//img.uscri.be/pth/1d927205e317b0a45a563dc0787b2444bee3d579
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 7,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

LE MYSTÈRE DU DIEU-ELEPHANT

De
144 pages
Kati Bulle vit à Paris, en haut de Montmartre. Mère : chanteuse de cabaret. Père : conducteur de métro. Caractère : gaie, libre et aventureuse. Signe particulier : possède une statuette magique. " ici, j'enquête sur la mort d'un vieux sculpteur indien…avec Benji, mon ami indien de Paris, et l'aide mystérieuse et magique de Ganesh, le dieu-éléphant ".Une étrange aventure, dans les secrets de l'Inde et la poésie de Paris.
Voir plus Voir moins

Le mystère du dieu-éléphant

Collection Jeunesse dirigée par Isabelle Cadoré, Martine Michon . et Denis Rolland

ABA Noureddine, Natacha chat chat. AUGER J.-C., La pagode d'or. Aventures en Birmanie. BELLET A., La vengeance de la Joconde. BELLET A., Le cahier rouge de Lisa Mabelle. BELLET A, Black label à Belleville. BELLET A., Les démons du Petit Palais. BENREDJAL L., Naïveté et malices animales (contes berbères). CADORE I., Soleil, diable et merveilles. COLLECTIF BOSNIE, L'enfance blessée. COLLEGE HELENE BOUCHER, L'île de tous les dangers et autres robinsonnades. EMECHET A R, Le corps à corps. ESTIVAL F., Au Pérou les poches vides. GENIN Alain, Mossangué. le vieux pygmée. GOHIER 1., Au pays des dunes. HARGOUS S., LEGENDRE A, C'est arrivé au Tibet. HATUBOU S., Contes de ma grand-mère (contes des Comores). KERISEL F., Histoires dejustice aux quatre coins du monde. KICHENASSAMY F., Chabin ou la trilogie bouclée. LAFLAQUlÈRE A, Lafolle de Barbès. LAFLAQUlÈRE A, Leiils du vent. LAFLAQUlÈRE A., Fatoumata, ma tante. LAFLAQUIÈRE A.; Fahri à Paris. LOUSSALA J., Matthès et Yonide. LYCÉE MOLIÈRE de Rio de Janeiro, Rio aux Éclats. MAURIN-GOTIN R.. Manman D '10 et autres contes bilingues françaiscréole.

Anne LAFLAQUIÈRE

Le mystère du dieu-éléphant

Illustrations d'Alexandra Kirastinnicos

L'Harmattan

c L'Harmattan,

2000

5-7, rue de l'École-Polytechnique France 75005 Paris

-

L'Harmattan, Inc. 55, rue Saint-Jacques, Montréal Canada H2Y 1K9 L'Harmattan, Italia s.r.1. Via Bava 37 10124 Torino ISBN: 2-7384-9599-0

(Qc)

Moi, Kati Bulle, petite parisienne de Paris, j'ai rencontré le dieu-éléphant. Oui, parfaitement f... Et il est devenu mon ami. Voici mon étrange aventure.

I

C'était un soir comme un autre. Un soir d'hiver, glacé. Le vent soufflait sur Paris. A six heures, il faisait nuit. Tout a commencé, l'air de rien. Je me promène dans les rues du quartier indien, métro Chapelle. Ma mère m'a demandé d'acheter: un paquet de riz et des lentilles indiennes, que je mets dans mon sac à dos. Les boutiques étincellent, j'adore... ! Tissus brillants, bijoux dorés, statues de dieux indiens roses, bleus, jaune paille... et des montagnes de bracelets en or, de gâteaux, de riz, de curry, de lentilles et de thés! Il Y a des femmes indiennes en sari, la tresse dans le dos, le bijou dans le nez. Des hommes au teint noir, moustachus, bavardent au coin des rues. Des gens au teint blanc achètent le pain, le journal, et renh.ent chez eux, il fait froid. Soudain, une ruelle obscure. Un groupe de garçons, Passons. Je passe... L'un d'eux est au milieu: plus jeune, plus petit. Cheveux noirs, peau foncée, grands yeux noirs affolés. Un Indien, ou un Pakistanais. Les autres sont grands, blancs, costauds, le crâne rasé sous la casquette. Aie, me dis-je.

Bien deviné. Le garçon me regarde: /lJ'ai un problème! hurlent ses yeux. Mais je suis trop fier pour
crier !/I

Je continue à marcher. Vite, une idée 1... Je ralentis. Ah, ça y est... oui, pas mal. Rien de génial, mais ça ira. Je fais demi-tour. Je m'approche, l'air benêt, affolé, perdu: - Excusez-moi de vous déranger, mais... où se trouve le commissariat de police? Les deux costauds se retournent: - Barre-toi! fait le plus aimable. Tire-toi de là ! Fous le camp! Moi, de plus en plus idiote et naïve: - C'est que... j'ai rendez-vous avec mon père, qui est inspecteur de police, mais... je ne sais plus où est le commissariat! - Nous non plus! Dégage! Ils sont furieux. C'est bon. J'examine les rues autour de moi, je vois un carrefour et mon œil s'illumine: - Ah, tiens! Une voiture de police! Je parie que c'est lui qui me cherche! Ils tournent la tête. Un flot de voitures et de bus emmêlés klaxonnent furieusement. J'agite les bras, je saute (comme une idiote), je me mets à crier: - Ouh, ouh ! Papa... ! Je suis là, papa 1... Ici 1...Au coin de la rue Au coin de la rue ! Je me retourne. Ils ont disparu. Galopade effrénée dans la ruelle obscure. Je souris: - Et voilà! - Ils avaient un couteau... fait le garçon d'une voix rauque. Merci ! - Je t'en prie. Tout le plaisir est pour moi! - Le plaisir?

8

- J'adore
préférés.

jouer les idiotes!

C'est un de mes rôles

- Mais...
- Qu'est-ce qu'ils te voulaient Il hésite: - Oh, le truc habituel: "Sale pays...", ce genre d'amabilités! - Et c'est où, ton pays 7 - Ben ici, métro Chapelle! Je ris, et lui aussi, finalement. Soupire:
.;..

7 Tamoul, rentre dans ton

Je suis né à Paris! Il se détend.

La peur que j'ai eue! Je ne te dis pas... ! Tu as vu les

sales tronches qu'ils avaient 7 - J'ai vu... C'est vrai, que tu parles bien français! - Bien sûr! Mais si tu entendais mes parents... Viens, j'aimerais te les présenter. Ce n'est pas loin. Je veux leur dire ce que tu as fait pour moi. (Il me serre la main) : je m'appelle Benji Paranam. Et toi 7 - Kati Bulle. - C'est un nom français '7 - Oui, si on veut... C'est mon nom d'aventurière. - Comment ça 7 Je hausse les épaules: - Je vais, je viens... libre comme l'air, légère comme une bulle, tu vois... 7 Je rêve, je m'envole... - Et tu vis des aventures 7 - Oui, sans arrêt! J'adore ça... ! C'est mon père qui m'a trouvé ce nom. Il m'examine, bouché bée. Oh, j'ai l'habitude. J'attends. Il n'est pas grand mais il a de larges épaules, de grands yeux noirs scintillants. Finalement, il revient sur terre: - C'est vrai, qu'il est inspecteur de police 7 - Non, il est conducteur de métro.

9

- Ah, ouf... - Pourquoi? Tu crains la police? - Oui, un peu... Enfin... comment dire... - Oh, ne dis rien. Ce n'est pas mon affaire. On va voir tes parents? - Oui, viens !

Chapelle Indian Shop. Une boutique de tissus indiens, bijoux, objets religieux, bibelots, statuettes. Porte qui carillonne gaîment. Nuage d'encens au jasmin. Le père est en costume bleu (visage noir, fine barbe grise, l'air sévère), la mère en sari jaune, un point rouge au front, calme et distinguée. Ils font des yeux effarés, choqués, furieux, soulagés, heureux... tandis que Benji raconte la scène en tamoul, et quand il a fini, je baigne dans une pluie de sourires... ! Le père hoche la tête. La mère me serre les mains de ses doigts chauds: - Toi... comment, ton nom? - Kati Bulle. - Ghadiboule toi, courage! Merci! Beaucoup merci! Beaucoup, beaucoup! - Oh, je vous en prie. - Toi... attendre. Just a minute. Elle passe dans l'arrière-boutique, revient avec un drôle de petit éléphant rose et bleu: - Toi... cadeau. Ganesha très fort, très courage! Bon pour toi! Elle me le pose dans les mains et sourit. Benji m'explique: - C'est Ganesh, le dieu-éléphant. "Celui qui enlève les obstacles". Il est intelligent, courageux... et très

10

gourmand! Il faut lui donner de la nourriture, de l'encens, des fleurs... et si tu sais lui parler, il te protègera ! - C'est mignon... dis-je. - Ce n'est pas mignon! se vexe Benji. C'est un dieu très populaire en Inde, et qui est très puissant! - Excuse-moi... Je ne... - On lui chante des musiques sacrées, on le baigne dans la mer, on lui fait de beUes offrandes!

- Ah...
- Il Y a des temples juste pour lui! Avec des statues
gigantesques!

- Ah...
- Oui! Et les gens viennent de loin pour le vénérer! Depuis des milliers d'années! - Ah bon? - Ce n'est pas n'importe qui, tu sais! - Oui, je vois. - Il faut le prendre au sérieux! Je baisse les yeux: un petit éléphant bedonnant, rose et bleu. Il a un corps humain. Il est assis jambes croisées, les mains sur les genoux, et me regarde bizarrement. - Je... vous remercie beaucoup. C'est très gentil. - Nous, très contents! répond le père. Très... euh... grateful! - Reconnaissants, traduit Benji. - Tu parles anglais couramment? - Ben, oui, forcément. Tamoul et anglais, comme en Inde! - Pas mal. Bon, je dois rentrer chez moi. Ma mère va se demander où je suis! - Tu habites loin?

- A Montmartre.

- Montmartre... sur la coUine?

11

- Oui, tout en-haut. Et je vois tout Paris de la fenêtre de ma chambre! - Ouaaah... La Tour Eiffel et tout ça? - Oui, l'Opéra, Notre-Dame, Le Louvre, l'Arc de Triomphe... Il se tourne vers ses parents, leur dit en tamoul: C'est super! Elle voit tout Paris de sa chambre, la Tour Eiffel et tout ça... ! Enfin, je suppose. Moi, j'entends surtout des tas de petits cailloux qui dégringolent de tous les côtés. Sa mère a les yeux brillants: . . . . Tres JOli I Tal, b eaucoup c h ance....l 1 ' - J01, P ans. Ganesha... très content! Elle fait un petit colis du dieu-éléphant et je les quitte. Au seuil du magasin, Benji m'avoue: Je t'ai un peu menti, tout à l'heure... Ils ne m'ont pas seulement insulté... les deux gars, là. Ils voulaient autre chose mais... Je ne peux rien dire. - Ça ne fait rien, tu sais. Mais si tu as besoin d'aide... Kati Bulle est toujours là... ! Merci pour le cadeau! Et je file vers le métro. Je serre mon paquet, bien ficelé dans le papier-journal, bien lourd, bien chaud. Il fait froid. Je rentre chez moi. Un vieil immeuble. Six étages sans ascenseur. Un escalier en bois, qui sent le moisi et la cire. Un joyeux fouillis, servant de salon: fauteuils, coussins, livres, disques, journaux... Et voici ma chambre: verte et bleue, avec son immense fenêtre laquée de rose, d'où je vois tout Paris. Je pose mon paquet sur le bureau. Je me lave les mains. - A table! - J'arrive, maman... ! Qu'est-ce qu'on mange? - Purée, œuf au plat.

'

-

12

- Mmmmmm... Je me régale déjà! Elle rit, sans se vexer. Elle sait que je sais que ce sera mauvais, comme d'habitude. Elle est très douée ma mère: même les plats les plus faciles du monde, elle réussit à les rater. Ce soir, mettons: l' œuf est crevé, aplati et trop cuit, la purée a un goût de brûlé. Trop de sel. Pas assez de lait. Dure, Pâteuse. Rude à manger! - Délicieux, pour du plâtre! dis-je aimablement. - Elle est vraiment immonde. Je suis d'accord. N'empêche... Un truc aussi infect, faut quand même arriver à le faire! Ce n'est pas à la portée du premier imbécile venu... Tu en reveux ? - Non, merchi. Elle rit. C'est ce que j'aime, chez ma mère: son beau rire joyeux, quand elle a tout raté. Elle est chanteuse de cabaret. Elle a une grosse voix et des petits yeux noirs pétillants, qui ne vont pas du tout ensemble. C'est très amusant. Elle chante du jazz ou du tango, n'importe quoi, pourvu que ce soit drôle. Et c'est vrai que les gens rient... quand il y a des gens. Pas souvent. La salle est plutôt vide. Son porte-monnaie aussi. Mais elle dit: - Je rame, les chéris mais un de ces jours: adieu, galère! J'aurai la chance de ma vie! C'est pour ça que je lui pardonne, quand elle met trop de sel dans la purée. A cause du cabaret. Je lui raconte ma sortie: les voyous, Benji, ses parents, le cadeau qu'ils m'ont fait... Soudain: - Qu'est-ce que tu as ? dit-elle. Tu es toute pâle! Tu ne te sens pas bien? - Si, mais... J'ai une suée qui monte, me glace le dos. Un peu de mal à respirer. Mal à l'aise. Rien de précis, mais...

13

- C'est la purée? s'affole ma mère. - Non, je ne... - Elle n'était pas infecte à ce point-là, tout de meme... ? . - Non, mais... attends! Je reviens ! Je me lève. J'étouffe un peu. Mal aux yeux. Je file vers ma chambre. - Où vas-tu? crie ma mère. - Je reviens! Je fonce vers mon bureau, vite, vite, respirer! Je défais le papier-journal, je libère le dieu-éléphant, qui resplendit joliment: rose et bleu, dans la semi-obscurité. - Ouf... ! dit quelqu'un. (Je crois que c'est moi). Ça va mieux... Je t'avais oublié, petit éléphant rose! Excusemoi! . , . " - K ati ?'.s InqUle t e ma mere. Ç a va. ? M aIS... qu es t -ce '
A

que tu fais dans le noir? - Je... je vais ouvrir la fenêtre! J'ai besoin de respirer! J'ouvre les carreaux: Paris scintille, tout en-bas de la colline, dans la nuit glacée. Je me sens mieux. A l'aise. Délivrée. Je hume le vent qui passe, les yeux fermés.

Je me demande ce que tu as eu... dit ma mère. Ça ira? Je peux te laisser? - Oui, je me sens tout à fait bien, maintenant! - Je peux téléphoner au cabaret, leur dire que je n' y vais pas... - Non, non, je t'en prie! C'est ta grande soirée, le samedi! Vas-y! Je vais me coucher. Elle s'en va. Je prends une douche bien chaude et me glisse au lit. Moi aussi, je me demande ce qui m'est arrivé.

14