Mes vies de chien

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On dit que les chats ont neuf vies ; les chiens en ont plusieurs aussi. Bailey déroule ses vies de chien les unes après les autres. Sa vie de petit chiot sauvage qui doit apprendre à faire confiance aux humains. Sa vie avec un garçon, Ethan, le maître qu'il aime plus que tout. Tour à tour bâtard, golden retriever, berger allemand et labrador, chien de compagnie et chien de sauvetage, Bailey va tout faire pour retrouver Ethan. Mais y parviendra-t-il ?
Publié le : mercredi 20 mars 2013
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782012034488
Nombre de pages : 368
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L’édition originale de cet ouvrage a paru en langue anglaise
chez Forge®, a registered trademark of Tom Doherty Associates, LLC.,
sous le titre :
A Dog’s Purpose Copyright © 2010 by W. Bruce Cameron. All rights reserved.
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Christophe Rosson.
Couverture : Marie Drion.
© Hachette Livre, 2013, pour la présente édition. Hachette Livre, 43, quai de Grenelle, 75015 Paris.
ISBN : 978-2-01-203448-8
Traduit de l’anglais (États-Unis)
 par Christophe Rosson
À CATHRYN
Qui est tout, qui fait tout
U1
Un jour, je me suis aperçu que les petites choses toutes chaudes qui sentaient fort et se tortillaient à côté de moi en couinant étaient mes frères et ma sœur. J’ai été très déçu.
Ma vision ne me permettait alors de distinguer que de vagues formes, mais je savais tout de même que la grande et belle silhouette à la longue langue bienfaisante était ma mère. J’avais compris que, lorsqu’un courant d’air frais heurtait ma peau, cela signifiait qu’elle était partie, tandis que le retour de la chaleur annonçait l’heure du manger. Souvent, me trouver une place pour téter exigeait d’écarter ce qui, je l’ai découvert plus tard, était le museau d’un de mes frères et sœur cherchant à me priver de ma part – une attitude franchement irritante. Quand ma mère me léchait le ventre afin de stimuler l’écoulement des fluides sous ma queue, je levais les yeux vers elle, clignais des paupières, et l’implorais en silence de bien vouloir me débarrasser des autres petits. Je la voulais pour moi tout seul.
Peu à peu, les autres chiots me sont apparus plus nettement, et j’ai accepté à contrecœur leur présence dans le nid. Ma truffe m’a bientôt appris que j’avais une sœur et deux frères. Ma Sœur n’était que légèrement moins intéressée que mes frères à l’idée de faire la bagarre avec moi. L’un de mes frères, je lui donnais le nom de Vif, car il parvenait toujours à bouger plus vite que moi. L’autre, dans ma tête je l’appelais Fringale, parce qu’il pleurnichait dès que Maman s’en allait, et qu’il la tétait comme si sa vie en dépendait, comme s’il n’était jamais rassasié. De nous quatre, Fringale était le plus gros dormeur, ce qui fait que nous nous retrouvions souvent à lui sauter dessus et à lui mâchonner la figure.
Nous vivions dans un abri creusé sous les racines noires d’un arbre, dont l’ombre nous apportait de la fraîcheur au plus chaud de la journée. La première fois que je me suis aventuré au grand jour, ma Sœur et Vif m’ont accompagné, Vif se propulsant tout naturellement en tête de notre troupe.
De nous quatre, lui seul arborait une tache blanche sur la figure ; une tache qui, lorsqu’il trottinait gaiement devant nous, scintillait au soleil. Je ne suis pas comme les autres, semblait proclamer cette touffe de poils aux contours d’étoile. Le reste de son pelage était aussi moucheté que le mien, un mélange de marron et de noir tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Fringale, lui, avait le poil bien plus clair que le nôtre ; quant à ma Sœur, elle avait hérité de Maman son petit museau ramassé et son front aplati. Cela dit, Vif avait beau parader, nous nous ressemblions tous plus ou moins.
Notre arbre se dressait au sommet de la berge pentue d’un ruisseau. Quel plaisir ça a été de voir Vif faire la culbute jusqu’au pied de la pente, le premier jour ! Et ce, même si ma Sœur et moi avons dégringolé tout aussi piteusement quand notre tour est venu. Les cailloux glissants et le filet d’eau qui s’écoulait là dégageaient des odeurs incroyables, et nous avons suivi le cours d’eau jusqu’à une grotte humide et fraîche – une buse aux parois métalliques. J’ai su d’instinct que c’était une bonne cachette contre tous les dangers, mais notre découverte n’a pas vraiment ému Maman, qui nous a remontés sans cérémonie jusqu’à notre Abri quand nos pattes se sont révélées trop faibles pour l’ascension de la berge.
Nous venions d’apprendre une leçon : nous étions incapables de regagner notre nid par nous-mêmes si nous descendions au bord du ruisseau. Aussi, dès que Maman nous a de nouveau laissés seuls, nous avons recommencé. Cette fois, Fringale s’est joint à nous même si, arrivé dans la buse, il s’est vautré dans la boue fraîche et s’est endormi.
Une petite exploration semblait tout indiquée – il nous fallait trouver à manger. Maman perdait de plus en plus vite patience avec nous, et se relevait avant même que nous ayons fini de téter : la faute à mes frères et sœur, j’en suis convaincu. Si Fringale ne s’était pas montré si glouton, Vif si autoritaire et ma Sœur si agitée, je sais que Maman serait restée couchée et nous aurait laissé le temps de nous remplir la panse. Après tout, ne parvenais-je pas toujours à la faire s’allonger, en général avec un soupir, chaque fois que je tendais la truffe vers ses mamelles, quand elle se tenait au-dessus de nous ?
Souvent, Maman passait un peu plus de temps à lécher Fringale, tandis que je bouillais de rage devant cette injustice.
À cette époque-là, Vif et ma Sœur m’avaient tous deux dépassé en taille – mon corps avait le même gabarit que le leur, c’est mes pattes qui étaient plus courtes et boudinées. Fringale, cela va sans dire, était l’avorton de notre portée, et ça m’ennuyait de voir les deux autres m’abandonner régulièrement pour aller jouer ensemble – comme si l’ordre naturel de la meute nous imposait, à Fringale et moi, de faire équipe.
Puisque Vif et ma Sœur s’intéressaient davantage à eux-mêmes qu’au reste de la famille, je les punissais en les privant de ma compagnie, et partais seul m’aventurer au fin fond de la buse. Un jour que je flairais une délicieuse carcasse pourrie, un petit animal a soudain bondi devant moi : une grenouille !
Ravi de cette irruption, je me suis jeté sur elle, espérant la prendre sous mes pattes, mais la grenouille a de nouveau bondi. Elle avait peur, alors même que je voulais simplement jouer et que je ne l’aurais sans doute pas mangée.
Vif et ma Sœur ont perçu mon excitation, m’ont rejoint au pas de course et m’ont renversé en voulant s’arrêter net dans l’eau visqueuse. La grenouille a encore bondi, Vif s’est jeté sur elle, ma tête lui servant de tremplin. Je lui ai adressé mon grondement le plus féroce, mais il m’a ignoré.
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