Le pirate de Fort Boyard

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Mathias, le seul habitant de Fort-Boyard, a déclenché une nouvelle catastrophe. Il alerte ses amis Jérôme et Émilie et les entraîne dans un souterrain qui vient de s’effondrer en révélant la présence d’un fabuleux bateau pirate ! Les jumeaux explorent le vaisseau, une frégate armée tout droit surgie du passé. Puis ils reviennent sur les lieux avec leur cousine Capucine. Mais celle-ci est enlevée par un véritable pirate écumeur des mers, Jean Lafitte, tandis que des intrus investissent le Fort…
 
Publié le : mercredi 15 juin 2016
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EAN13 : 9782700251098
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Du même auteur, dans la collection
Rageot Romans :

Les disparus de Fort Boyard

Menace à Fort Boyard

Les monstres de Fort Boyard

Le secret de Fort Boyard

Boyardville, sur l’île d’Oléron, mi-juillet.

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Ce roman comporte des termes navals qui sont définis
et regroupés dans un lexique.

La première occurrence de ces termes est signalée
par un astérisque (*).

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Les grondements du Fort

Dans le laboratoire de Fort Boyard, Mathias a les yeux fermés. Il bat la mesure de « la petite musique de nuit » qui sort de son portable. Alors qu’il s’apprête à interrompre la mélodie pour répondre à l’appel, la sonnerie s’arrête d’elle-même quand le correspondant, las d’attendre, coupe la communication.

– La boîte rouge a fini de jouer, dit-il, déçu, à son chat Gédéon assis à côté du tableau de commandes, la queue enroulée autour de ses pattes. Mathias aurait voulu être musicien, si, si.

Le chat le regarde, amusé. Il penche la tête et émet un ronronnement qui ressemble à un rire.

– Tu ne crois pas Mathias ? s’offusque le bossu. Mathias va montrer à Gédéon.

Il s’installe devant le tableau de commandes, tend les bras et agite les doigts pour les dégourdir.

– Mathias est un pianiste, déclare-t-il. Écoute, Gédéon, écoute ! Lalalala-la, lala, lalala-la, lala... !

Le matou rentre sa tête dans les épaules. Le Quasimodo fait courir ses doigts au ras des touches et se met à chanter de plus en plus fort.

– Ta-ta-ta-ta ! claironne-t-il en plaquant brusquement ses dix doigts sur le tableau.

Emporté par sa musique, il lance des arpèges en pianotant sur les touches, les enfonçant une à une... Tout à coup, un grondement retentit, pareil à un borborygme issu des profondeurs du Fort. Le sol s’ébranle, les murs tremblent, comme si la forteresse vacillait sur sa base.

Le chat s’est redressé, inquiet. Mathias lui jette un regard noir.

– Qu’est-ce que Gédéon a fait ? s’inquiète-t-il tandis que les aboiements affolés de ses quatre chiens résonnent dans les galeries. Maintenant, problème, problème ! achève-t-il en promenant un œil craintif autour de lui.

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Quelque part dans les entrailles de Fort Boyard, des rochers se déchaussent et basculent. Une paroi s’écroule, découvrant une immense caverne.

Hachée par les blocs de pierre qui s’effondrent, l’eau d’un bassin commence à s’animer.

Une masse sombre prend vie et se met à tourner sur elle-même, jusqu’à pointer vers la brèche...

Le Quasimodo agite un doigt devant Gédéon.

– Toutou, Chienchien, Cabot et Clébard appellent Mathias.

Il attrape le matou, le cale sous son bras et quitte le laboratoire.

Sitôt dans la galerie, il tend l’oreille pour déterminer d’où proviennent les aboiements.

– Par là ! dit-il en prenant la direction qui mène au tréfonds de Fort Boyard.

Il trottine d’un tunnel à l’autre. Parvenu à une patte d’oie, il s’arrête, indécis.

– Où sont les bons compagnons de Mathias ? s’interroge-t-il car il ne les entend plus. À droite ? À gauche ? Devant ?

Il attend qu’un des chiens jappe à nouveau.

– Bizarre, souffle-t-il.

Les appels montent d’un endroit où Cabot, Clébard, Toutou et Chienchien ne vont jamais.

– Il n’y a rien, là, au fond, grommelle-t-il en regardant la bouche noire du tunnel qui s’ouvre à sa gauche. Un mur. Rien qu’un mur de roches.

Et pourtant, c’est bien de là que s’envolent les aboiements des quatre chiens. Qu’est-ce qui peut les exciter et les effrayer autant ?

Il serre fort Gédéon contre lui, puisant de l’assurance dans le contact avec son chat, puis il avance à tâtons dans le souterrain.

La galerie s’éclaire à son extrémité, arrachant un cri de surprise à Mathias qui croyait aboutir à un cul-de-sac. Les jappements sont proches, accompagnés de grondements. Mathias comprend que ses chiens ont acculé un intrus contre un mur, et qu’ils le menacent de leurs crocs.

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– Toutou ! Chienchien ! Clébard ! Cabot ! les hèle-t-il. Lâchez ! Lâchez le vilain !

Il pile net devant l’énorme brèche ouverte dans la paroi rocheuse. Ses chiens sont de l’autre côté, tournés vers un bassin, et continuent à aboyer. La clarté du jour pénètre par une anfractuosité de la voûte et dispense une lumière poussiéreuse qui dévoile...

– Oooh ! s’exclame Mathias.

De stupeur, il laisse s’échapper le matou.

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Les jumeaux à la rescousse

Le lendemain, à Boyardville, les jumeaux Émilie et Jérôme sont occupés chacun dans leur chambre. Émilie dévore un gros roman d’aventures narrant les exploits de Mary Read, une célèbre pirate, pendant que son frère est captivé par un jeu vidéo de foot.

Le coup de sonnette les fait tressaillir tous les deux. L’appel se prolonge et transperce la maison de son carillon métallique.

– J’arrive ! lance leur mère en traversant le couloir à grands pas. Quelqu’un s’est endormi contre la sonnette, ma parole !

Elle entrebâille la porte puis demeure stupéfaite.

– Mathias ? Que faites-vous ici ?

– Mathias doit voir ses bons amis, annonce le Quasimodo en retirant son doigt du bouton. Mathias a...

Il hésite. Les mots se bousculent dans sa bouche, mais il les ravale par prudence.

– Mathias a besoin de Jérôme et d’Émilie, résume-t-il.

– Il est arrivé quelque chose à vos animaux ? s’enquiert-elle.

– Non, non, Gédéon, Cabot, Clébard, Toutou et Chienchien vont bien. Gédéon a fait s’écrouler un mur en touchant...

Il se mord la langue. Les mots sortent trop vite, beaucoup trop vite pour lui. La mère des jumeaux fronce les sourcils.

– Le chat a fait s’écrouler un mur ? répète-t-elle, incrédule. Qu’est-ce que vous me racontez là ?

Mathias inspire un grand coup.

– Mathias doit parler à ses bons amis, insiste-t-il.

– Bien sûr, entrez, soupire la maman. Puis elle appelle : Jérôme ! Émilie ! C’est Mathias !

Deux portes claquent à l’étage. Une galopade retentit dans l’escalier. Les jumeaux se ruent dans le vestibule. Après les embrassades, les questions fusent. Le Quasimodo conserve un petit air renfrogné et coule un regard en biais à leur mère.

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– Allons dans le jardin, propose Émilie. Nous nous y sentirons plus à l’aise.

Assis sur un banc, à l’ombre d’un acacia, Mathias révèle aux jumeaux ce qui s’est passé au Fort.

– Il y a un lac au fond d’une caverne ? s’étonne Jérôme. Ce ne serait pas encore un bassin d’expérimentation de Blaise ou de Médusa, ces deux savants fous qui voulaient transformer l’humanité en méduses1 ?

– Et qu’est-ce qu’il y a dans ce lac ? interroge sa sœur.

Le Quasimodo serre les lèvres.

– Quelque chose qui fait peur, finit-il par avouer.

– Quoi ? Un monstre ?

Mathias triture ses doigts. Repenser à ce qu’il a vu lui arrache un frisson.

– Mathias n’aurait pas dû laisser Gédéon près du tableau de commandes.

– Tu es vraiment sûr que ton chat est le responsable ? demande Émilie, presque certaine que Mathias n’ose pas incriminer sa propre maladresse.

– Problème, problème, se contente de répondre le Quasimodo.

– Alors ? s’impatiente Jérôme. Qu’est-ce qu’il y a dans la grotte ?

Mathias secoue la tête. C’est si incroyable qu’il manque de mots pour l’exprimer.

– Les bons amis de Mathias doivent venir voir, dit-il.

Puis il se tait, son silence appelant une décision.

– Tu connais Mathias, souffle Jérôme à sa sœur, il ne nous apprendra rien de plus. Il n’y a pas plus têtu que lui. Je suis impatient de découvrir ce nouveau mystère à Fort Boyard... Quoi ? ajoute-t-il en voyant Émilie se rembrunir. Mathias s’est approché du lac et il est toujours entier, non ?

– Oui, convient-elle, mais ce qu’il a aperçu l’a effrayé au point qu’il refuse d’en parler.

– S’il réclame notre présence, c’est qu’on ne risque pas grand-chose.

– Oh, fait Émilie, rien n’est jamais sûr avec Mathias. Ce qui l’amuse peut se révéler une véritable catastrophe. Alors ce qui l’inquiète...

Elle sent le regard de son ami posé sur elle. Gênée, elle lui décoche un demi-sourire.

– Mathias doit montrer à ses bons amis, reprend-il. C’est... c’est...

Il expire un long souffle en guise de paroles.

– Nous sommes en vacances, rappelle Jérôme, signifiant qu’ils ont du temps devant eux.

– Mathias est venu dans sa barque. Mathias ramènera ses bons amis, promet le Quasimodo avec une grimace en guise de sourire.

– Et puis j’ai très envie de savoir ce qui se cache à Fort Boyard ! appuie le garçon en se levant. Reste si tu préfères, moi je suis Mathias.

– Bon, cède Émilie. Il va falloir convaincre maman de nous laisser aller là-bas. Lui expliquer par exemple que Mathias s’ennuie un peu entre ses murs, et qu’on va passer l’après-midi avec lui.

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Plus tard, avec l’accord de leur mère, les jumeaux et Mathias accostent le petit quai qui flanque l’imposante forteresse. La mer est calme et borde les rochers de timides friselis. Des scooters des mers tracent des sillons blancs sur les flots et font danser les planches à voile qu’ils contournent.

Mathias ouvre la lourde porte du Fort qu’il referme derrière eux. Les quatre chiens bondissent aussitôt vers les nouveaux arrivants.

– Holà ! crie Émilie. J’aime bien tes compagnons, mais empêche-les de sauter sur nous.

Suite à une mauvaise métamorphose, les animaux ont gardé des attributs de méduses : Toutou, le fox-terrier, a les pattes couvertes de ventouses ; Cabot, le labrador, a une queue-tentacule en trompette ; Chienchien, le griffon, un pelage urticant ; et Clébard, le petit bouledogue, porte des tentacules sous les babines.

– Mathias va enfermer ses bons chiens dans la cour de l’alphabet, décide le Quasimodo en se dirigeant vers la grille, les canidés sur les talons.

– Où est ton chat ? demande Émilie. Ton terrible chat qui abat des murs entiers.

– Gédéon dort dans la Tour de Verre, répond Mathias. Là-haut, Gédéon ne peut rien casser.

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Peu après, les jumeaux suivent Mathias dans les souterrains du Fort. Des ampoules pendent sous la voûte et éclairent un dédale de galeries entrecoupées d’escaliers, de portes, de passages où il faut se baisser pour avancer. Enfin...

– C’est là, tout au fond, indique Mathias en montrant un sombre tunnel. Mathias va guider ses bons amis.

Et il saisit la main d’Émilie. Elle-même donne la main à son frère. Ils progressent lentement jusqu’à ce qu’une lueur grise pointe à l’extrémité du boyau. Émilie sent alors la main de Mathias trembler dans la sienne. Elle serre les doigts pour lui faire comprendre qu’il peut compter sur ses amis... même si elle n’est pas très rassurée non plus.

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– Nous sommes en dessous du niveau de la mer, relève Jérôme. Comment la lumière du jour arrive-t-elle jusqu’ici ?

– Elle tombe sans doute d’une fissure dans le socle rocheux, provoquée par l’ébranlement, suppose sa sœur. Je pense plus à un mini-séisme qu’à une gaffe de... de Gédéon.

Ils parviennent devant la paroi effondrée. De l’autre côté, dans un halo brumeux, émerge une masse noire.

– Oooh ! s’écrient les jumeaux.

Une frégate à trois mâts, les voiles repliées, se dresse contre un ponton* en bois. Une rangée de canons pointe à travers les sabords*. La figure de proue* représente une Gorgone2 menaçante, la bouche ouverte sur un hurlement silencieux.

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– La méchante sorcière regarde Mathias, gémit le Quasimodo. On dirait tante Médusa. Elle va punir Mathias pour avoir dérangé son sommeil.

Un drapeau à tête de mort flotte au sommet du grand mât.

– Un... un... un bateau pirate ! balbutie Jérôme.

1 Voir les épisodes précédents, dans la même série.

2 Monstre mythologique à tête de femme et à la chevelure de serpent, dont le regard changeait en pierre quiconque le regardait.

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