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Il y avait une fois un renard, qui s'appelait Rourou, dans une forêt profonde et verte. Levé dès l'aube il chassait, furetait, courait à ses affaires et à ses ruses, creusait des galeries et de chauds terriers sous le sol, suivait les pistes des bêtes du bois touffu et des champs.
Bon pied, bon œil, Rourou. Et le rire au museau ! Il était gai et bien nourri, il avait la fourrure épaisse, la démarche rapide et prudente. Ah qu'il était silencieux, tôt le matin, quand il se rendait en tapinois dans la luzerne où sautaient les lapins et les mulots ! Qu'il était souple, à la nuit tombée, quand il se glissait sous la barrière des fermes du voisinage. Vite il allait au poulailler, arrachait une maille au treillis ou faisait un trou sous les planches, et hop, il attrapait une poule endormie sur son barreau, l'égorgeait d'un seul coup de dents et l'emportait dans une haie sûre où il la croquait tranquillement. Quelquefois il avait grand-faim, et comme il était gourmand, il tuait plusieurs belles poules, des poulets, des canards luisants, il les portait en trois voyages à l'orée de la forêt proche, et là les enfouissait pour ses prochains repas sous une couche de terre et de feuilles. Mais n'allez pas imaginer, parce qu'il avait de l'appétit, que Rourou ne pensait qu'à son estomac ! Il était extrêmement sensible à ses paysages, à la beauté du ciel et des étoiles, à la douceur des nuits dans la forêt réveillée. Par-dessus tout il aimait la lune, la lune en croissant, la lune blanche dans les nuages; mais jamais il n'était plus étonné et plus heureux que lorsqu'il pouvait voir apparaître la grosse boule jaune, la pleine lune ! entre les arbres bleus et verts. Alors il s'asseyait dans la clairière, les oreilles dressées, les yeux bien ouverts, et il s'emplissait du spectacle jusqu'au moment où l'astre commençait à pâlir dans le ciel d'aube.