Le jour où j'ai voulu devenir populaire

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En cette nouvelle rentrée scolaire, Steph Landry, 16 ans, a un plan : devenir populaire. Elle en a en effet assez d’être le bouc émissaire du lycée. Cela dure depuis 5 ans, depuis le jour malheureux où elle a renversé une boisson sur la jupe de Lauren, la fille la plus populaire de la ville. Cette dernière ne lui a jamais pardonné et a conduit une entreprise de démolition systématique de Steph. Pour mener à bien la tâche qu’elle s’est assignée, Steph dispose d’un atout : un vieux bouquin, qui donne les recettes pour se faire aimer des autres. Certes, il est peu daté, mais Steph se débrouillera pour l’actualiser. C’est ainsi que, durant une semaine, Steph réussit sa transformation, à tel point que ce qui n’était qu’un défi personnel finit par l’entraîner plus loin que prévu…
Publié le : mercredi 7 juin 2006
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EAN13 : 9782012024793
Nombre de pages : 384
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Populaire (adjectif) : qui plaît à tous ; apprécié par le plus grand nombre ; dont on recherche la compagnie.

Popularité (substantif) : le fait d'être connu et aimé du plus grand nombre. Considération qui confère une importance sociale (voir faveur).

Nous désirons tous la popularité. Pourquoi ? Parce qu'être populaire signifie être aimé, or tout le monde a envie d'être aimé.

C'est loin d'être le cas, malheureusement.

Quelles sont les qualités communes aux personnes populaires qui expliquent leur popularité ?

1) un comportement ouvert et appelant la sympathie ;

2) une ardeur à rendre service aux autres ;

3) un intérêt réel pour ce qui se passe autour d'eux (lycée ou travail) ;

4) une apparence soignée, une allure alerte.

Ce ne sont pas là des qualités innées. Les personnes qui en sont dotées les ont cultivées pour devenir populaires.

Vous pouvez, vous aussi, y arriver en suivant les conseils dispensés par cet ouvrage !

Samedi 26 août,
19 h Jour-J moins deux

images



Rien qu'à la façon dont la femme ne cessait de poser les yeux sur mon badge, j'aurais dû me douter qu'elle allait poser la question.

— Steph Landry, a-t-elle dit en sortant son porte-monnaie. D'où est-ce que je connais ce nom ?

— Je n'en ai aucune idée, madame ! ai-je répondu.

Ce qui était un mensonge éhonté. Elle a soudain claqué des doigts, les a tendus vers moi.

— J'y suis ! s'est-elle exclamée. Tu fais partie de l'équipe de football féminine du lycée.

— Non, madame.

— Tu as concouru pour le titre de reine de beauté, à la kermesse du comté de Greene.

À l'instant où elle prononçait ces mots, elle s'est cependant rendu compte qu'elle se trompait de nouveau. Je n'ai pas les cheveux qu'il faut — courts, bruns et bouclés, pas longs, blonds et raides — pour jouer les prétendantes à la couronne dans des comices agricoles de l'Indiana. Je n'en ai pas le corps non plus — je suis plutôt petite et, si je ne m'astreins pas à des exercices réguliers, mon derrière a tendance à... s'épanouir. Je me débrouille comme je peux avec ce que la nature m'a donné, mais ce n'est pas demain la veille que je figurerai dans l'émission À la recherche du nouveau top-modèle, et encore moins que je participerai à une élection Miss Moissonneuse-Batteuse.

— Non, madame.

J'aurais aimé qu'elle change de sujet. Normal, vu ma situation. Hélas, elle refusait de lâcher prise.

— Pourtant, a-t-elle soupiré en me tendant sa carte de crédit pour régler ses emplettes, je suis certaine d'avoir déjà rencontré ton nom. Tu es sûre que tu n'as pas été mentionnée dans le journal ?

— Quasi certaine, madame.

Il n'aurait plus manqué que ça ! Que toute l'affaire s'étale dans la feuille de chou locale. Dieu merci, je n'avais intéressé personne depuis la publication de mon faire-part de naissance. Logique, je n'ai aucun talent particulier, ni en musique ni ailleurs. Et si, au lycée, je suis le programme avancé1 dans la plupart des matières, ce n'est pas parce que je suis une flèche. C'est simplement parce que quiconque ayant grandi dans le comté de Greene et sachant que Bidule Fraîcheur Citron est une lessive pour lave-vaisselle et non un adjuvant pour le thé y est automatiquement inscrit. Il est surprenant de constater le nombre de personnes qui se trompent. Pour le Bidule Fraîcheur Citron, s'entend. D'après le père de mon ami Jason, médecin à l'hôpital de Bloomville, en tout cas.

— C'est sans doute parce que mes parents sont les propriétaires de ce magasin, ai-je repris en passant sa carte de crédit dans le sabot.

Je ne voudrais pas avoir l'air de frimer. N'empêche, La Librairie du Tribunal est la seule librairie indépendante de la ville. Si, naturellement, l'on omet la boutique de Livres pour adultes et produits sexuels du Docteur Sawyer, de l'autre côté du pont de l'autoroute.

— Non, a-t-elle affirmé en secouant la tête. Ce n'est pas ça non plus.

Elle était agacée, et je la comprenais. Le plus énervant — pour peu qu'on y réfléchisse, ce que je tâchais d'éviter, sauf lorsque des occurrences de ce genre survenaient -, c'est que Lauren et moi avions été amies jusqu'au CM2. Pas très proches, certes. Difficile d'être intime avec la fille la plus populaire de l'école, dont le calendrier mondain est extrêmement chargé. Mais suffisamment quand même pour qu'elle ait été invitée à la maison — bon, d'accord, juste une fois, et ça n'avait pas été génial ; la faute en incombe à mon père qui était en train de préparer du pain aux céréales : l'odeur de la farine d'avoine brûlée était franchement insupportable -, et que je sois allée chez elle — rien qu'une fois aussi... sa mère s'était absentée pour une séance de manucure ; quant à son père, il avait frappé à la porte de la chambre de Lauren pour nous informer que les bruits d'explosion qui accompagnaient le débarquement de Normandie accompli par nos Barbie de la Marine étaient un peu trop assourdissants ; il avait aussi affirmé n'avoir jamais entendu parler de Barbie de la Marine. Pourquoi diable ne jouions-nous pas plutôt calmement aux Barbie infirmières ?

— Bah ! ai-je répondu à la cliente. J'ai un nom courant, voilà tout.

Ben voyons ! On se demande pourquoi. Après tout, c'est Lauren qui a inventé l'expression « Quelle Steph Landry ! » Pour se venger. Et la sauce a pris à une vitesse hallucinante. Maintenant, dès qu'un élève se rend coupable d'un acte ou d'une réflexion un tant soit peu débile ou ringard, les autres s'empressent de lui balancer : « Arrête tes Steph ! », ou : « Oh ! C'est trop Steph ! », ou : « Jolie Steph ! », ou encore : « Ne sois pas si Steph ! »

Or, je suis la Steph en question.

Génial.

— Tu as peut-être raison, a admis la femme à regret. Bon sang ! Ça va me trotter dans la tête toute la soirée, j'en suis sûre.

Sa carte ayant été acceptée, j'ai arraché le ticket pour qu'elle le signe. Pendant que je mettais ses achats dans un sac, j'ai caressé l'idée de lui balancer que mon nom lui était familier à cause de mon grand-père. C'était plausible. Il est récemment devenu l'un des hommes les plus célèbres du sud de l'Indiana. Et l'un des plus riches depuis qu'il a vendu des terres agricoles situées le long du trajet de la future quatre-voies I-69 (« qui reliera le Canada au Mexique au moyen d'un “couloir” autoroutier » via l'Indiana et d'autres États) afin qu'on y bâtisse l'hypermarché géant qui a été inauguré le week-end dernier. Du coup, il figure souvent dans le journal du coin, notamment parce qu'il a consacré une bonne partie de son argent à la construction d'un observatoire qu'il a l'intention de léguer à Bloomville.

C'est bien connu, tout bled du sud de l'Indiana ne saurait se passer de son observatoire.

Autre conséquence, ma mère ne lui adresse plus la parole, car la nouvelle grande surface, avec ses prix cassés, risque de priver de leur clientèle tous les magasins de la place du tribunal, y compris le nôtre.

Néanmoins, je pressentais que la femme ne se laisserait pas embobiner aussi aisément. Qui plus est, mon grand-père ne s'appelle même pas comme moi. Le pauvre homme se trimbale le nom d'Émile Kazoulis depuis sa naissance. Handicap qui, ma foi, ne l'a pas empêché de réussir.

Non, j'allais devoir accepter que, à l'instar de cette tache de limonade à la grenadine qui n'avait jamais voulu partir de la jupe en jean blanc Dolce & Gabbana de Lauren — en dépit des efforts de mon père qui avait recouru à tous les détachants connus sur terre avant de se résoudre, en désespoir de cause, à lui en acheter une neuve -, mon nom resterait à jamais ancré dans la mémoire des gens de Bloomville.

Et pas de manière positive.

— Tant pis ! a fini par se résigner la dame. Encore un de ces hasards qui ne s'expliquent pas.

— Sûrement, ai-je opiné, en respirant plus librement, tout à coup.

Enfin, elle partait.

Hélas, mon soulagement a été de courte durée. En effet, la seconde d'après, la cloche de la porte d'entrée a retenti, et Lauren Moffat en personne — vêtue du pantalon moulant taille basse blanc de chez Lilly Pulitzer2 que j'avais essayé au centre commercial un ou deux jours plus tôt mais auquel j'avais renoncé parce qu'il coûtait l'équivalent de vingt-cinq heures de boulot à la Librairie du Tribunal — a déboulé dans le magasin, une glace à la main, pour gémir :

— Tu voudrais bien t'activer un peu, m'man ? Je t'attends depuis des plombes !

C'est avec un train de retard que j'ai compris qui était ma cliente. J'ai des excuses. Je ne suis pas censée lire le nom inscrit sur toutes les cartes de crédit qui me passent entre les mains. En plus, il y a une bonne centaine de Moffat, à Bloomville.

— Oh, Lauren, tu vas savoir, toi ! s'est aussitôt écriée sa mère. Explique-moi pourquoi le nom de Steph Landry m'est tellement familier.

— Sans doute parce que c'est elle qui a renversé son verre de limonade à la grenadine sur ma jupe blanche D&G devant tout le monde, à la cantine, en Sixième ? a répliqué sa fille avec un rictus méprisant.

Bévue qu'elle ne m'a jamais pardonnée. Elle s'est aussi arrangée pour que personne n'oublie l'incident. Se retournant, Mme Moffat m'a lancé un regard horrifié par-dessus son gilet à épaulettes de chez Quacker Factory3.

— Ah ! a-t-elle murmuré. Mon Dieu. Lauren...

C'est à cet instant que celle-ci m'a remarquée, debout derrière ma caisse.

— Bravo, m'man, s'est-elle marrée avant de sortir, jolie Steph !

1Aux États-Unis, les élèves les plus doués dans une matière peuvent suivre des cours d'un niveau supérieur à celui requis par le cursus normal. (Toutes les notes sont du traducteur.)
2Célèbre marque américaine de vêtements, créée dans les années 50, plutôt ciblée été/vacances, caractérisée par des modèles de couleurs vives en général.
3Ligne de vêtements BCBG très province.
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