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L es fagots de brindilles crépitaient joyeusement tandis que les branches mortes se mettaient à geindre et à s’éclairer par endroits autour du grand arbre que l’on avait coupé et fiché là, au centre du village depuis plusieurs semaines. L’ ombre, qui était lentement descendue sur le bûcher, s’éclatait en formes multiples, dansantes, vacillantes, surprenantes, inattendues. On pouvait encore distinguer les taches claires des bouquets de fleurs ou des couronnes qui avaient été déposés au sommet de l’arbre comme des boules de Noël ou des auréoles célestes. L’air était doux et un petit vent léger jouait avec les flammes encore timides qui hésitaient à se glisser impercep tiblement entre les branchages éparpillés. La procession des habitants avait suivi le curé du village qui avait allumé luimême le feu de joie de la SaintJean et célébré ainsi et malgré lui les noces depuis si
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longtemps consommées entre religion et superstition. C’était la nuit du 23 au 24 juin 1892. Les jeunes étaient arrivés les premiers, garçons vêtus de leur plus beau costume, filles parées de robes longues et de corsages blancs. Ces dernières avaient passé la fin de journée à tresser leurs cheveux et à les orner de fleurs et de rubans. Elles savaient qu’elles devraient danser neuf fois autour du bûcher en faisant virevolter jupons, dentelles et rubans pour inévitablement se marier dans l’année. Mais les danses et les vœux n’étaient pas exclusivement réservés aux jeunes filles. Dès que les membres désarticulés et rap portés du grand arbre commençaient à s’enflammer, chacun et chacune se don naient la main pour former une ronde joyeuse où se mêlait le plaisir de la danse à celui de la croyance en la magie de l’instant.