Les mâchoires du muséum

De
Publié par

Edern a dérobé une plume de la coiffure d'un guerrier au Muséum d'histoire naturelle.

Publié le : mercredi 27 mai 1998
Lecture(s) : 8
Tags :
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782012033245
Nombre de pages : 160
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
TABLE
1. Visite au Muséum
Alex Pargam
Passionnée de littérature fantastique et de cinéma d’épouvante, Alex Pargam est née à Toulouse en 1964. Après des études de sciences politiques, elle devient consultante en entreprise à Paris avant de s’installer à Barcelone pendant quelques années. Elle vit depuis peu à Nantes, ville où coule l’Erdre dont elle s’est inspirée pour L’œil sur la rivière, son premier roman pour la jeunesse.
Marc Mosnier
Né en 1963 à Nantes, Marc Mosnier est revenu au dessin par passion après des études juridiques. Il s’est essayé à tous les genres : encyclopédies pour Gallimard, et surtout romans fantastiques pour Denoël, Fleuve Noir et Hachette jeunesse. Il est également l’auteur d’une série d’illustrations ayant trait à la mythologie celtique.
© Hachette Livre, 1998.
43, quai de Grenelle, 75015 Paris.
978-2-012-03324-5
Du même auteur dans Vertige cauchemar
L’œil sur la rivière
1
VISITE AU MUSÉUM
Un feuillage touffu dissimulait en partie le tronc couché, enfoui sous un enchevêtrement inextricable de branches et de broussailles. Edern se pencha, curieux de savoir quel animal pouvait se tapir à l’abri des branchages. Une langue fine jaillit à quelques centimètres de son visage. Effrayé, le garçon recula d’un bond. Ce qu’il avait d’abord pris pour une masse de feuillage dense venait de faire une brusque volte-face. Il se ressaisit aussitôt, rassuré par l’épaisseur des parois vitrées de la cage.
Iguane Géant des Caraïbes mentionnait l’étiquette apposée au bas de la vitre.
Partagé entre la fascination et la répulsion, Edern examina longuement l’énorme lézard qui se tenait en appui sur ses pattes arrière. L’animal mesurait près d’un mètre de haut et était entièrement recouvert d’écailles verdâtres. Le garçon remarqua l’épine dorsale plantée de longues piques, la collerette sur la nuque et le goitre enflé à la place du cou. Parfaitement immobile, l’iguane ne prêta aucune attention au jeune visiteur. De sa patte griffue, il gratta la paroi vitrée puis se figea de nouveau. Il se fondait dans le feuillage qui ornait sa cage au point de devenir presque invisible. Au souvenir de la langue qui avait surgi sans prévenir, Edern réprima un frisson.
« Je préfère le savoir enfermé qu’à l’extérieur. » Lui tournant le dos, il rejoignit ses camarades de classe à l’autre bout du vivarium.
« Allons, allons ! Silence, les jeunes, s’il vous plaît ! »
Le directeur du Muséum d’histoire naturelle s’épongea le front d’un geste las, désespérant de se faire entendre dans le vacarme. Les élèves s’étaient dispersés aux quatre coins de la salle, piaillant, s’interpellant à grands cris. Aucun d’eux ne montra le moindre signe d’intérêt à son égard.
« Rassemblez-vous ici et tenez-vous tranquilles ! ordonna la prof de sciences, subitement agacée par les exclamations horrifiées qui fusaient, çà et là, devant certaines espèces à l’aspect particulièrement répugnant. Monsieur le directeur du Muséum souhaite nous adresser un mot de bienvenue. »
Le ton était sans réplique et tout le monde s’empressa d’obéir. Les bavardages baissèrent d’un ton pendant que les élèves se regroupaient autour des deux adultes.
« Je n’ai pas beaucoup de temps à vous consacrer, les avertit le directeur, mais j’aimerais vous dire quelques mots sur le nouveau musée. »
Tout en parlant, il s’était dirigé vers une petite estrade dressée près d’un mur pour l’occasion.
« Vous avez la chance d’avoir été choisis par le conseil municipal pour être les premiers visiteurs du nouveau Muséum. Avant même l’inauguration officielle ! » rappela le maître des lieux d’un air important, faisant ainsi allusion à l’invitation de la municipalité adressée à la classe d’Edern deux semaines auparavant. Sur quels critères ? Le garçon n’en avait aucune idée.
« Sûrement pas à cause de mes notes en sciences nat », songea-t-il sans le moindre remords.
Il n’était pas un passionné de la matière et ne voyait dans le privilège évoqué par le directeur qu’une corvée supplémentaire.
« En tant que responsable de ce musée, mon propos est de vous expliquer... »
Laissant échapper un bâillement, Edern jeta un coup d’oeil inquiet sur le visage grisâtre de l’orateur.
« L’ennui personnifié ! J’espère qu’il ne va pas nous infliger un discours interminable avant le début de la visite ! L’après-midi sera déjà suffisamment long comme ça sans avoir à subir l’historique complet du Muséum. »
« Alors... heu..., je disais... hem... », toussota le directeur en tâtant ses poches l’une après l’autre avec des soupirs irrités.
Son embarras soudain éveilla l’attention des élèves qui suivirent avec intérêt ses gesticulations près de l’estrade. Il cherchait ses lunettes et ne parvenait pas à se rappeler ce qu’il avait bien pu en faire. Des rires moqueurs s’élevèrent dans l’assistance quand il se rendit compte qu’il les portait sur le nez. Son visage parut s’allonger davantage et c’est les lèvres pincées qu’il se percha sur l’estrade. Sans prendre garde à une nouvelle vague de gloussements provenant du groupe, le directeur commença à lire le texte griffonné sur une feuille toute chiffonnée :
« C’est en 1910 que l’explorateur-naturaliste français, Léonard de Saint-Redan, mondialement connu pour ses recherches, créa le cabinet des Curiosités naturelles. »
Le directeur se sentit gagné par un léger engourdissement. Déjà, lui-même s’ennuyait. Contrairement à ce que craignait Edern, il n’avait aucunement l’intention de faire durer son discours. L’inauguration officielle aurait lieu dans peu de temps, en présence du maire et de tous les enfants de la ville. L’opération avait d’ailleurs été baptisée « Journée des enfants au Muséum » et tout devait être parfaitement au point pour cet événement. Le directeur veillait attentivement au bon déroulement de sa carrière. Surchargé de travail, il ne comptait pas passer son après-midi en compagnie de cette volière. Aussi, il poursuivit son discours, pressé d’en finir, sans s’apercevoir que les ricanements se faisaient de moins en moins discrets malgré les « chut, chut » répétés de la prof.
« Au cours de ses nombreuses expéditions dans le monde entier, Léonard de Saint-Redan accumula une riche collection d’espèces animales, de minéraux et de momies. Notre fondateur rassembla l’ensemble de ces pièces à l’endroit même où nous nous trouvons, dans cette... somptueuse demeure familiale dont il venait alors d’hériter. »
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

suivant