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Le lotus d'Hanonptep

De
132 pages

Moutef et Nebamon, élèves scribes, découvrent par hasard la terrible menace qui pèse sur Hanonptep le jeune pharaon. Réussiront-ils à le sauver ? Le temps d'un livre, vivez en 1000 avant notre ère à Thèbes, en Egypte.

Publié par :
Ajouté le : 01 septembre 2010
Lecture(s) : 327
EAN13 : 9782296936126
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Principaux personnages
HANONPTEP*

: pharaon, 22 ans, fils du pharaon

Sethimon II* et de Neferanhep*
MOUTEF :

élève scribe, 11 ans, fils de cultivateur : élève scribe, 11 ans, fils de soldat

NEBAMON DOUA

: 10 ans, fille d'un peintre de la Vallée des

Morts
KHAYA

: 18 ans, servante de Pensher, scribe royal : boulanger au palais royal soldat, chef d'infanterie, ami d'enfance

PEFEROU

PERMANTHEK :

du pharaon Hanonptep
PENSHER :

scribe royal : grand vizir royal

KHAEMOUASET SEBESHOTEP : ASHA

receveur des impôts

: gardien de la Vallée des Morts architecte royal

INTURKHAOU :

* personnages imaginaires

e soleil vient de se lever sur les quartiers de Louxor et de Karnak. Noun la déesse a accompli son voyage. D’ouest en est, comme chaque nuit, elle a transporté l’astre lumineux sur son bateau à voiles. La ville de Thèbes, ville d’éternité, a ainsi retrouvé Râ et ses rayons rassurants. L’astre bienfaiteur pare alors la cité d’ocre, d’orange et de bleu. Le Nil, fleuve sacré, retrouve ses méandres vert limon. Sur ses berges, quelques oiseaux font entendre leur chant et des ânes intrépides déambulent sans attache. Dans les champs tout proches, des paysans travaillent déjà le papyrus et l’orge, leurs bœufs attelés pour retourner la terre. Au temple de Louxor, les élèves de la Maison de vie réfléchissent avec Ipouy, le scribe royal, à la signification des signes hiéroglyphiques. Depuis maintenant deux heures, assis en tailleur sur une natte, le maître leur dessine des ibis et des aigles censés représenter des mots. Ipouy a une trentaine d’années, des cheveux noirs crêpés. Devant lui, bien alignés dans un plumier en bois, les instruments indispensables à son enseignement : un pot à eau, des pinceaux en papyrus, des plumes et de l’encre. Moutef, jeune garçon de onze ans, regarde par la fenêtre. Cette leçon ne le passionne pas. Ce matin, il est loin, très loin. Ses pensées sont de l’autre côté du Nil, là où Doua habite. Depuis qu’il a croisé son regard, trois mois auparavant, Moutef ne pense qu’à elle, à ses cheveux noirs joliment nattés, à

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son teint ambré, à son ravissant sourire. Doua a dix ans ; elle vit avec sa famille dans le village des artisans royaux, au pied de la Cime : elle est la fille d’un peintre de la montagne sacrée. Son père l’a initiée aux mystères qui entourent les décorations des sépultures des pharaons. Pour magnifier l’âme des souverains et leur bâtir la plus belle demeure d’éternité, le père de Doua travaille sans relâche toute une semaine. Une longue semaine de neuf jours, séparé de sa famille. La jeune fille prépare avec soin la nourriture indispensable à son père. C’est ainsi que Moutef , fils de cultivateur, a rencontré Doua ; il accompagne souvent son père pour vendre les haricots et les oignons aux habitants du village. Doua est toujours là, auprès de sa mère, soupesant les haricots et estimant le poids nécessaire à la nourriture de son père. Leurs regards se sont croisés ; celui de Moutef rempli d’admiration devant la beauté de la jeune fille, celui de Doua, moqueur devant ce fils de paysan. - Moutef, combien d’oiseaux faut-il écrire dans le hiéroglyphe « ami » ? Moutef sursaute à l’appel de son nom. En un instant il est transporté de la Vallée des Morts au temple de Louxor. - Moutef ? Je t’écoute ! Moutef lance un regard implorant à son ami Nebamon, assis de l’autre côté de la salle. Mais Nebamon, excellent élève, buvant littéralement les

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paroles du scribe, ne le regarde pas : il lève déjà le doigt pour être interrogé par Ipouy. Nebamon n’attend pas l’autorisation d’Ipouy pour répondre : - Un, maître, un seul… - C’est exact. Khennmess s’écrit avec le son m, c’està-dire l’oiseau que nous retrouvons dans le nom de la déesse… Moutef ? Dans le nom de quelle déesse ? - MMMM… Mout ? - Et non, justement. Mout s’écrit avec le hiéroglyphe du serpent qui indique le féminin de ce dieu et avec trois hiéroglyphes non animaliers. Nebamon, quel dieu a le son m de khennmess ? - Sekhmet ! Déesse de la guerre. - Excellent, Nebamon. L’ami de Moutef affiche un sourire de vainqueur. - La leçon est terminée, dit le maître. Moutef, tu recopieras cinquante fois le mot khennmess pour demain. Le scribe donne congé à ses élèves. Les deux amis se retrouvent à la sortie de la classe. Tous deux portent encore la mèche de l’enfance, cette unique mèche qui décore leur crâne chauve. Moutef est plutôt petit pour son âge, il a le teint très foncé. Nebamon, lui, est aussi mince et élancé que son camarade est trapu. Ils portent la tenue traditionnelle des jeunes garçons, un pagne et une écharpe de lin. Ce matin, Nebamon n’en finit pas de refaire le cours du jour et de s’extasier sur tous ces dessins d’oiseaux.

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- Comment peux-tu t’enflammer pour ces signes étranges, demande Moutef. Pourquoi un oiseau ne veut-il pas dire oiseau et pourquoi un même signe signifie-t-il soit un mot soit un son ? - Notre maître Pensher l’a expliqué aux toutes premières leçons ! Tu rêves donc vraiment à chaque cours ! - Non, je ne rêve pas ! répond Moutef vexé, mais c’est vrai que tous ces signes ont du mal à entrer dans ma tête, et que je préfère à tous ces dessins censés me raconter des histoires la langue hiératique, beaucoup plus simple. n ce matin calme, la vie reprend doucement au palais de Pharaon. L’immense édifice déploie ses salles majestueuses autour de couloirs labyrinthiques, aux décors riches en couleur que Râ éclaire. La chambre royale, celle de Hanonptep I1, est sobrement meublée : un lit d’ébène sculpté, recouvert d’or et de motifs végétaux, aux pieds terminés par des griffes, un chevet en os pour reposer la tête du souverain, deux lampes à huile placées sur des guéridons de bois qui éclairent la pièce que Râ n’a pas encore frôlée. Madja, l’une des servantes nubiennes, prépare les attributs royaux que son maître, le souverain Hanonptep I, revêtira lors de la séance du conseil : le pschent, réunion de la couronne blanche et de la couronne rouge, symbolisant la Haute et la BasseEgypte, le pagne brodé d’or et décoré de fines
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Pharaon imaginaire.

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pierreries, et le pectoral, aux reflets d’agate, de lapislazuli et de cornaline. Madja parfume la perruque de Pharaon de senteurs orientales. Il faut que son maître soit une réelle représentation des dieux et fasse impression sur ses sujets. Le jeune souverain observe la ville en éveil depuis la fenêtre de sa chambre. Hanonptep est un jeune homme d’à peine vingt-deux ans, de haute stature, aux cheveux aussi noirs que ses yeux. Il promène un regard rempli de fierté sur les maisons en limon séché, aux couleurs pastel et toits de paille, sur les temples centenaires. Sa cité, bâtie au fil des règnes par ses prédécesseurs, offre un spectacle grandiose : le temple de Louxor où se tient le conseil tous les cinquièmes jours de la semaine, avec ses murs épais décorés de scènes à la gloire de ses ancêtres ; le lac sacré plus loin où se déroulent les processions rituelles ; le puits qui informe les paysans à chaque akhet1 de la hauteur de la crue ; les maisons simples de son peuple. - Depuis combien de temps n’avons-nous pas fait la guerre ? s’interroge Hanonptep. Madja ne répond pas à la question de son souverain, elle sait bien que les propos de Pharaon au lever du jour ne sont que des réflexions personnelles qui n’attendent nulle réponse. - Je m’ennuie dans cette inactivité, dit Hanonptep en respirant l’odeur des lotus du jardin. L’inactivité
Première saison de l'année égyptienne. Elle recouvrait la période de l'inondation, à peu près de mi-juillet à mi-novembre et se divisait ainsi : Thot (19 juil.-17 août), Paophi (18 août-16 sept.), Athyr (17 sept.16 oct.), Choiak (17 oct-15 nov.)
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n’est bonne pour personne. Mes soldats aussi s’ennuient dans leur camp, ils s’entraînent chaque jour sans raison. Madja sourit à Pharaon. Le jeune homme plein de fougue et d’entrain a toujours mille envies et ne se satisfait pas de la vie tranquille de Louxor. - Tu penses trop à l’ailleurs, Hanonptep, tu ne vis que d’inconnu et de rêves peuplés de batailles et de guerres héroïques. Tes soldats sont plus simples que toi, ils te suivent avec joie dans la vallée sacrée. La construction de ton hypogée1 est une réelle aventure pour eux. - Tu ne sais pas ce que tu dis ! Si je les emmène travailler avec mon architecte Menkaouhor, c’est pour tromper leur ennui… et éviter qu’ils ne commettent des bêtises. Hanonptep et ses hommes parcourent en effet chaque jour la distance qui sépare le palais de la vallée, sur la rive opposée du Nil. Pour rejoindre son père Séthimon II et tous ses prédécesseurs, du grand Ramsès aux Thoutmosis, il imagine la décoration intérieure de sa maison d’éternité, les fresques qui l’aideront à passer de l’autre côté, les textes magiques qui lui assureront une existence parfaite. Hanonptep poursuit sa réflexion du jour. - Les Hittites, je vais aller me battre contre eux. Pharaon a lancé cette phrase simplement, d’une voix calme, les yeux toujours fixés sur la ville en éveil. Madja manque défaillir :
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Tombe souterraine.

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