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Spécificité 6

De

La démarche de Robert Castel a ouvert de nouvelles voies aux sur la pauvreté, la précarité et l’exclusion en déconstruisant la pauvreté comme une absence ou une faiblesse de ressources. La vulnérabilité est suscitée par l’affaiblissement des protections liées au travail, dans une société où l’individualisme se développe. La désaffiliation se décline selon plusieurs approches :

- Economique, ce sont les travailleurs précaires, les chômeurs de longue durée, et les pauvres.

- Sociale et formative, l’intégration des enfants, des jeunes de diverses origines apparait comme problématique.

- La relégation, des prisonniers et des SDF, des marges de liberté inexistantes.

- Ces différents aspects offrent la possibilité de s’interroger sur désaffiliation et ses limites : des recherches menées par des sociologues sur le chômage et la vulnérabilité en Algérie sont là pour nous y convier.


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SpécifiCITéS

 

N°6, décembre 2014

 

 

Actualités de la pauvreté et de la désaffiliation

 

Champ social éditions

N°6 – SpécifiCITéS

Actualités de la pauvreté et de la désaffiliation

2014

Dossier coordonné par Alain Lenfant

Revue éditée par les éditions Champ social

Revue associée à l’équipe Crise, école, terrains sensibles

Université Paris Ouest Nanterre la Défense

Département des Sciences de l’éducation, Bureau C201

200 avenue de la République, 92000 Nanterre

Email : obrito@u-paris10.fr,fsalane@u-paris10.fr

Directeur de la publication

ALAIN VULBEAU, Université Paris Ouest Nanterre la Défense

Rédacteur en chef

OLIVIER BRITO, Université Paris Ouest Nanterre la Défense

FANNY SALANE, Université Paris Ouest Nanterre la Défense

Comité de rédaction

EWELINA CAZOTTES, Doctorante en sociologie Université Paris 8

ALAIN VULBEAU, Université Paris Ouest Nanterre la Défense

MARIE ANNE HUGON, Université Paris Ouest Nanterre la Défense

ALAIN LENFANT, Université Paris Ouest Nanterre la Défense

Comité scientifique

PIERRIC BERGERON, Université Paris Ouest Nanterre la Défense

JEAN-MARIE BATAILLE , Chercheur indépendant en Sciences de l’éducation, chargé de cours

REMI CASANOVA, Université Lille 3

JACQUES PAIN, Université Paris-Ouest Nanterre la Défense

ABLA ROUAG, Université Mentouri, Constantine, Algérie

CATHERINE BERNIER, Enseignante-formatrice Université paris VII

VERONIQUE BORDES, Université Toulouse 2

ALI KOUDRIA, Université de Skikda, Algérie

SEBASTIEN PESCE, Université de Tours

PHILIPE BERNIER, Chercheur indépendant en Sciences de l’Éducation, professeur des écoles

CHARLES CALAMEL, Chercheur - Formateur, Musicien, Docteur en Sciences de l’Education

BENJAMIN MOIGNARD, Université Paris-Est-Créteil

BRUNO ROBBES, Université de Cergy Pontoise

 

Présentation du numéro

 

La démarche de Robert Castel a ouvert de nouvelles voies aux   sur la pauvreté, la précarité et l’exclusion en déconstruisant la pauvreté comme une absence ou une faiblesse de ressources. La vulnérabilité est suscitée par l’affaiblissement des protections liées au travail, dans une société où l’individualisme se développe. La désaffiliation se décline selon plusieurs approches :

- Economique, ce sont  les travailleurs précaires, les chômeurs de longue durée, et les pauvres.

- Sociale et formative, l’intégration des enfants, des jeunes de diverses origines apparait comme problématique.

- La relégation, des prisonniers et des SDF, des  marges de liberté inexistantes.

- Ces  différents aspects offrent la possibilité de s’interroger sur désaffiliation et ses limites : des recherches menées par des sociologues sur le chômage et  la vulnérabilité  en Algérie sont là pour nous y convier.

URL : http://champsocial.com/book-specificites_n_6_actualites_de_la_pauvrete,838.html

 

Table des matières

N°6 – SpécifiCITéS

Présentation du numéro

Table des matières

Éditorial

Première partie / Pauvreté et désaffiliation aujourd’hui

Hommage à Robert Castel

La Nouvelle Question Sociale

Pauvreté, précarité et chômage

Comment en est-on arrivé à l’actualité de la pauvreté ?

Une péniche pour niche, embarcation en terrain flottant

Deuxième Partie / La Pauvreté en Île-de-France

La vie au jour la journée

Concentration accrue des immigrés franciliens dans les territoires les plus pauvres

Mixité sociale ou chasse aux pauvres ?

Entre vie et survie : Regards croisés sur les Roms en Île-de-France

Un observatoire social régional : la Mission d’information sur la pauvreté et l’exclusion

Les outils de travail de la Mipes :

Troisième partie  / Enfants, jeunes et insertion

Pauvreté des enfants. Perspective internationale

Femmes immigrées issues de milieux populaires, femmes oubliées ?

Quelles perspectives pour les jeunes migrants isolés ?

Quatrième Partie / Relégations

La politique est-elle possible en situation d’exclusion nationale ?

Pauvreté, précarité et prison : des liens de proximité inéluctables ?

Pour une requalification des plus démunis. Une existence en « SANS »… mais un fonctionnement en « SUR »

Cinquième partie / Précarité, vulnérabilité vue d’Algérie

Les jeunes en Algérie : un désordre sociétal porteur de nouveaux liens sociaux

Les jeunes, le chômage et la valeur du travail

Jeunes au chômage et projet professionnel

Varia

L’autisme, une approche de l’a-normalité

Jeunes d’origine maghrébine et marché du travail en France : quels avantages pour les descendants de couples mixtes ?

Violence, formation et « pauvreté en expérience »

Liste des auteurs

Resumenes

Abstracts

Résumés

 

Éditorial

Consacrer un numéro à l’actualité de la pauvreté{1} en France mais aussi en Algérie est un choix qui s’inscrit dans la ligne éditoriale de la revue. La crise financière des années 2008-2011 engendre un développement de la pauvreté{2} et conduit à porter un regard attentif aux métamorphoses de la question sociale, un an après la disparition de Robert Castel. Les représentations de la pauvreté ont le plus souvent oscillé entre « la potence et/ou la pitié{3} », faisant des pauvres des êtres dangereux et irresponsables. Avec l’individuation, le rapport social s’estompe partiellement pour céder la place à la figure d’un précaire responsable de son état, qui est sommé par les pouvoirs publics de formuler des projets d’insertion et de justifier qu’il ne cherche pas à se faire entretenir par la société{4}. La réflexion sur la pauvreté questionne peu son rôle et sa fonction dans la société, aussi il apparaît intéressant de questionner cette notion a minima comme un processus. C’est pourquoi la plupart des articles ont mobilisé le concept de désaffiliation tant il est important d’associer une approche en terme de trajectoire et une articulation des rapports sociaux de proximités et de travail. C’est se donner un cadre où l’on assigne des places : celles de l’État, des groupes sociaux et des individus. Ce numéro de la revue, comme les précédents, repose sur des contributeurs de différents statuts : professionnels, étudiants et enseignants-chercheurs.

Dans une première partie, la pauvreté et la désaffiliation sont susceptibles d’offrir des clés pour appréhender les nouvelles facettes de la vulnérabilité{5}, car ce n’est plus la peur de mourir de faim qui hante les esprits mais celle du « reste à vivre » : comment faire pour manger, se soigner, se déplacer et s’assurer un toit ? La recherche d’emploi ne devient réalisable qu’avec un minimum de stabilité mais il est difficile de trouver un emploi et les transformations du salariat débouchent sur la constitution d’un segment de population privé de droits : le précariat{6}. Pour la deuxième partie, la crise du modèle social se dessine de manière spécifique en Île-de-France ; les dimensions locales et culturelles sont prégnantes pour repérer les déchirures du tissu social. Cette partie, riche de contributions, apporte une vision transdisciplinaire et originale de la vie précaire des populations vivant le plus souvent en banlieue.

La troisième partie, « Enfants, jeunes et insertion », est plus habituelle dans le cadre de cette revue ; elle donne à voir les implications de la précarité, de la discrimination des enfants et des jeunes, alors que les politiques publiques se révèlent au mieux comme insuffisantes, et au pire comme inadaptées. Les travailleurs sociaux par exemple ont peu de moyens pour accueillir les jeunes migrants isolés.

La quatrième partie s’intéresse à la relégation, comme figure emblématique de la pauvreté, de l’étranger sans droits comme au Centre de Sangatte alors que l’État en assumait l’ouverture, laissant des réfugiés vivre sans autres possibilités que de survivre et/ou de s’en échapper. La mise à l’écart de la vie sociale concerne les prisonniers, souvent issus de familles précaires. Et lorsque les ressources viennent à manquer, que reste-t-il ? Si ce n’est le corps qui va être sur-sollicité pour assurer la survie.

La dernière partie, « Précarité, vulnérabilité vue d’Algérie », livre une grille de lecture assez différente, car la désaffiliation, concept issu d’une réflexion sur la désagrégation de lien social et de l’emploi, n’est pas corroborée par l’analyse de la société algérienne. La famille et la religion y font souvent sens pour les jeunes issus des couches populaires, alors que l’école et l’emploi n’offrent pas de perspectives pour le futur. Un questionnement sur la précarisation du travail et l’importance du chômage conduit à penser l’insertion professionnelle comme difficile même pour ceux détenteurs d’un diplôme universitaire

Alain Lenfant. Novembre 2014

Première partie / Pauvreté et désaffiliation aujourd’hui

HOMMAGEÀ ROBERT CASTEL

Alain Lenfant

 

MIRACULÉDELA RÉPUBLIQUE, COMMEILSEDÉSIGNAITPOUREXPOSERSATRAJECTOIRE

Robert Castel est né en 1933 à Brest. Il est le fils d’un petit employé des Ponts et Chaussées dont l’épouse meurt en 1943 d’un cancer. Il se suicidera deux ans plus tard. Robert Castel est recueilli par sa demi-sœur, et prépare un CAP d’ajusteur-mécanicien{7}. Au Collège technique, il va rencontrer un professeur de mathématiques surnommé par les élèves « Buchenwald » — sans doute un résistant communiste qui avait été déporté — qui en fin d’année va lui dire : « Castel, tu peux faire autre chose, ne reste pas ici où tu vas te planter. Dans la vie, il faut aimer la liberté et prendre des risques. Va au lycée et si tu as de la chance et du courage, je pense que tu n’es pas idiot et que tu seras capable de te débrouiller{8} ». Castel suit ce conseil (qui comportait des risques en raison de sa position sociale), va au lycée, puis fait de la philosophie et obtient une agrégation. Les dernières lignes de « Changements et pensées du changement » s’achèvent sur la fidélité aux leçons de liberté enseignée par Buchenwald. C’était probablement le seul Directeur de recherche à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales titulaire d’un CAP.

L’histoire personnelle de Robert Castel est sans doute, comme il l’écrit, à prendre en considération pour saisir la dynamique de ses recherches. « Les dimensions objective et subjective d’une histoire de vie seraient les deux faces d’une même médaille parce que ce qui arrive du dehors à un sujet est aussi ce qui le façonne du dedans en tant qu’individus singuliers{9} ». Il part d’un questionnement de l’histoire de la psychiatrie ou de la question sociale pour construire sa réflexion, et non pas de recherches de terrain et d’enquêtes.

DELADÉCONSTRUCTIONDELINSTITUTIONPSYCHIATRIQUE

Ce jeune philosophe est remarqué par R. Aron et après 1968, il va se joindre aux recherches du courant bourdieusien. Il travaille sur la photographie et sur l’école{10}. Il appartient au groupe des enseignants qui vont fonder l’université de Vincennes Paris 8 et va pendant les années1970 axer ses recherches sur la folie et les institutions que la société élabore pour la contenir. Il sera imprégné de la démarche de Foucault ; c’est une époque où l’on questionne les institutions et la norme et R. Castel explique le choix de ce thème : « Pour des raisons à la fois personnelles et politiques, mon intérêt prioritaire se porte vers les individus par défaut{11}». Il abandonne le champ de la psychiatrie et de la psychanalyse à la fin de cette décennie, pensant ne plus rien pouvoir apporter à la réflexion.

À partir des années 1980, Castel s’ouvre au social et à sa régulation après avoir, dans un ouvrage sur la gestion des risques{12}, fait un bilan de ses recherches sur le système asilaire en montrant les changements qui se sont opérés durant cette décade. Dans la préface à la réédition de ce livre, il fait apparaître deux idées-forces : la première est le passage de la dangerosité aux risques (comme l’écrira en 1986 U. Beck). Le comportement du fou est donné par essence comme imprévisible alors que le développement des nouvelles technologies et de l’administration va donner à penser qu’il est possible de raisonner en populations à risques (qui présentent une probabilité plus importante de réalisation d’un risque). Le gouvernement des populations peut en être totalement modifié, mais grâce au refus des travailleurs sociaux de rentrer dans ces logiques, il fut momentanément abandonné{13} puis reprit un certain essor avec le contrôle des « hors travail ». La seconde idée est le gouvernement par la psychologie qui fait de la société une société des individus, où chacun est « désencastré de ses appartenances collectives qui constituaient pour lui à la fois des contraintes et des protections{14} ». Philosophes, psychologues et sociologues ont insisté sur la montée de la société des égos et de l’individualisme, où les choix « rationnels » correspondent uniquement au modèle de l’homo œconomicus. Cela récuse les motifs d’action autres que l’intérêt personnel, exprimé d’abord en terme de gains économiques, car nous serions comme l’écrit R. Castel les entrepreneurs de nous-mêmes et pourrions développer un individualisme négatif.

À LARECHERCHEDENOUVEAUXDROITSFACEÀLADÉSAFFILIATION

L’introduction aux métamorphoses de la question sociale (1995) est dédiée à la mémoire de ses parents et « à celles et à ceux auxquels, hier comme aujourd’hui, un avenir meilleur a été refusé{15} ». Cette année-là, le contexte économique et social est calamiteux, avec une extension de la précarité : trois millions de chômeurs et un million de bénéficiaires du RMI, le gouvernement d’A. Juppé veut réformer la Sécurité Sociale en réduisant les prestations qu’elle dispense. Une grève générale des salariés conduira à une remise en cause de cette politique. L’apport de ce livre est de proposer une analyse du délitement de l’État Social en France qui expose une partie de la population à la vulnérabilité, en partant d’une étude historique retraçant cette constitution d’un salariat devenant protecteur. Comment est-on passé, « de la vie au jour la journée » à un travail qui permet de garantir une sécurité et même d’espérer une amélioration de ses conditions d’existence et de celles de ses enfants ? Il conçoit une topologie des groupes sociaux selon leur place dans la division sociale du travail, la participation aux réseaux de sociabilité et aux systèmes de protection des individus définissant des zones de cohésion sociale, d’intégration, de vulnérabilité, d’assistance et de désaffiliation{16}. Il montre que sa démarche repose sur une comparabilité (une homologie) des positions et des processus sociaux entre « les “inutiles au monde” que représentaient les vagabonds avant la révolution industrielle et différentes catégories “d’inemployables” d’aujourd’hui{17}». Il forge le concept de désaffiliation{18}, résultat d’un processus, d’une trajectoire qui peut conduire de l’intégration à l’inexistence sociale, rendant intelligible ce processus, qu’il substitue à la notion peu définie d’exclusion dont il écrira, « l’exclusion une notion piège, statique, recouvrant des situations hétérogènes auxquelles les politiques publiques tentent de répondre par un ciblage des populations{19} ». La désaffiliation exprime un double rapport à la société, d’appartenance au continuum sous-tendu par la cohésion sociale et d’éloignement du travail intégrateur social. La cohésion sociale soumise à rude épreuve par la conjonction de l’individualisme négatif et de la mondialisation était l’un des fondements de ses recherches. C’est aussi une ouverture sur des politiques publiques destinées à permettre le renouvellement de la cohésion sociale articulant la redistribution du travail et de droits. Cette approche peut converger avec les recherches d’Alain Supiot sur la personnalisation des droits sociaux.