//img.uscri.be/pth/cb95cce92f9ae65acf448dd8d0092b4a8929efc3
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 1,49 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : PDF - EPUB - MOBI

sans DRM

Protocole Nerd

De
236 pages

Bienvenue à East Valley, une petite ville en banlieue de Washington D.C. où vivent les plus nantis de la côte est des États-Unis. C'est aussi dans cette petite ville où se situe une organisation aidant les élèves à tricher à leurs examens. C'est pour payer l'université de mes rêves, Harvard, que moi, William Parker, je me suis embarqué dans cette aventure qui s'est révélée beaucoup plus dangereuse que je ne l'avais imaginé. D'autant plus que j'ai dû faire équipe avec John Baxter, cette espèce de brute sans cervelle qui m'a martyrisé pendant quatre longues années de ma vie. Pour vous rassurer, ce n'est pas encore l'histoire d'un type moche dans un lycée qui tombe amoureux de la capitaine des meneuses de claques, mais bien un récit où l'action et le rire sont au rendez-vous.


Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

Couverture

Image couverture

Copyright

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-95996-6

 

© Edilivre, 2016

Avant-propos

Par le personnage-narrateur du roman
que vous vous apprêtez à lire

Avant de commencer, j’aimerais vous avertir que je me suis écarté du type de narration habituel qui consiste à raconter les événements dont j’ai été moi-même témoin. C’est pourquoi quelques chapitres seront racontés à la troisième personne, mais il n’y a pas de quoi vous inquiéter : vous pouvez compter sur mon omniprésence pour vous guider à travers ces parties où vous vous languirez de mon absence. J’ai scrupuleusement vérifié les faits racontés dans ces parties de l’histoire et je peux attester de leur véracité. Aussi, chaque émotion et pensée ont été retranscrites avec le plus grand des soins après avoir consulté les personnes concernées dans ces chapitres au cours de l’écriture.

Si j’ai décidé de m’étendre sur ces événements en particulier, c’est pour vous permettre de mieux connaître ces personnes qui m’ont été d’un grand secours, même si, contrairement à ce que vous pourriez penser, nous n’étions pas les meilleurs amis du monde. Croyez-le ou non, mais la conversation la plus intime que nous avions réussi à partager était à propos de la température qu’il allait faire le lendemain.

En ce qui concerne l’aventure qui nous a forcés à travailler ensemble malgré nos différences, je m’en serais volontiers passé. Malheureusement, c’est arrivé et si tout était à recommencer, j’ai honte de le dire, mais je peux vous garantir que je commettrais exactement les mêmes gestes. Ne nous jugez pas trop sévèrement.

Chapitre 1
Parker

Mes parents m’ont toujours dit avoir passé les meilleures années de leur vie dans cette institution qu’on appelle le « lycée ». D’après mon expérience personnelle, je ne suis pas certain d’être du même avis. Pour moi, ce fut plutôt les quatre années les plus horribles de toute mon existence et dont le souvenir me hante toujours malgré mes sessions d’hypnose chez le psy et une prescription d’antidépresseurs pour la durée de mes études universitaires. Mais, ce fut ma dernière année qui, pourtant si bien commencée, fut la plus haute en émotion, alors que, généralement, les préoccupations des jeunes de cet âge-là se limitent aux questions incessantes de leurs parents au sujet de leur choix de futures carrières ou celles de leurs camarades à propos de leur cavalier/cavalière pour le bal de promo.

Avant d’entrer dans les détails, laissez-moi me présenter. Je m’appelle William Parker. Mais vous pouvez m’appeler tout simplement Will. Désolé pour celles et ceux qui s’attendaient à ce que j’aie un prénom des plus saugrenus tel que Sherlock, Frodon ou Drago. Le fait que je m’appelle comme n’importe quel gars que vous pourriez croiser en allant acheter votre café le matin ne déterminera pas si vous allez apprécier la suite de cette histoire ou non. Comme on dit, on ne juge pas un livre à sa couverture. Qui plus est, j’ai même eu de la chance d’avoir hérité de ce prénom. Au départ, ma mère, qui a toujours rêvé d’avoir une fille, a voulu m’appeler Jessica. (Ne me demandez pas ce qu’en pensait mon père, au départ il ne voulait même pas d’enfants.) Jessica… pour un garçon… vous imaginez de quoi j’aurais eu l’air !? Heureusement, le lendemain de l’accouchement, mon oncle William a failli perdre la vie dans un accident de voiture. Alors, ma mère m’a donné son nom au cas où il y resterait. Aujourd’hui, ce dernier est en parfaite forme et je n’ai pas le même prénom que ma voisine en cours de maths de troisième année.

Bref, toute cette histoire qui remua mon année de terminale commença il y a plus de vingt ans dans une petite ville du nom de East Valley, en banlieue de Washington D. C, la semaine après les vacances de Noël pour être plus précis.

En ce premier jour d’école de cette nouvelle année, je fis mon entrée dans le hall du lycée Pearl Academy — rebaptisé ainsi dans les années cinquante suite aux événements de Pearl Harbor et considéré comme le meilleur lycée du pays — cinq minutes avant que la cloche ne sonne. La première chose que j’ai remarquée était qu’on avait remplacé les décorations de Noël par une banderole annonçant, dans trois semaines, le premier match de l’équipe de basket-ball dont le capitaine n’était autre que John Baxter — une espèce d’arrogant sans scrupule qui prenait un malin plaisir à me ridiculiser devant tout le monde à la moindre occasion. Il se trouvait être le capitaine de presque toutes les équipes sportives du lycée à part l’équipe de curling et était aussi notre président de promo. De plus, la gente féminine du lycée lui trouvait « un physique digne de rivaliser avec ceux des stars de cinéma ».

Pour ceux qui se le demanderaient, oui, c’était bien ce zigoto qui fut le responsable de toutes mes années de calvaire. Et la raison de ces persécutions était tout simplement que je suis, enfin j’étais, un élève plus doué que la moyenne. Autrement dit, un lycéen qu’on appellerait dans la langue commune, un nerd.

Et non, ce n’est pas encore l’histoire d’un type moche dans un lycée qui est amoureux de la capitaine des meneuses de claques, et bien qu’il ne semble pas être son genre, ils vont se retrouver ensemble à la fin du roman. Premièrement, parce que le gars n’est pas si laid que ça (quoi ? je suis peut-être quelqu’un d’intelligent, mais je n’ai jamais porté une paire de lunettes aux verres en fond de bouteille ou une coupe de cheveux ringarde) et deuxièmement, je n’ai jamais eu l’envie de sortir avec ladite fille parce que je ne pouvais pas la supporter, et vice-versa. Je vous le jure. Je pourrais vous le prouver si jamais vous décidiez de continuer votre lecture au lieu de remettre ce livre sur l’étagère de la bibliothèque ou de la librairie où vous vous trouvez.

Donc, pour retourner à nos moutons, retenez que, grosso modo, entre John et moi, c’était la guerre et vous ne serez pas trop perdu pour le reste. Malheureusement, je ne pouvais pas compter sur le proviseur pour envoyer ce fauteur de troubles dans la plus lugubre école de troisième zone, car John, comme la majorité des élèves, était en quelque sorte « intouchable » étant donné les moyens dont ses parents disposaient pour compenser l’attitude de leur progéniture.

N’en soyez pas étonnés, qui dit meilleur lycée du pays dit parents riches qui cherchent à tout prix à assurer un avenir à leur enfant. East Valley était la ville tout indiquée pour cet Eldorado du prestige plus que de la connaissance ; même si ce n’était peut-être pas aussi gros que Dallas, il n’en demeurait pas moins que c’était là où les sénateurs, les députés et autres politiciens richissimes avaient élu domicile. Ici, vous aviez la chance de vivre dans des manoirs d’une trentaine de pièces avec piscine, court de tennis et un jardin digne de figurer en couverture du dernier numéro de Martha Stewart.

Excepté que, dans mon cas, c’était un peu différent, puisque ma famille n’était pas riche, ce qui ne m’ennuie pas du tout. Sur tous les points, j’ai eu une enfance heureuse : je n’étais pas pauvre au point de vivre dans un taudis pas très net côté hygiène. Je pourrais aussi m’estimer chanceux de ne pas vivre chez un oncle et une tante démoniaques qui m’enfermeraient dans le placard sous l’escalier. Et je n’ai pas de beau-père ou de belle-mère démoniaque non plus, puisque mes parents sont bien en vie et toujours ensemble aujourd’hui. Mais je ne pourrais pas dire que mes parents étaient milliardaires. Mon père était un simple enseignant à l’université de Georgetown, et ma mère travaillait comme procureure.

– Excusez-moi, dis-je à une bande de filles bronzées qui étaient en train de papoter de leurs vacances au Bahamas en plein milieu du hall d’entrée et qui bloquaient la circulation qui se massait autour d’elles.

Elles s’interrompirent et toisèrent mon teint cadavérique d’un air hautain avant de s’écarter de mon chemin.

On m’avait toisé de cette façon tellement de fois que je ne prêtais même plus attention à ce type de réaction. De toute façon, il restait moins de six mois avant de quitter cette école pour commencer une nouvelle vie à l’université de mes rêves : Harvard. Avec mon excellente moyenne, mes nombreux prix reçus à diverses compétitions internationales et mon classement au tableau d’honneur national, le conseil d’administration n’avait pas perdu son temps avant d’accepter ma candidature. La preuve : j’avais reçu l’e-mail confirmant mon inscription juste avant de partir pour les fêtes, contrairement aux autres qui priaient encore tous les soirs pour que leur dossier fût pris en considération dans l’université de leur choix afin d’y poursuivre la tradition familiale ou, comme dans mon cas, tout simplement afin de s’assurer un avenir dans un milieu de travail stimulant quoique hyper-compétitif.

Si je me souviens bien, John avait fait sa demande pour Yale… ou Princeton, malgré sa moyenne scolaire largement inférieure à la mienne. À l’époque, j’avais été très surpris de savoir qu’il avait été accepté alors que le seul domaine dans lequel il excellait, excepté les cours de gym, était son ingéniosité à préparer des mauvais coups.

Comme je composais la combinaison de mon cadenas, je vis du coin de l’œil le professeur de français donner une retenue au groupe de filles de tout à l’heure à cause de la longueur inadéquate de leur jupe d’uniforme qui découvrait plus de la moitié de leur cuisse.

Le karma est une chose extraordinaire.

Le règlement de l’école exigeait que tous les élèves portent un uniforme afin que tout le monde soit sur un pied d’égalité, même si un étranger pouvait facilement faire la différence entre un boursier et quelqu’un qui ne l’était pas. Les gens qui avaient de l’argent et qui désiraient en faire l’étalage le montraient aux autres avec leurs montres, bijoux et autres accessoires de luxe.

Je saisis mon livre de maths sur la tablette supérieure de mon casier parmi mes autres manuels placés en ordre alphabétique, quand on me donna délibérément un coup d’épaule. Je tournai les talons pour voir le responsable, mais à la place je me retrouvai face à l’une des plus jolies filles que je n’aie jamais vue de toute ma vie.

Je la vis promener son regard à travers le hall, jetant de temps à autre un coup d’œil sur une feuille de papier qu’elle tenait en main. J’en déduisis que c’était la nouvelle, dont les profs nous avaient annoncé l’arrivée juste avant de partir pour les fêtes ; la première qu’on daigna accepter à mi-chemin durant l’année scolaire depuis 1885.

Finalement, elle s’arrêta devant la case qui, par le plus beau des hasards, était située juste à la droite de la mienne.

Refermant mon casier, je bombai le torse et me retournai dans le but de lui faire une bonne première impression en lui proposant de porter ses livres ou de faire une visite guidée du lycée, au moment où elle ouvrit son compartiment. Ce qui donna comme résultat qu’elle me heurta de plein fouet, me plaquant au sol et éparpillant mes effets personnels un peu partout autour de moi. Cette fille m’avait tapé dans l’œil, il n’y avait plus de doute là-dessus.

Dans le plus classique des scénarios, on s’attendrait à ce qu’elle m’aide à ramasser mes affaires et que là, nos regards se croisent et que le reste s’enchaîne, mais il n’en fut rien. En fait, la nouvelle ne semblait même pas avoir remarqué ma présence. Sans doute était-ce dû à l’apparition soudaine de John Baxter et de ses gros muscles.

Je rassemblai en vitesse mes affaires éparpillées sur le sol afin de m’éloigner au plus vite pour ne pas me confronter à ce colosse. Non sans croiser Kathleen Sanders, l’ex-petite amie de mon rival avec qui il avait rompu à la danse de l’automne pour aucune raison en particulier. D’après la tête qu’elle faisait, ça ne devait pas trop lui plaire de voir son ex faire de l’œil à une autre fille juste devant ses yeux, ce que je trouvais assez étrange puisqu’elle sortait depuis peu avec Jake Sullivan, un autre gars qui venait prouver la théorie de Darwin selon laquelle nous aurions bel et bien un ancêtre commun avec le singe.

J’arrivai en classe, impatient de commencer l’année dans ma matière préférée ; je n’allais pas laisser les événements de ce matin gâter le restant de ma journée.

Je vis que la salle était vide à l’exception de mes amis assis à leur place habituelle, discutant de leurs vacances. Je m’assis discrètement derrière eux pour ne pas interrompre Tom qui racontait avec un grand enthousiasme son escapade au Grand Canyon. J’étais peut-être maltraité à l’école, mais ce qui me consolait un peu c’était que je n’étais pas le seul.

Pour commencer, il y avait Tom Foster. Tom était un gars aux cheveux châtains avec une paire de lunettes carrées qui lui donnaient l’air d’un intello. C’était quelqu’un de gentil, un peu bavard avec un petit air naïf ou inoffensif. Depuis quelque temps, il semblait avoir des vues sur Dylan Johnson ; Dylan étant une fille, si jamais vous vous posiez la question. Une jolie fille, en y repensant bien, mais à laquelle, et je le jure sur la tête de qui vous voudrez, je ne me suis jamais intéressé. Pour vous en faire une brève description, cette dernière semblait vouloir diriger tout le monde à la baguette, avait un amour inconditionnel pour les livres de fiction et ne sortait jamais de chez elle sans tresser ses longs cheveux blond vénitien, ce qui faisait ressortir ses yeux marron. Entre elle et moi, c’était toujours une petite compétition. Je me souviens qu’en cours de biologie, nous avions souvent l’habitude de demander au professeur de nous chronométrer pour savoir qui avait disséqué sa grenouille en moins de temps. Ce petit jeu irritait au plus haut point Paul Walsh, un fervent écologiste et végétarien qui semblait prendre un malin plaisir à taquiner les autres ; moi en particulier. Son père travaillait comme contremaître dans une usine de produits chimiques (trouvez l’erreur). Puis, Steve Brown complétait la liste. C’était peut-être quelqu’un d’un peu timide et qui évitait de se mêler aux autres, mais il était quelqu’un sur qui nous pouvions toujours compter, en plus d’être le meilleur dans la réparation et la compréhension des objets électroniques. Par exemple, une année, il avait réparé mon ordinateur portable à l’aide d’un simple tournevis quand mon grand-père avait renversé son lait de poule sur le clavier.

– Et toi, Will, dit Dylan en se retournant, qu’as-tu fait ces deux dernières semaines ?

– Bien… la famille est venue nous voir, on a tous fêté Noël autour d’une dinde qui avait les proportions d’un dinosaure obèse. Du côté de ma mère, mon oncle Jack a une nouvelle petite copine. On ne sait jamais, ça pourrait peut-être fonctionner cette fois-ci. Et vous les gars ?

– Rien de spécial, dit Steve en se massant la nuque comme si quelque chose le rendait mal à l’aise. Les trucs habituels quoi.

Un long silence embarrassant plana dans l’air tandis que nos autres camarades entrèrent en classe à la queue leu leu. Depuis un certain temps déjà, je sentais que les choses semblaient avoir changé entre moi et mes amis : les sujets de conversation devenaient rares, comme le temps libre de mes camarades et ils avaient l’air de vouloir fuir à toutes jambes dès qu’un prof s’approchait de nous.

Puis, ce fut le tour de M. Sterling, le professeur le plus aigri de tous les temps — envers les autres élèves en tout cas — à faire son entrée en scène, resserrant sa cravate rayée au point que j’eus l’impression qu’elle l’étouffait. Une raie très distincte séparait ses cheveux noirs en deux parties égales et quelques fils s’échappaient du pull en laine tricoté main par sa femme, qui lui en offrait un à chaque Noël ; celui de cette année représentait des lamas dans une vallée.

Il déposa son attaché-case en cuir marron vieilli sur son bureau et l’ouvrit pour en sortir le plan de cours. J’étais impatient de savoir quelle nouvelle matière nous allions étudier ce trimestre. Je vais peut-être vous paraître encore plus polard en vous disant cela, mais je ne peux pas m’empêcher de vous avouer que les maths étaient ma matière préférée. Eh oui, dans tout ce qui touche le domaine abstrait des nombres et des formules, si vous aviez des problèmes, c’était moi qu’il fallait appeler.

M. Sterling ferma la porte juste après que la jolie fille que j’avais vue tout à l’heure n’entre. Elle lui tendit un papier de la part de la direction. Le professeur le lui prit des mains sans la regarder et examina le billet en haussant un sourcil broussailleux.

Le son de la cloche retentit tel un coup de fouet et tous ceux qui étaient encore debout coururent se trouver une place. Personne ne tenait à s’attirer les foudres de M. Sterling et à se retrouver avec une semaine de colle. Vous comprendrez qu’ici, à Pearl Academy, plus un professeur donnait des retenues à ses élèves, plus il ou elle était respecté par le corps enseignant et que M. Sterling était de loin le professeur le plus craint et respecté de toute l’école.

– Bon, dit-il d’une voix morne, une fois que tout le monde fut à sa place, avant de vous souhaiter la bienvenue j’aimerais vous présenter votre nouvelle camarade de classe venue tout droit de Los Angeles, miss Holly Evans.

Tous les regards se tournèrent dans sa direction. Holly sourit timidement à la classe avant de gagner la dernière place libre au fond de la salle. J’entendis quelques-unes des amies de la bande à Kathleen assises devant moi murmurer sur son passage et je sus tout de suite que ce ne devait pas être à propos de la nouvelle collection de Ralph Lauren. Heureusement, M. Sterling — dont l’ouïe était assez fine pour entendre le gazon pousser — les perçut et leur donna une sentence les empêchant d’aller courir les soldes à New York ce week-end.

Quel dommage.

Chapitre 2
Holly

Les yeux rivés sur le sol, Holly vint s’asseoir au fond de la dernière rangée et sortit son manuel de maths. Elle fit tourner distraitement son bracelet sur son poignet, ignorant les regards curieux que lui lançaient les autres élèves. La jeune fille tenta de se concentrer sur la matière que griffonnait M. Sterling au tableau au moyen d’une craie qui diminuait à vue d’œil. Elle préférait que l’attention ne se porte pas sur elle et faisait tout pour se fondre dans la masse afin de rester invisible, surtout le premier jour.

Au premier regard, n’importe qui pouvait se dire qu’elle était, à quelques kilos près, le stéréotype parfait de la Californienne. En la connaissant mieux, on pouvait se rendre compte que c’était une personne tranquille, discrète et qui évitait de se mêler aux autres par timidité. Aussi, c’était quelqu’un qui détestait tout ce qui était froid et mouillé (le père de Holly avait vraiment choisi le moment idéal pour déménager). Maintenant, chaque fois qu’elle regardait à travers la fenêtre, elle voyait ce désert de neige grisâtre et non les palmiers et le soleil de Californie (de quoi saper le moral de beaucoup de gens, à bien y repenser). En gros, ce n’était pas le bon temps de lui adresser la parole. D’autant plus qu’il lui manquait encore quelques heures de sommeil après avoir passé la nuit dans un avion avec des turbulences qui n’en finissaient pas et qu’elle ne s’était pas encore remise du décalage horaire.

Contrairement à sa fille, M. Evans (son père) était ravi d’être de retour dans sa ville natale les rares fois où il était à la maison. D’ailleurs, il avait souvent parlé de revenir. Holly ne le prenait jamais au sérieux, car quand il en parlait c’était d’une façon nébuleuse et lointaine, comme dans un rêve. L’occasion s’était présentée après que le grand-père de Holly eut succombé à une crise cardiaque à l’automne dernier et qu’il avait laissé la direction de son entreprise à son fils.

(Quand mon grand-père est mort, il a légué à mon père sa collection de timbres.)

« Tu vas t’amuser à Pearl Academy », disait M. Evans pour encourager sa fille. « J’y ai passé les meilleures années de ma vie. Et tu pourras y faire de nouvelles rencontres. » Holly jeta un coup d’œil à la classe minuscule, où une étrange odeur de fromage planait, en se demandant bien comment son père avait pu passer les meilleures années de sa vie dans une école où la matière enseignée était de niveau universitaire. (Personnellement, je ne voyais pas ce qu’il y avait de compliqué dans la géométrie différentielle, mais tout le monde a ses forces et ses faiblesses, et les maths n’avaient jamais été la matière favorite de Holly. Pour le reste, la jeune fille avait des notes raisonnables dans toutes les autres matières, sans être assez fortes pour figurer au tableau d’honneur ni trop basses pour attirer l’attention de son père.)

Le lycée était peut-être inscrit sur la liste du patrimoine américain à préserver, mais il n’en demeurait pas moins que c’était un lieu très déprimant. Et pour ce qui était des nouvelles rencontres… on repassera. La moitié des élèves semblait obsédée avec leurs résultats scolaires (coupable). Les autres semblaient juste indifférents à leur sort. Des robots avaient l’air plus humains qu’eux.

Les seules consolations que lui offrait cette ville étaient le sous-sol de sa nouvelle maison que son père lui avait entièrement alloué, et John. Au moins, ça lui faisait une personne qu’elle connaissait au lycée, ce qui lui éviterait de déjeuner en solitaire à la cantine.

East Valley n’était pas le problème à proprement parler. Elle y était déjà venue à plusieurs reprises pour rendre visite à ses grands-parents et trouvait l’endroit parfaitement charmant, mais elle n’avait jamais songé à y vivre ; il était plus facile dans une grande ville comme Los Angeles de se fondre dans la masse que dans cette petite bourgade où tout le monde connaissait tout le monde et où « crime » était synonyme d’un dîner brûlé.

La politique était un sujet de conversation auquel tous les gens d’East Valley semblaient s’intéresser. Depuis leur arrivée dans le quartier, les voisins leur avaient apporté des paniers cadeaux de biscuits, muffins, friandises et pamphlets électoraux leur expliquant les diverses raisons pour lesquelles ils ou elles seraient le meilleur candidat. Tout ça en plus des invitations à des dîners de charités, des brunchs, des fêtes champêtres et des galas pour supposément mieux apprendre à les connaître. Caroline ne devait plus savoir où donner de la tête pour organiser leur calendrier mondain. Holly vous dirait qu’au moins elle avait de quoi tenir toute une journée sans utiliser la carte de crédit de son mari.

Caroline (née Bacon, ce qui lui avait valu de nombreux surnoms à l’école à cause de son léger surpoids, sans oublier son frère qui s’appelait Kevin) était la belle-mère de Holly et même si l’adolescente n’avait aucune réserve à son égard, la jeune fille la considérait toujours un peu comme une étrangère. Mais les deux arrivaient à s’entendre. Holly devait avouer que ce n’était pas si mal que ça d’avoir quelqu’un à qui parler à la maison autre que la bonne (et son père, bien sûr). Aussi, Caroline était une jeune femme énergique malgré sa quarantaine et toujours souriante.

Mais peu importait. Holly n’allait pas en vouloir à son père d’avoir à nouveau trouvé l’amour. Après tout, M. Evans était assez grand pour assumer les conséquences de ses actes et si Caroline était en réalité une horrible croqueuse de diamants plus attirée par l’argent de son père que par lui-même, c’était son problème jusqu’à ce que la mort les sépare. Ou tout simplement jusqu’à ce que M. Evans signe les papiers du divorce chez son avocat.

L’adolescente profita des quelques minutes de répit qui suivirent (pendant que M. Sterling se débattait avec l’ordinateur de la classe pour afficher sa présentation sur le tableau électronique) pour reposer sa main qui la faisait souffrir après avoir tant écrit. Plusieurs élèves détournèrent les yeux pour ne pas éclater de rire devant la drôle de performance du prof de maths.

– Eh, tu pourrais me passer un crayon ? demanda son voisin, un jeune homme aux cheveux ailes de corbeau et aux yeux verts pétillants, la sortant de ses pensées.

Holly fouilla dans son coffre à crayons et lui tendit un stylo sans prendre la peine de le regarder.

– En passant, moi c’est Ryan Anderson (il lui tendit une main que Holly serra mollement), toi c’est Holly ?

L’adolescente acquiesça, les yeux toujours fixés sur le tableau.

– T’étais avec John ce matin ?

Holly ferma les paupières et prit une bonne inspiration ; ce dénommé Ryan commençait à lui taper sur les nerfs.

– Oui, répondit-elle sur un ton distrait.

– Pas de chance, poursuivit-il. Je l’ai vu discuter avec Marylin Mitchell juste après qu’il t’a reconduite ici. Il est très en demande ce cher Johnny, mais je suis là si…

Le jeune homme avait rapproché sa main du genou de Holly, mais la jeune fille, qui n’avait jamais été d’humeur à ce qu’on la touche, attrapa le bras de son camarade de classe bien avant que sa main n’eût atteint sa cible et le lui tordit. Ce pauvre Ryan étouffa un cri de douleur.

– Écoute-moi bien, dit-elle en le regardant droit dans les yeux cette fois-ci, je connais ta réputation ici, c’est ce cher Johnny qui m’en a glissé mot. Alors, si jamais tu essaies encore de t’approcher de moi, ou même de me regarder, je préviens John et à nous deux, on s’occupe de toi (elle resserra sa prise, Ryan crispa davantage les mâchoires), pigé ?

Ryan acquiesça vigoureusement. La simple mention de John pouvait faire trembler n’importe qui, même s’il s’agissait de son meilleur ami.

La technique de drague habituelle de Ryan se résumait à deux étapes très simples : 1) repérer la cible, 2) passer à l’attaque en se servant de son amitié avec John comme leurre, du genre : « tu sais, mon meilleur ami John est timide, il m’a demandé de voir si tu voulais aller prendre une bouchée avec lui après sa pratique de football, qu’en dis-tu ? » Ce qui devenait plus tard : « John finalement a eu un empêchement, mais allons-y ensemble ». Oui, certaines filles étaient folles de celui qu’elles considéraient comme leur Cary Grant, une star tout aussi lointaine et inaccessible – laissant tout le loisir à Ryan de s’essayer avec ces pauvres filles accablées. John le laissait faire ; il savait que la plupart des filles n’étaient pas assez idiotes pour avaler ces sottises. Au moins, John savait que Ryan était quelqu’un sur qui il pouvait compter si jamais il avait des ennuis, comme cela lui était arrivé à de nombreuses reprises, puisque ces deux-là avaient fait les quatre cents coups ensemble depuis qu’ils étaient hauts comme trois pommes.

Holly relâcha sa prise pile au moment où M. Sterling, toujours face à son diaporama, dit, sans se retourner :

– Monsieur Anderson, miss Evans, est-ce que l’on vous dérange ?

Ryan resta muet comme une tombe. Il trouvait déjà cela assez humiliant de s’être fait battre par une fille, il ne tenait pas à ce que toute la classe soit au courant.

– Non, monsieur Sterling, répondit Holly, seulement mon collègue se comporte de façon plus que dérangeante à mon égard et trouble ma concentration.

– Je vois. (M. Sterling se retourna lentement et fixa droit dans les yeux le jeune homme qui déglutit avec difficulté.) Monsieur Anderson…

Un courant d’air glacé sembla traverser la classe alors que M. Sterling s’avança dans la rangée jusqu’à ce qu’il fût à proximité du jeune homme.

– Je ne savais pas que le bureau de M. Sheridan (le directeur) vous avait manqué durant vos vacances au point de vouloir vous y rendre le premier jour d’école de cette nouvelle année.

– Mais je…

Le professeur indiqua la sortie d’un geste brusque tandis et l’adolescent s’y dirigea en traînant des pieds, suivi du regard de tous les autres élèves. Valait mieux ne pas protester.

Dans mon for intérieur, je savais que M. Sterling avait tout entendu, mais avait toutefois fait la sourde oreille parce qu’il rêvait lui aussi de donner une bonne raclée à ce vieux Ryan. Tristement pour lui, les châtiments corporels sur les élèves avaient été prohibés vers la fin des années quatre-vingt-dix.

– Pas de commentaires, dit-il en balayant la pièce de ses yeux noirs tels deux précipices sans fin.

Les élèves qui s’étaient retournés pour observer toute la scène replongèrent aussitôt leur nez dans leur manuel.

– Bienvenue à Pearl Academy miss Evans, dit M. Sterling avec un sourire qui semblait sincère, mais qui me donna froid dans le dos — manque d’entraînement — dès que notre camarade de classe eut claqué la porte derrière lui. Maintenant que ce petit problème est réglé, pour le cours de demain, vous me ferez le plaisir de compléter tous les exercices des pages 105 à 125 dans votre manuel.

Des soupirs et des protestations se firent entendre de la part des élèves mécontents.

– Silence, siffla M. Sterling entre ses dents croches.

– Mais monsieur, s’écria une adolescente brune d’une voix geignarde, on vient juste de rentrer de nos vacances de Noël, ne pourriez-vous pas être un peu plus clément et nous accorder un peu de répit pour les devoirs ? De toute façon, la moyenne du groupe pour le dernier examen était de A.

– Miss Stone, si la moyenne de votre groupe avait été de A+, peut-être aurais-je été un peu plus « clément » comme vous le dites, mais ce n’est pas le cas. De toute façon vous avez déjà eu un long répit avec vos vacances de Noël. Et comme vous le remarquerez, je vous laisse le reste du cours pour commencer votre devoir. Donc, si vous dites ne serait-ce qu’un mot de plus, je vous donne une heure de colle. Et cela s’applique à tous vos camarades aussi. Est-ce que c’est clair ?

La fille se rassit avec un soupir. Après cette intervention, les élèves se mirent immédiatement au travail, ouvrant leur manuel et commençant à griffonner dans leur cahier. Holly les imita, à moitié sous le choc. M. Sterling ne semblait pas être du genre à lancer des menaces en l’air, et quiconque ne l’avait pas compris pouvait se retrouver dans les ennuis jusqu’au cou.

Chapitre 3
Parker

Exactement dix minutes après que la cloche annonçant le déjeuner eut retenti avec force, j’entrai d’un pas hésitant à la cafétéria. Si je dis « hésitant », c’est parce que déjeuner ici pouvait très vite se terminer en lutte pour sa propre survie à cause des batailles de nourriture qui s’y déroulaient quotidiennement. Les profs n’intervenaient que si la situation devenait trop intense, mais à part ça… Je sais que ça peut paraître étrange de la part de personnes qui pourraient mettre toute leur classe en retenue à cause d’un élève qui s’était mouché trop fort. Cependant, ce qui se passait en dehors de leur cours ne les concernait juste pas.

Je repérai Dylan, Paul, Steve et Tom assis à la table 7, celle qui était proche de la poubelle. (C’est exact, la pire table de la cafétéria nous avait été concédée, à nous les intellos. Je sais que ça fait vraiment cliché, mais dites-vous que les histoires pour adolescents sont basées sur des faits réels et que celui-ci en est un bon exemple.) Nous étions le seul « groupe » à vraiment nous asseoir ensemble. Les autres étaient dispersés aux tables alentour, se mêlant les uns aux autres.

Dylan monopolisait la conversation — comme d’habitude — sur un nouveau livre fantastique d’un auteur de troisième zone qu’elle s’était dégoté à la bibliothèque (elle montrait fièrement l’ouvrage défraîchi). Paul, en face d’elle, l’écoutait d’une oreille distraite — son hamburger au tofu (beurk !) réclamait plus d’attention. Steve jouait discrètement à un quelconque jeu sur son portable sous la table. Seul Tom lui portait réellement attention, les yeux braqués sur la jeune fille.

Dylan termina son résumé au moment où je déposai mon déjeuner au centre de la table. Elle m’adressa un sourire chaleureux (signe qu’elle tramait quelque chose), Steve releva les yeux de ses genoux, Paul, de son déjeuner et Tom détourna les siens de Dylan.

– Salut tout le monde, dis-je en m’asseyant entre Paul et Steve. Désolé d’être en retard.

– Alors, commença Paul, c’était les boules de papier, les casiers ou les poubelles ?

– Regarde par toi-même.

Je me retournai, leur montrant le côté arrière de mon débardeur recouvert de petites boulettes en papier encore dégoulinantes de salive humaine.

La chasse aux nerds était toujours une activité en vogue à mon lycée. Entre les cours, j’avais un répit car les élèves étaient pressés de se rendre à leur prochaine classe et personne ne tenait à s’attirer des ennuis à cause d’un retard. C’était plutôt à la pause du midi et au moment de partir le soir que les choses se compliquaient pour moi : le public était nombreux, comme les options de sabotage. Pour une fois, mes bourreaux n’avaient pas pris beaucoup de temps à comprendre ce détail. La plupart du temps, leur mode opératoire consistait à me surprendre avec une jambette avant de me cribler de boulettes en papier imbibées de salive, le tout devant des curieux qui n’avaient rien de mieux à faire. On m’avait, aussi, déjà enfermé dans mon propre casier. Mais le...