Piégés

De
Publié par

Samuel et Darius apprennent que leur amie Joanna est retenue prisonnière dans une pension privée. Ils décident alors d’intégrer l’établissement, un étrange château coupé du monde, et y ressentent la présence de fantômes inquiétants…
Quelques mois après Hantés, les deux héros, liés par leurs pouvoirs et l’amitié, sont confrontés dans un lieu oppressant à une horde de fantômes. Un thriller haletant dans un décor saisissant, théâtre de trafiquants d’oeuvres d’art sans scrupules.

Publié le : mercredi 18 février 2015
Lecture(s) : 1
Tags :
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782700248173
Nombre de pages : 224
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
9782700248173_cover.jpg
pageTitre
Du même auteur, dans ce diptyque :

Hantés

1
Taux d’activité paranormale : 35

Samuel voit l’éclat de lumière blanche sur son côté gauche. D’un coup d’œil, il balaie la pièce. L’exposition Edvard Munch a attiré la foule dans la journée mais, à quelques minutes de la fermeture, il ne reste que deux groupes. Une dizaine de touristes se sont amassés autour de la même œuvre de l’artiste norvégien. Les autres se sont éparpillés.

Il suit la lueur vive jusqu’au fond de la salle.

Même si Darius et lui sont seuls à voir et reconnaître cette lumière si particulière, il se fait aussi discret que possible. Il ne faudrait pas attirer l’attention de « ceux qui ne savent pas ». Côtoyer la mort au quotidien rend prudent.

Darius se tient à quelques centimètres de lui. Samuel l’entend maugréer, le visage tourné vers les touristes qui flashent les œuvres malgré l’interdiction :

– Leurs enfants ne verront pas ces œuvres, s’ils continuent.

Samuel ne prête pas attention aux tableaux du peintre. Il a déjà vu l’exposition, deux jours auparavant. Si Darius et lui reviennent, c’est parce qu’ils l’ont senti. Lui. Le fantôme. Un Ex, comme Darius et Samuel les appellent. Ex pour « ex-vivant ». Ils ont trouvé ce nom car le terme de fantôme leur semblait trop vague.

Ils les ont répartis en quatre catégories.

« Type 1 : les Ex qui ne savent pas qu’ils sont morts. Type 2 : les Ex qui le savent et qui veulent passer de l’autre côté. Type 3 : les Ex qui le savent et qui s’accrochent à ce monde pour régler quelque chose », énumère Samuel.

Il les appelle « les obsessionnels ».

« Type 4 : les Ex dangereux. Ils savent pourquoi ils sont restés là et ont développé des capacités exceptionnelles, comme celles de déplacer des objets ou d’avoir une réalité physique. »

Si ceux qui ont conscience de leur état inter-agissent avec lui en permanence, les Type 1 ne font rien, à part répéter les mêmes gestes, comme des échos de leur vie et des conditions de leur mort, jusqu’à ce que Samuel et Darius arrivent à leur apporter la paix. Ce sont des présences, ni bonnes ni mauvaises, à peine des silhouettes, juste un bris de lumière ou un mouvement furtif dans un miroir.

Samuel a l’intime conviction que tous les Ex, quel que soit leur niveau de conscience, doivent trouver la sérénité et quitter cet état contre-nature. Il n’a jamais rencontré d’Ex heureux de sa condition. Les Types 3 et 4 sont souvent rongés par l’amertume ou la haine. Lorsqu’ils défendent une juste cause, ils sont soulagés de partir une fois leur tâche accomplie.

L’Ex de l’exposition possède une aura forte. La lumière vacille puis se stabilise tandis que Samuel avance lentement.

« Un Type 3 ou 4 », estime-t-il.

D’un geste, Samuel indique la direction que Darius doit suivre. La présence des Ex déstabilise plus facilement son ami, « l’Homme-Porte », dont le rôle consiste à ouvrir la barrière entre le monde des vivants et celui, inconnu, que les morts doivent rejoindre. Samuel, quant à lui, est le passeur. Son action dépend beaucoup de l’Ex qu’il a en face de lui et qu’il guide souvent au feeling.

Le fantôme ne lui paraît pas hostile ; il ne les a pas attaqués. Mais la lumière qu’il projette vacille lorsqu’ils s’en approchent, ce qui n’est pas bon signe.

Ce doit être un vieil esprit coincé sur terre depuis longtemps. Les jeunes font preuve de plus de docilité.

Lorsque la lumière devient si proche que Samuel est obligé de plisser les paupières, la silhouette de l’Ex apparaît.

Les cheveux blonds courts, les épaules carrées, le pardessus serré sur un torse mince, la position agressive, leur indiquent qu’il s’agit probablement d’un homme d’une quarantaine d’années au moment de sa mort.

Sa tenue classique n’apporte pas de précision sur l’époque durant laquelle il a vécu. Son visage devient enfin net. Ses yeux sont deux olives noires, enfoncées dans ses orbites, au-dessus d’un nez légèrement crochu. Sa bouche serrée grimace un sourire. Il respire l’aigreur. Samuel a envie de faire un pas en arrière mais, quand il s’aperçoit que le fantôme les voit, il se retient.

– Vous n’êtes pas les premiers, susurre une voix rauque, qu’il identifie immédiatement comme celle de l’Ex.

Darius s’est rapproché et, impassible, frotte son index contre son pouce. Samuel connaît ce geste ; avant d’ouvrir la porte, son ami a besoin de cette préparation, entre la superstition et le tic, comme s’il l’aidait à créer ce qui n’est qu’une projection mentale, les Ex n’ayant aucune existence physique.

– Mais vous échouerez, comme les autres. Ça vous rendra fous, continue l’Ex, avec un petit rire railleur.

– Ferme-la, murmure Samuel. Je connais ce numéro.

Il bluffe pour tenir celui-là en respect. Si l’Ex les attaque, ils ne seront sans doute pas de taille à le contrer. Samuel ne se souvient que trop bien de sa première expérience et de la violence du fantôme qui était en face de lui.

« Il n’est pas comme les autres, pense-t-il. Si je lui donne une prise, il risque de gagner en assurance et de devenir dangereux. Je dois agir vite. »

Dans son esprit, une porte lumineuse se dessine.

Il suit toujours le même rituel : visualiser la porte créée par Darius, puis laisser son esprit entourer la silhouette du fantôme et la pousser vers l’ouverture, avec le plus de douceur et de fermeté possible. Il a besoin de fermer les yeux pour mieux voir la scène, comme sur un écran.

Parfois, les Ex s’aperçoivent que le passage est irréversible et se débattent alors qu’ils doivent traverser. Ce moment délicat lui demande une énergie folle. Il sent, dans ces cas-là, qu’il pourrait basculer à leur suite vers l’inconnu, cet autre côté dont il ne sait rien, faute d’informations plausibles.

– De l’autre côté, ajoute l’Ex, en étirant un peu plus son sourire, il y a de la place pour les gens comme toi. Ils t’attendent. Tous ceux que tu as forcés à partir. Ils t’attendent et ils sont furieux contre toi.

– Je t’ai dit de la fermer ! gronde Samuel.

L’Ex a réussi son coup. Samuel a ouvert les yeux, s’est déconnecté de l’image de la porte.

– Il lit dans mes pensées ? demande-t-il, incrédule, à Darius.

Un vieil homme qui s’était approché d’eux pour admirer une œuvre le fixe, interloqué.

– Ça va, intervient Darius. Si on ne peut plus parler...

Le touriste croit qu’ils se disputent et s’éloigne, agacé.

Puis les deux amis se tournent de nouveau vers le fantôme, le temps de le voir filer vers le tableau et se glisser derrière. Samuel n’est pas certain de ce qu’il a vu.

« Derrière ou dans le tableau ? », se demande-t-il.

Tous ces changements l’inquiètent et le pressent un peu plus d’en finir. Il adresse à Darius leur signe de ralliement, deux doigts levés qui représentent une tenaille et le nom qu’ils se sont trouvé.

Two of us.

Darius acquiesce et glisse de l’autre côté du tableau. Ses cheveux roux brillent, éclairés par la lumière que projette le fantôme.

Soudain, Samuel voit Darius se figer. Il suit son regard. Le tableau dans lequel le fantôme s’est réfugié représente une femme nue et un homme, de chaque côté de l’arbre du jardin d’Eden. Un autre homme, au premier plan, grimace.

Samuel se souvient très bien de cette œuvre.

« Le péché originel, avait expliqué Darius, de ce ton compétent qu’il emploie toujours lorsqu’il s’agit d’art. La femme est nue, comme Ève, et tient une pomme... L’homme au premier plan est exclu du couple. Et le tableau s’appelle Jalousie. Éloquent, non ? »

Aujourd’hui, Ève a les cheveux plus sombres, la taille plus fine et sa peau prend des teintes de pain d’épice.

Les yeux de Darius expriment la plus grande surprise. Samuel ignorait aussi que les Ex pouvaient modifier les objets. Son intuition se confirme : celui-là ne ressemble pas aux autres.

Une seconde d’étonnement permet la transformation totale du personnage de Munch. Samuel lâche un juron.

La jeune femme n’est plus une inconnue peinte par l’artiste mais Joanna, la petite amie de Darius.

– Pauvre Homme-Porte, dit la voix du fantôme de partout et nulle part. Tu crèves de jalousie, hein ?

Le regard que Darius lance à Samuel exprime de la colère et une forme d’excuse. Samuel sent ses joues s’empourprer.

– Ils s’aiment bien, tes amis, malgré toi, l’Homme-Porte.

Samuel serre les poings.

Il ne sait pas ce qui l’atteint le plus : que l’Ex connaisse Joanna, qu’il arrive à la représenter, qu’il ait eu accès à des sentiments que lui-même a refoulés depuis longtemps. Ou qu’il s’en serve contre eux. Il aurait préféré que le fantôme tente de les frapper.

Instinctivement, il avance vers le tableau, menaçant.

Darius est plus rapide. Il atteint la toile et y pose les mains. Derrière eux, un cri résonne.

La lumière jaillit, au moment où le fantôme pousse un hurlement rageur. Samuel comprend que Darius essaie de contenir l’Ex dans l’objet.

« Bien joué, Darius ! S’il peut transformer le tableau, tu le peux aussi. »

La vivacité d’esprit de Darius, nourri de nombreuses recherches, l’impressionne toujours autant.

Samuel se concentre sur le tableau pour aider son ami.

Trop tard.

Deux mains ont empoigné Darius par son impeccable polo et le tirent en arrière.

– Ne touchez pas aux œuvres ! hurle le gardien.

Samuel recule en même temps que son ami et lève les mains en signe de paix.

– Raté, l’Homme-Porte ! ricane l’Ex, dont le visage se substitue à celui de l’homme en premier plan.

Alors qu’ils sont entraînés tous deux par le gardien qui les tient au col, Samuel entend l’Ex éclater de rire avant de reprendre :

– Ne vous inquiétez pas... Elle ne sera bientôt plus un obstacle... Ni entre vous, ni pour personne...

Puis le fantôme pose ses doigts de chaque côté de ses joues et ouvre grand la bouche ; son visage se transforme en caricature de la plus célèbre œuvre de Munch, le Cri, avant de redevenir le sien, sec et livide.

Remerciements

Un livre est le produit de l’engagement et de l’affection de tous ceux qui accompagnent un écrivain dans son travail souvent solitaire, lecteurs, amis, famille et collègues.

 

Merci à mes lecteurs, adolescents et adultes, tous fidèles, enthousiastes et pertinents. Sans vos formidables commentaires sur Hantés, Piégés n’aurait sans doute jamais vu le jour tel qu’il est. Un merci spécial aux lycéens qui ont décerné le prix Futuriales à Hantés !

 

Merci à mon mari, Nicolas, qui s’occupe de nos merveilleuses filles et de toute la logistique lorsque j’écris. « Ne me parle que si la maison est en train de brûler » est devenu notre phrase fétiche.

 

Merci à Delphine Savoye-Leblanc qui m’a permis de terminer ce livre dans son merveilleux jardin, entourée de fleurs et de plantes aromatiques.

 

Merci à Alix Barets, pour ses encouragements constants et ce qu’elle est. Elle m’est aussi précieuse que Darius à Samuel et en a l’élégance et l’humour.

 

Merci à Thomas Geha pour sa confiance, son amitié sans faille, nos heures passées au téléphone et le thé qu’il m’envoie de France pour supporter les jours d’écriture intensive.

 

Merci à Iris et Dan Yassur qui m’ont prêté leurs prénoms et à leurs parents, Sylvie et Eran.

 

Merci à ma sœur, Sophie Fakhouri, dont les connaissances en Art, en Histoire et en Ésotérisme sont une source d’inspiration, de documentation et de sacrés fous rires partagés.

 

Enfin, merci à ma mère qui n’a jamais cessé de nuancer les jugements que je pouvais porter sur l’Histoire et qui, grâce à son engagement et sa culture, m’a appris que la mémoire servait à comprendre comment chacun de nous se devait de construire un présent plus juste et plus humain.

L’auteur

Parisienne dans l’âme, Dublinoise d’adoption, Anne Fakhouri fait voyager les esprits vers l’ailleurs et au-delà. Faut-il y voir une conséquence de sa passion pour le père d’Alice au pays des merveilles et les chevaliers de la Table Ronde ? Elle enseigne le français en collège, ce qui ne l’empêche pas de maîtriser à merveille les langues de l’imaginaire. On lui doit Le Clairvoyage et La Brume des Jours, diptyque récompensé par le Grand Prix de l’Imaginaire 2010, Narcogenèse, un thriller fantastique, et L’Horloge du temps perdu, aux éditions L’Atalante.

Piégés est son quatrième roman jeunesse et reprend les personnages de Hantés (Prix Futuriales des Lycéens 2014), aux éditions Rageot.

Retrouvez Samuel, Darius et Joanna dans :

../Images/43093_HantesCV600px.jpg

Anne Fakhouri

Hantés

« Une intrigue tendue, de l’action, du suspense. Anne Fakhouri n’a pas seulement dopé une histoire originale à l’adrénaline, elle y a glissé de la magie. Son roman nerveux a de la profondeur : il fait vibrer et réfléchir. »

Jacques Baudou

../Images/LogoRageotThrillerNoir.jpg

Fabien Clavel

../Images/43192_MetroZ600px.jpg

Métro Z

« Avec un art consommé du suspense, Fabien Clavel nous entraîne dans une course échevelée, extraordinaire mais en même temps étrangement plausible.

Après avoir lu ce roman, qui osera encore prendre le métro ? »

Jean Marigny

../Images/QRTrailerDecollage.jpg
../Images/QRTrailerDecollage1.jpg

Décollage immédiat

Prix des Incorruptibles 2013-2014

../Images/43116_NuitBlancheLyceeNB.jpg

Nuit blanche au lycée

Prix Rablog Saint-Maur en poche Ados 2013

Philip Le Roy

La Brigade des fous

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

Coupable idéal

de rageot-editeur

Double disparition

de rageot-editeur

suivant