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Extrait



Cela faisait trois semaines que l’école était commencée. Plusieurs élèves, encore, avaient de la difficulté à s’adapter au rythme fou que leur imposaient leurs professeurs. « Nous étions si bien cet été à nous prélasser sur le bord de la piscine. » Décidément, les vacances étaient terminées. L’Académie François-Patenaude était reconnue pour sa discipline et ses exigences scolaires élevées. « Nous formons l’élite de demain », ne cessait de répéter la directrice de l’institution.

Samuel Laliberté fréquentait ce collège. Parfois, il en voulait à ses parents de l’avoir inscrit dans cette école qu’il jugeait un peu trop conservatrice. « Vous économiseriez pas mal d’argent si j’allais à l’école publique. Là-bas, on ne me casserait pas les pieds avec des choses sans importance. À l’Académie, on jurerait qu’ils font une fixation sur l’uniforme scolaire. Le mien n’est jamais correct, à les entendre. Quand ce n’est pas ma cravate, c’est mon cardigan. Combien ça vous coûte déjà ? Nous pourrions faire tellement de choses avec cet argent… » Daniel et Mylène, même si parfois ils trouvaient les professeurs de leur fils un peu zélés, considéraient que l’Académie François-Patenaude était une école parfaite pour préparer les jeunes à leur vie future. Les incessantes récriminations de Samuel les faisaient sourire. « Si on paie une fortune pour que tu fréquentes cette école, c’est seulement parce qu’on aime te voir porter un uniforme, disaient-ils à la blague. On ne supporterait pas de te voir tout le temps habillé comme les rappeurs que tu écoutes. »


À l’Académie, Samuel ne laissait personne indifférent. Il était parmi les élèves les plus populaires. Il était reconnu pour ses positions tranchées, sa capacité à débattre. Dans le corps professoral, il ne faisait pas l’unanimité. Certains le trouvaient un peu trop revendicateur. « Cet élève est un agitateur. Il faut l’avoir à l’œil. Il pourrait aisément semer la pagaille, troubler la paix. » Tandis que d’autres admiraient sa fougue, son courage, ses idéaux. « Ce garçon pourrait réaliser de très grandes choses. C’est un leader-né. Il ne faut surtout pas éteindre cette flamme qui l’habite. »

Plusieurs personnes le voyaient comme le futur président de l’école. Quand on lui demandait si le poste l’intéressait, Samuel répondait : « Je verrai l’année prochaine. Je suis en secondaire 4, j’ai encore le temps d’y penser. » En effet, seuls les élèves de cinquième secondaire pouvaient poser leur candidature à ce poste de prestige. Parfois, Samuel et ses amis se demandaient s’il était nécessaire d’avoir un président dans une école secondaire. « On a l’impression que les présidents sont des marionnettes, qu’ils ne peuvent rien faire. Ont-ils réellement changé des choses depuis qu’on est ici ? » Quand on passait du temps avec Samuel, il fallait se préparer à discuter, à argumenter. Certains sujets pouvaient le rendre irritable. Il lui arrivait de perdre patience. D’ailleurs, ses parents tentaient notamment de l’aider à contrôler sa colère. Samuel Laliberté était un adolescent passionné, un idéaliste, un rêveur.

Aujourd’hui encore, dans l’agora, avec ses copains, il discutait. Tous étaient assis autour d’une table. Les paroles fusaient à un rythme enlevant.

— Ça n’a aucun sens ! lança Samuel avec sa fougue habituelle. Vous avez entendu ça ce matin à la radio ? Un autre maire vient de se faire arrêter. Il volait les contribuables. Il était associé à la mafia. Il aurait placé des petites fortunes dans des paradis fiscaux. Les politiciens ne sont-ils pas élus pour servir la population ?

— C’est scandaleux ! répondit Hilel, le meilleur ami de Samuel. Ce matin, durant mon cours de maths, j’ai parlé un peu avec Audrey St-Onge. Elle était dans tous ses états. Sa grand-mère a la sclérose en plaques. C’est terrible comme maladie. En fin de semaine, elle a eu une crise. Elle est allée à l’urgence pour qu’on la soigne. Elle a attendu vingt-quatre heures sur une chaise avant de voir un médecin. Et maintenant, j’entends l’histoire de ce maire véreux. C’est aberrant.

Samuel, en parlant du maire, venait d’allumer un brasier. Toutes les histoires révoltantes que ses amis et lui avaient entendues dans les médias dans les derniers mois sortirent. Pots-de-vin, corruption, vol, chantage… Samuel se connaissait. Il tentait de réprimer sa colère, mais il y arrivait difficilement. À un moment donné, la tension en lui devint trop forte. Il se leva d’un bond et frappa violemment sur la table.

— J’en ai assez ! cria-t-il.

La réaction de Samuel était peut-être un peu trop intense… En tout cas, trop intense pour Robert Labri, le directeur de la discipline, un homme austère, plutôt antipathique. Lorsque l’homme vit le geste de Samuel, qui était pour lui une pure démonstration de violence, il fronça les sourcils et soupira fortement. À pas lents, il se dirigea vers l’étudiant fautif, le torse bombé, les mains sur les hanches. Instantanément, tout le monde se tut dans l’agora. Samuel Laliberté, encore une fois, était dans le pétrin.

— Monsieur Laliberté, vous êtes incorrigible. Vous hurlez, vous frappez sur des objets. Il existe des moyens pour contrôler sa violence. Cela fait quatre ans que vous fréquentez notre institution, vous devriez connaître les règlements.

L’homme cessa subitement de parler. Ses yeux se mirent à scruter la tenue vestimentaire de Samuel.

— La chemise doit être dans le pantalon, reprit-il. Combien de fois devrais-je vous le répéter ? Dans ce collège, on ne s’habille pas comme la chienne à Jacques.

— La chienne à Jacques ? répéta Samuel en fronçant les sourcils.

— Oui, la chienne à Jacques, répondit Labri en sortant son iPhone. C’est une expression. Je suis dans l’obligation de vous donner un billet disciplinaire. En fait, pas un, mais deux. Le premier est pour le geste violent que vous venez de poser.

— Un geste violent ? Je n’ai frappé personne. J’ai donné un coup sur la table parce que je suis outré par le manque d’éthique de nos dirigeants.

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