Maître Sam : Terre d'Espoir - Tome 3

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Si l’année scolaire est finie, pas question pour Samuel de passer l’été les bras croisés. Pour la première fois, il va travailler. Tout comme ses amis Hilel, Jo et Audrey, il a été engagé en tant qu’animateur au camp Terre d’Espoir.


Samuel espère que ce séjour au milieu de la forêt lui permettra de faire le point sur cette folle année. Mais il est loin de se douter que William Chabot fera partie de l’aventure. Et encore moins qu’il devra faire face à la cruauté humaine.


Mais, sans pouvoir recourir au vaudou, peut-il encore rester Maître Sam?
Publié le : mardi 7 avril 2015
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EAN13 : 9782895497455
Nombre de pages : 247
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Extrait



Yveline Toussaint dormait mal depuis quelque temps. Ses nuits étaient agitées. Les rêves qu’elle faisait l’inquiétaient. Des rêves de terreur. Des rêves sombres et lugubres. Des rêves de destruction. Deux hommes qu’elle ne connaissait pas traquaient sans cesse Sam et ses amis. Tout cela ne laissait présager rien de bon. Dans sa chambre à coucher, la vieille dame faisait les cent pas. Elle venait de se réveiller en sursaut. Elle n’était pas parvenue à distinguer le visage de ces deux mécréants, à son grand désarroi. Mais les images qu’elle avait vues l’avaient bouleversée. Ils s’en étaient pris à Samuel dans la boutique de Salomon Bolivar. Après l’avoir malmené, ils l’avaient attaché, même bâillonné. Salomon avait tenté de lui venir en aide, mais il en avait été incapable. Il avait été assommé par un des hommes, le plus petit. Après avoir tout saccagé dans la boutique, ils avaient ouvert un bidon d’essence qu’ils avaient déversé sur le plancher. Yveline Toussaint s’était réveillée alors que les flammes ravageaient les lieux.


La vieille dame n’en pouvait plus. Jamais elle n’aurait dû initier les garçons au vaudou. Elle savait maintenant qu’ils étaient en danger. La dernière fois qu’elle les avait vus, elle leur avait fait promettre de cesser leurs activités. Mais elle avait des craintes. Elle n’était pas convaincue qu’ils respecteraient leur parole. Jo et Hilel étaient plus sages. Mais Sam avait un tempérament bouillant. Il ne tolérait pas les injustices. Et il était extrêmement doué. Sam était un maître. Yveline le savait. Mais il était trop jeune pour assumer un tel pouvoir. Les dangers auxquels il s’exposait étaient grands. Une telle maîtrise à un si jeune âge, c’était phénoménal.

La pauvre femme était dans tous ses états. Samuel connaîtrait-il une fin atroce dans la boutique de son ami Salomon ? Cette nuit-là, la prêtresse fut incapable de refermer les yeux. Elle s’enferma dans son temple, puis elle pria jusqu’à l’aurore. Elle avait le sentiment que les dieux l’avaient abandonnée. Continueraient-ils à protéger les garçons ? Il devait être 10 h quand elle décida de prendre sa voiture pour aller à Montréal. Elle ne pouvait plus garder tout cela pour elle. Il fallait qu’elle en parle à Salomon, son bon ami. Le marchand était en train d’ouvrir une boîte contenant des herbes qu’il venait de recevoir quand Yveline entra dans la boutique. Lorsqu’il la vit, l’homme fit un grand sourire. Il ne la voyait pas assez souvent à son goût. Ils avaient vécu tellement de choses ensemble. Les sorties d’Yveline étaient beaucoup moins fréquentes depuis la mort de Jean-Baptiste.

— Bonjour, Yveline ! Comment vas-tu ? Je viens de recevoir de nouvelles plantes, fit Salomon en brandissant un sachet. Je suis sûr qu’elles vont t’intéresser. Je t’en donnerai quelques échantillons. J’aimerais savoir comment tu les trouves.

— C’est gentil, Salomon, répondit la dame. Il faut que je te parle. C’est sérieux.

L’homme fronça les sourcils. Le ton dramatique que venait d’employer Yveline l’inquiéta.

— Rien de trop grave ? Tu n’es pas malade ?


— Non, la santé est bonne. C’est compliqué. Je crois avoir fait une bourde. Je m’en veux tellement !

— Explique-moi, Yveline, dit Salomon en posant une main réconfortante sur l’épaule de son amie.

— Mon neveu, Hilel, le fils de Jean.

— Oui, le petit athlète ! Toujours en train de courir partout !

— En fait, il n’est plus petit. C’est un homme aujourd’hui, ou presque. Il a seize ans. Il est extraordinaire. En octobre, l’année dernière, il est venu me voir avec deux de ses copains : Samuel et Jonathan. Les garçons étaient désemparés. Un directeur retors leur faisait des misères. Ils voulaient que je les aide à fabriquer une poupée. Leur cause était noble. Ils voulaient soutenir une directrice d’école dans le besoin. J’étais tellement contente qu’on pense à moi. Vieillir, c’est apprendre à vivre avec la solitude. Ce n’est pas facile. Enfin, j’ai fabriqué la poupée, puis je leur ai permis d’ensorceler l’homme qui les embêtait. J’ai pensé que tout s’arrêterait là. Je me suis trompée. Trois mois plus tard, ils sont revenus. Ils voulaient que je les forme, que je leur enseigne tout mon savoir. Encore une fois, je n’ai pas pu résister. Cela me permettait de passer du temps avec mon petit-fils et ses amis. Je ne pensais pas qu’ils seraient aussi bons. Lorsqu’ils sont passés à l’action, la majorité des sorts qu’ils ont lancés ont fonctionné. Ils se sont attaqués à des individus très dangereux. Je le regrette tellement.


— Ne sois pas si dure envers toi, Yveline. Ton petit-fils est venu vers toi. Tes intentions étaient bonnes. Maintenant, tu dois leur dire d’arrêter. Les risques sont grands. Le pouvoir qu’ils viennent de découvrir peut les conduire à leur perte. Nous en savons quelque chose.

— Ce n’est pas tout, Salomon, poursuivit la dame en poussant un grand soupir. Mes nuits sont horribles…

— Tu as des prémonitions ?

— On les pourchasse sans cesse. On leur fait du mal. Il y a toujours du feu. Et je te vois souvent. Je pense que tu es aussi en danger.

— Moi ? Pourquoi le serais-je ? Il y a longtemps que je ne suis plus menaçant. Pourtant, parfois, ce n’est pas l’envie qui me manque.

— Hier soir, par exemple, je t’ai vu. Tu étais ici avec Sam, le plus doué des trois. Deux hommes, deux crapules, vous faisaient du mal. Tu étais sur le sol, immobile. Sam était attaché. Les hommes mettaient le feu à la boutique.

— Deux hommes ? As-tu vu leur visage ?


— Non. Je n’y arrive pas.

— C’est étrange. Dernièrement, j’ai eu la visite de deux individus. Les gens qui viennent ici, je les connais tous pour la plupart. Les nouveaux clients se font facilement remarquer. Ces deux-là étaient indiscrets. Je ne les aimais pas. Ils ne m’inspiraient pas confiance. Ils cherchaient des informations, comme s’ils menaient une enquête. Tu m’as dit que j’étais avec un des garçons ?

— Oui, tu étais avec Samuel. Salomon, ce jeune est trop talentueux. Je ne crois pas qu’il va tenir sa promesse. Il est habité par une telle énergie. Les injustices éveillent en lui une rage difficilement contrôlable. Je n’ai jamais vu quelqu’un d’aussi puissant.

— Samuel, tu dis ?

— Oui, Samuel Laliberté.

— Serait-il celui que les écrits annoncent ?

— Peut-être bien…
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