Le Sens des dieux - Tome 1

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Et si la seule Polytrocle du monde des dieux devenait le seul espoir de paix ? Et si les secrets et prophéties bien cachés d’Aclyon étaient dévoilés un jour ? Que se passerait-il ?

Entourée de ses amis, Enxedra va découvrir la vraie nature du monde des dieux et les menaces qui risquent de le briser. Les éléments se succèdent et le mystère s’épaissit... Les événements l’entraînent dans une histoire vieille de milliers d’années et une nouvelle ère obscure s'annonce...


Publié le : lundi 19 octobre 2015
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EAN13 : 9782334006989
Nombre de pages : 180
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Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-00696-5

 

© Edilivre, 2015

Chapitre 1 :
Dans la nuit froide

C’est dans un couloir sombre, la nuit, qu’on entendit pour la première fois les pas précipités du souverain. Aclyon, qui d’habitude était d’un calme à tout épreuve et avait une démarche paisible, marchait précipitamment sans un mot. Une belle Déesse marchait sur ses talons avec dans ses bras, un enfant entouré d’une couverture en coton.

« Il ne faut pas attirer l’attention, dépêchons-nous Héley ! », souffla de sa voix rauque le Roi.

La Déesse ne se fit pas prier, elle accéléra le pas et serra un peu plus l’enfant contre elle avec un instinct de mère protectrice. Aucun bruit ne venait interrompre les échos de leurs pas rapides et saccadés.

Ils s’engouffrèrent dans une pièce se trouvant à la fin d’un long couloir et refermèrent avec le plus de douceur possible la porte derrière eux. Le vieux Dieu scruta pendant quelques secondes la pièce qui était plongée dans l’obscurité avec une peur qui le tenaillait.

« Nous sommes seuls, tout va bien. »

Comme si ses paroles avaient enlevé toute crainte, Héley soupira de soulagement et desserra son emprise sur le petit-être qu’elle tenait encore dans ses bras. Aclyon arracha de son cou une chaînette avec au bout une pierre ovale d’une incroyable blancheur, il la tenait fermement dans sa main. Dès lors que la pierre ne fut plus sur le souverain, sa couleur blanche disparût et devint terne. Le Dieu regarda alors le jeune nourrisson qui était emmitouflé dans des couvertures chaudes et douces, c’était une petite fille. La jeune enfant devait être âgée d’une semaine et dormait paisiblement, elle était d’une beauté renversante. Sa peau de bébé était blanche et douce comme du satin, ses petits cheveux étaient brun foncé et son visage était fin. Sa respiration lente semblait apaiser toute la pièce. L’enfant ne pouvait être que divin. Héley regardait la petite avec tout l’amour du monde dans ses yeux. Aclyon déposa lentement, pour ne pas réveiller le bébé, la pierre ovale sur le front de l’enfant.

Un silence obscur plana alors dans toute la pièce. Les deux Dieux regardaient alors cette pierre avec le plus grand sérieux. Elle restait sur le front du bébé sans manifester le moindre changement, elle n’avait aucune couleur. La Déesse sentit les battements son cœur s’accélérer et ses mains commencèrent à trembler. Elle fixa son Roi avec une terrible inquiétude dans ses yeux.

« – Aclyon ! La couleur… elle n’a pas changé ! Elle n’a pas changé !

La voix d’Héley était tremblante et désespérée.

Le souverain émit un profond soupir et reprit la chaînette avec la pierre à son bout, avant de déclarer d’une voix profonde :

– C’est la première fois dans notre monde que cela arrive… C’est extraordinaire… »

L’enfant gesticula légèrement et ouvrit ses grands yeux couleur brun ténébreux. Elle poussa un petit gémissement de sa voix de bébé.

C’est alors que le vieux Dieu fut comme hypnotisé par les yeux de l’enfant, il fut interdit de tout mouvement. Il semblait y lire quelque chose. Cela ne dura que quelques secondes et murmura dans sa brève transe un prénom :

« Enxedra. »

La vieille Déesse haussa les sourcils et regarda le bébé avec stupéfaction.

C’est dans cette nuit-là, sombre et froide, que le destin d’un enfant, fut tracé dans les étoiles de minuit.

Chapitre 2 :
Découverte

Notre histoire commence dans un autre monde, un lieu inconnu où vit une jeune fille du nom d’Enxedra. Sa vie est une légende, un mythe. Voyez-vous, elle est différente, son histoire est différente.

Ici, la nature et les êtres surnaturels cohabitent en paix dans un monde semblable à ceux des humains. Des forêts, des montagnes, des plaines, des cours d’eau : ces paysages communs sont pourtant bien plus majestueux dans ce monde car une chose les rend unique : leur incroyable pureté. Ainsi, ce monde ordinaire est embelli par une atmosphère magique.

Des êtres surnaturels peuplent cet univers fantastique : des Dieux et des Déesses. Ces individus sont similaires à l’homme. Leur apparence est identique à tel point qu’aucune différence ne peut être relevée. Les hommes sont appelés Dieux et les femmes sont appelées Déesses et sont nommés dans l’ensemble Dieux. Malgré leur incroyable ressemblance, l’Homme et le Dieu ont une différence inégalable : le Don. Chaque Dieu et Déesse est doté dès sa naissance d’un Don unique, propre à chaque individu. Pour que les Dons reviennent à chaque génération, un processus éternel s’est mis en place. A chaque mort d’un Dieu, le Don qu’il possédait revient automatiquement à un jeune nouveau-né. Chaque Dieu doit avoir un Don et même si leur espérance de vie va jusqu’à 3000 ans, ceux-ci sont mortels. Ils vivent dans ce monde depuis peu de temps mais ont déjà réussi à créer des choses fondamentales. On ne peut le nier, les Dieux sont bien plus intelligents que l’Homme mais leurs sentiments, leurs qualités et leurs faiblesses sont égaux. Parmi ces choses fondamentales, certaines ressemblent étrangement à celle de l’humain. Pour se nourrir, ils ont développé l’agriculture, – ayant uniquement besoin de végétaux pour vivre et non de viande – Des animaux communs peuplent cet univers. En peu de temps, les Dieux ont développé et nourri une intelligence rare et créé une société dotée d’un langage et de l’écriture, capable de construire des édifices et de manier les armes.

L’histoire qui va débuter se déroule sur le sommet d’une des nombreuses montagnes de ce monde, la montagne Erope. Cette montagne n’a que quelques centaines de mètres d’altitude, pourtant elle est la plus imposante de cet univers. Non en altitude, certes, mais en ressources inépuisables. La montagne Erope est recouverte d’arbres et de sapins verdoyants absolument éblouissants. Là-bas, circule l’air la plus pure au monde. Cet endroit est rempli de sérénité.

Au sommet de cette montagne sauvage se trouve un Palais : le Palais des Dieux. Cette demeure surplombe l’horizon et peut être vue à des kilomètres tant sa grandeur et sa beauté sont remarquables. Cette demeure gigantesque a des façades d’un blanc limpide, des fenêtres immenses laissant la lumière baigner l’intérieur du Palais, des sculptures et des gravures artistiques décorant la structure du toit, une imposante porte d’entrée faite en bois de chêne. Elle semble en tout point invulnérable. Il y a également, à l’arrière, un grand espace de terrain appelé le jardin. C’est un espace où seule l’herbe et un grand lac faisant la joie des Immortels sont présents.

C’est dans le Palais qu’habitent les Dieux. Ils sont une centaine et ont un Roi. Ce Roi a tous les pouvoirs et est le plus vieux Dieu, il est aussi appelé souverain. Le Roi du Palais Des Dieux se nomme Aclyon. Il a créé, depuis le début de son règne, un Royaume qui porte le nom de Royaume d’Aclyon. Celui-ci comprend le Palais et toute la montagne Erope. Aclyon a 3000 ans et est un souverain sage et respecté de tous.

L’intérieur du Palais n’a rien à envier à l’extérieur. Il y a des centaines de pièces spacieuses et lumineuses, notamment de très nombreuses chambres toutes comportant un lit douillet composé de coton, et une bassine où l’on peut y mettre de l’eau chaude pour se laver. La plus grande pièce du Palais est la salle à manger. On peut y trouver de grandes rangées de tables de plusieurs mètres de long complétées par des chaises. C’est à l’arrière de la salle à manger, là où le point de vue est le plus étendu que se trouve le grand trône d’Aclyon. Celui-ci peut ainsi avoir une pleine vue sur son peuple. La salle à manger est dégagée au niveau du centre permettant ainsi une plus libre circulation pour le peuple arrivant en grand nombre pour se restaurer. Le buffet, une grande table sur laquelle sont disposés les aliments, est à l’écart. De grandes fenêtres exposent la pièce à une douce lumière constante.

La bibliothèque est également une pièce du Palais, celle-ci est aussi d’une grandeur imposante et composée de grandes étagères de bois de frêne, remplies de livres aux couvertures de cuir et écrits par les premiers Dieux de ce monde. Ces livres sont l’héritage intellectuel et culturel des premiers Dieux. Une source inépuisable de savoir. Pour les lire, de grandes chaises avaient été aménagées.

Aclyon est brave, sage et intelligent. Malgré son grand âge, il est un souverain exemplaire et présent pour son peuple. On sait très peu de choses sur lui à part le fait que c’est l’un des premiers Dieux de ce monde et qu’il est le fondateur du Palais. Sa discrétion et son calme sont légendaires. Ce vieux Dieu a de longs cheveux blancs et une longue barbe blanche pigmentée de quelques nuances de noir clair, ses yeux sont d’un gris métallique et reflètent une sagesse et une intelligence rare. Il porte toujours une sorte de longue robe tunique, grisée avec le temps. Malgré son état, il ne la quitte jamais. Une couronne d’or décorée de perles, de diamants, de saphirs et de pierres trône sur sa tête. Il porte également un médaillon surmonté d’une chainette d’argent. Ce médaillon n’est pas un simple bijou, c’est un trésor qui a vu le jour dès la création de ce monde. Il est ovale et a une couleur blanche éclatante quand il est porté sur Aclyon. Il a un pouvoir unique car posé sur le front d’un nouveau-né, il change de couleur selon le Don qu’a l’enfant. Il suffit alors d’interpréter la couleur que reflète le médaillon pour connaître le Don reçu par l’enfant. La couleur blanche de celui-ci quand il est porté par Aclyon vient de son Don. Le souverain n’a jamais dit à personne de quel Don il a hérité. Le mystère plane autour de ce Roi réservé et discret. Son amie la plus fidèle est Héley, la Déesse la plus puissante du Royaume avec le Don Du Feu, âgée de 2500 ans.

Les enfants des Dieux sont appelés les Immortels. Ils portent ce nom de leur naissance à leurs 18 ans, âge où ils sont considérés comme des Dieux et des Déesses. Les Immortels doivent être cultivés et apprendre des bases obligatoires. C’est ainsi que les entraînements et les études furent inventés pour les Immortels dès l’âge de 6 ans. Chaque Immortel doit quotidiennement s’entraîner dans le jardin au maniement des armes, une base fondatrice de ce monde. L’apparition de cette pratique apparut mystérieusement peu avant qu’Aclyon ne devienne Roi. Certains prétendent qu’il s’est passé quelque chose pour que le souverain oblige les jeunes enfants à l’art de la guerre mais ce ne sont que des rumeurs. Les Immortels doivent également apprendre l’Histoire des premiers Dieux, se cultiver et contrôler leur Don. Ils devront apprendre une langue étrangère parlée des premiers Dieux. Cette langue appelée arganéen est souvent utilisée dans les très vieux livres.

Ainsi est organisé ce monde rempli de mystère et ainsi débute notre histoire…

Chapitre 3 :
Mystère du temps

Enxedra baillait à s’en décrocher la mâchoire. La belle Immortelle avait 16 ans depuis quelques semaines déjà et voyait ses 18 ans et son titre de Déesse se rapprocher à grand pas. La jeune fille venait de se réveiller et sortait de son lit les yeux encore embués de sommeil. En touchant de ses pieds le sol froid, elle ne put s’empêcher de grelotter. Son dortoir avait souvent ce fond d’air peu agréable le matin. Celui-ci n’était pas très spacieux et ne comportait que le strict nécessaire : un lit à la couverture chaude et douillette, une petite table de chevet faite en bois de hêtre et une bassine pour se laver. Mais cela suffisait largement à Enxedra, à tous les autres Immortels aussi d’ailleurs. Sa chambre était bien décorée, ses tapisseries étaient d’une couleur beige lumineuse et une grande fenêtre apportait la lumière nécessaire pour la journée. Oui, on ne pouvait pas dire qu’il lui manquait quoi que ce soit. L’Immortelle se leva de son lit avec amertume, elle aurait pu dormir encore quelques heures mais une règle imposée par Aclyon l’en empêchait : personne ne devait rester dans son lit le matin, il fallait profiter de la journée. C’est donc un peu endormie que celle-ci s’habilla avec un haut à manches longues en tissu et un pantalon. Les habits étaient tous simples au Palais et cela convenait à tout le monde. Les robes ne devaient être sorties que pour les grandes occasions, elles étaient faites avec de la soie et une autre sorte de tissu rare. C’était un vêtement de prestige et chaque jeune fille devait en avoir un. La couleur de cette robe devait être la même que celle qui représente notre Don, la couleur qui figurait sur le médaillon qu’on posait sur le front d’un nouveau-né. En pensant à cela, Enxedra soupira bruyamment. Elle, elle n’avait pas de Don. Héley, une Déesse qui comptait beaucoup pour elle, lui avait dit qu’elle avait été trouvée, bébé, dehors dans une nuit froide. On l’avait recueillie et découvert qu’elle n’avait pas de Don. En effet, la pierre d’Aclyon n’avait pas changé de couleur, une première dans l’histoire de ce monde ! Cela bien sûr avait fait le tour du Palais et on la traitait depuis de Polytrocle. Un Polytrocle est un nom inventé, né de l’imagination puisque cela désigne un être n’ayant pas de Don, une créature, un monstre. Etre traité de Polytrocle était une insulte grave et très méchante et malheureusement, Enxedra en avait souffert dès son plus jeune âge. La jeune fille se tira de ses pensées et enfila sa paire de chaussure. La chaleur de celle-ci apaisa ses pieds froids. Elle finit par se regarder dans un petit miroir, matière récemment découverte, et y contempla son visage. Même si elle ne se l’avouerait jamais, l’Immortelle était très belle. Ses longs cheveux bruns descendaient jusqu’au milieu du dos et étaient d’une douceur incomparable. Ils dégageaient toujours une odeur fruitée. Ses beaux yeux brun foncé étaient lumineux et s’accordaient parfaitement avec son visage lisse et sa peau pâle. Mais la jeune fille ne voyait qu’une Polytrocle dans le miroir, elle ne pouvait voir rien d’autre.

Enxedra sortit de sa chambre et s’engouffra dans l’un des nombreux couloirs du Palais. On pouvait voir des portes à perte de vue, il y avait des trentaines de dortoirs. Le couloir était bien lumineux grâce aux grandes fenêtres mais il portait les bruits de pas dans un écho à travers toute la demeure. En passant, elle entendit les bruits de meuble derrière les portes ; tous les Dieux et les Immortels se réveillaient. Elle finit par arriver devant les grandes portes ouvertes de la salle à manger où un vacarme assourdissant se faisait entendre, comme tous les matins ! L’Immortelle entra dans la pièce et put voir les tables assiégées de Dieux et Déesses. La salle semblait toujours aussi gigantesque ! Le buffet était déjà rempli de fruits et de légumes frais venant d’être récoltés dans les champs. Les champs que les Dieux cultivaient, se trouvaient tous sur la montagne Erope et chaque jour, un groupe de Dieux, de Déesses et parfois d’Immortels devait y passer récolter, s’occuper des plants, planter des graines et arroser. Concernant les champs, le travail ne manquait jamais. Avec le développement de l’agriculture et l’exploitation des pierres précieuses, le Royaume était prospère et le peuple profitait d’une vie paisible.

Enxedra s’assit finalement à l’extrémité d’une table, à l’écart. Elle préférait se montrer discrète. Cela valait mieux pour une Polytrocle ! Le brouhaha incessant s’amplifiait à mesure que d’autres Dieux arrivaient en masse. La salle fut bientôt bondée de monde. Quand soudain, des bruits de pas lourds se firent entendre. Tous les Dieux regardaient vers l’entrée de la salle à manger et un silence soudain régna. C’est alors qu’un vieux Dieu apparu et marcha d’un pas lent en direction du trône : c’était Aclyon. Tout le peuple avait les yeux rivés sur lui et un silence pesant s’installa. Le souverain portait comme à son habitude sa longue robe tunique grisée, ses cheveux et sa barbe était soigneusement peignés. Le Roi marchait tranquillement, les yeux fermés, comme si tout son esprit était occupé. Enfin, il s’installa sur son trône en s’y laissant presque tombé. Cela devait être un effort considérable pour lui car il ne put s’empêcher de soupirer bruyamment. C’est alors que les Dieux se levèrent et se précipitèrent vers le buffet pour se servir. Pour Enxedra, ce spectacle n’était pas nouveau. Tous les jours, à chaque repas, la même scène se rejouait : un silence pesant précédait l’arrivée d’Aclyon et une fois le souverain installé, le brouhaha et la cohue recommençaient. L’Immortelle se servit en dernier, en essayant de ne pas attirer l’attention sur elle, elle voulait se faire oublier. Elle avait bien essayé quand elle était petite de se rendre utile pour se faire traiter autrement que comme une étrangère mais ce comportement ne lui avait engendré que plus de moqueries encore. Aujourd’hui, elle avait trouvé la solution à tous ses problèmes : se faire oublier. Héley lui avait bien dit que ce n’était pas la solution mais la jeune fille ne pouvait voir d’autres options car il n’y en avait pas. Elle était ce qu’elle était : une étrangère. Et bien que la solitude la faisait souffrir, rien n’y remédierait. Les autres la verraient toujours comme une Immortelle sans Don, elle ne pouvait changer ce qu’elle était. Enxedra se servit quelques aubergines avec du choux et des carottes. Cela lui suffisait grandement et lui remontait le moral. Goûter aux légumes sauvages, fruits de la terre, était pour elle le meilleur délice au monde. Les légumes et fruits des plantations des Dieux étaient absolument délicieux.

L’après-midi, synonyme d’entraînement, était venue à une vitesse phénoménale. L’Immortelle détestait ce moment de la journée. Aller à un entraînement quand on n’a pas de Don pour s’entraîner était la pire des hontes ! Mais elle n’avait pas le choix : elle était une Immortelle et en tant que telle, elle devait faire comme les autres. Le jardin était immense et l’herbe était toujours verte malgré le nombre de fois où elle était piétinée chaque jour. Des arbres aux feuilles couleur émeraude délimitaient la parcelle du terrain. Au-delà des arbres, se trouvaient des terrains caillouteux où l’entraînement était impossible. Un lac se trouvait de côté. Ce lac était assez grand et les petits trop jeunes pour s’entraîner venaient souvent s’y baigner quand il faisait chaud. Mais s’y baigner était dangereux pour de jeunes enfants, il se trouvait sur le terrain de l’entraînement et les Immortels s’y exerçaient avec des armes tranchantes ou bien pointues. Les épées étaient regroupées par tas sur le sol. Enxedra était toujours surprise par cette base fondamentale. Pourquoi Aclyon voulait-il mettre à l’entraînement quotidien des Immortels ? Surtout un entraînement avec des armes ! Cela n’avait pas de sens ! Mais ces questions, elle en avait peur, resteraient sans réponse. La jeune fille, un livre sur l’arganéen dans la main, traversait le jardin, la tête basse. Elle ne pouvait affronter les regards moqueurs des autres Immortels sur elle. C’était insupportable. Elle avait voulu aller à la bibliothèque pour lire et apprendre tranquillement mais celle-ci était fermée exceptionnellement pour une durée indéterminée. Cela était très étrange. La bibliothèque n’était jamais fermée, même pour une demi-heure ! Enxedra cessa de penser et s’installa par terre sur le gazon.

L’Immortelle respirait pendant quelques secondes l’air doux et frais qui l’entourait. Un vent léger soulevait ses cheveux et passait sur sa peau blanche. La température était agréable et le ciel dégagé. Le soleil illuminait cette vaste étendue de bleu. Cela lui réchauffa le cœur et pendant quelques secondes elle oublia ce qui l’entourait et qui elle était. Un bruit aigu et sec se fit soudain entendre. L’Immortelle eut la chair de poule en voyant ce qui se trouvait à quelques centimètres d’elle. Une épée longue et fine au manche cuivré s’était plantée profondément dans le sol. Elle eut un haut-le-cœur en se demandant ce qui se serait passé si l’épée l’avait touchée. D’une main fébrile, elle arracha l’épée de terre et passa sa main sur la lame où s’étaient accrochés des morceaux d’herbes et de terre. L’épée mesurait environ 1 mètre et son faible poids devait la rendre bien maniable. La pointe était aussi aiguisée qu’une dent de tigre. Des bruits de pas s’approchèrent et un murmure de dégout se fit entendre. Enxedra releva la tête et aperçut un jeune Immortel âgé d’environ 13 ans qui la regardait avec une grimace peu aimable. Il était brun aux yeux foncés. Celui-ci s’exclama soudain :

« – Ne me dis pas que tu as touché mon épée avec tes sales mains de Polytrocle ! Mais quelle horreur !

Il fronçait ses sourcils et recula de quelques pas comme si la peste se trouvait devant lui. La jeune fille se mit debout dans un élan soudain, une rage l’enivrait. Elle laissa tomber l’épée devant elle et siffla entre ses dents :

– C’est la dernière fois que tu me traites de Polytrocle, sombre idiot que tu es !

Il émit un petit ricanement.

– Je ne vais même pas répondre à ton insulte, Etre inférieur ! »

Le jeune garçon la toisa avec froideur en la regardant de haut en bas, toujours avec une grimace de dégout, ramassa son épée, et s’enfuit d’un pas rapide et joyeux. Enxedra bouillait intérieurement. Une colère s’insinua dans son cœur et elle se fit violence pour la faire disparaître. Elle inspira et expira doucement, une main sur son cœur, espérant que cela la calmerait. Des échanges comme celui-ci, elle en avait bien connu, mais la même tristesse la submergeait toujours. Etre traitée de cette façon était la pire offense au monde, et elle devait le supporter, elle n’avait pas le choix. Répondre et ne pas se plaindre, voilà les quelques mots qui décrivaient parfaitement ce qu’elle devait faire.

Chapitre 4 :
Souffle glacé

Après l’altercation dans le jardin, Enxedra s’était laissée retomber par terre et ravalait sa tristesse avec beaucoup de mal. Elle commença à lire le livre sur l’arganéen avec dépit. Après une telle conversation, se consacrer à une langue ancienne était peine perdu mais la jeune fille se donna une fausse motivation pour continuer. L’arganéen était une langue complexe. Elle lisait dans sa tête des phrases à apprendre. Elle poussa un profond soupir en les lisant. Ily mordt equwi swenda verso phynt eny. Qui pouvait bien comprendre ce charabia ? En lisant la traduction, un sourire se dessina sur ses lèvres. Lisez cette phrase et comprenez là. Une chose était sûre, elle ne l’avait pas comprise ! Elle ravala un soupir agacé et se la répéta en boucle dans sa tête mais la foi n’y était pas, son esprit et ses yeux contemplaient l’entraînement, perplexe. Une vingtaine d’Immortels s’entrainaient avec des arcs, des épées, des haches, des sabres, des lances… Ils s’entraînaient sur des cibles, seul, amicalement avec un partenaire. Un frisson glacé la parcourut en voyant ces Immortels, arme à la main, ils ressemblaient à des guerriers. Certains affutaient leur Don en leur donnant une forme. Une jeune Immortelle aux cheveux blonds, à l’écart, se trouvait à côté d’un jeune garçon. La jeune fille avait les mains ouvertes et ses yeux fixaient ses paumes dans un silence surprenant. Elle se concentrait avec une intensité remarquable. Le jeune Immortel, lui, venait de s’approcher de la jeune fille et lui soufflait quelque chose à l’oreille. Celle-ci hocha la tête en écoutant les paroles que lui soufflait son ami et ferma les yeux. Soudain, une aura, une sorte d’énergie fluide à l’aspect fantomatique sortit de ses paumes avec une couleur bleue claire intense et éblouissante. Cette énergie incroyable monta doucement jusqu’au niveau de sa tête pour finir par stagner. C’est alors que de petits flocons sortirent de l’aura et se déversèrent doucement sur elle. La jeune fille poussa un petit rire, un sourire enfantin se dessina sur son visage et elle regarda de ses yeux la petite énergie bleue fonctionnant comme un nuage qui déversait la neige en hiver, sauf que c’était elle qui avait créé ce phénomène. Elle prit alors le jeune garçon dans ses bras et rigola, heureuse. Elle rouvrit ses mains pour accueillir les flocons cristallins...

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