Le Journal de Carane

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Une adolescente, un journal, un secret. Il en faut peu pour faire un monde, c’est ce que découvre Carane qui, de jour en jour, en apprend sur la vie comme tout adolescent. Mais elle ne sait pas ce qui l’attend. Cette fille totalement ordinaire va vite se rendre compte qu’elle ne l’est pas autant qu’elle le pense. Quand la magie s’en mêle, le passé la rattrape, et l’avenir repose sur ses épaules, elle devra rester forte et faire des choix qui ne s’arrêteront pas à bien ou mal... Beaucoup de questions resteront non élucidées. Amitié, amour, danger et magie s’entre mêlent alors dans ce « journal intime » pas du tout confidentiel mais tournant autour d’une étrange histoire de cœur magique, déroutante à ne rien comprendre, s’appuyant sur une fatalité, pas encore mise à nue.


Publié le : mercredi 16 mai 2012
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EAN13 : 9782332484796
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ISBN numérique : 978-2-334-02009-1

 

© Edilivre, 2015

1.
La famille Beron

Jeudi 5 juillet

Je me présente. Je m’appelle BERON Carane, j’ai quatorze ans, je suis têtue comme une mule, franche et amoureuse comme presque toutes les filles de mon âge. Ma mère se nomme Janiris et mon père Ligonndéra. Je te passe le reste de ma famille – sinon j’aurai des pages et des pages à remplir de noms et de descriptions. Ce fut obligé que l’on soit si nombreux. Même si on ne se voit jamais, ma famille compte quand même beaucoup pour moi. Alors, parlons un peu de moi, de ma vie. Je ne veux pas être égocentrique, ni prétentieuse, mais tu es mon journal quand même alors j’ai le droit, je pense, de mettre mon petit grain de sel – ma pointe de folie – dans ce gros carnet.

Moi, je suis fille unique ; pour ça, mes parents me gâtent. Hier, ils t’ont acheté, toi, mon magnifique journal doré, mon confident. Tu n’es pas immense, mais ta parure est magnifique.

Mes parents sont souvent occupés à travailler, alors, quand ils sont à la maison, parfois c’est pire que lorsqu’ils sont absents. Maman m’achète n’importe quoi, même les babioles les plus ringardes qui puissent exister au monde : un bracelet avec d’énormes perles de bébé, un collier avec beaucoup de pendants sans rapports, tel qu’une feuille avec une voiture et un coquillage, suivi d’un train ; tout cela raccordé par de minuscules perles de rocailles. On peut prendre aussi comme exemple une paire de lunettes en forme de cœur avec des rebords colorés, rouge ou bleu ou rose… mais je suis gentille de ne pas te décrire mes dernières tenues…

Maman travaille comme journaliste dans le monde pour la chaîne « Infos Sans Repos » = I.S.R. Papa, lui, est scientifique au centre spatial de Guérinch. Moi ? Je suis simplement une collégienne qui rentre dans une semaine après les vacances habituelles, c’est-à-dire assez ennuyeuses, pour débuter mon année de troisième au collège Romi Pierson.

J’habite à Mirondelle en Makido. C’est une petite île méconnue située à proximité d’un grand continent de l’Océan Pacifique où l’on trouve plein de merveilleux animaux un peu fous. Maman y va souvent pour son travail. Nory, mon meilleur ami, l’appelle « l’austral animal ». Ce n’est pas difficile à deviner que c’est l’Australie bien sûr. En parlant de Nory, c’est l’un de mes seuls amis. Enfin rectification : mes seuls vrais amis – je ne suis pas aussi à plaindre que ça. Je préfère quand même avoir peu d’amis mais bien les choisir. Il a un frère jumeau, Naji. Lui aussi est un super-ami. Ils ont tous les deux quatorze ans, comme moi, et habitent presque avec moi : ils vivent dans un appartement à un étage au-dessus du nôtre. J’ai un faible pour Naji, il est le plus mignon des deux même s’ils sont identiques, sauf pour les résultats scolaires. Nory est une « grosse tête », alors que Naji, lui, c’est plutôt l’inverse. Il ne se la creuse pas assez justement, sa tête. C’est un étourdi, un peu comme moi parfois. Sinon, rien d’extraordinaire, mais bon ; comme je suis toujours toute seule à ne rien faire, pourquoi ne pas écrire ? Un passe-temps comme un autre.

Dimanche 8 juillet

Il faut bien un début à tout. Alors pour commencer à te raconter mes histoires, je débute donc par ce qui s’est passé aujourd’hui. Maman et papa sont à la maison, et ils ont invité les parents des jumeaux à déjeuner. Après tout, ils travaillent ensemble. La mère des jumeaux parcourt le monde avec maman puisque c’est son caméraman – ou plutôt camérawoman – et son père est aussi à Guérinch, mais je ne suis pas sûre de sa spécialité. Ils se sont lancés dans une discussion tellement ennuyeuse qu’ils n’ont même pas remarqué que les garçons et moi avions quitté la table avant le dessert. Nous nous sommes glissés dans ma chambre, mon sanctuaire. Cet après-midi-là a été génial. Et même que les garçons s’étaient disputés, car j’avais avoué que j’en aimais un – ou plutôt, que j’en appréciais un des deux vraiment beaucoup plus que l’autre.

– Ah ! Tu vois Naji, je t’avais dit que j’avais plus de chances que toi ! dit Nory sur un ton de défi.

– Bien sûr ! Mais qui te dit que c’est toi ?

– Je vois bien que tu n’es qu’un gros naze et qu’elle préfère l’aîné au cadet.

– Mais peut-être qu’elle préfère les nazes, comme tu dis, aux intellos de ta race.

– Ouais ! Ferme-la ! Tu pues du bec. Pense à mieux te laver les dents au lieu de te servir du dentifrice pour tes cheveux porc-épic, s’agaça Nory.

– Ça va la « old » coupe au bol, au moins, je ne me sers pas du dentifrice pour faire tenir une sculpture « anamatomique ».

– C’est atomique gros débile.

– Ouais ! C’est ce que j’ai dit.

– Les mecs ! dis-je.

– Oui ! répondirent-ils en chœur.

– Je crois que c’est à moi de répondre, non ? Et arrêtez d’être aussi vulgaires ! Ce n’est pas un combat de méchanceté. Ce n’est même pas un combat valable.

– Bien sûr, ma délicieuse et génétiquement biologique future petite amie qui a les yeux les plus originaux que je n’ai jamais vus.

– Mes yeux ! Qu’est-ce qu’ils ont mes yeux ?

– Qu’est-ce qu’ils ont !? Mais n’as-tu jamais remarqué ce diamant qui brille au fond de ton œil ? Cette sorte de paillette à l’intérieur de ton iris ?

– Quoi ?! s’interrogea Naji.

– Tu ne peux pas comprendre, c’est trop intellectuel pour toi.

– Euh ! Non, jamais, déclarais-je.

– Oh ! Arrête, tu délires. C’est juste pour l’impressionner toute cette discussion scientifique.

– Ou pas, d’ailleurs ! Je n’ai pas vraiment enregistré les mots inintéressants qui sont sortis de ta bouche.

– Bon, je peux parler ou pas ? tonnais-je.

Ils se turent et j’annonçais le « gagnant ».

Nory fut un peu déçu, mais je lui ai dit qu’il restait mon meilleur ami de toute façon et qu’il pouvait toujours me considérer comme sa… euh… « sa délicieuse truc machin chose avec les yeux qui brillent. » Je ne sais vraiment pas où il est allé tirer que j’avais des paillettes dans les yeux. Sûrement un moyen de séduction à sa manière.

Bref. A présent, deux choses étaient sûres. J’aurai un cavalier pour le traditionnel bal de fin d’année, et Youkandreï, la chipie, la peste, la… tout ce que tu veux, sera verte de jalousie quand elle l’apprendra. Pas facile d’être amoureuse d’un garçon qui en aime une autre. Si le rouge de la colère se mélange au vert de la jalousie, ce sera un superbe feu d’artifice.

A ne pas manquer.

2.
La vérité dissimulée

Jeudi 12 juillet

Ce matin, j’ai mis ma superbe robe rouge à volants pour la rentrée des cours. Un peu fillette, mais c’est le but de chaque rentrée. D’ailleurs, tout le monde était sur son Trente et Un. Comme à l’habitude, Nory et Naji s’étaient habillés de façon identique pour tromper les autres. Ils le font tous les ans, mais moi je les reconnais à chaque fois, ce qui casse leur coup la plupart du temps. Il y avait toujours le petit groupe de skateurs, vêtus de leurs jeans et T-shirts usuels ; les rockeurs avec leurs guitares et leurs looks géniaux ; les filles qui discutaient de vernis et de cheveux, et là, surprise.

Tout d’un coup, je l’ai aperçue, comme dans un miroir : les volants, la couleur, les légères bretelles et la ceinture avec la boucle plaquée or. Tout était là, devant mon nez, sous mes yeux, ma robe, celle que je portais à l’instant même, était sur cette horrible fille, celle que je déteste le plus.

Youkandreï.

Elle avait ma robe ! C’était la mienne ! Elle la portait. Encore mieux, toute sa bande de harpies en portait, pas de la même couleur, mais la même, sauf en rouge. Elle était la seule à porter une robe identique de couleur rouge. Pourquoi, comme par hasard, c’était elle qui la portait ? C’est bien des trucs de filles ça ! Rendre l’autre la plus furieuse possible en lui piquant le trésor qu’elle a déniché dans un magasin.

– Salut Carane, alors qu’est-ce que tu penses de ma nouvelle robe ? Oh, j’avais oublié, tu as la même. Mais sans te vexer, elle me va beaucoup mieux qu’à toi. Ciao !

– Ouais ! C’est ça, barre-toi voleuse !

– Heureusement que tu es insignifiante, sinon je t’aurai répondu, petite. A plus. C’est-à-dire à jamais.

Mais quelle vipère ! C’est quand même étrange qu’elle ait su comment serait ma tenue. Elle devait sans doute être dans la même boutique, le jour de mon achat, ce qui ne m’étonnerait guère. Bizarre… Mais pas tellement…

Lundi 16 juillet

L’histoire de la robe a été oubliée – oui ou presque – car après cette splendide journée, il n’y avait plus rien à reprocher à quiconque. Excepté, peut-être, aux gens qui polluent la planète ou à ceux qui commettent des infractions, des délits, des crimes – cours d’éducation civique. Ce n’est pas vraiment mon sujet, donc passons. Eh oui ! Youkandreï a demandé à Naji de sortir avec elle, sûre de son coup. La massue qu’elle s’est prise quand il lui a dit : « Non », d’un ton dégagé, sans aucun remords. Au contraire, il semblait heureux, en tout cas par rapport à Youkandreï :

– Non ?! s’étonna la miss.

– Non.

– Comment ça, non ?

– Ben, tu vois, je sors déjà avec une merveilleuse fille.

– Et je peux savoir qui ?

– Tu la connais bien, tu avais même la réplique de sa robe ! dit Naji d’un ton ironique.

– Cette mocheté aux cheveux crépus !

– Ses cheveux sont lisses et doux comme de la soie, et le soleil fait ressortir ses mèches naturellement dorées.

– Oui, mais mes yeux verts sont plus attirants que ses deux cercles noirs.

– Ils sont marron foncé et pétillent de générosité.

– Oui, et tu vas me dire que tu admires son intelligence, sa ruse, sa loyauté et sa peau finement bronzée ! dit-elle sur un ton ironique et méprisant.

– Tu m’as enlevé les mots de la bouche.

– Tu n’as aucun sens de la véritable beauté.

– Peut-être mais c’est ma princesse.

– C’est bon, lâche-moi les baskets avec cette… cette… Argh, meurs avec elle s’il le faut ! Cela me fera des vacances ! Vous allez bien ensemble finalement ! Deux imbéciles qui ne voient que le bout de leur nez ! s’exclama Youkandreï.

Et elle tourna les talons.

Voir « miss parfaite » se mettre en colère, c’est magique, ça vaut vraiment le détour. C’était le plus beau jour de ma vie – pour l’instant. Il m’a appelé « princesse », et m’a défendu avec tellement de sensibilité. Ça c’est bien Naji. Combien on parie que Nory aurait bégayé des mots incompréhensibles ? Si c’était bien des mots. Il n’aurait jamais osé faire une chose pareille pour moi. C’est un vrai gentleman ce Naji. Je l’adore. Et si tu veux tout savoir, je n’ai plus revu Youkandreï de toute la journée. Un rêve éveillé.

Mercredi 18 juillet

Tu ne devineras jamais ce qui m’est arrivée ce matin. J’ai souhaité très fort que ma prof de S.V.T se casse la figure dans les escaliers et… c’est arrivé : une belle glissade sur talons hauts. Du coup, pas de cours de sciences. Youpi ! La pauvre quand même… Mais bon. Quoi de plus beau qu’un professeur se cassant la figure en plein milieu de la cour ? Hi hi hi. Pour un élève bien sûr. Nous sommes parfois cruels tout de même. Quelles idées peuvent avoir les élèves, parfois, quand ils s’y mettent ! Ils ont une imagination débordante ! La preuve vivante ! Heureusement que tout ce que l’on pense, nous élèves, ne se réalise pas, sinon la moitié des habitants de la planète aurait disparu ou serait changée en choses étranges. Surtout qu’au final, ça n’a rien de personnel par rapport à eux…

Vendredi 20 juillet

En ce moment, je ne me sens pas très bien. Il se passe des évènements bizarres. Si quelqu’un m’énerve ou me fait une remarque, il lui arrive quelque chose systématiquement. C’est incroyable. L’autre jour, Kimmy, une copine de classe, m’a dit que j’étais moche et qu’elle se demandait comment Naji avait réussi à me demander de sortir avec lui : très franche – c’est plutôt l’inverse pour Naji mais bon. En réalité, je lui ai demandé ce qu’elle en pensait sincèrement, et tu peux comprendre que j’attendais une autre réponse ou, du moins, une réponse moins franche. Je me suis énervée, je voulais qu’il lui arrive malheur pour avoir osé dire ça, et quand elle est entrée dans la cantine, elle a fait tomber son plateau juste après l’avoir pris. Le responsable lui a demandé d’enlever les restes du repas qui s’étaient étalés sur le sol et les débris de verre cassés. Elle s’est ridiculisée et a dû ramener cinq euros pour sa bêtise afin de racheter un autre verre. En ce qui concerne Alice, je n’aimais pas ses talons aiguilles. Ça faisait vraiment prétentieux, alors je l’ai imaginé avec ses talons cassés. Ça aurait été plus classe et plus bas surtout. Déjà qu’elle n’est pas petite… Et juste devant moi, elle s’est foulée la cheville, ce qui a cassé son talon droit, puis en essayant de retirer sa chaussure à demi fracassée, elle trouva le moyen de poser l’autre pied dans un trou aussi minuscule que son talon, qui resta coincé, et se cassa à son tour. Ce sont des exemples parmi d’autres. Je ne comprends pas. Tout devient étrange. Avant, ça m’était égal, mais ce n’était pas systématique non plus. Maintenant, ça m’inquiète. Après tout, pourquoi ? C’était comme si le sort de chaque personne fût entre mes mains ? Si elle était gentille, aucun problème, mais si celle-ci avait l’audace de me dire ou de me faire quelque chose de déplaisant, et que je lui souhaitais malheur, elle risquait gros. Ça aurait pu être un virus ou une maladie, mais alors les autres auraient dû être contaminés également. Et ça aurait fait un véritable désastre !

Depuis deux jours, je ne dors plus.

Depuis la chute de Mme Roulios et ne me dit surtout pas que c’est ma conscience. A partir de ce moment-là, tous les « gênants », tous ceux qui me déplaisaient amèrement, à part, malheureusement, Youkandreï, finissaient par ébranler leur dignité, ils étaient pratiquement envoyés aux enfers. Mon cher journal, tu es le seul à savoir cette chose, alors ne me trahit pas. Je ne l’ai dit encore à personne : ni à maman qui a pris l’avion pour Marseille, en France, mardi ; ni à papa qui est au centre spatial depuis lundi six heures – il travaille de six heures à vingt et une heures – ni à Naji mon fabuleux petit copain, ni à sa réplique Nory, mon meilleur ami, ni à personne, tu sais, celui qui n’existe pas. Rien qu’à TOI. Au moins, je suis sûre que nul ne le saura. Quand mes parents rentreront dimanche prochain, par contre, j’aurai une petite discussion avec eux. Peut-être savent-ils ce que j’ai et me le diront. Peut-être que c’est grave. Peut-être que c’est une maladie génétique. Qui peut savoir ? Pas moi, ça c’est sûr. En tout cas, j’espère qu’ils auront une bonne réponse. Du moins, une réponse, ce serait déjà pas mal.

Dimanche 22 juillet

Maman et papa sont rentrés ce matin, et je leur ai demandé pour les choses bizarres. Enfin, mes questions prenaient plutôt la tendance d’un interrogatoire menaçant et affolant. Ils se sont regardés un instant et puis, ils m’ont dit que c’était dur pour eux. Mais je m’en fichais. Ils le savaient, ils devaient me le dire. C’est ma vie après tout.

Je voulais savoir.

– Ma chérie, c’est quelque chose que tu ne vas pas forcément comprendre du premier coup.

– Oui, il se peut même que tu ne croies pas ta mère.

– Pourquoi moi, Ligon ?

– Parce que ça vient de ta famille alors tu te débrouilles.

– Merci, quel soutien ! s’exclama, maman.

– Oh ! Je suis là et je veux savoir ! Et pas dans cinquante ans ! Maintenant ! Dis-je d’un ton autoritaire.

– Chérie, je ne voulais pas que tu l’apprennes si tôt, annonça maman déstabilisée. Elle ne faisait même plus attention à ma façon de répondre qui habituellement lui déplaisait.

– Ben, il faudrait déjà que je l’apprenne, non ?

– Bien sûr. Ce que je veux dire par là, c’est que je ne voulais pas que tu le découvres si tôt.

– J’ai déjà quatorze ans, je te fais remarquer, ce n’est pas tôt, et bientôt quinze, alors j’ai le droit de savoir.

– Bien sûr, et ben en fait, tu es…

– Je suis quoi ? malade ? génétiquement modifiée ? une extraterrestre ?

– Presque ça.

– Quoi ! Tu plaisantes là ! Papa ?

– Une sorcière.

– Ligon !

– Ben quoi ?

– Tu n’aurais pas dû lui annoncer ça de cette façon.

– Comment ! Je suis une quoi ? m’effarai-je.

– Une sorcière ! répéta papa avec la voix la plus dégagée possible.

– Ha ha ha, vous voulez me faire une blague ! C’est très drôle, mais sans rigoler, dites-moi ce qui m’arrive !

– Mais c’est la vérité. Demande à ta mamie et tu verras. Elle aussi en est une.

– Ligon !

– Ça a sauté la génération de ta maman mais, toi, ça ne t’a pas raté. On se demande d’ailleurs pourquoi ta mère n’a pas eu de pouvoirs. Avant, ça n’avait sauté aucune génération.

– J’ai mon idée là-dessus. Mais je préfère ne pas t’en parler maintenant. Si elle s’avère juste…

Mais elle ne finit pas sa phrase.

– Tu as ton idée ? Tu ne m’en as jamais parlé ! s’exclama, papa.

– Oh calme-toi, tu veux ? As-tu déjà remarqué la pépite qu’elle a dans les yeux ?

– Non.

Papa me fixa un instant puis repris :

– Tu as raison, pardi ! Mais qu’est-ce que c’est ?

– Je t’expliquerai plus tard.

– Hey oh ! Mais vous êtes complètement fous ? Les sorcières, c’est que dans les livres ou à la télé ! Non, non, c’est impossible. Je ne vous crois pas.

J’étais complètement décontenancée. On aurait pu me dire n’importe quel secret que je ne m’en serais même pas rendue compte.

– Carane… soupira maman.

A ce moment, je suis allée dans ma chambre, j’ai claqué la porte et j’ai pleuré. Qui voudrait d’une sorcière comme amie ou pire, comme petite amie. En plus, ça n’existe pas. Ça n’existe pas. Ça n’existe pas. Point barre, à la ligne.

On me l’a toujours dit. Donc, c’est forcément vrai. Ça n’existe pas.

En t’écrivant ce récit, j’en ai encore les larmes aux yeux et le cœur chaviré. Une sorcière, avec de vrais pouvoirs magiques et un balai. Un balai ? Ouille ouille ouille ! Et mes fesses alors ? À l’aide ! AU SECOURS !

Lundi 6 août

Je viens d’annoncer à Naji que j’étais une… une… une… une sorcière. Et oui, j’ai attendu un petit bout de temps pour le lui dire, mais moi-même j’ai encore du mal à y croire. Et puis, on ne peut pas dire, que l’Oscar de la fille la plus courageuse me revienne. En vérité, j’avais peur qu’il me rejette. Je croyais être en plein cauchemar, à force, je me serai réveillée. Le problème, c’est que tous les matins, à chaque fois que je pose la question à maman, elle répond toujours : « Oui, tu es une sorcière Carane, il faut que je te le dise encore combien de fois ? » La vérité est parfois dure à accepter. Mais Naji l’a plutôt bien pris, lui. Il a rigolé bien sûr quand je lui ai dit ça, et même si j’étais la plus sérieuse possible et que je lui répétais que ce n’était pas une blague, il me sortait un truc du genre : « Ah, elle est bien bonne ! » Il ne me comprenait pas, mais voyant que je tenais à cette révélation, il me dit : « Que tu sois une sorcière, un lutin ou un troll, ne t’inquiète pas, je ne t’aime pas pour ce que tu montres, mais pour ce que tu es dans ton cœur. » Cela m’a tout de suite réconforté, même si je ne pense pas qu’il ait cru un mot de ce que je lui ai dit. Il a dû se dire : « Celle-là, elle est un peu folle, je crois. Elle a une incroyable imagination. » Enfin à partir du moment où je me sens bien mieux grâce à ces paroles, qu’il me croit ou pas… Quelle importance ! Moi-même, je n’y crois pas vraiment.

Jeudi 16 août

Grand-mère est venue me voir hier après-midi, pour m’expliquer pourquoi et comment me servir de mes « pouvoirs magiques ». Evidemment, comme tu t’en doutes, c’était : « Nous sommes de gentils sorciers qui utilisent la magie uniquement dans le monde magique ou en cas d’urgence. » Le discours habituel des gentils sorciers qu’on trouve dans tous les livres et films d’aujourd’hui. Je ne croyais pas un mot de ce qu’elle disait à propos de la sorcellerie et de la magie… Elle m’expliqua que je devrais, dans la période de Noël, aller dans une école spécialisée. Je ne la croyais toujours pas, et apparemment elle le vit. Elle me fit une démonstration en faisant apparaître un seau d’eau qui se versa sur ma tête pour me réveiller un peu et me prouver que je ne rêvais pas. D’accord, maintenant, c’est bon, j’y crois. En tout cas, j’essaye. Elle reprit ses explications sur l’école de magie. J’appréhende un peu, mais je me dis que les autres élèves seront dans la même situation que moi : apprentis. J’espère surtout ne pas me faire d’ennemis et encore moins s’ils ont des dents pointues ou s’ils crachent du feu. Tu vois le genre et j’espère aussi qu’on aura de sympathiques professeurs, sauf s’il n’y en a qu’un seul par classe. Ils auraient pu quand même choisir un autre moment que les fêtes de Noël – je pars du 20 décembre au 16 janvier. Et oui, je serai absente pour presque un mois, vingt-six jours, je crois plus précisément, et sans voir ni mes amis – même s’ils sont peu nombreux – ni ma famille – toujours absente – ni Naji et son double – je veux parler de Nory – ni – par contre c’est un avantage – cette peste de Youkandreï. Je pense que ça va me manquer un peu. Au pire, pas du tout, au mieux… je ne sais pas. Mais là, je crois que j’ai compris. Va falloir que je fasse avec.

3.
Korum

Samedi 1er septembre

Je suis désolée cher journal, mais depuis le 16 août, rien de spécial ne s’est passé. La routine quotidienne : debout, école, repos, dodo, c’est tout.

Mais ce soir, un invité inattendu, un petit homme est apparu dans ma chambre. Il a dit qu’il s’appelait Korum. C’était apparemment un lutin ou quelqu’un du même genre. Cette histoire commence à m’effrayer. Sorcières, lutins et, pourquoi pas, dragons tant que vous y êtes ! Bon, essayons de rester calme. Il m’a dit brièvement qu’il sera mon guide, mais je ne sais pas pourquoi. Qu’est-ce que c’est encore que cette histoire ? Je n’ai pas eu l’occasion de lui demander plus d’informations parce qu’il est reparti aussi vite qu’il était arrivé, en laissant échapper les mots : « Je repasserai en octobre. » Très précis ! Il avait l’air gentil, même si c’était une créature drôle. Il était – si je m’en souviens bien – brun aux yeux verts, il avait des oreilles pointues, un nez arrondi et des lèvres roses, bien dessinées mais, quand même, plutôt pulpeuses, on pourrait dire gourmandes. Pour un lutin, même si je n’ai que la comparaison d’images trouvées sur Internet ou vues dans des livres ou encore à la télé – évidemment – il semblait plutôt mignon. Qu’est-ce qu’il est donc venu faire chez moi ? C’était juste pour me prévenir qu’il passerait en octobre ? Un peu inutile. Surtout s’il débarque comme ça, à l’improviste. En plus, « en octobre », c’est vague… En début du mois ou plutôt vers la fin ? Ou même en plein milieu… Il aurait pu au moins s’expliquer sur sa venue. Débarquer, comme ça, n’importe quand, chez quelqu’un qui ne te connaît pas et lui lâcher deux mots pour savoir qui tu es et pourquoi tu es là. C’était trop dur pour lui d’argumenter sa réponse, surtout pour une « sorcière » comme moi qui crois à peine que la magie existe.

Très mignon n’empêche, ce petit lutin, même si personne n’a d’égal à Naji. Oh, non ! Pour moi, le seul qui pourrait le détrôner c’est Taylor Lautner. Mais bon, on ne va pas faire un débat sur « qui est le plus bel homme de la planète » non plus. J’en aurai pour des jours et des jours de blabla…

Mercredi 10 octobre

Korum, le lutin, est réapparu dans ma chambre. Je ne sais pas s’il est au courant que chez nous – le monde « normal » – c’est assez mal poli et il m’a dit qu’il viendrait me chercher pour m’accompagner jusqu’à l’école de magie le 4 décembre. Ça explique le guide. Mais quand même. Pourquoi si tôt ? La route devait être longue certainement, sinon on serait parti plus tard, ça c’est sûr. Mais je ne connais rien de mon itinéraire.

Et maintenant, je pars pour plus d’un mois. Quarante jours, si mes calculs sont bons – les maths ce n’est pas vraiment mon truc. Et puis, il a parlé aussi de téléportations ou quelque chose comme ça, grâce à une potion « Dirictatum ». C’est quoi encore ce charabia ? Je sens que les ennuis commencent là. En plus, il va falloir apprendre des phrases à rallonge et sans aucun sens pour comprendre ce monde et pouvoir jeter des sorts. Ben voyons ! Ils ne veulent pas aussi que je transforme quelqu’un en crapaud ? En tout cas, cela me laisse encore moins de temps avec les reflets. Mes parents, eux, ne sont presque jamais là, alors ça m’embête moins. C’est comme s’ils ne revenaient pas le week-end pendant un mois. Sauf que, cette fois-ci, c’est moi qui ne reviendrai pas. On échange nos rôles. Mais, le soir de Noël, je penserai fort à eux, à mamie – du côté de maman – à tonton Jacques, à tatie Lilou, à Cilia, à Mégane, à Victor et à James – eux, c’est du côté de papa – et puis toute ma famille qui fêtera Noël. Je penserai très fort à eux. Très fort, car ils seront sans moi, et donc cette année, je n’aurai pas de cadeaux, ni de chocolats. C’est triste quand même. Pas de chocolats !

Mercredi 31 octobre

Ben pas grand-chose à raconter, une fête d’Halloween très joyeuse comme toujours. Du porte-à-porte, des bonbons, après un petit passage à la maison pour déposer ses gains et se refaire une mocheté pour aller à la boum de quartier. Chaque secteur en fait une et, tous les ans, c’est encore mieux que l’année précédente. Dans la maison abandonnée, sur le terrain, à côté des Vaquir, tous les adultes attendaient l’arrivée des enfants. Quand on entrait, la porte grinçait, comme dans les films d’horreur. Il faisait sombre, l’air était juste bon, l’ambiance, le décor noir et vert fluo, avec les toiles blanches d’araignées et la touche orange des citrouilles faisaient de cette maison un endroit parfait pour le réveil de quelques morts. J’avais essayé de me déguiser comme je pouvais, en étant à la fois dans le style de la salle et élégante. Je ne dis pas, non plus, que je me suis déguisée en princesse. Ce n’est pas vraiment le moment. Si tu dis que je suis une princesse alors ça serait peut-être une princesse zombie. Les invités arrivaient un à un ou bien par groupes. Quand une bonne majorité de l’assistance fut arrivée, on lança la vraie musique et les vrais gadgets mécaniques. Les squelettes se mirent à danser, les vampires se levaient de leur cercueil et jetaient un coup d’œil alentour, puis retombaient afin de surprendre quelqu’un d’autre plus tard…

Puis, une personne à tête de citrouille, avec des ailes de chauve-souris, s’approcha de moi, me prit et me souleva de terre. Ses mains me glaçaient le sang. Il se déplaça en me tenant par les bras. Je criais un bon coup, ce qui fit détourner l’attention. Il me laissa tomber à ses pieds.

– On ne peut même plus s’amuser à faire peur !

Puis, il s’éloigna.

Je ne sais pas pour les autres, mais moi, j’avais eu peur. C’était bien joué. Cette tête de citrouille avait même un brouilleur de voix et des gants. A croire qu’il ne voulait vraiment pas qu’on sache qui s’y cachait. C’est un peu le but, mais à ce point… Il a dû mettre des glaçons dans ses gants parce que pour que je sente ses mains aussi glaciales sur ma peau, il fallait que ce soit un expert en déguisement. Ça ne me serait pas venu à l’idée de rendre mon corps froid.

Jeudi 22 novembre

Alors, qu’est-ce que je peux raconter ?…

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