Le voleur de pandas

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L’un après l’autre, les pandas du zoo de Chonqing, la ville la plus industrieuse de Chine, sont enlevés. Li-Fong qui soupçonne le vieux Ming le suit jusqu’au port où il est embarqué de force sur son sampan avec le panda captif. Commence alors un long voyage sur le Yang-Tsé-Kiang.

Ce roman porté par un héros jeune et aventureux, courageux et idéaliste, offre une vision réaliste de la Chine d’aujourd’hui, où les rizières étagées bordent des mégapoles polluées. Alain Surget fait s’entrechoquer tradition et modernité, et nous rappelle qu’il ne faut jamais se fier aux apparences. Faux voleur mais vrai sage, le vieil homme délivre les pandas du joug des hommes et initie Li-Fong à la liberté.

Publié le : mercredi 26 septembre 2007
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EAN13 : 9782700241143
Nombre de pages : 160
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SOMMAIRE

Chongqing

Le voleur de nuit

Les rues de lune

Le sampan rouge

Sur le Yang-Tsé-Kiang

Le village dans les airs

Le camp du dernier soir

Les trafiquants de fourrures

L’Emei Shan

978-2-700-23368-1

ISSN 1951-5758

 

 

© RAGEOT-ÉDITEUR – PARIS, 1990-2007.

Tous droits de reproduction, de traduction et d’adaptation
réservés pour tous pays.
Loi n° 49-956 du 16-07-1949 sur les publications
destinées à la jeunesse.

Du même auteur, dans la même collection :

Les disparus de Fort Boyard
Le fils des loups

Chongqing

Cette fois, la mesure était à son comble : c’était le troisième jeune panda dérobé depuis que la cité de Chongqing, au centre de la Chine, s’enorgueillissait de posséder un zoo.

Le voleur agissait de nuit, à la barbe des gardiens, et mille suppositions couraient à son sujet : pour les uns, c’était un professionnel chargé d’approvisionner les zoos de Pékin ou de Shanghaï, mais qui avait trouvé plus commode de s’emparer d’animaux déjà capturés plutôt que de s’aventurer dans les montagnes ; pour les autres, c’était un étranger, un Long Nez1, qui travaillait pour Londres ou Chicago et qui faisait sortir les pandas de Chine via Hong Kong ou Macao.

Certaines mauvaises langues prétendaient même que c’était pour leur fourrure qu’on enlevait les animaux…

La rumeur publique propagea la nouvelle jusque dans les hameaux les plus reculés, soulevant l’indignation des populations. Pourtant, en dépit des efforts de la police, aucun indice ne permit de conduire à une piste sérieuse. La disparition de leur animal national restait pour les Chinois un insondable mystère.

Le ciel était gris cendre, chargé de poussière. Les immeubles et les hauts fourneaux paraissaient trembler dans une brume constante. Des fumées blanches, au lieu de monter droites, se cassaient au-dessus des usines et venaient engluer la ville.

L’air sentait fort le charbon. Quand le vent soufflait du sud-est, il ramenait sur Chongqing une odeur d’œuf pourri provenant des installations chimiques établies le long du Yang-Tsé-Kiang, le grand Fleuve Bleu, qui n’avait de bleu que le nom. On était en pleine mousson d’été, et pourtant il ne tombait qu’une espèce de crachin sans que l’on puisse déterminer s’il s’agissait de gouttes d’eau ou d’éléments de pollution. La pluie, la vraie, restait accrochée aux nuages qui glissaient par-dessus les brouillards industriels sans arriver à les percer.

La foule se pressait à l’entrée du zoo, patientait devant les guichets : c’était un serpent de parapluies étiré le long de la rue, et qui ondoyait lentement, sans à-coups, pour finir par se déverser dans les allées en une sorte d’hydre à mille cous.

Li-Fong piétinait à côté de son père. Il était impatient de découvrir la fosse à pandas, mais la queue devant la caisse durait une éternité.

– Doucement, disait le père, elle ne va pas s’envoler, surtout qu’il n’y a plus grand-chose à voir maintenant.

Pourtant, rien n’aurait pu calmer la fièvre du garçon. Il craignait qu’on ne dirige les gens vers une autre partie du zoo, justement parce qu’il n’y avait rien à voir et qu’on pouvait en profiter pour entreprendre des travaux dans la fosse. Pour lui, rien ne devait être touché parce que c’était la meilleure façon de rappeler l’ignominie du vol et de conserver intacte la colère sourde des habitants.

Les gens étaient massés devant l’espace vide, silencieux. Ils osaient à peine respirer, regardaient l’endroit comme s’il était devenu une relique, un lieu sacré.

Li-Fong joua des coudes pour se retrouver au premier rang. Il resta de longues minutes devant le parapet, les bras croisés sur la pierre, à s’étourdir d’absence. L’eau paraissait figée en bas du mur, comme un éclat de miroir. La butte et les rochers évoquaient un désert, et l’arbre aux acrobaties un misérable poteau.

La vie s’en était allée avec les pandas, et les fauves avaient beau rugir alentour, coincés dans deux mètres carrés de cage, ils n’arrivaient pas à arracher la foule à ses sombres pensées. C’est le symbole même de la Chine qui avait été dérobé.

Son père entraîna Li-Fong un peu plus loin, devant la fosse d’un énorme panda, le dernier du zoo. C’était un gros animal poussif, affalé contre le tronc d’un arbre et qui passait ses journées à manger et à se gratter le ventre. Ses manches et ses bottes noires, son manteau blanc et ses lunettes le faisaient ressembler à un ours en peluche.

– Pourquoi le voleur n’a-t-il pas pris le gros ? demanda Li.

– Il est trop lourd, trop vieux. C’est un peu comme si, voulant montrer l’image de la Chine nouvelle, on ressortait les portraits du grand-père.

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