Tite-Jeanne et le Prince triste

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Cette histoire évoque l’univers merveilleux des contes du Moyen Âge tout en accordant le beau rôle à une fille plutôt qu’à un garçon. Ainsi, ce n’est plus Ti-Jean qui, par son ingéniosité et ses exploits, sauve ou séduit une princesse, mais bien Tite-Jeanne qui va conquérir le cœur d’un prince…
Publié le : samedi 21 mai 2011
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782896825479
Nombre de pages : 50
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Melvin Gallant
Tite-Jeanne et le
Prince triste
Tite-Jeanne et le Prince triste
Collection météorite
Tite-Jeanne et le Prince triste
texte de Melvin Gallant
illustrations de Denise Paquette
Bouton d’or Acadie a bénéficié de l’aide financière
du Conseil des Arts du Canada et de la Direction des
arts du Nouveau-Brunswick pour la publication de
ce livre.
Texte : Melvin Gallant
Illustrations : Denise Paquette
Maquette de la couverture : Claude LeBlanc
Mise en pages : Marguerite Maillet
Papier ISBN 978-2-922203-23-9 (réimpression)
PDF ISBN 978-2-89682-197-6
ePub ISBN 978-2-89682-547-9
eDépôt légal : 4 trimestre 1999
Bibliothèque nationale du Canada
Bibliothèque nationale du Québec
Imprimeur : Marquis Imprimeur inc.
Distributeur : Prologue
© Bouton d’or Acadie
204 - 236, rue Saint-Georges
Moncton (N.-B.), E1C 1W1
Tél. : (506) 382-1367
Téléc. : (506) 854-7577
Courriel : boutondoracadie@nb.aibn.com
Mot de l’auteur
Les contes traditionnels sont des histoires
qu’on retrouve partout dans le monde
depuis des milliers d’années. Ils émerveillent
toujours les jeunes comme les moins jeunes.
La tradition orale acadienne est riche de
contes dont l’origine remonte à des temps
lointains. Ainsi, j’ai déjà raconté, dans deux
autres livres, quelques-unes des aventures de
Ti-Jean. Ce petit bonhomme, dont la ruse et
la débrouillardise n’ont d’égal que sa
détermination et sa bonté, réussit toujours à
triompher des épreuves qu’il rencontre sur
son chemin.
Si beaucoup de contes traditionnels ont
pour héros des personnages masculins, bien
peu accordent ce rôle à un personnage
féminin. C’est la raison pour laquelle j’ai voulu
écrire de nouveaux contes qui présentent une
héroïne : Tite-Jeanne.
7
Il y a bien longtemps vivait dans
un pays lointain une veuve qui
devait élever seule sa fille. Elle
habitait dans une contrée aride où
la terre ne produisait presque rien.
Depuis la mort de son mari, la
pauvre veuve, devenue infirme à la
suite d’une chute, avait de plus en
plus de difficultés à joindre les deux
bouts. Quant à Jeanne, sa seule
enfant, elle ne grandissait guère, si
bien que tout le monde des
environs l’appelait familièrement
TiteJeanne.
8
Les mois passaient, et la
nourriture devenait toujours plus rare.
Bientôt, il ne leur restait plus qu’un
peu de farine et trois petits
cochons qu’elles nourrissaient avec
des racines et des feuilles qu’elles
récoltaient dans les champs et
faisaient bouillir dans une grande
marmite.
Un beau jour, la veuve dit à sa
fille :
9
—Nous n’avons plus de farine
pour faire du pain et plus un sou
pour en acheter. Il faut que tu
ailles au marché vendre un petit
cochon.
Tite-Jeanne lui dit qu’elle
comprenait leur situation quasi
désespérée. Alors, le lendemain matin,
elle mit un petit cochon dans un
grand sac et prit la route qui
menait à la ville. Elle marchait d’un
pas décidé, sa grande jupe et ses
cheveux noirs flottant au vent. Au
bout de quelques heures de
marche, elle rencontra un homme tout
vêtu de blanc qui lui demanda :
—Où vas-tu comme ça, ma
petite, avec ton grand sac sur le dos ?
10
—Je m’en vais à la ville pour
vendre un de nos petits cochons,
répondit la jeune fille, car nous
avons grandement besoin d’argent.
— Tu ne pourras jamais vendre
de cochon en ville, répliqua
l’homme en blanc. Personne n’a
d’argent par les temps qui courent
et toutes les familles des alentours
ont des cochons à vendre.
Le bonhomme s’approcha de
Tite-Jeanne, tâta le cochon à
travers le sac et lui dit d’un air
hautain:
—Je n’ai pas d’argent moi non
plus pour acheter ton cochon, mais
je peux te proposer un échange. J’ai
ici une petite souris qui danse ! Une
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souris, ça ne coûte presque rien à
nourrir et, de plus, tu pourras
t’amuser à la faire danser et ainsi
égayer ta famille dans les moments
difficiles.
Lorsque Tite-Jeanne vit la souris
danser, elle fut émerveillée. Jamais
elle n’avait rien vu de si drôle. Elle
dit à l’homme qu’elle était d’accord
pour faire l’échange et elle prit le
chemin du retour, tenant
fièrement sa petite souris entre ses
mains.
— Et puis ? dit la veuve en voyant
revenir sa fille aussi rapidement.
As-tu pu vendre notre petit cochon ?
— Eh bien… non ! répondit
TiteJeanne, un peu honteuse. Je l’ai
13
échangé contre une souris.
—Une souris! s’exclama la
mère. Es-tu devenue folle ?
—Mais attends, riposta
TiteJeanne, ce n’est pas une souris
ordinaire, c’est une souris apprivoisée
et qui danse !
14
À son tour, la veuve fut étonnée
par les contorsions si drôles de la
petite souris, mais elle demeurait
néanmoins soucieuse.
—Qu’allons-nous manger si
nous n’avons plus de pain ? dit-elle
avec un peu de dépit dans la voix. Il
va falloir, ma petite, que tu
retournes au marché demain.
15
Le lendemain matin, Tite-Jeanne
mit le deuxième cochon dans un
grand sac et prit de nouveau le
chemin du marché. Elle était
presque rendue à la ville lorsqu’elle
rencontra un homme tout habillé
de noir.
—Où vas-tu comme ça, ma
petite, avec ton grand sac sur le
dos ?
—Je m’en vais à la ville pour
vendre un cochon, répondit
TiteJeanne, car nous avons grandement
besoin d’argent.
— Tu ne pourras jamais vendre
ton cochon à la ville, affirma
l’homme en noir. Les temps
sont durs, et presque personne n’a
16
d’argent ; même moi, je n’en ai pas.
Mais je peux te proposer un
échange, si tu veux.
—Ah non, pas d’échange!
s’écria Tite-Jeanne. C’est d’argent
que nous avons besoin.
— Mais pour quoi faire,
protesta l’homme en noir, pour échanger
cet argent contre autre chose?
C’est donc toujours un échange!
Alors, voilà! reprit-il plus
doucement. J’ai ici un ver de terre qui
chante. Il est obéissant et amusant.
Je peux te l’échanger contre ton
cochon.
Et encore une fois, Tite-Jeanne
se laissa séduire par la voix et les
prouesses du ver de terre, qui
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chantait des airs les plus divers.
L’échange se fit rapidement et
TiteJeanne reprit le chemin du retour.
Cette fois, la mère n’était pas du
tout amusée. Elle riait, bien
entendu, de voir chanter un ver de terre,
mais ce n’était pas de bon coeur.
Elle pensait au pain qui lui
manquait et à la faim qui lui rongeait
l’estomac.
—Eh bien ! dit-elle enfin. Nous
n’avons guère le choix. Il va falloir
que tu retournes au marché
demain pour vendre notre dernier
cochon.
Le lendemain matin, Tite-Jeanne
mit le petit cochon dans un sac et
reprit le chemin du marché,
19
emmenant avec elle sa souris et son
ver de terre bien au chaud dans sa
bourse. Elle n’avait pas encore
traversé la barrière de la ferme qu’elle
entendit sa mère lui crier :
—Ne remets pas les pieds à la
maison sans avoir de l’argent dans
ta bourse ou un sac de farine sur le
dos !
Cette fois, Tite-Jeanne prit un
autre chemin pour se rendre à la
ville, afin de ne pas courir le risque
de rencontrer de nouveau un
homme qui aurait quelque chose à
échanger.
Au bout de quelques heures de
marche, elle croisa une vieille dame
au sourire intrigant.
20
Il est rare de trouver
des personnages féminins
comme héroïnes dans les
contes traditionnels. Voici
une histoire qui évoque
l’univers merveilleux des
contes du Moyen Âge tout en
accordant le beau rôle à une fille plutôt
qu’à un garçon. Ainsi, ce n’est plus
TiJean qui, par son ingéniosité et ses exploits,
sauve ou séduit une princesse, mais bien
Tite-Jeanne qui va conquérir le coeur d’un
prince…

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