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Leyian

De
127 pages
Depuis toujours, Jean est fasciné par une aquarelle peinte par sa mère lorsqu'elle vivait au Kenya. Elle représente le visage de Leyian, un jeune garçon appartenant à l'ethnie maasaï. Au-delà des frontières et des cultures Leyian et Jean se retrouvent en rêve et découvrent le terrible secret qui lie leurs pères.
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À mes enfants Paul et Étienne Aux Maasaï

Préface
Alors que je marchais le mois dernier dans la vallée du Rift et les plaines reverdies de l'Olpurkel maasaï, ressuscitées après trois années de sécheresse mortelle, je repensai à Leyian. Ce conte fantastique dont j'avais eu le privilège, peu avant mon départ, de lire le premier jet avec passion. J'y ai intensément revécu le rêve de liberté de ce jeune garçon issu du Peuple de la Vache, ce rêve de connexion intime à la Terre-Mère que tant d'enfants ont fait avant lui, et qui, personnellement, ne m'a jamais quitté. Lorsque Isabelle m'a demandé d'en faire la préface, mon enfant intérieur a exulté de joie, de cette joie qui soulève des montagnes !... De la première à la dernière page, j'ai été littéralement transporté dans un autre monde, un monde certes imaginaire et plein de rebondissements, avec un entrecroisement subtil d'histoires dans le temps et dans l'espace, de l'Oldoïnyio Lenkaï (La montagne de Dieu) à Montpellier... Mais également dans l'univers bien réel des Maasaï qui constituent, selon mon expérience, l'un des peuples premiers les plus emblématiques de la planète mais aussi le plus méconnu (ou plutôt trop connu à travers les clichés qu'on lui colle obstinément à la peau). C'est aussi et surtout cela le mérite d'un livre pour ados tel que Leyian dans les temps troublés et sans repères que nous traversons : réussir le tour de force de garder en haleine le jeune lecteur en excitant au plus haut point la quête créatrice de son imaginaire tout en l'éveillant à la problématique d'un peuple bafoué dans ses droits et à sa spiritualité basée sur l’écologie. Mille fois ashe naleng ! ("merci beaucoup" en langue maa) à Isabelle Vouin pour sa contribution à la mise en mots et en images de la vérité concernant ce peuple qui m'a tant donné et qui m'a permis de comprendre ce qu'est "d'avoir le regard clair et la démarche alerte" ! Une vérité unique qui a fait dire à l'un de mes auteurs préférés, Stephan Zweig : "Seul celui qui reste libre envers et contre tout et tous peut propager et maintenir la liberté sur terre". Bonne lecture, mes chers amis !
Xavier Péron anthropologue politique, écrivain, spécialiste des Maasaï. Quimper, le 26 avril 2010

Les rêves
ne masse obscure poursuivait Leyian. Il ne la voyait pas mais il la sentait là, derrière lui, prête à l’engloutir. Il essayait en vain de courir mais ses jambes étaient de plomb. Un souffle puissant le propulsait vers l’arrière, vers ce gouffre noir qui le précédait et l’aspirait. Son corps ne répondait plus à sa volonté et il vit avec effroi qu’il commençait à se disloquer. « C’est la fin ! » pensa-t-il, prêt à se laisser anéantir par cette force mystérieuse. C’est alors qu’il distingua une faible lueur qui tournoyait dans le ciel nocturne. Il s’accrocha à cette vision comme à une perche tendue vers un noyé. Cette boule dorée s’approchait de lui, telle une comète étincelante. Dans le silence oppressant il entendit un cri déchirant qui sortait de sa bouche. - Papaï ! L’espace d’un éclair, deux langues de feu s’abattirent sur lui et des serres agrippèrent ses épaules pour le soulever dans le ciel. Un aigle de lumière, un aigle royal le maintenait fermement. Soudain, l’oiseau fantastique desserra son emprise et Leyian sentit son corps tomber, tomber sans fin ! Il eut l’instinct d’étendre ses bras qui lui semblèrent démesurés. Il sentait le vent chaud glisser le long de ses plumes… Leyian tourna sa tête vers la droite puis vers la gauche et vit deux ailes aux reflets argentés. Il volait ! Il était devenu lui aussi un rapace. L’aigle royal était toujours là, se laissant porter par les courants ascendants, et l’observait d’un regard amusé. Des nuages aux formes extraordinaires défilaient devant ses yeux. Enivré par une sensation de liberté, il fendit l’air dans une suite de cercles et de zigzags puis retomba en piqué pour remonter brutalement en chandelle.

U

Épuisé par cette première expérience de voltige il déploya ses ailes et se laissa planer doucement. Il se transforma alors en une petite plume blanche qui descendit en virevoltant vers la terre rouge, la terre des Maasaï au sud du Kenya. Il survola les acacias et chatouilla les oreilles d’une girafe venue se délecter de ces épines qui blessaient si souvent ses pieds. Il observa avec amusement les jeux des lionceaux tandis que la lionne, repue, somnolait. Plus loin, des hyènes affamées erraient à la recherche d’une carcasse abandonnée au milieu d’un troupeau de zèbres qui broutaient paisiblement. Leyian connaissait bien chacun des animaux peuplant son territoire. Les mêmes horizons, les odeurs fortes, les vents chauds leur racontaient le chant de l’Afrique. Il retrouva avec bonheur le cercle de son petit village qui dominait fièrement le lac Natron. En se rapprochant, il reconnut son troupeau et entendit les éclats de rire des femmes qui fabriquaient des colliers multicolores. Aspiré par un courant d’air, il se retrouva à l’intérieur d’une hutte enfumée et distingua un jeune Maasaï qui dormait dans la pénombre. Il était couché sur une peau de vache tendue par quatre piquets. Son esprit reconnut son corps, enroulé dans une couverture rouge et le retrouva avec bonheur. - Debout ! Guerrier farouche ! Il est temps d’aller faire paître les vaches ! Leyian tressaillit en reconnaissant la voix familière puis frotta ses yeux. Dans un demi-sommeil, il regarda sa grandmère au visage parcheminé par le rude climat du Kenya. Drapée dans une couverture rouge élimée, la tête fière sur un cou frêle, elle ressemblait à une reine. Devenue presque aveugle, elle posait sur lui un regard voilé. Leyian s’étira comme un jeune lion en poussant des petits grognements de satisfaction.
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