glace, comique me direz-vous. A cela près que la température négative ne me dérange pas, c’est l’essence même de mon être. Mais le pire ce sont les braillements de ces pauvres humains. Je n’ai que peu de considération pour ces êtres faibles, mous et pénibles de surcroît. La seule satisfaction que je peux tirer de ce boulot, c’est de voir ces misérables humains souffrir, non seulement des désagréments causés par leur condition, mais également des salves d’ondes démoniaques que je leur envoie pour les rappeler à l’ordre. Contrairement à ce que vous pouvez penser, l’Enfer, ce n’est pas le pire lieu qui soit.

Au contraire, quand nous n’avons pas à nous assurer que ces parasites purgent leurs peines, nous faisons la fête. Représentez-vous la plus grosse boîte de nuit, avec musique sans interruption, boissons à volonté et des filles partout. Voilà c’est ça l’Enfer. Pas mal hein ! Je sais, je me le dis souvent aussi. Il y a quand même une tâche sombre dans ce tableau idyllique. Ce sont les humains, pas ceux condamnés ici-bas, non, ceux d’en haut. Il y a un moment… disons délicat, lorsque l’un d’eux est sur le point de mourir, deux semaines avant sa mort pour être précis. A ce moment-là, nous savons, comment, où et quand il va mourir, mais le plus important, si il ira au Paradis ou en Enfer ? Mais il y a une exception, dans un cas où ses « crimes » et ses « bonnes actions » sont égaux dans la balance, c’est son libre arbitre qui va décider. Autrement dit, un ange et un démon vont sur terre et se « battent » pour son âme, et sont sensés lui présenter les deux possibilités. Je n’aime pas ce jeu, je gagne toujours. Ces humains sont si malléables que c’en est écœurant. C’est vrai quoi où se trouve l’intérêt si on sait d’avance qu’on va gagner ! Mais bon, comme je suis le plus compétant dans ce domaine, on m’y envoie d’office pour être sûr de remporter l’âme, parce que qui dit âme dit puissance. Ah oui je ne vous ai pas dit, les âmes de ces pauvres êtres insignifiants nous nourrissent et nous permettent d’exister. Leurs peurs, désirs, inquiétudes, satisfactions, tout ça contribue à notre pouvoir. D’ailleurs, la guerre est déclarée, une mortelle va bientôt trépasser. Que le jeu commence…

Partie 1

24 Janvier 7h02

Élisabeth

J’entends vaguement mon réveil sonner. Il doit être 7 heures du mat’. Encore une journée pourrie en perspective. Je lève ma tête et vois mon gros chat Cat Woman en train de rentrer dans ma chambre pour venir s’allonger et se rendormir. J’envie ce chat qui ne fait rien d’autre de ses journées que de dormir et manger. Je me lève, attrape un pull et me dirige vers la cuisine. A travers la fenêtre, je remarque que de gros flocons tombent dans la nuit noire. Il neige beaucoup plus que d’habitude depuis deux-trois jours. J’entends ma mère au téléphone avec ma tante, encore en train de pleurer.

50 minutes plus tard je suis prête et monte dans ma voiture pour le lycée. La vieille Lancel démarre difficilement avec ce froid, rien à voir avec les moteurs surpuissants des voitures des gosses de riches du lycée. La route est verglacée, je dois me concentrer pour éviter les plaques de verglas. La neige ne cesse de tomber. Je me demande si ça va durer encore longtemps ; ce froid en devient insupportable. Malgré mon manteau, je frissonne en me rappelant quel jour nous sommes. Une fois arrivée là-bas, je me gare le plus près possible de l’entrée du lycée, vu que je suis en retard. Dans la petite ville d’Alameda, il n’y a pas 36 000 établissements scolaires, à dire vrai, il n’y a qu’un seul lycée répondant au doux nom de Mills College. Fait étonnant, en me garant j’aperçois une voiture que je n’avais jamais vu jusque-là. Quelqu’un de nouveau est arrivé au lycée, et vu la voiture, je dirais quelqu’un de richissime. J’arrive à bout de souffle dans la salle de cours située au dernier étage de l’austère bâtiment du 19ème siècle. Le prof de littérature m’accueille avec son septentrionale « encore en retard mademoiselle Monrooe. » comme à presque tous ses cours. Je vais m’asseoir au fond de la salle, loin de regards inquisiteurs de ces abrutis. Dès que le prof a repris son cours, je sors mon cahier et me mets à dessiner. Je commence par faire un arbre avec un tronc creux et des sortes de mini monstres qui en sortent.

« – Pas très proportionnel tes monstres dis-moi ce sont plutôt des insectes non ?

Un frisson me parcourt, comme si une onde de froid s’abattait sur moi. Je lève la tête et vois le mec le plus idiot du monde, celui qui a osé critiquer mes dessins.

– T’es qui toi ?

– Jay, le nouveau et toi ? »

C’était surement sa voiture que j’ai vu toute à l’heure. Je baisse la tête et me remets à dessiner. Le picotement familier de l’électricité me parcours le corps. Pauvre type va, avec ses cheveux blonds presque blancs, ses yeux bleus émeraudes et son polo bien repassé, on dirait le bon fils à papa venu de la banlieue chic de New York. Je déteste les gars dans son genre, prétentieux, imbus d’eux même et qui ont conscience de leur beauté. Oui bon j’avoue : il était plutôt pas mal dans son genre. Mais sa remarque suffisait à faire de lui une personne de plus à éviter. Sans parler de son écœurante odeur de menthe. Je pris mes écouteurs dans mon sac, les vissa à mes oreilles et mis le volume au maximum. Les chansons classiques avaient le don de m’apaiser dans ces cas-là. Je voyais bien que ce gosse de riche ne faisait que me regarder et ça en devenait gênant. Sa façon de m’épier me donnait la chair de poule, comme si j’étais une chose bizarre qu’il essayait d’analyser. Dès la fin du cours je me précipitais dans le couloir pour ne pas entendre ses interpellations. A la pause déjeuner, je m’installe comme d’habitude dans la cour du lycée sous le pommier, à ma table favorite, isolée du reste du bâtiment. Je sors mon déjeuner du sac quand j’aperçois une ombre, je lève la tête et c’est bien ce que je redoutais. Encore cet imbécile avec ses cheveux dé-pigmentés et son regard de cocker. Je me reconcentre sur le déballage de mon sandwich. Si je fais comme s’il n’existait pas, il partira. Mais non ce type s’assoit pile en face de moi. Il va falloir que je trouve une remarque assez acerbe pour le faire partir et finir mon déjeuner en paix. Le picotement revient mais plus fort.

« – Tu ne m’as pas répondu toute à l’heure quand je t’ai demandé ton prénom.

– Et je n’ai pas l’intention de le faire. En fait, j’avais prévu de déjeuner seule. »

Je lui lance un regard que j’espère de glace, je ne laisse aucune expression transparaître. Je le fixe dans les yeux dans l’espoir de l’intimider. Je me force à garder le contact. Mais je sens le froid m’engourdir, s’insinuer en moi tel un serpent, il me paralyse. Je cligne des yeux et détache son regard du mien. Le contact est rompu et la chaleur regagne mon corps encore figé. J’ai rêvé, ce n’est pas possible que ce gars ait réussi à faire ça. Ce n’était qu’une impression.

« – Bon très bien, je ne t’appelle pas donc. Comme je suis nouveau, j’ai plusieurs cours à rattraper, tu pourrais m’aider ?

Il avait clairement décidé de ne pas me lâcher. Je reprends mes esprits et me force pour que les muscles de ma mâchoire se remettent en marche. Je prie pour qu’il ne se soit rendu compte de rien. Le picotement de l’électricité me gêne de plus en plus, je me tortille pour faire passer cette sensation désagréable.

– Pourquoi tu me demandes à moi, je ne suis pas l’élève modèle de la classe tu sais, ni la plus concernée non plus. Tu as pu le voir grâce à mes dessins. »

Je sens que je ne dois pas rester ici. Je rassemble mes affaires d’un geste de la main, saisi mon sac sans le regarder. Sur ce je me lève, prise d’une horrible sensation de froid, ressers les pans de ma veste trop fine et me dirige vers le bâtiment le plus éloigné de lui.

24 janvier 14h36

Jay

Ça va être plus compliqué que prévu, cette pauvre idiote n’a pas la même réaction que les autres humains que j’ai côtoyé. On aurait presque dit qu’elle faisait déjà partie de mon cercle de damnés avec ses longs cheveux noirs et son teint blanc presque cadavérique. Ce qui m’a le plus choqué ce sont ses yeux presque bleu-glace, très exotiques. Mais je sens que ce n’est pas comme les autres fois, elle n’est pas réceptive à mes ondes démoniaques et parait même indisposée par ma présence. C’est elle le parasite, et c’est moi qui dérange. Je ne sais même pas si mes ondes ont une quelconque influence sur elle, elle ne laisse rien transparaître. Pourtant avec ce que je lui ai envoyé, elle aurait au moins dû laisser échapper un frisson à défaut de s’étaler par terre tel un insecte congelé. Il va falloir tenter une autre approche, puisque visiblement ma technique n’a pas été efficace, je vais devoir être plus brutal. Puisqu’elle est partie, je n’ai aucune raison de traîner sous ce pommier minable à la vue de tous ces êtres insignifiants. Comme elle ne veut pas de son plein gré venir vers moi, je vais forcer les choses et elle n’aura plus le choix. Une fois que toute la classe est réunie en cours, je me dirige vers le professeur de maths et lui insuffle une légère quantité d’ondes démoniaques pour arriver à mes fins. Une légère odeur de menthe emplie l’air autour de nous. Un voile blanc passe instantanément sur ses yeux puis disparait. Il se tourne face à ses élèves, se racle la gorge et d’une voix un peu trop lointaine fait comprendre à Élisabeth qu’elle devra m’aider à rattraper mon retard en cours.

Je vois bien le regard noir qu’elle me lance et fait semblant de ne pas l’avoir vu. Ses yeux lancent des éclairs et je sens de l’électricité dans l’air. Je serais curieux de tester la puissance de son âme. Avec un sourire satisfait je retourne m’assoir au fond de la salle, avant de jeter un coup d’œil à ma future condamnée qui s’est replongée dans ses dessins morbides.

24 janvier 16h57

Élisabeth

Décidément, ce type a quelque chose contre moi, mais il n’est pas question que je l’aide de quelque manière que ce soit. A la fin du cours je me précipite hors du lycée, monte dans ma voiture et rentre chez moi. Pas de trace de ma mère, elle rentrera encore tard. Enfin si elle rentre. Je me fais couler un bain pour oublier cet étrange type aux yeux trop bleus et froids. Je me réveille en sursaut dans ma baignoire, l’eau est froide et mes cheveux sont trempés. Un frisson m’a parcouru tout le corps, sûrement que l’eau est devenue trop froide. Je sors de mon bain, attrape ma serviette et me dirige vers la fenêtre de ma chambre, il fait nuit noire mais j’aperçois l’ombre d’une voiture garée devant chez moi. Une sorte de voiture de luxe noire, difficile d’identifier le modèle depuis ma fenêtre. Je retourne dans salle de bain pour me sécher les cheveux. Une fois dans mon lit je repense à Jay et me dit qu’il y a un truc qui cloche chez lui, son obsession pour moi. Il fallait que je tire ça au clair ou il ne me laissera jamais tranquille. La nuit est longue et difficile je repense encore à cette nuit-là. Je m’endors et je fais des cauchemars. Toujours le même, j’entends de nouveaux ses cris, le sang partout. Mon rêve ne m’épargne rien et je revois son corps froid et rigide. Son corps mort.

Le matin, je me réveille avec un goût amer dans la bouche. A peine sortie du lit, je file sous la douche pour effacer les dernières traces de larmes de la nuit. Avant d’aller en cours, je prends dans mon sac le livre que je trimballe partout avec moi pour plus tard. Encore une journée assommante au lycée, mais pas de trace de notre ami le psychopathe. A la fin de la journée, je me dirige vers le cimetière pour me recueillir comme à mon habitude. Je dépose les fleurs que j’ai sauvagement arrachées sur les parterres du lycée et m’assois. Je commence à lire la pièce de Shakespeare, le Songe d’une nuit d’été, sa préférée. Mais en réalité je parle à une tombe et mes larmes coulent le long de mes joues.

Au bout d’une demi-heure de lecture je m’arrête sentant une présence derrière moi. Ne voyant rien d’autre qu’un chat blanc, je continue mon monologue. Passé dix heures du soir, je me décide à rentrer. Mais avant de retourner dans une maison vide où personne ne m’attend, je fais un saut à la salle de jeux. Dans la petite ville où j’habite, tout le monde se connaît ou presque. C’est pourquoi dès que je mets un pied dans la salle surpeuplée je comprends direct que tout le monde ne parle que de Jay. Enfin, surtout les filles. En apercevant le barmaid, Lance, au bar je vais le voir et constate avec malheur qu’il est avec le diable.

« – Hey Lise comment ça va ?

– Comment tu connais mon prénom ?

– C’est Lance qui me l’a dit en fait, je lui ai fait part de ma situation délicate, et il a été plutôt étonné de ta réaction.

Ce type a décidé de me pourrir la vie c’est officiel.

Je commence à sentir le picotement d’électricité monter, tout comme mon agacement.

Pour qu’il me lâche je vais devoir lui donner ce qu’il veut. J’inspire un coup et souri. Tant bien que mal.

– Pas de souci, je te ferai des photocopies des cours et te les donnerai, comme ça tu n’auras plus à attendre mon aide et tu pourras te débrouiller tout seul.

Je lui adresse un sourire que j’espère ne pas être trop faux.

– Super, tiens voilà mon adresse tu pourras passer quand ça t’arrange, bon désolé mais je dois y aller, un rendez-vous important. Bonne soirée. »

Et sur ce, il nous plante Lance et moi. Non mais quel mal élevé, d’où il sort ce type ! Comme si j’allais aller chez monsieur pour lui donner des cours, il se fourrait le doigt dans l’œil. Pour bien lui faire comprendre que je ne me déplacerai jamais pour lui je me lance à sa poursuite. Je force le passage pour prendre le même chemin que lui et arrive enfin à sortir de la salle. Je tourne la tête vers la gauche et le vois enfin. Il est avec un homme immense, qui doit au moins mesurer deux mètres de haut, sa corpulence est assez importante. Je vois son visage se tourner vers moi. Et j’en reste pétrifiée. Je ne peux plus bouger. Je ne peux plus respirer. Je sens l’électricité me paralyser, elle parcourt mon corps tellement vite que je la sens dans le moindre de mes muscles. C’est lui, il est là. En train de parler à Jay. Mon cerveau me dit que ce n’est pas possible. Mes yeux me disent le contraire. Il n’y a aucun doute possible sur son identité. C’est l’homme que j’ai tué il y a un an.

25 janvier 00h28

Jay

Qu’est-ce que cette idiote vient faire là, je suis en pleine discussion avec un démon supérieur, encore plus puissant que moi, elle ne sait pas ce qu’elle risque. Je vois son visage se décomposer, son corps se raidir et je sens d’imperceptibles décharges d’électricité s’échapper de son corps. Je vois bien que Baal a remarqué le parasite. Pour ne pas susciter plus de soupçons chez elle, je joue le jeu et parle plus fort que nécessaire pour qu’elle m’entende bien.

« – Sur ce, je vous remercie, je vous recontacterai plus tard ! Au revoir monsieur.

Baal me donne un bout de papier jaune pâle avec son numéro d’inscrit dessus avant de me serrer la main et je me dirige vers cette maudite humaine toujours figée sur place.

– Tiens Lise quelle surprise tu voulais me voir ?

Je vois qu’elle reprend un peu de contenance et fixe son regard dans le mien.

– Euh… oui en fait… je euh…

– Tu voulais me dire quand est-ce que tu comptais passer chez moi peut-être ?

Et là je vois comme un éclair traverser son regard de glace.

– Oui voilà ! C’est ça ! Je euh… demain d’accord, je vais passer demain voilà, bon je dois rentrer, à plus ! »

Et je la vois filer tel un ouragan, elle s’engouffre dans la salle et disparait. Je ne sais pas ce qu’elle a pu voir ou pas, mais ce qui est sûr c’est qu’elle s’est rendue compte de quelque chose. A cause de cette empotée, Baal n’a pas eu le temps de m’informer de cette chose dont il devait absolument me faire part, je vais être obligé de le revoir et cette perspective m’effraie. Je monte dans ma voiture noire comme la nuit et démarre en trombe pour rentrer le plus vite possible chez moi.

25 janvier 2h47

Élisabeth

Il faut à tout prix que je trouve des renseignements sur cet homme, est-ce que j’ai rêvé, halluciné ou pire vu la vérité ? Je ne sais pas ce qui est pire, voir des fantômes, ou devenir folle et parano. Je retourne cent fois dans ma tête un plan viable pour demain, comment aborder le sujet sans éveiller ses soupçons ? Parce-que pour être honnête, je pense qu’il a vu que quelque chose n’allait pas hier quand j’ai débarqué dans la ruelle. Il doit forcément y avoir une explication rationnelle à tout ça, mais je ne sais pas si Jay me la donnera. Allongée dans mon lit, je me torture l’esprit pour trouver quoi lui dire demain pour rentrer chez lui et pouvoir fouiner un peu. Peut-être que le fait qu’il ne me lâche pas a un lien avec tout ça. J’essaie de me persuader que l’homme que j’ai vu n’était pas celui auquel je pense mais, peine perdue. J’entends des bruits de casserole venant de la cuisine, alors je descends, ça doit être ma mère. Je sens des odeurs de nourriture émaner de la cuisine. Effectivement, elle prépare une sorte de soupe géante.

Je lui dis bonsoir, lui souhaite bon appétit et je remonte me coucher. J’espère que ça lui suffira comme salutations et qu’elle s’en tiendra là. Tentative ratée, j’entends toquer à ma porte. Je fais semblant de ne pas avoir entendu mais là aussi ça ne marche pas.

« – J’ai du mal à me dire que tu ne m’évites pas.

– Je suis descendue te voir pourtant. »

Personne n’ose parler, nous n’avons plus rien à nous dire depuis sa mort. Je ne reconnais plus cette femme, froide distante presque morte, alors que c’est sensé être le dernier encrage que j’ai sur cette Terre. Elle reste un moment sur le pas de ma porte à me regarder, mais je fais comme si je ne la voyais pas. Au bout d’un moment elle se décide à partir. Epuisée, je m’affale sur mon lit. Je repense à cette nuit là, je revois la surprise, l’incompréhension et la rage dans ses yeux rouge-sang quand je l’ai poignardé en plein cœur.

La journée suivante se déroule comme tous les autres jours, et comme tous les autres jours, j’erre seule dans ce lycée où personne ne se rend compte de ma présence. Les gens m’évitent, je comprends très bien pourquoi, je suis une meurtrière et tout le monde le sait. Leur regard m’évite, j’ai l’impression d’être un fantôme. Il me reste un an à tenir avant de m’en aller loin de cette ville de fous. A la fin des cours, je sors le papier avec l’adresse de Jay et j’y vais. Qui aurait cru que ce fils à papa vive dans un appartement de grand standing sur l’avenue principale de la ville ? Personne c’est sûr. Je monte au dernier étage, et toque à la porte indiquée sur le bout de papier. Il m’ouvre et un froid d’une étrange douceur s’insinue en moi. L’odeur de menthe que j’avais déjà sentie le premier jour est omniprésente dans son appartement. Jay m’accueille avec un grand sourire mais ses yeux me font l’effet de deux glaçons bleu-émeraude. Mais de beaux glaçons qui brillent comme des diamants. Il s’écarte pour me laisser passer, je rentre dans l’appartement. Et tous les meubles sont blancs ou bleus clairs. On se croirait sur la banquise, tout est immaculé, brillant et surtout froid.

« – Tu vis tout seul ici ?

– Oui mon père me laisse cet appartement pour mes études.

– C’est toi qui a choisi la déco ?

– Oui pourquoi ? Ce n’est pas à ton goût ?

– Oh si si, c’est… particulier disons.

– Il faut juste s’habituer. Tu veux boire quelque chose peut-être ?

C’est l’occasion ou jamais, je dois trouver un truc qui prend du temps à préparer pour avoir le temps de fouiner.

– Si tu proposes je voudrais bien une infusion si tu as.

Bon ok ce n’est pas super long à faire mais je n’ai rien trouvé d’autre.

– Je vais te chercher ça. »

Il part en souriant comme si ça l’emplissait de joie. Dès qu’il part, je me mets en quête de n’importe quoi pouvant le relier au colosse. Mais rien, il n’y a aucune cachette possible dans cette pièce-là. En entendant les bruits de pas étouffés de Jay, je m’assois précipitamment sur le premier fauteuil venu.

« – Mademoiselle est servie.

– Merci beaucoup.

C’est sans surprise que le goût de menthe m’emplit la bouche. Mais cela reste délicieux.

– Tiens voilà tes photocopies.

Je lui tends les feuilles en essayant de paraître le plus aimable possible. Il me sourit et va poser le tout sur l’immense table en verre. Il faut vite que je trouve un prétexte pour rester sinon il va me mettre dehors.

– Et je ne t’ai pas demandé, mais d’où-est-ce que tu viens ?

On dirait que je touche un sujet sensible, ses yeux s’obscurcissent l’espace d’une seconde. Son visage s’assombrit puis revient à son état normal, distant, froid, calculateur et emplit d’une certaine douceur sous ce masque de glace, j’arrive à percevoir des signes de vie. Il affiche un sourire distant et se lance dans son explication.

– Mon père a changé de poste dans son entreprise, du coup j’ai été obligé de déménager, et comme il travaille à Seattle et que je ne voulais pas aller dans cette ville trop grande pour moi, j’ai préféré m’installer dans ici pour finir mes études.

– Ça ne répond pas à ma question.

J’essaie de dire ça sur un ton dégagé et lui accorde mon plus joli sourire. Je vois son visage se détendre, mais je peux lire dans ses yeux une lueur qui m’effraie un peu, comme s’il jaugeait sa proie. Un frisson me parcourt.

– Je vivais à New York avant, la fête, l’alcool, les filles, tout ça j’en ai eu marre, et puis c’est l’année des exams, faut pas se louper. »

Là-dessus, il m’adresse un clin d’œil. J’avais bien raison, gosse de riche New-Yorkais. Je ne sais pas quoi penser de ce type. Monsieur glaçon est aussi agile et gracieux qu’un félin, c’en est troublant. N’ayant plus aucune idée de ce que je pourrais trouver d’intelligent à lui dire, je fais mine de me lever, et j’entends la chose la plus surprenante de la journée.

« – Ça te dirait qu’on aille faire un tour ? Près du lac par exemple.

Voyant ma perplexité il ajoute :

– Cette proposition n’a aucune malveillance je te le promets, c’est juste une balade.

Je ne me reconnais pas quand je lui répond :

– D’accord si tu veux. »

On sort de son immeuble et nous dirigeons vers sa voiture. C’est bien celle que j’ai vu au lycée. Et devant ma maison. Je n’ose pas lui demander des explications, après tout, ce n’était peut-être même pas sa voiture. Tout l’intérieur est en cuir beige, j’ai tellement peur de salir ou d’abîmer quelque chose, que je n’ose à peine poser mes pieds dans l’habitacle. Jay démarre en trombe et fonce à toute allure sur la route encore enneigée. Il ne m’emmène pas à l’endroit habituel, mais sur une berge du lac que je ne connais absolument pas. Nous descendons de la voiture et il me fait signe de le suivre. Nous passons à travers un bout de la forêt, entre les branches j’aperçois le lac gelé. Cet endroit est magnifique, immaculé, le lac est immobile, on dirait que sa surface est argentée, tout ce qui nous entoure est saupoudré de blanc, comme dans un rêve. Les sapins immenses sont entièrement figés dans la glace, la moindre parcelle de terre est recouverte de neige scintillante. Même les animaux que j’aperçois semblent pris d’un éclat bleuté. Je me retourne vers Jay pour lui dire à quel point je trouve cet endroit étonnant. Il semble tellement dans son élément à cet instant, comme s’il faisait partie du décor. Ses yeux bleus émeraude se détachent de ce paysage presque entièrement blanc, on dirait deux pierres précieuses. Mais je peux distinguer une lueur agressive dans ses yeux, comme s’il était très en colère et sur le point de me sauter dessus. Et d’un coup elle disparaît, comme si elle n’avait jamais été là.

« – Cet endroit est vraiment très beau.

Il m’adresse un demi-sourire, j’enchaîne pour voir à quoi pourrait ressembler un sourire entier sur ce visage sans expression.

– Comment l’as-tu trouvé ? Tu n’es là que depuis peu de temps.

– Mon père m’y emmenait quand j’étais petit lorsque nous venions voir de la famille vers Seattle. »

Il fixe son regard de glace sur l’étendue immobile devant nous, comme s’il s’attendait à voir quelque chose en émerger. Nous restons un moment immobiles à contempler cet endroit coupé du monde.

25 janvier 17h31

Jay

Grâce à mes pouvoirs j’ai pu faire chuter la température de quelques degrés et déclencher des chutes de neige assez importantes. Et je suis plutôt fier de moi, le résultat a l’air de lui plaire. Ses cheveux noirs d’encre sont l’unique élément qui ne soit pas blanc dans ce tableau. Même ses yeux de glace se fondent parfaitement dans ce décor. Elle est tellement belle que ça me fait mal au cœur de me dire que ma reine des glaces ne verra pas le printemps revenir. Mais c’est le jeu et je dois tout faire pour remporter son âme. Au bout d’un moment je me rends compte que ma reine a froid, ses claquements de dents qu’elle n’arrive pas à contenir sont insupportables. Je lui tends ma veste pour que cesse ce bruit infernal. Nous retournons à la voiture et sans un mot je la raccompagne jusque chez elle.

« – Comment as-tu su que j’habitais ici, je ne te l’ai jamais dit.

– Internet, ça te dit vaguement quelque chose ? C’est bon tu peux y aller maintenant. »

Dès qu’elle a mis les deux pieds hors de ma voiture, je démarre le plus vite possible pour ne pas avoir à rester là plus longtemps. Une fois dans mon appartement j’ouvre un passage pour les enfers et me dépêche de rentrer chez moi. Je traverse le voile gris opaque qui recouvre mon mur. La sensation de froid me saisit. Une fois là-bas, je vais à la Boîte, sorte de boîte de nuit géante recevant tous les êtres démoniaques. Je sens la Boîte avant même de la voir. Des effluves d’odeurs sécrétées par les démons me parviennent et m’agressent. Je vois des êtres humains sortir de la Boîte en titubant. Certains sont utilisés par les démons supérieurs comme domestiques personnels, mais très peu se voient honorer de ce titre. Plus je me rapproche de la Boîte plus le ciel devient rouge sang et la lumière ambiante prend une teinte rouge rubis. Cet endroit est électrique, l’odeur de sang passe presque par-dessus celle des démons. Je me trouve face à ce bloc qu’est la Boîte, bloc compact noir, menaçant, presque dangereux. Les démons qui entrent et sortent de ce bloc sont peu agréables à regarder, non pas que leur physique soit particulièrement laid, mais leurs cicatrices, omniprésentes sur leur corps, sont assez moches à regarder. Je rentre dans la Boîte sous l’œil menaçant du videur. Je le regarde dans les yeux et ce contact suffit à le remettre à sa place. Dès que je pose un pied dans la Boîte, une puissante vague de pouvoir me frappe de plein fouet, comme à chaque fois. Cette sensation est grisante. Je me complets dans cet endroit où désordre, violence et force s’affrontent. J’aperçois deux démons se battre assez sauvagement je dois dire. Je me rapproche pour mieux distinguer leur visage, c’est sans surprise que je reconnais Dyle, démon du 8ème cercle, armé du harpon qui lui sert à mutiler ses damnés. Son adversaire n’est autre qu’une harpie, gardienne de la forêt du 7ème cercle, sorte d’animal hybride, très laid au passage, aux larges ailes, cou et visage humains avec des pieds griffus. La harpie crache un jet d’acide au visage du démon qui répond en lui assenant un coup de harpon en plein dans le flanc gauche. Pour ne pas voir ce massacre inintéressant, je me dirige vers le bar pour boire mon alcool préféré. Le démon qui fait office de barmaid est un de mes démons, je le reconnais à ses yeux bleu-émeraude et ses cheveux blancs. Il me sert cet alcool que j’apprécie tant, avec son goût menthe et ses propriétés hallucinogènes, la nuit risque d’être sympa. Je me dirige vers une démone qui est là pour assouvir nos pulsions primaires, quand un signal d’alarme se déclenche dans ma tête. Quelqu’un entre par effraction dans mon appartement terrestre.

25 janvier 21h18

Élisabeth

Il fallait absolument que je découvre ce que Jay savait sur cet homme. Après les cours, je filais chez lui et voyant que sa voiture n’était pas là, j’en ai conclu qu’il n’était pas chez lui. Je me suis retrouvée face à une porte fermée à clé, et comme personne ne me répondait quand je frappais, je décidais d’entrer. Après plusieurs tentatives, j’ai réussi à faire céder le verrou. Aux dernières lueurs du jour, l’appartement paraît encore plus froid que d’habitude. D’ailleurs la température n’étant pas très élevée, j’ai vraiment le sentiment de me trouver sur un bout de banquise. Comme j’ai déjà regardé dans le salon et que je sais qu’il n’y a aucune cachette possible, je me dirige vers une pièce au hasard. En poussant la porte, je remarque que cette pièce aussi est entièrement décorée, meublée et tapissée de blanc ou de bleu très clair. Apparemment, je me trouve dans une chambre à coucher, celle de Jay si j’en juge par les vêtements roulés en boule par terre et les papiers éparpillés sur le bureau. Je commence à m’intéresser aux papiers sur son bureau. C’est non sans surprise que je constate qu’il y a beaucoup de photos de moi. Au cimetière devant la tombe qui m’est chère, dans les couloirs du lycée, dans ma voiture, assise seule à la terrasse d’un café. Sur un bout de papier déchiré, je vois le nom de Baal souligné, avec un numéro de téléphone, si je fais confiance à ma mémoire, c’est le même bout de papier jaune que le colosse lui a donné avant qu’ils ne se séparent. Quand soudain j’entends des bruits de clés qui s’enfoncent dans la serrure. Prise de panique je prends ce bout de papier et le fourre dans ma poche. Je n’ai aucun endroit où me cacher dans cet appartement, je n’ai aucune issue. Je cherche une excuse crédible, mon cerveau tourne à plein régime. Je retourne au salon, je n’ai aucun intérêt à me cacher de toute façon. Quand Jay se rend compte de ma présence je ne lis aucune surprise dans son regard. Il est juste froid et distant, comme le reste du temps.

« – Tu as forcé ma porte ?

Son regard se fait plus interrogateur, je pensais qu’il se mettrait dans une rage folle, alors que visiblement il semble juste étonné. Ça se voit qu’il est amusé par la situation, comme si le chat avait attrapé la souris.

– Oui. Je n’avais pas tes clés, j’ai dû trouver un autre moyen pour entrer. »

Un silence gênant s’installe, aucun de nous ne se décidant à parler. Je ne peux évidemment pas lui dire la vérité sur la raison de ma présence ici. Mais je dois lui servir un baratin assez convainquant pour qu’il me croie. Quitte à avoir l’air idiote, tant pis.

« – Je voulais avoir plus d’explications sur la manière dont tu m’as traitée l’autre jour en rentrant du lac.

– Qu’est-ce que tu veux savoir exactement ?

– Eh bien je ne sais pas, tu m’emmènes dans cet endroit magnifique et tu ne m’adresses pas un mot sur tout le chemin du retour. Et en plus, tu me jettes comme si je n’étais qu’un poids dont tu devais te débarrasser.

– Tu as fait tout ça pour savoir pourquoi je n’avais pas été poli avec toi ? Tu aurais pu attendre demain non ? Ça t’aurait évité de forcer ma porte.

Là-dessus il m’adresse un sourire et se dirige vers sa cuisine.

– Tu veux un thé peut-être ?

Sentant que je devais absolument partir de cet endroit, je fonce vers la porte en lui lançant un :

– Non, je dois partir, ma mère m’attend, encore désolée, on se voit demain au lycée ! »

26 janvier 1h49

Jay

Je ne sais...