Roxane

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Roxane s'évade. En ce moment, elle a de bonnes raisons de le faire, alors elle s'invente une autre réalité. Elle en a l'habitude. Dans son monde onirique, c'est donc à un être à la beauté démoniaque qu'elle livre son destin.
Malheureusement, du démon il n'a pas que l'enivrant physique. C'est ainsi qu'au cœur d'une grande guerre entre mortels et immortels, toutes les questions se confondent rapidement en une seule, simple et terrifiante. Si Gwendal n'était pas seulement un cauchemar, si pour des raisons ancestrales, il se trouvait réellement là, de l'autre côté du miroir... Combien Roxane pourrait-elle sacrifier sur l'autel d'un démon ?


Publié le : vendredi 29 janvier 2016
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EAN13 : 9782334069588
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ISBN numérique : 978-2-334-06956-4

 

© Edilivre, 2016

Prologue

Dans la vie il y a ce qui existe et ce dont on rêve. Il y a ce que l’on souhaite et ce qui nous échappe. Il y ce qui nous appartient et ce qui appartient aux autres, ce que l’on maîtrise et ce à quoi l’on ne réchappera pas.

Dans la vie il y avait juste moi, mon ex, mes amis. Il y avait mes parents, mon travail et la réalité. Aujourd’hui tout est différent et la question semble simple : les démons existent-ils. Si oui : que suis-je prête à sacrifier sur l’autel d’un démon ?

Chapitre un
Le temps des songes

Je rêvais, et j’en avais conscience, que les choses soient bien claires. Mais vous savez comment c’est : j’étais prisonnière du songe, et évidemment, ma situation était désespérée. Jugez par vous-même.

Affolée, je me mêlai à la foule des créatures au charisme surnaturel. Elles sentaient bien l’odeur de mon sang, mais sans savoir d’où cela provenait précisément, du moins pour le moment.

– C’est elle ! Hurla enfin un vampire.

Au temps pour moi. Je me mis à courir, plus vite, de plus en plus vite. C’était un rêve, donc je n’étais pas la vraie Roxane, incapable de courir plus d’un quart d’heure sans m’évanouir sur-le-champ. Pourtant en quelques minutes j’étais déjà cernée, évidemment, les immortels étaient plus rapides que n’importe quel athlète. Ils n’existaient pas ? En l’occurrence ils étaient diablement réels, je peux vous le jurer sur ce que vous voulez. Mon dernier espoir était ce majestueux hôtel particulier, orné d’or fondu et de pierres précieuses. Immaculé, il me sembla être la seule issue à mon cauchemar dantesque. A l’intérieur, de richissimes damnés donnaient une réception splendide.

Que faisais-je là, sur la Terre des assassins par nature ? Il y avait probablement une raison, mais là tout de suite j’avais autre chose à faire que d’y réfléchir, à savoir me sauver n’importe où, pourvu que leurs canines restent éloignées de mon réseau veineux. Je m’engouffrai dans l’immeuble blanc, sous le regard soufflé des deux colosses qui vérifiaient les invitations.

Alors mon rêve prit une autre teinte : il devint d’un jaune orangé, comme la lumière chaude diffusée par les lustres et les chandeliers. Une pièce vide, et de l’autre côté, la fête. Je fis attention à ne pas ouvrir la porte violemment comme une humaine tentant de se cacher des vampires – ce que j’étais, je suis au courant. De l’autre côté j’appliquai la seule méthode qui pourrait peut-être assurer mon salut jusqu’à l’aube : je pris une coupe de sang sur un plateau et saluai les convives de loin, comme si je comptais bien revenir dès que j’aurais trouvé le maître de maison pour le remercier de l’invitation. Je ne détonais pas trop question vêtements : j’étais vêtue d’une robe-corset relativement courte d’une belle couleur rouge sang, comme si j’avais de toute façon eu l’intention de venir à cette fichue réception.

Même si rien ne permettait objectivement de s’en rendre compte, dans mon sommeil agité je sus que cela ne fonctionnerait pas éternellement. Quelques heures plus tard, beaucoup de manœuvres épuisantes après pour que cela paraisse normal que je reste toujours un peu isolée, tous les convives s’étaient mis en tête de démasquer l’humain qui dégageait cette odeur subtilement différente de celle qui provenait du sang que l’on servait aux quatre coins de la grande salle de bal.

– La voilà ! Hurla-t-on en me montrant du doigt, et mon ventre se retourna aussitôt.

J’étais près d’un large escalier, la foule se dressait devant moi. Alors je montai, avalant les marches désespérément, comme si arrivée en haut la partie serait terminée, à l’instar des jeux d’enfants. Évidemment on me rattrapa avant le seuil du premier étage, alors je plongeai : plutôt mourir que de les laisser boire mon sang ou pire : me changer en un monstre meurtrier.

On m’avait rattrapée. On m’avait rattrapée au vol !

– Non, implorai-je hystérique, pitié non…

Des rires victorieux s’élevèrent dans la luxurieuse bâtisse aux vampires. Autour de moi on se demanda à qui offrir un tel présent alors que paralysée par la peur, je ne bougeais plus : j’allais me réveiller, bon sang ! Du sang frais dans un corps de jeune femme, discutait-on encore, comme si j’étais une chose sans conscience.

J’inspirai à fond : si je ne pouvais pas me réveiller, alors j’allais améliorer cette situation. Je commençai à me concentrer pour inventer une solution à ce cauchemar dégoûtant.

– A Gwendal, évidemment, clama une femme comme une évidence.

Je tournai vers elle un visage figé par l’horreur, les vampires allaient réellement m’offrir à l’un des leurs, mais qu’allait-il faire de moi ensuite ?

– Je suis la maîtresse de maison, m’expliqua-t-elle comme si c’était normal de discuter avec une personne qu’on s’apprêtait à offrir comme un bijoux dans une jolie boîte. Je suis comblée que tu aies choisi ma demeure pour abréger tes jours méprisables.

Je sortis enfin de mon mutisme : je commençai à me débattre. Mais autant se défendre contre un mur : les immortels ne semblaient même pas ressentir les coups que je leur assénais. Je ne savais pas me battre, pour être tout à fait honnête, ce qui n’était pas vraiment à mon avantage à cet instant précis.

– Enchaînez-la, et approchez une voiture, nous partons chez le maître, conclut la propriétaire de ce maudit hôtel.

Me tournant et me retournant entre les draps, je me vis ligotée et jetée au fond d’une voiture dont les chevaux piaffaient d’impatience. Je me débattis encore, persuadée d’avoir influencé mon rêve pour gagner le temps nécessaire à une fuite éventuelle. Mais que faire contre les lourdes chaînes qui blessaient déjà la peau fine de mes poignets fragiles ? Rien à part blesser mes chairs un peu plus. Résignée je passai mes liens autour de mon cou : peut-être qu’un suicide aiderait mon vrai corps à se réveiller enfin. Je rassemblai mes forces et hurlai de peur au contact glacial de la vampire qui tint dorénavant mes poignets, jugeant que son cadeau serait mieux apprécié vivant que mort par strangulation.

La calèche s’arrêta devant un palais somptueux, aussi immaculé que la bâtisse de l’immortelle, mais immense en comparaison, et dont les joyaux attiraient beaucoup plus le regard, peut-être parce qu’ils côtoyaient des vitraux aux couleurs chatoyantes. A partir de cet instant je ne retins plus mes larmes, dans mon lit et dans mon rêve. Ce fut à travers elles que je vis toutes les étapes qu’il fallut franchir pour rencontrer le Maître. Des gardes à chaque porte, puis des conseillers qui nous firent patienter dans un salon jusqu’au moment le plus opportun pour déranger le vampire, qui était devenu l’objet de toutes mes angoisses désormais.

Ce fut alors que je craquai vraiment : je m’agenouillai devant l’immortelle, je la suppliai, l’implorai, arguant que je ferais n’importe quoi pour qu’on me laisse renter chez moi. C’était réellement idiot, puisque je n’avais pas de chez moi dans ce monde a priori, mais lorsqu’on panique on essaie n’importe quoi. Elle s’amusait bien, mais je finis par me rendre à l’évidence qu’elle ne me cèderait pas. Aussi m’étais-je tue, effondrée au sol, lorsqu’elle se leva pour se fendre d’une profonde révérence.

– Maître, vous rencontrer est toujours un immense honneur, je peine à trouver les mots…

Elle avait lâché mes entraves pour marquer son respect à son souverain. Je bondis vers les vitraux probablement destinés à arrêter la lumière du jour, et me défenestrai. Mais nous étions au rez de chaussée. Je me relevai, pleurant à chaudes larmes à cause de la douleur due aux multiples égratignures, provenant du choc avec le sol et des éclats de verre. Je n’étais pas vraiment une battante, je le sais. Je courus à travers la foule en pleine promenade, mais elle se referma autour de moi en un rien de temps. L’espace d’un instant, je m’immobilisai pour trouver une solution quelconque. Mais il n’y en avait pas : les vampires montraient les crocs, abandonnant leur masque humain. Ils avaient le visage parcouru de veines bleues dont le réseau se dessinait lentement à partir des yeux qu’ils avaient d’une profonde couleur vermeille, à effrayer un mort. Ils approchaient doucement, se délectant de la peur qui suintait de mon être, en même temps que la sueur soit dit en passant.

J’ignorais ce que Gwendal ferait de moi, mais je savais ce qui m’était destiné ici : la mort, purement et simplement. Je vis volte face et me me jetai vers la porte par où j’étais entrée avec la vampire. Je ne n’en étais pas tellement éloignée, à vrai dire, j’avais eu tôt fait de rencontrer la foule qui se promenait dans l’enceinte fortifiée.

Le Maître était appuyé au battant, il arborait un sourire en coin que j’aurais pu trouver séduisant s’il ne s’était pas agi d’un buveur de sang heureux de me voir revenir au bercail aussi facilement. Pourtant lorsque je m’effondrai à ses pieds, je ressentis un soulagement incommensurable. On m’avait offerte à lui. Il ne me laisserait pas à ses sujets, si ? Je levai les yeux en me demandant si je n’étais pas en train de devenir tout simplement demeurée : après tout lui aussi souhaiterait peut-être ma mort dans les minutes qui suivraient. Le vampire au sourire mauvais paraissait toutefois inoffensif par rapport à la foule au faciès démoniaque. Je me tournai vers elle mais elle avait disparu : les gens s’étaient évaporés, comme s’ils avaient craint que le Maître s’offense d’avoir voulu me tuer les premiers. Je me relevai lentement et fronçai mes sourcils châtains.

– Et maintenant, Gwendal ? Que se passe-t-il à présent ?

C’était un cauchemar, je m’en souvenais maintenant que la cadence avait largement ralenti. Je pouvais même détailler le grand brun aux yeux de braise – sans doute le Maître ne jugeait-il pas utile de camoufler tout à fait ce qu’il était sur ses propres terres. Lorsqu’il se fendit d’un rire pur, je me ramassai un peu sur moi-même, honteuse soudain de n’être qu’une humaine. Cela transpirait de lui : cette créature était un monstre, je n’étais qu’une poussière à ses yeux et il pouvait m’écraser quand bon lui semblerait. Sa bouche était pulpeuse, son nez droit, ses yeux pétillants étaient un rien creusés, ce qui donnait l’étrange impression qu’il était un fauve dans un corps de jeune homme. Sa peau était laiteuse et ses cheveux lui taquinaient la nuque. Sa tenue, blanche et fine, flottait autour de lui. Mais je n’avais pas l’impression de me trouver face à un monarque, il me semblait qu’il était encore pire, car il semblait impossible qu’il eut souhaité établir des lois et s’y plier lui-même, trop de puissance glaciale transpirait de son être malveillant. Pour l’heure il peinait à parler tant il riait aux éclats, ce qui était très loin de me sembler rassurant, et c’était un euphémisme.

– Suis-moi, humaine, comment t’appelles-tu ?

– Roxane, bégayai-je lamentablement sans parvenir à esquisser le moindre pas dans une direction ou dans une autre.

Il avait déjà fait demi tour, sans douter une seconde qu’à présent j’allais obéir au doigt et à l’œil, puisque dehors c’était pour moi encore plus dangereux qu’à l’intérieur avec lui.

En sueur je m’assis entre mes draps humides, dans ma chambre rassurante et tout à fait réelle. Pour être bien sûre de me réveiller correctement, je me levai et fis un tour dans mon appartement, au fil des pièces aux murs blancs ornées de tableaux immortalisant la nature, de photographies rassurantes. Je m’imprégnai de l’image des bougies, des fauteuils confortables, du fait d’être chez moi pour de bon.

Le lendemain la vraie vie reprit son cours : moi et cet espèce d’essoufflement étrange. Pour me rendre au collège où j’étais professeur de français, trajet que je faisais habituellement en vingt minutes, je fis trois pauses qui ne suffirent pas à me donner l’impression que je me sentais mieux. Entre midi et deux je pris rendez-vous chez mon médecin, espérant ne rien avoir de grave, mais consciente que cette fois je ne pouvais plus repousser le verdict. Au retour, coupant le voyage par d’encore plus nombreux arrêts, je songeai que l’aggravation était de plus en plus rapide.

Je rêvais de nouveau. Forte de cette certitude, j’observai la scène attentivement. J’étais vêtue d’une robe blanche ornée de frises noires, qui semblait entièrement faite de dentelles et outrageusement décolletée, tout en creusant la taille, de sorte que j’avais un peu le souffle coupé. Je surplombais une salle à manger caractérisée par les lumières chaudes provenant des vitraux, projetées sur les meubles de marbre, et le sol d’une blancheur veloutée. On y donnait une réception, visiblement, or d’après ce que j’entendais, l’humaine dans la cage en fer forgé suspendue au-dessus du lustre allait très bien avec l’esprit du palais du Maître. Une riche idée, se plaisait-on à le complimenter, il était en effet au centre de la pièce et de l’attention générale. Il leva lentement la tête vers moi, plongeant ses yeux rubis dans l’acier pâle des miens ; c’était moi, la fille dans la cage en fer forgé ! L’air satisfait, il encouragea les convives à goûter mon sang, dans les carafes, très doux et bien meilleur que celui des animaux dont ils étaient réduits à se nourrir en vertu du traité avec les humains, ces créatures pourtant tellement méprisables. Ses invités s’empressèrent de le complimenter sur sa prise pour qu’il cessât de penser à ce fait humiliant. Mais je vis bien que la plaie ouverte par cette régression de la race vampirique était béante, et de nature à engendrer des atrocités sans nom, du reste j’étais loin de soupçonner combien j’avais eu raison cette nuit-là du fond de la cage en fer forgé.

Je gémis tant en rêve qu’en réalité, avant de me redresser entre mes draps qui pendaient hors du lit, à cause de toute cette agitation nocturne qui commençait à devenir habituelle à mon plus grand malheur.

– Alice, soufflai-je au téléphone, je n’arriverai jamais jusqu’au collège, je m’étouffe, là !

Ce fut la pire journée de ma relativement courte existence. Mon amie et collègue passa me prendre à ce foutu coin de rue puis mon médecin, contacté par téléphone, m’envoya directement aux urgences. La batterie de tests commença par une longue prise de sang, qui dès le départ mina toute mon énergie déjà à peu près sapée par le mal mystérieux, à cause duquel je me retrouvais là. Alice passa la journée avec moi, chose qui nous lierait éternellement, du moins m’en fis-je le serment ce jour-là du fond de la salle d’attente des urgences. Mais les médecins ne la laissèrent pas rester à cet instant là. J’étais phobique des aiguilles, alors lors de cette première et interminable prise de sang, je m’évadai loin de cette réalité à mes yeux insoutenable.

Je formai dans mon esprit l’image de Gwendal, bel homme, il ferait bien l’affaire. Normalement, ma méthode pour supporter ma phobie était d’imaginer quelqu’un qui fût là pour m’éloigner de tout cela, je créais un rêve, pour être bien claire, et cela avait toujours, toujours fonctionné. Pourtant cette fois, je me vis seule dans les couloirs blancs de l’hôpital, où j’étais en réalité. Je plongeai cependant dans ce rêve, à corps perdu, sentant que je m’évanouissais, ces sensations désagréables d’abandon de la vie s’ajoutant à la douleur provoquée par l’aiguille, que ma peur amplifiait exagérément. Je tournai dans une allée onirique avant de sursauter : il était là, vêtu de blanc comme à l’accoutumée. Je courus vers lui, fuyant la peur et la douleur, mais elles me rattrapaient sans arrêt. Il fronçait ses sourcils bruns et parfaitement dessinés, mais je n’en avais rien à faire.

– Serre-moi, j’ai peur, implorai-je en me collant contre son torse glacé.

– Je rêve, lâcha-t-il contrarié. Lâche-moi, Roxane.

– C’est moi qui rêve ! Hurlai-je en cherchant ses bras pour les enrouler de force autour de mon corps tremblant. J’ai mal et j’ai peur, tu es là pour m’aider alors aide-moi, Gwendal !

Il me repoussa fermement mais sans violence, encore heureux !

– C’est fini, dit le médecin, vous êtes avec nous, mademoiselle Leire ?

Je grognai que je ne voyais plus rien d’une voix trainante que je connaissais bien, je m’évanouissais assez souvent, pour tout vous avouer. Ça irait mieux bientôt, les rassurai-je, alors ils me remirent dans l’espace d’attente, où Alice put enfin me rejoindre et m’octroyer un sourire salvateur. Plusieurs heures plus tard nous en étions à dire le plus d’idioties possibles sur le bel interne, lorsqu’on vint me chercher pour me faire un scanner.

Pendant cet examen on vous injecte de l’iode, or c’est douloureux, et quand vous êtes phobique vous avez tout le loisir de tourner de l’œil puisqu’il ne faut pas bouger jusqu’à la fin du scanner, ce qui vous empêche purement et simplement de penser à autre chose. Alors je m’évadai encore, mais cette fois j’avais bien l’intention de m’imaginer dans une mer transparente avec mon beau collègue professeur de biologie. Pourtant je me retrouvai de nouveau seule dans les couloirs de l’hôpital lugubre. Je voulus retourner dans le vrai monde par réflexe mais j’étais coincée : j’étais inconsciente dans le scanner, de toute évidence.

– Cela commence à bien faire ! S’emporta Gwendal dans mon dos. Où sommes-nous ?

Je lui racontai ce qui m’arrivait, consciente que ce n’était pas exactement normal d’exposer à une personne inexistante pourquoi je la dérangeais en rêve contre mon gré et combien je ne comprenais pas ce que nous faisions ici tous les deux, au lieu d’être aux Bahamas avec un délicieux cocktail. Je lui avouai ma méthode pour échapper à ma phobie des aiguilles, un peu honteuse, ce que n’arrangea pas sa brusque crise de rire. Mais somme toute, elle eut le don de me détendre un peu. Le voir en colère me donnait toujours l’impression que mes jours étaient comptés, or j’étais déjà suffisamment effrayée comme cela. Mais voilà, avec un ton désinvolte, il finit par m’informer tranquillement :

– On t’a offerte à moi. A présent que je te tiens, tu rentres à la maison, direction la cage de fer. Immédiatement.

Il était redevenu l’être aux yeux vermeille inquiétants, monstre buveur de sang dans sa tenue angélique, immaculée. Par un intense réflexe de survie, je souhaitai fuir du plus profond de moi, comme la biche s’enfuit lorsqu’elle tombe sur un fauve.

– Tu te réveilles enfin, murmura Alice en lissant mes cheveux devenus gras de transpiration.

Je lui adressai un pâle sourire. Nous patientâmes jusqu’au soir, moment où elle finit par rentrer chez elle – son mari et ses deux enfants avaient besoin d’elle, l’avais-je convaincue. Je regardai la jolie brune aux yeux émeraude s’éloigner ; ma vision se troubla au fur et à mesure tandis que la somnolence m’arrachait doucement à l’état de veille devenu trop fatigant.

On vint enfin m’annoncer que j’avais une embolie pulmonaire, vus les résultats de mes examens. C’était un caillot de sang, qui situé entre les poumons et le cœur, avait provoqué mes essoufflements. Il fallait donc me perfuser, nouvelle que je m’empressai de fuir avec toute la force qu’il me restait.

– On va me perfuser, annonçai-je d’une voix blanche en marchant craintive dans les couloirs immaculés et déserts, que je rejoignais par malédiction à chaque fois que j’avais un moment d’absence.

Des pas se rapprochaient lentement, j’espérais au moins que ce n’était personne de plus malveillant que Gwendal, consciente qu’entre ces murs ma technique habituelle ne fonctionnait jamais.

– Gwendal ? Appelai-je en bégayant. Je n’ai pas fait exprès, tu me crois, au moins ?

La silhouette blanche du vampire se dessina, très loin au fond du couloir. Elle était majestueuse, un danseur ne serait pas mû plus joliment. Pourtant mon cœur battait de plus en plus vite, la peur se rapprochant à la même vitesse que le maître des immortels. Puis d’un moment à l’autre il fut tout près de moi avant de me pousser d’un geste précis contre le mur glacé. Lorsque le médecin piqua la veine dans le monde réel, la peur monta encore d’un cran, ainsi je me sentis au dessus de toute logique.

– Aide-moi, aide-moi, implorai-je d’une voix hystérique en levant sur ses yeux rubis, mes prunelles paniquées.

– Je n’ai pas réussi avec cette veine, dit le médecin dans la vraie vie, je vais en tenter une autre, ne bougez pas, mademoiselle Leire.

Les larmes roulèrent sur mes joues dans les deux mondes, tandis que je refermais précipitamment les bras autour du vampire et le serrais du plus fort que j’en fus capable. Je lui expliquai ce qui se passait, interrompue par mes propres sanglots. Tendu, il me laissa me raccrocher à lui comme à une bouée de sauvetage sans pour autant me serrer lui-même dans ses bras, collés contre ses flancs, et dont les poings étaient si serrés que ses jointures semblaient près de se fissurer. Puis je fus arrachée à lui lorsque je finis par me réveiller dans le vrai monde, mais j’ignore combien de temps nous restâmes dans cette position pour une fois régénératrice. Malheureusement cette impression fut anéantie lorsque je me séparai de lui : ses yeux rouges lançaient des éclairs, tandis que ses lèvres formaient ces mots silencieux : « A bientôt dans ta cage de fer forgé, humaine. Profite de ta liberté d’ici-là. »

On m’annonça que je resterais à l’hôpital toute la semaine, on était mardi. Mais aussi que j’étais tirée d’affaire, ce qui faisait au moins une bonne nouvelle sur les deux que l’on avait à m’offrir. Dès le lendemain Alice, mais aussi Gallia et Jane, vinrent passer la fin d’après midi à mon chevet, et récidivèrent d’ailleurs tous les jours qui suivirent. Je subissais des injections quotidiennes pour fluidifier mon sang afin de dissoudre les caillots, mais je fis bien attention de ne jamais plus m’évader dans le monde onirique. Gwendal ne me ferait plus de cadeaux, j’en étais sûre même si c’était insensé de croire qu’il pût me faire un mal quelconque car il n’était pas réel.

Aussi ma surprise fut-elle considérable ce jour là lorsque, alors que je discutais avec mes trois amies, j’eus comme un bref trou noir. Vous savez, comme quand vous commencez à vous endormir au travail, parce que vous vous êtes couché trop tard la veille ? D’un moment à l’autre je me retrouvai dans un espace très sombre, mais je le reconnus aussitôt pour être la blanche salle à manger, aux vitraux magnifiques, plongée dans l’obscurité nocturne qui la rendait sinistre. Gwendal était là, si près de moi que j’aurais pu le toucher du doigt, alors j’eus un vif mouvement de recul.

– Aidez-moi, gémit une voix effrayée au-dessus de nos têtes.

J’avais senti sa présence, j’en étais certaine. Mais détacher le regard des yeux rouges de Gwendal, carnassiers, pour rencontrer le gris de ceux de la jeune femme dans la cage, me demanda un effort surhumain. J’expirai. Ce n’était pas moi, ce n’était même pas un genre de double que j’aurais eu dans un autre monde. Mais Dieu, comme elle me ressemblait ! Elle avait mes yeux acier, bien que plus en amande. Ses cheveux de la même teinte châtain, étaient moins lisses que les miens, mais nous partagions la même silhouette ordinaire. Mais la sienne était rehaussée par cette fichue robe blanche avec des frises noires, décolletée à outrance qui semblait l’étouffer. Cela contrastait tragiquement avec toutes les dentelles qui flottaient autour de sa fine silhouette d’humaine.

– Tu veux savoir pourquoi j’ai fait ça, supposa Gwendal en une affirmation sans faille.

– Tu me l’expliqueras dès que tu l’auras laissée partir.

La phrase aurait pu sonner comme la sienne. Mais je n’étais pas une puissante créature immortelle. J’étais une humaine sans défense. Ma voix avait donc été tremblante et sans assurance aucune. Pour couronner le tout, je me forçai à lever les yeux sur le vermeille des siens avant d’ajouter sans savoir si ça pouvait aider :

– S’il te plaît, maître.

Cela sonnait beaucoup moins joliment dans ma bouche que dans celle de la vampire qui m’avait offerte à lui. Comme si – parce que je jouais un rôle. Je n’avais rien à faire ici, ma place était dans un lit douillet, dans une pièce livide pleine d’appareils médicaux. Je soupirai bruyamment. Avant de sursauter, parce qu’une torche contre un mur produisit un bruit sec à cause du feu qui la consumait. Intrigué, l’immortel détacha ses yeux rouges de ceux de la pauvre demoiselle affolée pour les darder sur moi, ainsi j’y vis l’étonnement laisser place à la colère.

– Tu veux des excuses pour m’être immiscée dans tes rêves ? Je m’excuse, tentai-je, je ne t’ennuierai plus.

Que tu sois réel ou non, fus-je tentée d’imaginer. J’étais forcément dans un rêve, mais reflétait-il sa réalité ou était-ce pur fantasme de ma part ?

– Je ne la relâcherai pas. J’étais frustré que tu te sois échappée. J’ai voulu remédier au problème. Voilà pourquoi j’ai fait ça. Ça calme un peu ma colère. Le temps de trouver le moyen de te garder, toi, dans cette foutue cage. Tu m’as été offerte. Tu es mienne, tu n’as pas à être libre.

Voilà pourquoi mes supplications l’avaient étonné puis énervé aussitôt : il avait cru que je me sentais sienne avant de réaliser que c’était juste un stratagème pour lui faire plaisir afin qu’il fût disposé à libérer la fille dans la cage en fer sombre.

– Tu attends que j’accepte de rester dans ton monde, et plus précisément dans cette cage. Tu sais que c’est impossible, que je peux m’échapper dans mon monde et que je m’en priverai pas.

Il ouvrit la bouche pour me cracher quelque chose à la tête, en se rapprochant dangereusement de mon visage crispé par la peur.

– Aidez-moi, je vous en prie ! Tenta la captive en cédant à l’hystérie.

Elle frappa le fer de ses bras ornés de bracelets, ce qui produisit un cliquetis chantant de ferraille. Cela rendit le sourire au vampire, lequel ferma les yeux pour mieux l’apprécier un instant. La culpabilité oppressait mon être, déjà secoué par beaucoup trop d’émotions. La maladie et la colère du maître des vampires, que je ne pouvais calmer et qui menaçait d’avoir de tragiques répercutions, sur la fille et sur moi-même. Découvrirais-je un jour comment en étais-je arrivée là ? Pour le moment, je n’y comprenais rien. J’ignorais à cette époque qu’un jour je connaîtrais les réponses à toutes ces questions nébuleuses.

– J’y arriverai sans ta coopération, sourit l’immortel, rasséréné. Je viens déjà de t’attirer dans ma réalité contre ton gré, je ne serai pas long à pouvoir t’y enfermer pour toujours.

Lorsque je m’éveillai, j’étais seule. Les aides soignantes entrèrent avec le dîner, alors que je venais de débusquer un mot des mes trois amies : « Qu’est-ce qu’on piaille ! Tu t’es si bien endormie, nous n’avions pas le cœur de te réveiller. Repose-toi bien, la belle, on revient demain, même heure même endroit. » Je souris de tendresse pour mes trois anges gardiens. J’avais les meilleures amies du monde, songeai-je en quittant mon sourire en même temps que ma bonne humeur : j’avais aussi un très gros problème. Du moins si Gwendal était bien réel. Qu’est-ce que je pouvais faire contre un cauchemar qui me saisissait même lorsque je ne dormais pas ? Le rejoindre et lui poser la question ? Il répondrait « Entre dans cette cage, Roxane, telle est ta place puisque tu m’appartiens. » Il libérerait la fille et tout rentrerait dans l’ordre. Pour elle et lui du moins. Or je n’avais jamais été altruiste. En plus ils n’existaient pas ! Je pouvais trouver des prétextes pour ne pas me préoccuper de l’humaine dans la cage : j’avais trois amies adorables auprès desquelles je devais rester, et si elles avaient besoin de moi un jour ? Je devrais être là pour elles comme elles étaient là pour moi, vous voyez le topo. Je me levai, accrochée à ma perfusion, pour faire les cent pas dans la chambre blanche. Égoïstement, j’étais bien désolée pour cette fille mais je ne pouvais rien pour elle. D’autant qu’elle n’existait peut-être pas. Mais une toute petite partie de moi hurlait dans son coin comme c’était mal, ç’aurait pu être moi, je devais faire quelque chose pour elle.

Une fois le dîner avalé, je me couchai pour discuter avec Gwendal : tout ça devait cesser, et immédiatement, ce n’était plus possible.

J’étais dans la forêt, vêtue d’une lourde robe ébène si longue qu’elle m’entravait un peu. Les sons caractéristiques d’une battue me parvinrent aussitôt : les chiens qui jappaient, la végétation que l’on écrasait, les indications de lieux que l’on criait, et qui convergeaient dans ma direction. Soulevant mes jupons je me mis à courir, remontant la côte jusqu’au palais que j’apercevais entre les arbres. Je slalomais entre les pins et les chênes, je n’étais qu’à une vingtaine de mètres, je pouvais y arriver avant qu’on ne m’abatte. Levant désespérément les yeux vers le bâtiment lugubre je distinguai le Maître au coin d’une fenêtre, tranquillement occupé à me regarder trébucher dans les épineux. Il m’avait encore attirée : alors que je tentais d’apparaître à l’abri près de lui il avait dévié le phénomène, pour me plonger dans le danger. Lorsque j’atteignis enfin la porte la populace me cernait, les crocs découverts, et je me sentis presque étourdie par leur visage bleui par leurs veines saillantes et le rouge de leurs yeux de fauves. Le maître ouvrit enfin la lourde porte, j’étais sauvée, il allait m’arracher à eux comme le soir de notre rencontre. Ses sujets se dispersèrent comme des insectes apeurés, mais s’immobilisèrent lorsqu’il leur ordonna sans hurler, comptant sur la finesse de l’ouïe de ceux de son espèce :

– Partagez-vous-la. Bonne appétit, mes amis.

Mon sang se glaça instantanément, de même que mon corps entier qui ne put qu’attendre, paralysé, que les créatures referment le cercle autour de moi, un sourire carnassier plaqué sur leurs lèvres bleues. C’était arrivé à une vitesse surnaturelle, je n’avais pas eu la plus petite chance de m’échapper. Est-ce que ça faisait mal ? Est-ce que j’allais mourir, ou simplement changer ? Comment était-ce que d’être morte et à la fois vivante ?

– Attends ! Suppliai-je, mais la porte se referma doucement, sans un bruit, comme dans un cauchemar éclairé par la pleine lune.

Mon premier hurlement de douleur en précéda beaucoup d’autres, puis je me laissai glisser dans l’inconscience salvatrice, mais à aucun moment je ne fus assez lucide pour me rappeler que je pouvais m’échapper dans le vrai monde. La douleur et la peur vous font tout oublier, croyez-moi sur parole.

– Parce-que je n’ai pas apprécié ton attitude de l’autre fois, grogna Gwendal, penché sur moi, à tel point que ses cheveux un peu bouchés taquinaient mon front qui battait au même rythme que ma migraine lancinante.

Je portai la main aux divers endroits où j’avais été mordue, ça me faisait encore mal. Puis je me concentrai sur ce qu’il venait de me dire. C’était la réponse à ma question, lancée au moment précis où il avait fermé la porte, m’abandonnant à ses sujets enragés.

– Alors pourquoi as-tu empêché qu’ils ne me tuent ?

– Parce-que je veux le faire moi-même, répliqua-t-il dans la seconde.

La voix avait été veloutée, on sentait le plaisir y percer, il s’y voyait déjà. Lorsque cette conversation avait commencé je venais de m’éveiller sur la table de la salle à manger, j’y étais toujours assise en tailleur, il avait été là à mon réveil.

– Tu libèreras la fille quand je serai morte ? Interrogeai-je plus par curiosité que parce-que je songeais réellement à échanger ma vie contre la sienne.

Du moins la majeure partie de moi même.

– Tu as trouvé le moyen de la remplacer ?

Je détournai le regard, ses yeux vermeille m’étaient douloureux comme si l’épée de Damoclès qu’il tentait de suspendre au dessus de ma tête résidait dans son regard. Je m’apprêtais à lui avouer que je n’en avais aucune intention (ce que était presque vrai), lorsqu’il lâcha comme un glas :

– Moi oui. J’ai trouvé le moyen, et c’est pour très bientôt. Tu étais la seule créature sur mes terres à ne pas m’appartenir. Profite bien de ta liberté, car elle ne te sera pas laissée longtemps encore, humaine.

Il avait prononcé le mot avec un tel mépris que cela me donna le vertige.

Au réveil je tâtai à la hâte mon cou et mes épaules, où étaient les boursoufflures laissées par les morsures dans l’autre monde. Mais il n’y avait rien. Fébrilement, je me traînai jusqu’au miroir au fond de la petite chambre et inspectai ma peau blanchie par ma faiblesse actuelle. Elle était intacte : aucune trace de l’existence des vampires ne subsistait sur ma personne.

Je retournai donc me coucher, et réfléchis à ce qui allait se passer à présent. Gwendal allait m’emprisonner dans sa réalité. Il arrivait déjà à m’y attirer à sa guise. Allais-je mourir lorsque cela arriverait ? Cela paraissait logique puisque nous n’étions en contact que lorsque j’étais inconsciente. Mais l’inconscience n’était pas la mort. Il était tentant de croire que la navigation entre les deux mondes nécessitait d’être en vie, et que la mort m’empêcherait de vivre dans l’autre monde. Mais les évènements récents prouvaient que c’était faux : les blessures faites dans un monde ne se répercutaient pas dans l’autre. Je n’avais pas d’embolie pulmonaire chez les vampires, s’il fallait une preuve supplémentaire à l’effacement de toute trace de morsure sur mon cou dans le vrai monde.

Les jours suivants furent assez tranquilles pour que je finisse par me persuader qu’à cause de la maladie j’avais eu d’affreux cauchemars, mais que rien n’existait au delà de cette réalité : mes caillots allaient se dissoudre, et mes mauvais rêves prendraient le même chemin.

C’était lundi matin, j’avais fait mon sac, et j’attendais qu’on vînt me chercher pour quitter les murs blancs devenus rassurants de l’hôpital, prison dorée qu’il fallait abandonner pour de nouveau voler de mes propres faibles ailes.

– Le maître des humains me tient à sa merci, cette fois, soupira Gwendal.

Je fronçai les sourcils avant de le replacer dans son contexte : le brun maître des immortels, avec ses yeux rubis, braqués dans le vide, mélancoliques à l’extrême.

– Comment cela ? L’interrogeai-je d’une voix aussi pâteuse qu’hésitante.

Je tirai une chaise jusqu’au lit de la chambre rouge et or où il était étendu ; les draps entre lesquels il était confortablement installé étaient assez relevés pour dévoiler un torse ferme qui dégageait sa puissance de vampire. Son ricanement arrêta pourtant mon geste en me donnant une immédiate sueur froide.

– Je ne suis pas encore convalescent. Viens ici, humaine.

Je regardai le lit là où il tapotait les draps, craignant une manœuvre de sa part. Puis je songeai que sa nature lui permettait de me faire du mal à cette distance, quasiment aussi rapidement que si j’étais à côté de lui. Je fis ce qu’il indiquait, ainsi j’éviterais au moins son courroux. Lorsque je fus assise il se mit juste à jouer avec le tissu noir de la robe-bustier que je portais le soir de la battue. Je compris vaguement que dans sa réalité cette robe symbolisait ma liberté, le noir étant la couleur du mal, alors que le blanc, couleur du bien, symbolisait ma captivité. Lorsqu’il répondit à ma question je sursautai, j’avais oublié qu’à présent j’étais dangereusement près de l’être qui se nourrissait de proies vivantes.

– Il m’a élégamment prévenu que son armée était prête pour la guerre à mon encontre. Ils sont six millions et nous sommes mille, mille deux cent quarante et un, pour être tout à fait exact.

Le maître passa une main sur son visage et une trainée de sang y apparut, qui m’inspira un hoquet de surprise et de peur diffuse.

– C’est juste une larme, s’amusa-t-il de ma réaction idiote.

Déjà sec, le sang forma une fine croûte qu’il épousseta du bout de ses doigts fins et pâles.

– J’ai été...

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