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Le Sanctuaire

De
158 pages
LE PASSÉ REVIENT LES HANTER.
Dan, Abby et Jordan demeurent traumatisés par l’été qu’ils ont passé ensemble à l’asile de Brookline. Malgré tous leurs efforts pour tourner la page, quelqu’un est bien déterminé à garder la terreur vivante et envoie aux ados des photos d’un carnaval d’époque, sans nom ni message. Dan finit par recevoir une liste de coordonnées qui désignent des maisons abandonnées dans le village à proximité de Brookline et il est convaincu que le seul moyen de mettre fin à ce cauchemar une fois pour toutes est de retourner au Collège de New Hampshire pour suivre cette piste.
Cependant, quand Dan et ses amis arrivent au Collège, sous le couvert d’un week-end réservé aux étudiants potentiels, ils découvrent que le carnaval de leurs photos est non seulement réel, mais est de passage sur le campus pour la première fois depuis de nombreuses années. Tandis qu’ils échappent au regard attentif des collégiens qui sont leurs hôtes pour le séjour, ils visitent les maisons sur leur liste et découvrent des secrets plus sombres qu’ils n’auraient pu l’imaginer.
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Copyright © 2014 HarperCollins Publishers
Titre original anglais : Sanctum
Copyright © 2017 Éditions AdA Inc. pour la traduction française
Cette publication est publiée en accord avec HarperCollins Publishers.
Tous droits réservés. Aucune partie de ce livre ne peut être reproduite sous quelque forme que ce soit sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans le
cas d’une critique littéraire.
Éditeur : François Doucet
Traduction : Roxanne Berthold
Révision linguistique : Nicolas Whiting
Correction d’épreuves : Nancy Coulombe, Féminin pluriel
Images de la couverture : La fille : © 2014 Eva Van Oosten / Trevillion Images, Texture : © 2013 Naoki Okamoto / Getty Images, Photo de bordures : ©
2013 iStockphoto, Les clés : © 2013 Dougal Waters / Getty Images, L’enfant : © Chip Pix / Shutterstock
Conception de la couverture : Cara E. Petrus
Montage de la couverture : Mathieu C. Dandurand
Mise en pages : Sébastien Michaud
ISBN papier 978-2-89767-659-9
ISBN PDF numérique 978-2-89767-660-5
ISBN ePub 978-2-89767-661-2
Première impression : 2017
Dépôt légal : 2017
Bibliothèque et Archives nationales du Québec
Bibliothèque et Archives Canada
Éditions AdA Inc.
1385, boul. Lionel-Boulet
Varennes (Québec) J3X 1P7, Canada
Téléphone : 450 929-0296
Télécopieur : 450 929-0220
www.ada-inc.com
info@ada-inc.com
Imprimé au Canada
Participation de la SODEC.
Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada (FLC) pour nos activités d’édition.
Gouvernement du Québec — Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres — Gestion SODEC.
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Roux, Madeleine,
1985[Sanctum. Français]
Le Sanctuaire
Traduction de : Sanctum.
Suite de : L’Asile.
«Tome 2».
Pour les jeunes de 12 ans et plus.
ISBN 978-2-89767-659-9
I. Berthold, Roxanne. II. Titre. III. Titre : Sanctum. Français.
PZ23.R698Sa 2016 j813’.6 C2016-942273-9
Diffusion
Canada : Éditions AdA Inc.
France : D.G. Diffusion
Z.I. des Bogues
31750 Escalquens — France
Téléphone : 05.61.00.09.99
Suisse : Transat — 23.42.77.40
Belgique : D.G. Diffusion — 05.61.00.09.99
Conversion au format ePub par:
www.laburbain.comÀ ma famille, qui ne cesse jamais de m’étonner par sa confiance, son soutien et son amour. S’il
existe de meilleures personnes sur Terre, elles n’ont pas croisé ma route.« Une réalité niée revient nous hanter. »
— Philip K. DickPROLOGUE
C’était une fantaisie de lumières, de sons et d’odeurs, de tentes de travers aux rayures
multicolores et de rires qui éclataient comme le feu de canons le long des sentiers sinueux. Des
curiosités attendaient derrière chaque tournant. Un homme crachait des flammes depuis un
podium. L’odeur des gâteaux frits et du maïs soufflé restait suspendue dans l’air, sucrée et
lourde, alléchante jusqu’à vous en donner la nausée. Puis, dans la toute dernière tente se
trouvait un homme à la très longue barbe qui ne promettait ni fortune, ni excentricités, ni aperçu
de l’avenir. Non, l’homme dans la dernière tente promettait ce que le petit garçon convoitait plus
que tout.
Le contrôle...OCHAPITRE N 1
Les amis, vous n’allez pas le croire, tapa Dan tout en secouant la tête devant son écran
d’ordinateur. Un « expert en manipulation de la mémoire » ? Est-ce que ça existe réellement ?
De toute façon, visionnez la vidéo, et dites-moi ce que vous en pensez !
Son curseur survola la dernière ligne — il s’en dégageait un ton vraiment désespéré. Mais
bon, Dan commençait à ressentir le désespoir. Ses trois derniers courriels étaient restés sans
réponse ; il ignorait si Abby et Jordan les avaient même lus.
Il appuya sur le bouton d’envoi.
Dan se pencha derrière et fit des étirements au niveau de son cou. Il entendit les doux
craquements de sa colonne qui se replaçait. Puis, il ferma le couvercle de son portable — avec
peut-être un peu trop de force — et se leva avant d’enfoncer l’ordinateur dans son sac, entre
des feuilles et des dossiers. La cloche sonna au moment où il refermait son sac, et Dan sortit de
la bibliothèque pour gagner le couloir.
Les étudiants dans le vaste corridor avançaient en une longue colonne. Dan reconnut
quelques jeunes de son cours de calcul de la troisième période, et ils lui envoyèrent la main
quand il s’approcha de leur rangée de cases. Missy, une petite brunette au nez tavelé de taches
de rousseur, avait tapissé la porte de sa case de tous les autocollants et cartes postales de la
série Doctor Who sur lesquels elle avait pu mettre la main. Un grand garçon dégingandé du nom
de Tariq sortait des livres de la case voisine, et à ses côtés se tenait le plus petit garçon de
terminale, Beckett.
— Salut, Dan ! le salua Missy. Tu nous as manqué au déjeuner. Où es-tu allé ?
— Oh, j’étais à la bibliothèque, dit Dan. Il fallait que je termine un truc pour le cours avancé
en littérature.
— Bon sang, vous avez tant de boulot à faire pour ce cours, dit Beckett. Je suis content
d’être resté dans le cours d’anglais ordinaire.
— Dis, Dan, nous parlions justement de Macbeth avant que tu arrives. Tu planifies y assister
?
— Ouais, à ce qu’on m’a dit, le décor est incroyable, affirma Tariq, qui referma la porte de sa
case avec fracas.
— Je ne savais même pas que l’école présentait la pièce Macbeth, dit Dan. C’est une
production du club d’art dramatique ou quoi ?
— Oui, et Annie Si y tient un rôle. Une raison suffisante pour y aller.
Beckett décocha un sourire espiègle vers les garçons, que Dan lui rendit à peine, puis le
groupe s’engagea dans le couloir. Dan ne savait pas quel était le prochain cours des trois
comparses, mais même s’il n’avait pas réellement fait de boulot à la bibliothèque, sa destination
était bel et bien le cours avancé de littérature au deuxième étage. Ce n’était pas son cours
préféré, mais Abby avait lu la majorité des livres du syllabus et avait promis de lui donner un
résumé à un moment ou l’autre, ce qui améliorait les choses.
— Nous devrions aller voir la pièce, fit Tariq.
Il portait un pull trois fois trop grand pour lui et un pantalon moulant. Sa tenue lui donnait l’air
d’une de ces figurines à la tête géante qui bouge.
— Et tu devrais te joindre à nous, Dan. J’arriverai peut-être à obtenir des billets gratuits. Je
connais le technicien en chef.
— Je ne sais pas. Je n’ai jamais vraiment aimé Macbeth. Ça affecte trop les gens comme
moi qui souffrent d’un TOC, dit Dan, pince-sans-rire, tout en frottant avec acharnement une
tache invisible sur sa manche.
Missy et Tariq le fixèrent d’un regard vide.1— Vous savez ? fit-il avec un faible gloussement. « Va-t’en, tache damnée ! » ?
— Oh, c’est une réplique de la pièce ? demanda Tariq.
— Ouais, c’est… C’est, euh, l’une des répliques les plus connues.
Il fronça les sourcils. Abby et Jordan auraient saisi la blague. La pièce Macbeth ne faisait-elle
pas partie des lectures obligatoires à l’école ?
— En tout cas, à plus tard, les amis.
Dan se sépara du groupe pour monter au deuxième étage. Il sortit son téléphone et décocha
un texto rapide à Jordan et à Abby : « Personne ici ne comprend mon sens de l’humour. À l’aide
! » Vingt minutes plus tard, alors qu’il était assis, mort d’ennui, dans sa classe, Jordan n’avait
toujours pas répondu, et Abby lui avait envoyé un tiède « MDR ».
Qu’est-ce qui clochait ? Où étaient passés ses amis ? Ce n’était pas comme s’ils étaient
terriblement occupés… La semaine précédente, Jordan lui avait indiqué lors d’une discussion
sur Facebook que ses cours étaient mortellement assommants et qu’ils ne représentaient aucun
défi, après les cours du programme préparatoire du Collège du New Hampshire. Dan avait
sympathisé, mais pour parler franchement, les cours constituaient l’élément le moins marquant
de son été au New Hampshire. C’étaient les événements survenus dans leur résidence,
Brookline — un ancien hôpital psychiatrique dirigé par un directeur à l’esprit tordu, Daniel
Crawford —, qui repassaient constamment dans sa tête.
Cependant, quand il n’était pas occupé à se remémorer ce petit détail à propos du directeur,
il songeait à Jordan et Abby. Dans les premières semaines après leur retour du campus
collégien, il avait reçu un flux constant de textos et de courriels, mais à présent, ils se parlaient à
peine. Missy, Tariq et Beckett n’étaient pas trop mal, au fond, mais Jordan et Abby étaient
différents. Jordan savait comment jouer avec ses nerfs, mais il s’y prenait toujours de façon bon
enfant et faisait rire le groupe. Et si Jordan poussait un peu trop la note, Abby était là pour le
réprimander et rétablir l’équilibre. En réalité, elle était le pilier qui gardait le groupe solide — un
groupe qui, dans l’esprit de Dan, méritait de rester uni.
Dans ce cas, pourquoi ses amis l’ignoraient-ils ?
Dan jeta un coup d’œil à l’horloge et poussa un grognement. Il restait encore deux heures
avant la fin de la journée, deux heures avant qu’il puisse filer à la maison et aller en ligne pour
voir si ses amis avaient envie de bavarder.
Il soupira et s’affaissa sur son siège, puis rangea son téléphone à contrecœur.
Il était étrange de songer qu’un lieu aussi dangereux que Brookline les avait rapprochés alors
que la vie normale les éloignait les uns des autres.
x x x x x x
Un sandwich au beurre de cacahuètes à moitié mangé était posé sur une assiette près de son
portable. À ses pieds, des feuilles d’arbre s’empilaient sur le manuel de son cours avancé en
histoire. Habituellement, l’air vif de l’automne l’aidait à se concentrer, mais plutôt que de faire
ses devoirs (comme il aurait dû le faire), il passait en revue le dossier qu’il avait monté sur
Brookline. Au terme du programme préparatoire, Dan s’était assuré d’organiser ses notes, la
recherche qu’il avait effectuée et les photographies qu’il avait recueillies dans un seul dossier
bien en ordre.
Il fut surpris en constatant qu’il le consultait plus souvent qu’il aurait dû. Même avec tous ces
documents originaux, l’histoire du directeur était terriblement incomplète. Après avoir appris qu’il
était peut-être parent de celui-ci par l’entremise de ses parents biologiques — et que cet homme
horrible était peut-être son grand-oncle ou même son homonyme —, Dan avait l’impression qu’il
y avait un trou dans son histoire personnelle, un mystère qu’il avait besoin d’élucider.
Pour l’heure, cependant, son dossier n’était qu’une distraction lui permettant de passer le
temps tandis qu’il attendait que Jordan et Abby ouvrent une session. Quelle était l’expressionque son père avait l’habitude de dire déjà ? « Dépêche-toi d’attendre… »
— Est-ce que je pourrais être plus pitoyable ? marmonna Dan, qui enfonça les deux mains
dans sa chevelure sombre et ébouriffée.
— Je crois que tu es très bien comme tu es, mon chéri.
Bon, il valait mieux qu’il garde pour lui ses apartés moroses à l’avenir. Dan leva les yeux et
aperçut sa mère, Sandy, qui lui souriait depuis la véranda. Elle tenait une tasse fumante de
chocolat chaud qui, il l’espérait, lui était destinée.
— Tu travailles fort ? demanda-t-elle en faisant un signe de tête vers son manuel d’histoire
oublié à ses pieds.
— J’ai presque terminé, répondit-il avec un haussement d’épaules.
Il accepta la tasse de chocolat chaud de ses mains courbées ; les manches de son pull
recouvraient ses doigts.
— Je pense que j’ai droit à une pause de temps à autre.
— C’est vrai, dit Sandy en lui adressant un demi-sourire contrit. C’est seulement que… Eh
bien, il y a quelques mois, tu semblais si impatient à l’idée d’envoyer une demande d’admission
anticipée à l’Université Penn, mais nous voilà en octobre, et l’échéance approche à grands pas.
— Je dispose encore de bien du temps, fit Dan d’un ton peu convaincu.
— C’est peut-être le cas pour la rédaction de ta dissertation. Mais ne crois-tu pas que les
gens du bureau d’admission trouveront étrange que tu aies cessé toutes tes activités
parascolaires durant ta dernière année ? Ne pourrais-tu pas obtenir un stage ? Même si ce n’est
qu’un jour par fin de semaine, je crois que ça ferait toute la différence. Et peut-être que tu
devrais visiter d’autres campus aussi. Tu sais, les demandes anticipées, ce n’est pas pour tout
le monde.
— Je n’ai pas besoin d’activités parascolaires tant que je maintiens ma moyenne. Et par
ailleurs, le CPNH va être un atout extra sur ma demande.
Sandy fronça ses sourcils pâles, et un vent frisquet vint ébouriffer ses cheveux qui lui allaient
jusqu’aux épaules tandis qu’elle détournait le regard pour fixer les arbres entourant la véranda.
Elle serra les bras autour d’elle et secoua la tête. C’était toujours la même réaction quand le
sujet du CPNH venait sur le tapis. Jordan et Abby avaient pu maquiller et masquer la vérité au
sujet de Brookline à leurs parents, mais ceux de Dan connaissaient toute l’histoire, plus ou
moins. Ils avaient été présents lors de l’interrogatoire de la police, avaient entendu Dan relater le
moment où il avait été attaqué et plaqué au sol… Simplement mentionner l’endroit en leur
présence était comme chuchoter un juron.
— Mais c’est d’accord, fit Dan avant de souffler sur son chocolat chaud. Je peux essayer de
trouver un stage ou un truc du genre. Pas de soucis.
Le visage de Sandy se détendit, et ses bras retombèrent contre ses flancs.
— Vraiment ? Ce serait génial, mon grand.
Dan opina de la tête et alla même jusqu’à ouvrir une nouvelle fenêtre de navigation sur son
portable pour lancer une recherche. Il tapa « Stage dans un zoo » dans le moteur de recherche
et inclina légèrement l’écran hors de la vue de sa mère.
— Merci pour le chocolat chaud, ajouta-t-il.
— Avec plaisir.
Elle lui ébouriffa les cheveux, et Dan poussa un soupir de soulagement.
— Tu ne sors pas beaucoup, dernièrement. Ce n’est pas l’anniversaire de Missy bientôt ? Je
me rappelle que tu es allé à une fête chez elle autour de l’Halloween l’an dernier.
— Probablement… répondit-il avec un haussement d’épaules.
— Et tes… autres amis ?
Elle avait trébuché sur le mot « amis ».
— Abby, c’est ça ? Et le garçon ?Elle faisait toujours ça : elle s’informait d’Abby comme si elle ne parvenait pas tout à fait à se
remémorer son nom. C’était tout comme si elle n’arrivait pas à croire ni à accepter que Dan
puisse avoir une petite-amie — en quelque sorte. S’il se montrait honnête, Dan ne parvenait pas
toujours à y croire lui-même.
— Ouais, fit-il dans un grognement évasif. Ils sont occupés, par contre. Tu sais… l’école, le
travail et tout.
« Quelle réplique géniale, Dan ! Ton Oscar est en route. »
— Travail ? Donc, ils ont un emploi ?
— Subtil, maman, marmonna-t-il. Je peux comprendre ton sous-entendu…
— J’en suis convaincue, mon chéri. Oh, avant que j’oublie — le courrier a été livré. Il y avait
quelque chose pour toi…
Voilà qui était inhabituel. Il ne recevait jamais quoi que ce soit par la poste traditionnelle.
Sandy feuilleta les enveloppes qu’elle avait rangées dans la poche de son blouson et en laissa
tomber une sur sa cuisse. On aurait dit qu’elle avait affronté un cycle de lavage avant d’être
traînée dans la poussière. Dan vérifia l’adresse de l’expéditeur, et une douleur froide lui traversa
le ventre.
Sandy hésita dans les parages.
— C’est probablement de la pub, dit Dan d’un ton léger avant de jeter l’enveloppe sur ses
livres.
Sa mère saisit le message. Elle lui adressa un sourire pincé, puis tourna les talons. Il entendit
à peine la porte se refermer quand Sandy disparut dans la maison. Dan se jeta sur la lettre.
Lydia et Newton Sheridan
Sheridan ? Comme Félix Sheridan ? Son ancien compagnon de chambre, celui qui avait
essayé de le tuer au cours de l’été, parce qu’il était devenu fou ou… possédé ? Quand il fermait
les yeux, Dan pouvait encore voir le rictus maniaque de Félix. Possédé ou non, Félix avait cru
fermement être la réincarnation du Sculpteur.
Les mains de Dan tremblèrent tandis qu’il déchirait l’enveloppe. Il se dit alors qu’il s’agissait
peut-être de simples excuses. Il était tout à fait possible que les parents de Félix souhaitent lui
tendre la main pour lui communiquer leurs regrets pour tous les torts que leur fils lui avait
causés.
Dan inspira profondément et s’assura d’être bien seul. Par la fenêtre entrouverte, il entendit
Sandy laver la vaisselle dans la cuisine.
Cher Daniel,
Tu es probablement surpris de recevoir une lettre de ma part, et j’aurais aimé éviter de
le faire, mais il m’apparaît évident qu’il s’agit de ma seule option.
Je n’ai aucun droit de te demander une telle chose, mais je te prie de me téléphoner
dès que tu recevras cette lettre. Si tu ne communiques pas avec moi… Eh bien, je ne
pourrai pas t’en vouloir.
603-555-2212
Je t’en prie, appelle-moi.
Sincères salutations,
Lydia Sheridan
1. N.d.T.: Dans la traduction française de la pièce par Victor Hugo.OCHAPITRE N 2
Dan hésita entre balancer la lettre dans les ordures ou composer le numéro tout de suite.
Dans la maison, il entendait toujours le doux cliquetis de sa mère qui lavait et essuyait la
vaisselle. Il lut la lettre une autre fois et tapota la feuille contre ses jointures tandis qu’il examinait
ses options.
D’un côté, il aurait été parfaitement heureux d’oublier jusqu’à l’existence de Félix, mais d’un
autre…
D’un autre côté, il aurait menti en affirmant ne pas être curieux à propos de l’état de son
ancien compagnon de chambre. Toute l’histoire s’était terminée sans être résolue. La sensation
froide dans son ventre refusait de disparaître.
« Félix a probablement besoin de ton aide. Tu as besoin d’aide, toi aussi. Est-ce vraiment
juste de déclarer qu’une personne est une cause perdue ? »
Il fixa la fenêtre à sa droite. Sa mère fredonnait, à présent, et la musique flottait doucement
jusqu’où il était assis. Quelques feuilles tombèrent de l’érable qui plombait sur la véranda. Paul
avait beau émonder ses branches encore et encore, l’arbre continuait de tendre vers la maison.
Mais ça n’empêchait pas son père de persévérer.
Dan agrippa son téléphone cellulaire et composa le numéro de Lydia Sheridan avant de
trouver une raison de se désister.
La ligne sonna et sonna encore, et l’espace d’un instant, il fut persuadé qu’elle n’allait pas
répondre. Il espéra presque qu’elle n’en fasse rien.
— Allô ?
— Allô, Lydia — Madame Sheridan ?
Sa propre voix parut aigüe et étrange à ses oreilles.
— C’est moi… Qui est-ce ? Je ne reconnais pas le numéro.
Elle avait le même ton doux et réservé que Félix, mais il s’agissait d’une version plus
détendue et féminine de la voix dont il se souvenait.
— C’est Dan Crawford à l’appareil. Vous m’avez envoyé une lettre pour me demander de
vous téléphoner. Alors… eh bien, c’est ce que je fais.
Le silence s’installa à l’autre bout du fil pendant ce qui parut être une éternité. Enfin, il
entendit les inspirations irrégulières de la mère de Félix.
— Merci, dit-elle d’une voix qui donnait l’impression qu’elle était sur le bord des larmes. Nous
sommes… Nous ne savons plus quoi faire. Il semblait mieux se porter. Les médecins qui le
soignent croyaient réellement que son état s’améliorait. Mais à présent, c’est comme s’il avait
frappé un nœud. Il ne fait rien d’autre que te demander, jour après jour : Daniel Crawford, Daniel
Crawford.
Cette nouvelle était plus que troublante.
— Je suis désolé d’entendre ça, mais je ne comprends pas trop ce que vous attendez de
moi, dit Dan.
C’était peut-être une attitude froide, mais que pouvait-il bien faire ? Il n’était pas médecin.
— Ça va probablement passer. Je parie qu’il ne lui faut qu’un peu de temps, dit Dan.
— Et toi ? demanda Lydia.
Dan redressa brusquement la tête, saisi par la pointe glaciale soudaine dans la voix de la
femme.
— Est-ce que ça a passé pour toi ? lança-t-elle avant de soupirer. Je suis désolée. Je… je ne
dors pas. Je suis si inquiète pour lui. Je déteste vraiment te demander une telle chose…
— Mais ? demanda Dan pour l’encourager à continuer.
Ce n’était pas nécessaire. Il pouvait voir la question venir à un kilomètre.— Si tu pouvais simplement venir à Morthwaite pour le voir… Je ne sais pas. Je te supplie à
ce stade, comprends-tu ? Je te supplie. Je veux seulement qu’il prenne du mieux. Je veux que
tout ceci se termine.
Dan entendit les larmes lui casser la voix encore une fois.
— Ce n’est pas terminé pour lui, Dan. Est-ce terminé pour toi ?
Il lui fallait en rire. Avait-il l’impression que c’était terminé ? Non, pas du tout. Les rêves
persistaient, toujours aussi terrifiants, et mettaient souvent en vedette le directeur en personne.
Ce n’était pas terminé, et aussi tordu que ça puisse paraître, Dan était un peu soulagé de ne
pas être le seul dans cette situation.
— Ça ne fonctionnera peut-être pas, dit Dan lentement. Je pourrais empirer son état. Vous
en êtes consciente, n’est-ce pas ?
« Je ne veux pas vivre avec ce fardeau. Je ne le peux pas. »
Il se sentait déjà assez coupable d’avoir entraîné Abby et Jordan dans ses ennuis à
Brookline. À tout le moins, dans le cas de Félix, il avait réussi à se convaincre de son
innocence : cette hypocrite de professeure Reyes avait pratiquement admis avoir appâté Félix
dans le sous-sol, où son esprit était… eh bien, où son esprit était resté, selon les apparences.
— Mais tu vas venir ? dit madame Sheridan d’un ton qui semblait heureux, plein d’espoir. Oh,
merci. Je t’en prie, je… Merci.
— Donc, où vais-je aller, exactement ? demanda Dan, dont l’estomac s’était serré en un
nœud géant de peur. Et comment vais-je m’y rendre ?OCHAPITRE N 3
Le samedi suivant, Dan se retrouva assis dans le siège du passager de la Prius gris anthracite
de Lydia Sheridan. Grande et svelte, elle agrippait son volant, le dos voûté. Des bouclettes
serrées et brunes échappaient à une pince papillon à motif d’écailles de tortue qui peinait à
retenir ses cheveux. Des lunettes à la monture légère glissaient sur l’arête de son nez.
— Es-tu certain que tes parents sont à l’aise avec cette visite ? avait demandé madame
Sheridan à Dan à son approche de sa voiture plus tôt cet après-midi-là.
— Ouais, bien sûr, avait-il répondu tandis qu’il attendait qu’elle déverrouille la portière du côté
passager. C’est seulement qu’ils rénovent la maison. Il y a des camions partout. Nous ne
pouvons même pas nous garer dans la cour en ce moment. Mais ils ont été heureux
d’apprendre que j’allais voir Félix.
Après cet échange inconfortable de civilités (dans le stationnement d’un restaurant
McDonald’s), Dan était monté à bord, et le voyage s’était déroulé en silence depuis.
Il ne mourait certainement pas d’impatience de savoir ce qui l’attendait exactement.
Cependant, il ne parvenait pas à réunir le courage nécessaire pour le lui demander.
Il garda plutôt les yeux rivés à son téléphone pour lire la réponse d’Abby et de Jordan à un
message qu’il leur avait envoyé le matin même pour les informer de sa visite à Félix. Il tenait là
la preuve que ses amis lisaient toujours ses messages, à tout le moins. Mais en cet instant, Dan
se disait qu’il aurait voulu recevoir leurs réponses plus tôt, avant qu’il soit coincé dans la voiture
d’une étrangère.
Lipcott, Jordan
à moi, avaldez
Quand j’ai lu ton message, je me suis demandé : « Es-tu certain de vouloir y aller ? » Mais
c’était avant que ma mère récupère le courrier. Quelqu’un m’a envoyé une photo par la
poste, Dan. Abby en a reçu une aussi. Ça donne l’impression d’une blague douteuse. Des
cirques et des spectacles, ce type de foutaises. Je te joins la photo, mais il n’y avait pas
l’adresse de l’expéditeur. Que se passe-t-il, bon sang ?
— J
P.-S. Attends de voir l’endos. Beurk.
[Télécharger pièce jointe 2/2]
Et la réponse d’Abby était encore plus surprenante…
Valdez, Abby
à moi, jlipcott
J’essaie de passer à autre chose, Dan, mais j’ai reçu une photo par la poste, moi aussi. Je
ne veux vraiment, mais vraiment pas ressasser le passé, mais… Je ne sais pas. As-tu
reçu une photo ? Ça me semble étrange que seuls Jordan et moi en ayons reçu une. Ça
me fait paniquer, Dan. J’ai l’impression que quelqu’un nous cible. Sois prudent, d’accord ?
Donne-nous des nouvelles de ta rencontre avec Félix pour ne pas que je m’inquiète trop.
Pourquoi n’avons-nous pas le droit de passer simplement à autre chose ?
Abby
[Télécharger pièce jointe 2/2]
Passer à autre chose était un désir bien naturel, mais le concept était très abstrait et flou dans
la tête de Dan. Comment était-il censé oublier qu’on l’avait attaché sur un lit roulant à l’aide de