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Lou Archer 1 - Le Cheval des Tempêtes

De
288 pages

Angleterre, 17e siècle. Elevée comme un garçon jusqu'à l'âge de 15 ans, Lou ne rêve que de mer et d'aventures. Lorsqu'un pirate blessé dans une rixe lui remet la carte d'un trésor, Lou décide d'aller à la rencontre de son destin. Mais elle n'est pas la seule à convoiter le mystérieux trésor...

Publié par :
Ajouté le : 28 janvier 2009
Lecture(s) : 27
EAN13 : 9782012028883
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couverture

CHRISTIAN DE MONTELLA

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Illustration de couverture : Vincent Madras

© Hachette Livre, 2009.

Hachette Livre, 43 quai de Grenelle, 75015 Paris.

ISBN : 978-2-01-202888-3

Loi n°49-956 du 16 juillet 1949
sur les publications destinées à la jeunesse

Audaces fortuna juvat.

À mes fils
Et à Véronique Girard et Jacqueline Cohen

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Londres, le 12 septembre 1759

— Ann ! Ann ! Venez ! Ann !

On frappait à la vitre. Ann Archer reconnut Bill O’Hara, le cordonnier, qui tenait la boutique en face de chez elle. Elle se leva avec difficulté de son siège, les deux mains posées délicatement sur son ventre. Ann Archer était enceinte de huit mois et demi. Elle avait mal aux reins, et se mit machinalement à les masser en s’approchant des carreaux derrière lesquels la trogne édentée du cordonnier lui criait :

— Ann ! Ann ! Venez vite ! La Rose est de retour !

Elle ouvrit vivement la fenêtre.

— Vous êtes sûr, Bill ? Vraiment sûr ?

Le cordonnier éclata de rire.

— Mais oui, p’tite dame ! Votre mari arrive juste à temps pour voir naître son fils !

Ann Archer oublia le poids de son ventre et la douleur de ses reins et se précipita dans la ruelle. Elle était si joyeuse qu’elle prit les joues mal rasées du cordonnier entre ses mains et lui plaqua une bise sonore sur le front. Il devint rouge de confusion.

— Merci, merci, merci ! Merci, mon Dieu ! s’exclama-t-elle.

Et elle partit à petits pas pressés mais pesants.

Bill O’Hara la rattrapa.

— Montez dans ma charrette, p’tite dame. Je crois que ça vaudra mieux dans votre état.

Ann ne se fit pas prier pour s’installer dans l’engin à deux roues, qui ressemblait davantage à une brouette qu’à une charrette et que, d’ailleurs, le vieux Bill se mit à tirer lui-même, la sangle passée sur son épaule.

— Alors, ce gamin pointera son museau quand ? Et ce sera un fils, bien sûr ?

Ann, brinquebalée dans la charrette à bras, posa les mains sur son ventre énorme.

— Bien sûr, ce sera un fils ! Le plus beau garçon de Londres !

Quand ils arrivèrent, le trois-mâts Rose venait de s’amarrer. On sortait la passerelle. Une foule d’une centaine de personnes s’était regroupée sur le quai, sous une pluie fine et tiède de septembre : femmes, enfants, parents et amis de l’équipage, parti huit mois plus tôt pour la côte occidentale de l’Afrique.

C’était à chaque débarquement la même intensité de joie et d’angoisse. Joie à l’idée de retrouver celui qui avait été absent si longtemps, angoisse d’apprendre peut-être qu’il n’était pas revenu.

Ann, quant à elle, n’éprouvait ni angoisse ni joie. Simplement une paisible certitude : Louis Marion Archer, son mari, allait apparaître sur la passerelle, et ils tomberaient dans les bras l’un de l’autre ; il s’extasierait sur la taille de son ventre, et il y poserait les mains, heureux de cet enfant à naître qu’ils avaient tant espéré.

Ann descendit de la charrette à bras et commença à se frayer un passage dans l’attroupement. Les matelots, leur sac sur l’épaule, apparaissaient l’un après l’autre au sommet de la passerelle. Quand ils reconnaissaient un parent, un proche, ils agitaient la main, lançaient un cri ou une plaisanterie, hâtaient le pas, tombaient dans les bras de leur mère, leur femme, leur frère. Ann protégeait son ventre de ses deux mains à plat et, tout en se poussant de l’épaule parmi la foule, elle tendait le cou, les yeux fixés sur le pont du navire.

Quand elle parvint enfin au premier rang, la plupart des hommes d’équipage étaient descendus à terre. Autour d’elle, on s’embrassait, on riait, on échangeait des nouvelles. Les yeux brillaient, les mots claquaient d’une voix forte, pleine du plaisir et du soulagement de se retrouver. Peu à peu, les gens s’éparpillaient par petits groupes, s’éloignant sur le quai. Ann se retrouva bientôt la seule à attendre. Son cœur battait de plus en plus vite.

Elle aperçut alors, s’engageant sur la passerelle, John Bradley, le quartier-maître. Elle s’avança résolument à sa rencontre. Quand il la vit à son tour, il eut un instant d’hésitation et détourna les yeux. Immédiatement, elle fut prise d’une peur atroce.

— Monsieur Bradley ! Où est Louis ?

Le quartier-maître se mordilla nerveusement les lèvres. Tête basse, il fit les quelques pas qui le séparaient d’Ann.

— Où est Louis ? répéta-t-elle, la voix soudain brisée.

Il se frotta la barbe pour cacher son trouble. Puis il mit doucement sa grosse patte de marin sur l’épaule d’Ann.

— Ton mari ne rentrera pas.

— Pourquoi ? Où est-il ?

— Louis s’est… s’est noyé. Pendant une tempête, au large, il y a dix jours.

Les yeux écarquillés, elle le dévisagea avec stupeur.

— Non ! s’écria-t-elle.

Elle se mit à secouer frénétiquement la tête.

— Non ! Non ! Non !

Et, avant que le quartier-maître John Bradley ait pu la retenir, elle s’effondra, inconsciente, sur la pierre du quai.

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