Les coupeurs de langues

De
Publié par

C’est au cours d’un voyage en Espagne, à Marbella, où elle fait une cure de remise en forme, que Lisette fait la connaissance de Homa son dernier grand amour. Mais cet homme tendre et attentionné, n’est autre qu’un baron de la drogue.


Pour Lisette, il est l’homme d’affaires qui voyage, décide, donne des ordres à des milliers de kilomètres comme lorsqu’il vient la voir dans son paradis perdu en Côte d’Ivoire, dans sa chaumière au bord de la mer, non loin du petit village de pêcheurs d’Azuretti.


Bien que quinquagénaire, Lisette est encore très séduisante. Rien d’étonnant à ce que cet homme veuille tout abandonner pour vivre auprès d’elle. Mais le peut-il ? Extrêmement courageux, il peut tout affronter dans l’adversité, tout, sauf le jugement de sa Lisette si éloignée de son insoutenable business. Il préfère disparaître…


Dans ce roman, amour et trafic de drogue, légendes africaines et sorciers se côtoient entraînant notre héroïne dans des univers insoupçonnés, sur fond de paysages somptueux.


Amour et intrigue,les deux fers de lance des romans de Marinette.


Publié le : mardi 1 janvier 2008
Lecture(s) : 29
Tags :
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 2953100800
Nombre de pages : non-communiqué
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Chapitre 1
Perchée sur un tabouret devant lepetit bar circulaire en bambou du salon, madame Ballaaz dégustait avec une évidente satisfaction sa portion congrue de potage aux légumes. C’était là tout le jeuner servi aux curistes de la Clinica Hernandez à Marbella. En fait, cet établissement n’avait de commun avec une clinique ordinaireque lesquelques médecinsque l’on devait consulter impérativement en début et en fin de cure. Les infirmières, elles, procédaient chaque matin à lapesée despensionnaires, aux enveloppements chauds sur le foie au moment de la sieste et certainsjours, aux lavements purificateurs. Bref, on venait à la Clinica Hernandez pour réparer engénéral les dégâts causés en cours d’année par des repas souvent trop copieux,parfois troparrosésqui, fatalement, avaient abouti à un excès pondéralgênant et inesthétique. Legrand salon, très élégant, donnait sur la mer. Madame Ballaaz vint s’asseoirprès de la baie vitrée, dans un confortable fauteuil recouvert de chintzglacé et fleuri. Elle faisait le vide dans son esprit. Elle ne voyait que les vagues argentées qui finissaient doucement leur course mousseuse sur la plage. Le calme environnant l’engourdissait. Tout à coup, ilyeut ungrand brouhaha dans le vestibule d’entrée si artistiquement décoré. Onparlait très fort. On riait. C’était
7
des voix d’hommes. Sans voir les nouveaux arrivants, madame Ballaaz supposa qu’il s’agissait de Libanais. Elle reconnaissait leur accentpuisqu’elle en avait épousé un dont elle était veuve depuis unequinzaine d’années. Ses paupières s’alourdissaient. Le bruit la gênait. Il lui fallait regagner sa chambre pour la sieste. Sa haute silhouette élégante traversa le salon. Bien qu’elle approchât de la soixantaine,quelque chose d’indéfinissable en elle captait l’attention. Il émanait de cette femme une grande sérénité. Ses cheveuxplats, d’un blond vénitien, étaient savamment enroulés dans le cou en un petit chignon tout à fait BCBG. Ils s’harmonisaient avec le hâle doré de son visage et la couleur pain brûlé de son chemisier. Ses yeux très bleus, dont elle n’aurait pu expliquer l’origine génétique, mettaient une tache gaie dans l’ensemble de sapersonne. Lepoids des ans alourdissaitpeut-être unpeu sa démarche à moinsque ce ne fûtplutôt, tout simplement, sonproprepoids. Du reste, c’était bien la raisonpour laquelle elle était à Marbella. Aréce la ption, les nouveauxpensionnaires étaient manifestement très gais. Ils avaient dû faire de bonnes agapes avant de commencer leur cure. Tout comme ils auraientpu enterrer leur vie de garçons. Ils riaient et quand ils parlaient entre euxcétaiten arabeet trèsfort. Ils attendaientque l’hôtesse de service terminât les formalités d’entréepour les conduire à leurs chambres. D’après le bref aperçuqu’elle en avait eu, ils devaient être trois. Madame Ballaaz trouvait leur comportement nettement tropbruyant pour un endroit aussi élégant. Néanmoins, elle éprouvait unesortedesatisfactionde lessavoir là. Ellesesentait moinsdépaysée. Elle ne comprenait pas l’arabe mais elle aurait gagé qu’eux, connaissaient bien le français. Cela lui semblait évident,
8
les Libanais leparlaientpresque tous. Son mari roulait les “R” comme les tambours de Mac-Mahon à la charge de Reichshoffen, néanmoins, il s’exprimait en français sans la moindre difficulté. Depuis huit jours qu’elle était à la Clinica, elle n’avait rencontré que des Allemands, des Nordiques et malgré quelques tentatives d’approches aimables de sapart, ils demeuraient murés dans leur carapace glacée. Au moins, avec les “nouveaux” elle allait sûrement trouver un partenaire pour jouer au poker le soir. Tout à coup, elle entendit un affreux juron qu’elle connaissait bien : “Kess emmak.” Elle se surprit à sourire dans les couloirs qui la conduisaient à sa chambre. Les jours à venir promettaient dêtremoinsmonotones!Elle était fatiguée. Elle mit le peignoir blanc en tissu éponge de l’établissement et s’allongea sur le lit. Elle se remémora les circonstances stupides dans lesquelles elle avait connu son mari. C’était peu après la guerre, en mil neuf cent cinquante à Paris. Elle se rappelait très nettement ce jour-là Elle flânait boulevard des Capucines et venait de s’attarder devant la vitrine d’un magasin de chaussures. A cette époque les modèles étaient si variés et si chicsqu’onpouvait les assortir à chacune de ses tenues. Ils étaient en daim, en cuir,croco en ,tissu . en Leurs couleurs,leurs fantaisies,faisaient rêver,calculer,hésiter,succomber pour finalement toujours acheter. Elle sortait du magasin les bras chargés, ce qui l’empêchait de voir la marche traître au bas de laporte. Et la voilà les bras en croix sur le trottoir,le nez et le menton sur un caillou. Elle avait du mal à se relever car elle souffrait beaucoup. Ses bas avaient deux larges trous à l’emplacement des genoux sanguinolents. Son joli manteau ample en velours côtelé noir au col si élégant, était plein de poussière. Elle geignait tant elle souffrait. Elle s’inquiéta enfin de son sac et du carton de chaussures : ils avaient disparu.
9
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi