Söwn - Tome 1

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Il y a presque six ans, Rayan Anderson a disparu en laissant derrière lui femme et enfants. C'est aujourd'hui Caleb, l’aîné qui approche de ses dix-huit ans, qui est celui qui a pris en charge la famille.

Cependant, depuis plus d’une semaine, une série de cauchemars le perturbe. Le jeune homme essaie de garder la tête froide en se plongeant dans ses études, sans y parvenir complètement, et finit par tomber malade...

Alors qu'il se réveille faible et fiévreux, quelque chose le pousse à se rendre au grenier de la maison.

Les découvertes qu’il y fait le rendent perplexe et font planer le doute dans ses pensées, car c'est à cet instant qu’il découvre qui il est réellement et d’où vient sa famille...


Publié le : jeudi 14 janvier 2016
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EAN13 : 9782334078528
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Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-07850-4

 

© Edilivre, 2016

 

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Prologue

Leyla – l’héritière des ensorceleurs – venait tout juste de partir en balade avec Reyn, le nouveau roi de Xa Cuo. La reine Farya d’Akane réfléchissait à tout ce que cela entraînerait comme conséquences. L’homme avait épousé une native de son pays pour laquelle il était tombé amoureux : sa fille n’avait pas l’air d’en souffrir, mais cette proximité, cette amitié, faisait peur à la reine. Au premier abord, cette relation semblait saine, mais Farya ne doutait pas que ça finirait mal entre les deux amis. Elle s’était tout de même abstenue d’en faire part à sa fille.

– Majesté ? questionna une jeune servante en s’agenouillant devant le trône.

Sortant la reine de ses pensées, cette interruption fut accueillie avec un sentiment de soulagement.

– Oui, Seyra ? fit Farya en lui signalant de se relever.

– La vieille prophétesse arrivée hier soir demande à vous rencontrer, annonça la servante en se relevant tout en gardant la tête baissée.

– Bien, emmène-la-moi et ensuite laisse-nous. Nous avons beaucoup de choses à nous dire, fit-elle songeusement.

– Bien, Votre Majesté. J’y vais de ce pas.

Puis, la jeune femme partit chercher leur invitée. Cette dernière était une vieille dame à l’âge vénérable de 175 ans. Elle avait la peau ridée et de longs cheveux blond-blanc qui avaient dû être magnifiques au temps de sa jeunesse. Elle atteignait difficilement le mètre cinquante. Une fois la porte fermée sur la servante, la reine se leva de son trône et vint auprès de son invitée afin de l’installer sur un divan, non loin dans une salle privée.

– Comment allez-vous, mon amie ? s’enquit-elle d’une voix douce en s’asseyant en face de la vieille femme. Cela fait bien longtemps que je n’ai pas eu le plaisir de vôtre visite.

– On fait avec ce que l’on a, mais ce n’est pas pour parler de moi que je suis venue vous rendre visite. C’est au sujet de votre fille aînée. J’ai eu une vision d’elle ainsi qu’une prophétie. Elle la concerne autant que votre futur petit-fils…

– Comment ? Que dit cette prophétie, ma chère amie ? s’inquiéta la Reine.

– Elle dit ceci :

« Pour que puisse s’accomplir

La Destinée

Devra disparaître la prédestinée et le Roi corrompu par le désir.

Naîtra alors l’Héritier ignorant de

Son identité qui devra apprendre

Avec rapidité ce qu’il aurait dû savoir

Depuis l’âge de la nativité et de l’innocence incarnée.

Mettre en lumière la folie De l’ombre, il aura pour mission Car lui seul en aura le pouvoir.

Mais pour ce faire, de la Loyauté il aura besoin

Ainsi que de l’Héritière légitime et Du soldat au courage sans commune mesure.

Qu’il fasse attention !

Le danger est présent sous

Toutes ses formes et la trahison

Est tellement proche…

Qu’il fasse attention…

Le danger est tellement proche… »

Le regard de la reine Farya se remplit d’incompréhension avant de s’assombrir d’une peur panique, alors que son amie la regardait avec calme et sérénité.

– Gardes ! Gardes ! Allez chercher mon aînée ! Ramenez-la au château ! Dépêchez-vous ! cria la souveraine.

– Bien Majesté ! À vos ordres, Majesté !

– Il est trop tard mon amie, souffla la vieille femme. La Destinée est déjà en route et elle n’épargne personne… malheureusement pour nous.

Lorsque les gardes revinrent sans Leyla avec une expression de confusion et de doute au visage, la reine dut faire face à la réalité qu’était la disparition de sa fille. Les larmes se mirent alors à couler sans honte sur ses joues devant ses sujets. On quémanda la princesse Alyel qui vint prendre sa mère dans ses bras, pleurant elle aussi, en apprenant la nouvelle. Il émanait d’elles, une force insoupçonnée dans leur malheur et les gardes, se sentant de trop, laissèrent les trois femmes seules dans le petit salon.

*
*       *

« L’inconnu est porteur d’angoisse. »

Nadine Gordimer

Je suis complètement perdue. Je me sens… comme si j’avais oublié quelque chose d’important, de vital… Une partie de moi qui faisait mon identité, ma personnalité, mon cœur et mon âme. J’ai peur. Je suis même terrifiée. Le jour, j’évolue aux côtés de mes collègues, perdue dans mes pensées. Isolée au plus profond de mon cœur qui réclame à cor et à cri qu’on lui rende ce qu’on lui a pris. Qu’on lui rende ce qui lui appartient de plein droit. Ses cris me perturbent. Ses cris me déchirent. J’ai cette impression d’avancer en plein brouillard. Ne pouvant rien voir de ce qui m’entoure.

De ne pouvoir me fier à rien ni personne. La confusion obscurcit mon jugement.

Lorsque l’on me pose des questions, je ne fais que sourire, éluder ou changer de sujet. Je ne mentirai pas en disant que tout va bien et pour le mieux parce que ce serait plus que faux. Alors, les gens repartent à leurs occupations et me laissent relativement tranquille.

Ma seule source de joie réside en mes enfants. Leurs rires m’attendrissent. Leurs sourires remplissent mon cœur d’amour. Les voir grandir est une source d’émerveillement constante. Le seul point noir dans ce beau tableau, c’est leur père. Envolé dans la nature sans un mot ou une arrière-pensée. Tout ce qui nous reste de lui, c’est une vieille photo de famille prise lors de la naissance des jumelles ainsi qu’une pension colossale pour les enfants.

Je me questionne aussi sur le fait que je ne vois que partiellement le visage de mon ex-mari dans mes souvenirs. J’ai beau croire que cela fait quand même beaucoup de temps qu’il soit parti, cela ne m’empêche pas de m’interroger sur ce phénomène inhabituel qui contribue à me rendre complètement dingue ! La question « pourquoi ? » se répète et résonne souvent dans ma tête… toujours sans réponse, malheureusement.

Pour oublier mes problèmes, j’enchaîne les aventures avec les hommes. Chaque fois que je perçois un élément me permettant de ne plus être cette « Avocate célibataire et sexy » et de devenir une femme heureuse en ménage, c’est pour me rendre compte après coup que l’homme avec qui je sors n’est qu’un maudit profiteur me fréquentant que pour mon argent !

Je crois que – bien que cela me fasse mal de l’admettre – mon fils perçoit mieux que moi la nature profonde des gens. Chaque homme – à part son père – que j’ai invité à la maison a été soumis à une tornade ambulante éprouvant ses limites. Aucun d’eux n’a passé le « test ». À croire que le fait que son père soit parti sans unmot en nous abandonnant l’ait tellement bouleversé qu’il n’a plus accordé sa confiance à qui que ce soit, excepté ses sœurs et moi ainsi qu’aux jumeaux, ses deux meilleurs amis. J’en suis profondément touchée, bien que toute cette méfiance face à l’inconnu m’inquiète également. Je m’inquiète pour lui, mais aussi pour les jumelles et pour moi-même, je l’avoue.

Qu’est-ce que l’avenir peut bien nous réserver, maintenant ? C’est une question qui revient assez souvent au fil des jours lorsque je nous observe à la maison. Mais quoiqu’il advienne… je protégerai ma famille jusqu’au bout ! Elle est ma fierté, mon amour et ma vie ! Je me battrai pour la préserver… jusqu’au bout.

Le commencement

« La routine, cette préface des révolutions ! »

Emile de Girardin

La menace des nuages ombrageux planait sur tout le Québec. On entendait à intervalle régulier le bruit caractéristique du tonnerre et on pouvait apercevoir un ou deux éclairs entre les nuages. À l’intérieur d’une demeure, la seule lumière provenait de la lune. C’était le silence total. Enfin… ce n’était pas tellement silencieux puisqu’on pouvait entendre des gémissements venant de l’une des chambres à l’étage. Si l’on se fiait à la sueur présente sur son corps, y collant les draps, ainsi qu’à ses traits contractés par une peur intenable, le jeune homme y dormant semblait faire un angoissant cauchemar. De la fenêtre ouverte, on pouvait entendre le bruissement des feuilles et le craquement des branches. L’atmosphère était étouffante et on avait peine à y respirer convenablement.

En raison de son agitation, la couverture recouvrant le jeune homme descendit de quelques centimètres et l’on put apercevoir un croissant de lune ainsi qu’une étoile surmontée d’une couronne, le tout d’une couleur argentée. Dessinés sur sa hanche gauche, ces symboles étaient singuliers et originaux. Cela aurait pu être un tatouage, mais ce n’était en fait qu’une tache de naissance. Sa mère n’en parlait jamais. En fait, personne n’y avait jamais fait attention, ne le remarquant même pas. Considérant que c’était une tare, elle était toujours recouverte d’un vêtement. Même lorsqu’il faisait plus de trente degrés à l’extérieur ou qu’il allait se baigner. Mais revenons-en au jeune homme lui-même.

Son cauchemar devenait de plus en plus violent. D’un brusque mouvement, il finit par tomber au sol et se réveilla, le cœur battant à un rythme affolé. Le souffle court, il observa le décor rassurant de sa chambre. Les affiches de ses groupes musicaux préférés accrochées aux murs, le bureau débordant de différents livres écrits par de célèbres auteurs, l’armoire avec ses vêtements, la table de nuit. Son petit balcon était dévoilé par ses portes-fenêtres ouvertes où les rideaux s’agitaient avec le vent. Le décor se complétait par son lit simple dans le coin face à la porte menant au corridor. Soufflant avec nervosité et se passant une main dans les cheveux, il se défit finalement de la couverture le retenant au sol et se leva en bâillant. Son regard tomba sur son réveil qui indiquait trois heures du matin.

Soupirant avec lassitude, il se passa une main sur les yeux en essayant de faire disparaître cette peur tapie au fond de lui. Puis il prit la direction de la salle de bain afin de reprendre un peu ses esprits. En se passant un peu d’eau sur le visage, il inspira et expira doucement afin de regagner son calme tout en observant distraitement son reflet. Devant lui se tenait un jeune homme d’un mètre soixante-quinze au corps élancé et musclé ; un visage aux traits fins, mais virils, avec des yeux bleus-gris en amande ainsi qu’aux cheveux mi-longs couleur chocolat très foncé. En ce moment, ils étaient libres sur ses épaules, mais habituellement, il en faisait un catogan. Il coupa l’eau et prit une serviette pour s’essuyer le visage. Revenu dans sa chambre, il soupira. Encore.

Sachant qu’il ne pourrait pas se rendormir pour le reste de la nuit, il prit son iPod et mit ses écouteurs pour ensuite se diriger au rez-de-chaussée. Il s’installa sur le banc face à l’entrée et mit ses espadrilles. Il avait besoin d’aller courir. Ne sachant pas combien de temps cela lui prendrait, il prit ses clés qu’il accrocha à son pantalon de jogging et décrocha le sweet-shirt à côté de la porte afin de le mettre pour ensuite partir. Dans les rues, les lumières des lampadaires étaient encore allumés. C’était dire comment tôt il était.

Faisant attention à son souffle pour ne pas s’essouffler trop rapidement, il commença par jogger avant d’aller de plus en plus vite. Lorsqu’il courrait, peu importait le moment, tous ses soucis s’envolaient. C’était comme s’ils n’existaient plus. Cela ne faisait donc pas six ans que son père les avait quitté. Il n’avait pas ces affreux cauchemars toutes les nuits depuis une semaine… Et puis, quand il arrêtait de courir, ils revenaient. Il ne regrettait cependant jamais ces brefs moments de paix, car, lorsqu’il revenait à la maison, il se sentait toujours prêt à y faire face à nouveau.

C’était donc en paix avec lui-même qu’il revint à la maison une heure et demie plus tard. Il déverrouilla la porte après avoir enlevé ses écouteurs et entra dans la demeure. Exténué, il enleva ses espadrilles pour ensuite se diriger à l’étage où il enleva rapidement son sweet-shirt plein de sueur et le mit dans le panier à linge sale dans la salle de bain. Se sentant dégueulasse, il prit une douche rapide avant de se rediriger vers sa chambre.

Il était désormais cinq heures. Cela signifiait qu’il lui restait encore une heure et quart avant que sa mère ne se lève à son tour. Il s’étendit tranquillement sur son lit, un bras derrière la tête et le regard rivé sur son plafond. Durant ce laps de temps, le jeune homme se vida l’esprit et put respirer librement.

Se sentant mieux qu’au réveil, il eut un léger sourire et reprit son iPod pour se diriger vers son balcon pour s’accouder sur la balustrade afin de profiter du vent frais. Le ciel commençait à s’éclairer, annonçant le lever du soleil, dont il put admirer toute la splendeur. Alors que la musique de Les Étoiles Filantes chantée par les Cowboys Fringants venait tout juste de finir, il décida de s’habiller avant que sa mère ainsi que ses petites sœurs ne se réveillent.

C’est pieds nus qu’il descendit les marches pour se rendre dans la cuisine. Le jeune homme démarra la cafetière et attendit patiemment que le café soit prêt en sifflotant doucement. Des bruits retentirent à l’étage et il sourit légèrement. La maison allait s’animer et il se prépara mentalement aux tornades qu’étaient ses petites sœurs de douze ans, Rose et Mélia ; les jumelles diaboliques selon lui.

Alors qu’il se servait sa deuxième tasse de café, il vit Anna – sa mère – entrer dans la cuisine en bâillant. Il sortit une seconde tasse et la lui servit.

– Merci, mon chéri, le remercia-t-elle d’une voix encore un peu ensommeillée. Bien dormi ?

Il haussa des épaules, désinvolte, et répondit de manière nonchalante.

– Pas vraiment mais pour me changer les idées, je suis allé courir pendant une petite heure et demie avant de revenir à la maison afin de me préparer et déjeuner.

– C’est à nouveau ce cauchemar qui t’empêche de dormir ? questionna-telle en le fixant d’un air inquiet.

Le jeune homme ne répondit pas tout de suite, hésitant sur la réponse à donner à sa mère qui semblait s’impatienter. Il n’aimait absolument pas en parler et surtout pas à elle. Il se sentait ainsi comme un enfant et détestait ce sentiment parce qu’il ne pouvait pas s’empêcher de le ressentir.

– Caleb, l’avertit sa mère, ne me ment surtout pas !

– Oui, c’est toujours l’même qui r’vient et j’commence sérieusement à me d’mander c’qui n’va pas avec moi…

– Il n’y a absolument rien qui ne va pas avec toi !

– Tu dis ça parce que tu es ma mère…

– Ça n’a absolument aucun rapport !

Caleb lui sourit avec dérision. Anna, quant à elle, fronçait des sourcils. Ne sachant pas ce qu’il se passait dans la tête de son fils, elle lui fit signe d’exprimer le fond de sa pensée.

– Mais, imagine deux secondes ! Seulement deux secondes ! Ce n’est pas normal de faire le même rêve toutes les nuits pendant une semaine !

– C’est étrange, je le reconnais, mais cela ne veut absolument pas dire que tu es anormal, Cal !

– Je sais, mais… est-ce que l’on pourrait, s’il te plaît, changer de sujet ? J’en ai par-dessus la tête de parler de ce stupide cauchemar.

– J’aimerais pouvoir t’aider… Tu le sais… Et je m’inquiète beaucoup pour toi…

– Maman ! Je sais que tu t’inquiètes, mais laisse-moi tranquille à la fin !

– Bon, si c’est vraiment ce que tu veux…

– C’est vraiment ce que je veux.

Un lourd silence s’installa après leur semi-dispute.

– As-tu pensé à consulter ?

Le jeune homme roula des yeux d’un air faussement désespéré et fit une moue à sa mère. Elle aurait pu choisir autre chose pour détendre l’atmosphère entre eux deux, mais l’important était que le but recherché soit atteint, non ? La femme rit doucement et servit le déjeuner sur la table, qui consistait en des œufs brouillés avec du pain grillé ainsi que du jus d’orange. Son fils s’assit et se servit une assiette. Il sentait qu’il avait blessé sa mère en lui parlant aussi crûment, mais il ne pouvait pas s’en empêcher : question de fierté adolescente… et masculine. Ce n’était que lorsqu’il termina de manger que ses sœurs descendirent en bâillant. Il était sept heures.

– Alors les jums… bien dormi ? demanda un Caleb très amusé.

– Chut !… Dodo… mmm…

Ça, c’était Mélia qui venait de s’exprimer en laissant sa tête tomber sur la table dans un bruit sourd, se rendormant avec une facilité déconcertante. Anna et Caleb se mirent à rire aux éclats. Cette scène leur était tellement familière qu’ils ne pouvaient qu’en rire à chaque fois. Tous les matins, durant la semaine, les jumelles prenaient leur temps afin de retarder le plus possible le moment fatidique où elles devraient se rendre à l’école. C’était un peu comme un rituel pour les deux gamines.

Puis, alors que les trois femmes de sa vie mangeaient, le jeune homme les détailla. Anna portait déjà son tailleur pour aller travailler et était prête à partir. Ses traits, détendus à cet instant, mais sévères en milieu public, étaient doux. Elle avait une chevelure chocolat arrêtant aux épaules ainsi que de magnifiques yeux couleur noisette. Elle était un peu plus petite que son fils. Selon la seule photo qu’ils possédaient de leur père, les jumelles, elles, avaient sa chevelure aussi blonde que du blé ainsi que le regard noisette de leur mère. Mélange contraire de leur frère qui avait les yeux bleus-gris paternels avec les cheveux chocolat maternels.

Quand tout le monde eut terminé, Caleb prit la vaisselle sale pendant que ses sœurs montaient à l’étage et la rangea dans le lave-vaisselle en songeant à leur père. Il les avait abandonnés alors que ses sœurs avaient six ans et lui douze. Cela allait bientôt faire six ans tout justes. Dans deux jours. Lorsqu’Anna vint pour s’occuper du reste de la vaisselle qui ne pouvait être mise dans la machine, le jeune homme s’adossa au comptoir et resta ancré dans ses sombres pensées.

– N’y pense plus, Caleb… fit Anna d’une voix douce. Tu te fais plus de mal que nécessaire…

– Ne plus penser à quoi ?

Son fils riait nerveusement comme s’il ne comprenait pas où elle voulait en venir en disant cela. Il s’était retenu de parler avec agressivité pour ne pas la heurter parce que ce n’était pas après sa mère qu’il en avait, mais après son père…

– À cet homme qu’est ton père…

Alors qu’il allait nier, la femme lui lança un regard d’avertissement. Il barra les lèvres et une ombre douloureuse passa dans son regard alors qu’il avait détourné les yeux pour fixer le jardin par la fenêtre de la cuisine.

– Je l’ai vu alors que tu observais tes sœurs… Tes pensées étaient toutes rivées sur lui.

Ne voulant plus débattre sur la question, Caleb se tourna vers sa mère.

– Est-ce qu’on pourrait parler d’autre chose, s’il te plaît, maman… ?

Son visage suppliant dut convaincre Anna, parce qu’elle hocha la tête. Puis son regard s’illumina.

– Bon d’accord ! Si tu ne veux pas parler de lui, je comprends. J’avais d’ailleurs une autre question pour toi. J’y pensais justement durant notre conversation tantôt… As-tu déjà pensé à écrire ton cauchemar dans un journal ? lui demanda-t-elle. Ça pourrait t’aider un peu à t’en libérer afin de prendre un certain recul et de comprendre… non ?

– Un journal ?

Le jeune homme leva un sourcil en disant cela.

– Oui, un journal, monsieur sceptique, fit Anna, amusée. T’sais quand tu prends un cahier ligné et que tu en garnis les pages avec la description de tes journées…

– J’sais parfaitement c’est quoi un journal, merci bien !

Il fronça des sourcils, décroisant les bras pour mettre ses mains dans les poches de son jeans. Il lui avait demandé de ne plus parler de ce cauchemar et elle s’empressait de faire exactement le contraire. Néanmoins, sa suggestion était loin d’être sans intérêt.

– C’est une méthode à laquelle on ne pense pas souvent, mais elle a déjà donné de très bons résultats, tu sais…

Caleb la regarda d’un air songeur et haussa des épaules.

– Pourquoi pas, après tout ! Je n’ai rien à perdre à l’essayer… Ça marchera peut-être, qui sait ?

– Pendant que tu réfléchis à tout ça, moi, je vais aller voir ce que fabriquent tes sœurs ! Elles devraient déjà être prêtes, soupira Anna d’un air mélodramatique. Si ça continue comme ça, elles seront en retard. Encore ! Et je te gage n’importe quoi que c’est leur but à ces petites chipies !

Son fils éclata de rire. Elle quitta la cuisine après lui avoir souri une dernière fois et il se dirigea vers sa chambre.

– Mélia ! Rose ! Mais qu’est-ce que… Sales petites pestes que vous êtes ! Revenez ici que je vous attrape !

Entendant sa mère crier après les jumelles, un sourire amusé se peignit sur le visage de Caleb. Un bruit de course juste devant lui retint son attention alors qu’il venait d’arriver à l’étage. Sans l’avoir remarqué, Rose riait et continuait de courir. Juste avant qu’elle ne dévale les escaliers en roulé-boulé, il l’attrapa et la maintint contre lui. La fillette se débattit, puis voyant que cela ne servait à rien, elle croisa les bras et fit la moue.

– T’es même pas drôle d’abord ! fit-elle, boudeuse.

– Je n’allais quand même pas te laisser débouler les escaliers, n’est-ce pas ?

Il lui montra les escaliers derrière eux et elle déglutit légèrement. – Oups… dit-elle.

– Ouais, oups ! La prochaine fois… Regarde où tu vas en courant… D’accord ?

Rose hocha frénétiquement de la tête en signe d’accord et il la relâcha. Elle repartit rejoindre sa sœur de l’autre côté, qui s’était fait prendre par leur mère. La fillette grimaça en ramassant ses livres d’école qu’elle avait lancés partout dans la chambre afin de retarder le départ. Quand tout fut ramassé, leur mère les obligea à descendre et à mettre leurs chaussures pour partir le plus rapidement possible.

Resté en haut des escaliers, Caleb les regarda partir puis s’en alla véritablement vers sa chambre. Comme ses cours ne commençaient pas avant neuf heures et qu’avec sa voiture, il y serait assez rapidement, le jeune homme se coucha sur son lit en songeant à son rêve… enfin à son cauchemar… Puis, à la suggestion de sa mère. Il haussa des épaules et choisit d’aller au carrefour Charlesbourg avant les cours.

Tournant le regard, il vit qu’il était déjà huit heures et quart. Décidant qu’il pouvait toujours y aller maintenant, Caleb se leva de son lit et prit sa chemise bleu nuit favorite posée sur sa chaise d’ordinateur ainsi que son long manteau en cuir noir. Il se l’était acheté avec ses économies sur un coup de tête qu’il était loin de regretter aujourd’hui. Il se prit également une paire de bas et rangea ses livres de cours à l’intérieur de son sac qu’il mit en bandoulière, posé sur sa hanche gauche.

Caleb sortit ensuite de la pièce sans oublier de fermer la porte à clé au cas où ses sœurs auraient la brillante idée d’y mettre à nouveau le désordre. Un sourire amusé aux coins des lèvres, il descendit au rez-de-chaussée, décrocha ses clés de voiture et mit ses chaussures d’extérieur. Fermant comme il faut derrière lui, il prit une grande bouffée d’air, les yeux fermés.

Le cauchemar

« Un même cauchemar donne une leçon au méchant et renseigne le bon. »

Alden Nowlan

Alors qu’il allait rejoindre sa voiture, son cellulaire sonna et en l’ouvrant il vit que c’était Karine Arseneault – sa meilleure amie – qui l’appelait. Le jeune homme décrocha et posa le téléphone sur son oreille.

– Salut, l’empêcheuse de tourner en rond, salua-t-il. Comment ça va ?

– D’abord, je ne suis pas une empêcheuse de tourner en rond, rétorqua la voix de la jeune femme derrière le combiné. Et deuxièmement, c’est la raison de mon appel justement… j’aurais… Enfin, François et moi aurions un service à te demander…

– Accouche, Karine, s’amusa-t-il de sa gêne apparente dans sa voix.

– Est-ce que tu pourrais nous prendre sur le chemin… ? On s’est, comme qui dirait, levés un peu tard et…

En arrière-fond, Caleb entendit la voix du jumeau de Karine rétorquer :

– Tut’es levé un peu en retard Karine ! Moi, je suis prêt depuis longtemps, déjà, et j’essayais – sans succès – comme d’habitude, de te réveiller depuis près d’une heure, tu m’entends ?Une heure, bordel !

– Bon, bon, d’accord ! s’agaça la jeune femme. Je me suis levé un peu en retard et maintenant, on n’aura pas assez de temps pour arriver à l’heure en marchant, donc…

Le jeune homme rigola légèrement tout en se dirigeant vers son véhicule.

– Ça va Karine, relaxe… J’ai quelque chose à vérifier, puis j’irai vous chercher ensuite. C’est O.K. ?

– T’es un ange, Caleb ! s’écria-t-elle d’une voix ravie et soupirant de soulagement. Tu nous sauves la vie !

– N’exagère pas quand même… sourit-il. À tantôt !

Il raccrocha et prit le volant de sa voiture. Une dizaine de minutes plus tard, sa pensée selon laquelle le carrefour n’ouvrait ses portes qu’à neuf heures et demie se confirma.

Puis, il reprit le volant afin de se diriger vers chez les Arseneault. Son regard intercepta brièvement les chiffres de l’horloge et il remarqua pensivement qu’il était déjà plus de huit heures et quarante lorsqu’il se stationna en avant de la maison de ses amis. Il klaxonna afin de les informer qu’il était arrivé et attendit patiemment en essayant de régler un problème avec sa radio.

Du coin de l’œil, il vit deux têtes rousses sortir de la maison et courir vers la voiture comme si leurs vies en dépendaient. Il n’en comprit la raison que lorsqu’il vit leur mère à la porte de la demeure, le poing levé vers eux et l’air absolument furieuse après les jumeaux. Quand ils refermèrent la portière derrière eux, Caleb démarra et se remit en route.

– Pourquoi avait-elle l’air furax votre mère ? questionna-t-il, le regard rivé sur la route.

– J’sais pas si t’avais déjà r’marqué l’phénomène de maladresse qu’est ma sœur par moments… mais il a encore frappé… se moqua François en regardant narquoisement sa jumelle.

Ladite jumelle foudroya son frère du regard et rougit ensuite en croisant le regard amusé de Caleb dans le rétroviseur avant de bouder.

– Je ne suis pas maladroite, grogna Karine de mauvaise foi, j’étais juste encore fatiguée… et…

– … et d’une maladresse à faire peur… fit semblant de tousser

François.

Leur ami ne put s’en empêcher et rigola de la mine agacée que prit la jeune femme en entendant les paroles de son frère.

– Et qu’est-ce qu’elle a cassé ou endommagé cette fois-ci ? demanda Caleb.

Karine sauta sur son frère afin de l’empêcher de raconter quoi que ce soit, mais n’étant pas assez forte, il se déprit de son étreinte et répondit à la question de son ami.

– Elle est entrée en collision avec l’armoire où s’trouvait la collection d’antiquités que possède – ou j’devrais dire possédait – maman. Il n’en reste plus que des objets brisés ou cassés, ha ! ha !

Le jeune homme grimaça en se rappelant l’expression coléreuse sur le visage de Mme Arseneault.

– Toutes mes condoléances dans ce cas… Il semblerait que tes heures soient désormais comptées, ma pauvre Karine, fit semblant de...

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