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Top school - Tome 2 - Le concours de beauté

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336 pages
Les cours ont commencé à la Top School. Chaque élève donne le meilleur de lui-même avec l’espoir d’être sélectionné pour représenter le Brésil au grand concours Fierce Beauty, qui se tient tous les ans à New York. Et ce n’est pas leur vie personnelle qui va leur apporter le repos  tant mérité ! Indira est en conflit avec sa sœur Gadra, qui ne lui pardonne pas d’avoir pris sa place à la Top School. Mia sort avec Ben, tandis qu’Alice tente de se rapprocher de Guel. Malou s’est trouvé un nouvel allié, Ivan, pour tenter de mener à bien sa guerre personnelle contre Mia, Alice et Klo. Elle furète au milieu de ces histoires et déploie une énergie folle à semer la zizanie entre tout le monde… Destins et secrets se mélangent, et personne n’est à l’abri d’une découverte bouleversante, sur les autres et surtout sur lui-même. Derrière les apparences soignées des élèves, qui est vraiment ce qu’il paraît être  ? 
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Illustrations de couverture : © Diglee Traduit du portugais (Brésil) par Virginie Paitrault
L’édition originale de cet ouvrage a paru en langue portugaise chez Companhia Editora Nacional, sous le titre : LA TOP SCHOOL ! 2 BELEZA ROUBADA
© Toni Brandão, 2014, pour le texte. © Hachette Livre, 2017 pour la traduction française. Hachette Livre, 58 rue Jean Bleuzen, 92170 Vanves.
ISBN : 978-2-01-203910-0
#PRÉCÉDEMMENT dans
Les yeux écarquillés derrière ses verres de lunettes qui ressemblent à des écrans d’ordinateurs portables, Ivan ne parvient à rendre qu’un regard perplexe à Malou devant ce dont il est témoin. Intrigué et extrêmement méfiant, il suit les mouvements électriques et stratégiques de la jolie adolescente, aux yeux noirs et aux longues boucles châtains, tandis qu’elle écrit cette phrase en haut du miroir de sa penderie avec le rouge à lèvres le plus rose pétant et le plus chargé en paillettes qu’il soit possible d’imaginer. — Comment ça, Malou ? Lorsqu’il réussit enfin à parler, sa voix pressée, rauque et dans laquelle se mélangent les graves et les aigus, ne dit pas grand-chose. Il connaît déjà suffisamment Malou pour savoir qu’elle parle comme si elle tweetait, pense comme si elle bloguait et organise son répertoire comme s’il s’agissait du compte Facebook d’une célébrité. — Je te croyais plus perspicace que ça, Ivan. — Ne sois pas égoïste, Malou ! Explique-moi !
Malou est ravie de la fragilité hypothétique qu’elle vient de découvrir chez son dernier meilleur ami d’enfance. Un ami maigrichon et multicolore, dont les cheveux jaunes se dressent vers le ciel et qui – soit dit en passant – dégage à la fois une impression de force et de fragilité. Ainsi, Malou pourra lui faire sentir un peu plus sa supériorité hypothétique.
— « Précédemment dans » est ce que dit la voix off au début des films en plusieurs parties ou des séries, quand les scénaristes veulent que les téléspectateurs qui ont raté un épisode puissent suivre l’histoire. Tu as compris, ou il faut que je te fasse un dessin ?
Bien qu’il regarde autant de séries télévisées que Malou, Ivan n’avait jamais remarqué cette phrase.
— J’ai compris. Je ne savais pas que tu allais te mettre à jouer dans une sitcom !
— Petit comique ! En dessous de la phrase en anglais, Malou écrit de la même couleur son nom, le centrant au millimètre près et lui donnant presque la même taille qu’à son titre… Malou Après avoir trouvé dans son arsenal cosmétique les couleurs parfaites pour l’aider à exprimer ce qu’elle pense d’eux, Malou ajoute deux prénoms de garçons. Ben Miguel — Tu es loin d’être sotte, hein, Malou ?
Le commentaire d’Ivan est dû au fait que Malou a choisi les deux garçons les plus beaux de la Top School pour continuer sa carte de l’école de mannequinat dans laquelle ils étudient. Et pourtant, choisir les beaux gosses les plus beaux gosses parmi tous les canons qui ont été sélectionnés pour intégrer l’école la plus branchée du monde n’est pas chose facile !
— Bien sûr que je ne suis pas sotte. Sinon, je ne t’aurais pas élu pour être mon fidèle écuyer.
— Ton fidèle écuyer ? Attends une petite minute !
Ce n’est pas le rôle qu’Ivan pense tenir dans la vie de Malou, et encore moins à la Top School.
— « Minorité incluse ? » — Admettons ! Ivan décide d’en rester là ; pour le moment, du moins. Le garçon est trop amusé par la mise en scène de Malou pour faire des histoires à propos de ses lubies. — Bleu métallisé pour Ben et kaki pour Miguel ! Malou tient à corriger l’erreur d’Ivan :
— Bleu métallisé militaire pour Ben et vert camouflage pour Miguel. La couleur attribuée à Miguel ne surprend pas Ivan ; lui aussi trouve le jeune Portugais aussi mystérieux que fuyant. Mais celle attribuée à Ben… — Pourquoi ce ton métallisé, martial pour Ben ? Je croyais que tu le vénérais ? Précisément pour cette raison. Je ne peux pas me laisser embobiner par les beaux discours de ce loup déguisé en prince de comédie musicale pour adolescents. Bien que ce ne soit pas la vraie expression, elle permet à Ivan de comprendre exactement ce que Malou veut dire. Effectivement, l’irrésistible Ben est dangereux ! — Il manque un beau gosse dans ce peloton de tête, Malou. — Qui ? — Jako. En entendant ce diminutif, Malou fronce les sourcils et décoche son regard le plus maléfique à Ivan.
— Tu veux dire qu’il te plaît à toi ! Ce n’est pas mon cas.
Et elle a raison ! Ivan trouve Jako extrêmement craquant. — Il ne plaît pas qu’à moi… À bien y réfléchir, la majorité des filles et des garçons qui aiment les garçons partagent l’avis d’Ivan : en général, la beauté de Jako impressionne. — Ajoute son nom sur cette ligne, allez ! — Non, Ivan !
— Juste parce qu’il est noir ?
— Juste parce qu’il est le frère de cette abomination hippopotamesque !
L’abomination en question est Klo, la fille avec qui Malou est encore en concurrence pour une place à la Top School. Les deux adolescentes, qui sont arrivées ex aequo lors du concours d’entrée, sont actuellement en quarantaine. Comme l’école ne prend que vingt nouveaux élèves chaque année (dix filles et dix garçons), l’une d’elles ne va pas faire de vieux os à la Top School.
— Oups, je vais me cacher !
— Ne me distrais pas, Ivan !
Et Malou continue :
Alice Indira Mia Peut-être est-ce pour clore le sujet qui l’a le plus perturbée dernièrement (le fait qu’elle et Klo doivent encore se disputer la dernière place disponible) que Malou décide d’écrire les prénoms d’Alice, d’Indira et de Mia sur le miroir. Pour Indira, elle choisit un tube mauve. — Quelle jolie couleur !
— Elle s’appelle « Lilas énigmatique ». Cette Indienne est un peu trop étrange et dangereuse à mon goût.
Ivan frissonne. Lui aussi trouve Indira étrange, mais…
— Pourquoi dangereuse ?
— On dirait qu’elle est toujours en train de fuir.
Malou a écrit « Alice » et « Mia » d’un ton de rose stratégiquement inférieur à celui qu’elle a employé pour son propre prénom.
— Qu’est-ce que c’est que ce rose d’une tristesse à faire pleurer, Malou ?
Malou a fait exprès d’attribuer aux deux plus jolies filles de l’école – et aux principaux obstacles qui se dressent entre elle et son plan de devenir la numéro un de tous les univers qui l’entourent – le ton de rose le plus éteint et le plus insignifiant qu’elle ait trouvé dans son maquillage. Un rose mat, terne, qui n’a rien de glamour.
— Quelle petite maligne !
— Ces deux-là sont sur ma liste…
Malou s’arrête en plein milieu de sa phrase, sous le choc.
— Pourquoi tu fais cette tête, Malou ?
Les yeux de Malou s’écarquillent encore. — Les… — Les quoi ? — Les… pré… pré… noms… Naturellement, vu la direction dans laquelle elle regarde, Ivan comprend que Malou parle des prénoms qu’elle a écrits sur le miroir. Quand le garçon examine celui-ci plus attentivement, lui aussi en reste bouche bée, manquant de tomber du fauteuil en forme de panda dans lequel il est assis. — Notre-Dame-des-Podiums ! Non ! Je suis en train de rêver ! Mais ce n’est pas un rêve – même si Ivan tout comme Malou préféreraient que ce soit le cas : sur le miroir, les prénoms d’Alice et de Mia ont pris vie. Les lettres se mettent à vibrer comme si elles allaient entrer en ébullition. À briller. À les éblouir. Et à commercer à changer de couleur. Le rose terne devient aussi rouge que le feu. Le rouge se transforme en lie-de-vin. Le lie-de-vin prend une teinte violette. Puis les lettres se mettent à couler. Et à dégouliner le long du miroir comme s’il s’agissait de larmes. C’est bien ça : les lettres qui composaient les prénoms d’Alice et de Mia ressemblent désormais à des larmes de sang.
— Qu’est-ce que c’est que cette tête ?
— La seule que tu m’as donnée.
1
Ce n’est pas que Mia a particulièrement bon caractère. Mais il y a des jours où son humeur est pire que d’habitude ; comme aujourd’hui.
— Ce trait d’eye-liner bleu foncé n’est vraiment pas discret.
C’est dans le miroir de la salle de bains de sa chambre, où sont rangés tous les produits de beauté que mère et fille se partagent, qu’Eva étudie la mauvaise humeur de Mia et son abus de teintes foncées : le pantalon, le tee-shirt et les tennis noires que l’adolescente a choisi de mettre ne sont pas des plus joyeux. — Dans ce cas, maman, ne l’utilise pas quand tu te maquilles, OK ? Eva voudrait au moins tenter de lui faire comprendre que ce n’est pas une manière de s’adresser à sa mère, mais elle y renonce, devinant trop de confusion dans la tête de Mia. — On dirait que c’est une journée difficile. — Tu es loin d’imaginer à quoi ressemblent mes journées difficiles.
— Tu te trompes, ma fille.
Le rouge à lèvres dont Mia choisit de recouvrir ses lèvres est presque noir.
— On croirait que tu te prépares à partir en guerre. — Tu ne crois pas si bien dire… Eva n’ignore pas qu’au-delà de la compétition visant à remporter une place à la Top School, phase déjà conquise par Mia – qui est arrivée très bien classée à l’issue du concours ! –, c’est l’étape la plus dangereuse qui commence à présent : les garçons et les filles qui ont été sélectionnés vont devoir montrer de quoi ils sont capables. — Une guerre dont je vais sortir victorieuse ! Plus que du fait d’aller au bout de la formation de mannequin, Mia parle de la possibilité d’être choisie pour participer au concours « Fierce Beauty », qui se déroule pendant le Fashion World de New York. Chaque année, la Top School y envoie la fille et le garçon qui se sont le plus distingués afin qu’ils concourent contre d’autres « beautés féroces » (traduction libre du nom du concours) en provenance du monde entier.
Lorsque Mia affirme avec tant de conviction qu’elle va triompher, l’image d’Alice (l’autre jolie blonde de l’école, qui, avec ses yeux verts et son corps élancé, est sa principale concurrente dans la course pour devenir la fille qui ira à New York… Et qui, pour cette raison, est aussi sa bête noire !) apparaît dans sa tête, ce qui la met d’encore plus mauvaise humeur.
— Je serai victorieuse !
— Très bien, Mia, mais je dois quand même te dire que des couleurs aussi agressives ne vont pas avec ta beauté classique, pure et cristalline.
— Qu’est-ce qui t’arrive, maman ? Tu te prends pour la voix off d’une pub de shampoing ? Comme pour son maquillage, Mia ne fait pas non plus preuve de subtilité lorsqu’il s’agit d’ironiser. Et sa mère, jeune et encore canon, commence à s’impatienter. N’oublions pas que c’est l’ancien mannequin Eva Berg ; or la patience des anciens mannequins et mères de futurs mannequins a des limites. — Moi aussi, j’ai des problèmes et de l’amour-propre, Mia, ainsi que le double de ton âge, raison pour laquelle je mérite au moins un peu de respect. Face à une telle situation, le silence est tout ce que Mia parvient à offrir à sa mère en guise d’excuse. — Tu as vraiment du mal à demander pardon, ma fille…
— Pas aujourd’hui, maman, je t’en prie…
La voix de Mia est à la fois complice et implorante. Eva comprend aussitôt ce que sa fille veut dire.
— Ça s’est reproduit, Mia ?
Arrivée au milieu de sa question, Eva regrette de l’avoir commencée. La réponse est évidente.
— Pourquoi tu ne m’as pas appelée ?
Mia tente de faire comme si elle avait déjà oublié ce qu’elle vient de mentionner de manière si cryptique.
— Désolée, maman. Je ne suis plus ce bébé que tu voudrais que je sois. Il faut que j’apprenne à résoudre les problèmes que je crée.
— Qui dit que c’est toi qui les crées ?
— C’est moi qui rêve. Qui fabrique le rêve. Donc c’est ma faute.
Pour une raison connue d’elle seule, Eva n’est pas du tout d’accord avec ce que Mia vient d’affirmer. — On en reparlera mieux que ça plus tard… Et, s’efforçant de faire comme si de rien n’était et de se conduire simplement comme la mère d’une adolescente qui adore rester des heures devant son miroir, Eva lance : — Dépêche-toi de finir. On est déjà en retard, Mia. Mia ne le saura pas et Eva encore moins, mais au même instant, la même phrase sort de la bouche d’une autre mère jeune et cool, qui évoque davantage une sœur aînée qu’une mère :
— Dépêche-toi de finir. On est déjà en retard, Alice.
Il s’agit de Rita, la mère d’Alice, qui est aussi intriguée que celle de Mia, mais pour des raisons bien différentes.
— Quel enthousiasme !
Rita veut dire par là que, en plus d’être en train de se maquiller avec une énergie de tous les diables, donnant l’impression que ses bras sont des tentacules, Alice se déhanche avec fougue, accompagnant le rythme d’une chanson de son groupe préféré depuis quinze minutes, qui se déverse des petites enceintes de son portable. Des enceintes minuscules, mais suffisamment puissantes pour rendre sourd tout le quartier.
— Je ne sais pas comment tu parviens à être d’aussi belle humeur de si bon matin.
— Résous cette énigme, ma petite maman chérie, ou je te dévorerai. Le ton d’Alice est énigmatique. Et le fait qu’elle se soit arrêtée quelques instants de se maquiller et de danser donne un caractère encore plus mystérieux et frappant à ce qu’elle vient de dire. — Qu’est-ce que tu racontes ? Tu me fais peur… Redevenant la fille blonde, jolie et exemplaire qu’elle était depuis son réveil, Alice sourit à sa mère. — C’est une blague, maman. Et elle se remet à se déhancher et à choisir des couleurs de rouge à lèvres, de fard à paupières et de mascara pour finir de donner vie au visage qu’elle a décidé d’afficher aujourd’hui. — Baisse au moins un peu le son, Alice. Les voisins vont se plaindre. — J’ai presque terminé.
— Tu n’es pas fatiguée d’être aussi joyeuse ?
La question de Rita est plus une plaisanterie qu’une mise en garde.
— La joie transforme.
— Tu es comme une boîte de chocolats, Alice. Je ne sais jamais quelle surprise tu me réserves.
— La boîte de Pandore, alors.
Cette fois, la mère d’Alice s’inquiète pour de bon. Elle n’ignore pas que dans la boîte de Pandore, la première femme créée par Zeus dans la mythologie grecque, se trouvaient tous les maux du monde. — Tu me fais peur à parler comme ça, Alice. Voyant qu’elle a exagéré, que sa mère est perdue et se demande s’il s’agissait d’une plaisanterie ou d’une menace, l’adolescente abandonne le miroir, se jette à son cou et lui plaque un baiser mouillé et déjà coloré de rose sur la joue. — Ne t’inquiète pas. Je suis toujours la même. Le temps que Rita cligne des yeux, Alice est déjà de retour devant le miroir, comme si elle n’avait jamais bougé, retouchant le rouge à lèvres qu’elle a laissé sur la joue de sa mère. — Et c’est une bonne ou une mauvaise nouvelle ? — Tu crois que je le sais ?
La conversation a déjà trop duré.
— Allons-y, Alice ! Le temps ne suspend son vol pour personne. — Je suis quasiment prête… Comme c’est presque toujours le cas, Alice a choisi la première jupe moulante et le premier tee-shirt troué qu’elle a trouvés. Un tee-shirt orné d’un drapeau anglais décoloré. — … il faut juste que je mette mes tennis. Lorsqu’Alice s’assoit sur le lit, elle se souvient de glisser sous son tee-shirt la chaîne à laquelle est accroché un pendentif qui ressemble étrangement à une goutte : son porte-bonheur ! Un geste stratégique… — Il faut qu’il reste bien caché. Ce n’est qu’après qu’elle enfile ses tennis rouges.
— Enfin un peu de couleur.
— La couleur est en moi, maman.
— Crâneuse !
D’un bond qui lui donne l’air d’une plongeuse olympique, Alice se lève, s’inspecte une dernière fois dans le miroir, ébouriffe la chevelure blonde qu’elle avait peignée avec le plus grand soin et s’adresse un sourire.
— Je suis prête à me battre !
— J’ignorais qu’à tes yeux, la Top School était un champ de bataille.
— Mais c’est le cas, tu peux me croire. Une nouvelle bataille s’y déroule chaque jour.
— Et comment comptes-tu affronter celle qui s’annonce ?
— Je ne compte pas l’affronter, maman. Je compte la remporter…
Même en l’affirmant avec tant de conviction, Alice ne parvient pas à s’empêcher de penser au point noir qui risque de contrarier ses plans de victoire : la « désagréable Mia » (ce sont les mots d’Alice !), l’autre jolie blonde de l’école, qui, avec ses yeux bleus et son corps élancé, possède tout comme Alice exactement le type de beauté qui séduit le plus dans ce genre de concours.
— Je vais gagner. Et j’irai à New York.
— Très bien, mais comment vas-tu « gagner » ?
— Avec mon éclat naturel. Et encore plus aujourd’hui, où je suis bien reposée. J’ai dormi comme un bébé cette nuit. — Je suis ravie de l’entendre, Alice. Alice enlace sa mère, et le duo dynamique et solaire sort de la chambre en se réjouissant de cette bonne nouvelle : une nuit de plus sans cauchemars. Heureusement, parce qu’ils sont de plus en plus horribles…songe l’adolescente tout en sortant. Pauvre Mia, qui n’a pas été aussi chanceuse qu’Alice.
— Très maigre.
— Très petite.
— Très grosse.
— Très grande.
Non, Ben et Miguel ne sont pas en train d’écrire le texte d’un morceau de rap. Ils observent les filles qui passent à pied, à vélo, en roller, en skate, avec des chiens, à dos de chameau… tout en filant à travers le parc sur leurs skates.
— Très blonde. — Très prétentieuse. Ben et Miguel sont devenus amis presque instantanément, dès le premier jour de cours dans l’école de mannequinat où tous deux ont été acceptés à l’issue d’un concours extrêmement disputé. — Très maquillée. — Très provocatrice. Comme c’était toujours le cas pour l’un et l’autre chacun de son côté, lorsqu’ils se sont rentrés dedans dans les couloirs, les deux garçons ont compris qu’ils étaient les beaux gosses les plus beaux gosses du coin. — Très laide.
— Très dérangée.
Et, contrairement à ce qui arrive généralement entre les filles, au lieu de devenir ennemis, les malins garçons ont décidé d’unir leurs forces ; leurs cheveux, blonds pour Ben et couleur miel pour Miguel, qui les font ressembler à des anges espiègles ; leurs yeux déconcertants, verts pour Ben et bleus pour Miguel ; leurs sourires qui font mouche à tous les coups. Tout ça pour… augmenter leur puissance de feu ? Faire monter le cours de leurs actions sur le marché des conquêtes amoureuses ? Qui sait…
— Celle-ci est bien. — Trop parfaite, Miguel. En réalité, entre nous, Ben et Miguel sont devenus amis parce qu’ils se sont plu mutuellement, point final. Ils n’ont pas à se justifier de ce qu’ils font ou de ce qu’ils ne font pas. Leur rôle est de continuer à enchanter les foules partout où ils passent. S’ils y arrivent, c’est déjà beaucoup. — Tu es mal placé pour trouver les filles trop parfaites. Si Miguel fait ce commentaire, c’est qu’il n’ignore pas que Ben passe un peu trop de temps dans l’orbite d’une des plus jolies filles à avoir réussi le concours d’entrée à la Top School en même temps qu’eux.
— Mais Alice est différente, Miguel. — Différente comment ? Blonde, les yeux verts, les cheveux raides… Elle n’a rien de différent. Alice est la petite blonde parfaite par excellence, et Ben devrait le savoir ! Portugais, Miguel vit au Brésil depuis peu de temps. Parfois, il construit ses phrases d’une manière qui sonne bizarrement à l’oreille de Ben et son accent s’entend davantage, comme c’était le cas à l’instant. Les deux garçons parlent la même langue et emploient les mêmes mots, mais il existe de nombreuses manières d’utiliser ceux-ci… — Mais je n’ai jamais vu un caractère comme le sien, Miguel. — Elle est moins stressée que Mia. Les yeux de Ben se mettent à briller un peu plus lorsqu’il entend le nom de l’autre « petite blonde parfaite » de la Top School – aux yeux bleus, celle-là. Le garçon a également passé un certain temps à graviter autour d’elle. — Rien à voir. Mia a mauvais caractère, elle. Étrange. Ben aurait dû faire ce commentaire d’un ton indifférent : après tout, un mauvais caractère est presque toujours considéré comme un défaut. Mais il ne semble pas de cet avis. — On dirait que le mauvais caractère de Mia t’enchante.
— Dans le doute, je laisse aussi bien l’une que l’autre m’enchanter.
La conversation s’interrompt, car les deux garçons arrivent à l’autre bout du parc, et plus précisément au portail par lequel ils comptent en sortir. De là, ils remonteront une dizaine de pâtés de maisons pour rejoindre la Top School. Mais quelque chose les fait freiner.
— Soyons prudents. Si Ben fait ce commentaire, c’est que le portail à hauteur duquel les deux garçons se sont arrêtés débouche sur une avenue extrêmement large et très fréquentée. — En effet. Miguel confirme la mise en garde de Ben, mais pour une raison différente. Et son ton attire l’attention de Ben. — Qu’est-ce qu’il y a, Miguel ?
Par chance, le jeune Portugais a déjà appris certaines des expressions préférées de Ben.
— Réveille-toi, Ben.
Ben n’a pas le temps de se réveiller. Deux garçons maigres, mal habillés et à la mine patibulaire ont déjà entouré les beaux gosses les plus beaux gosses de la Top School !
Dans un avenir proche, les miroirs seront 3D… si ce n’est pas déjà le cas dans certains laboratoires numériques.
— Je n’arrive pas à croire que tu as fait ça, Indira.
Un miroir 3D. Si quelqu’un entrait dans la chambre d’Indira en cet instant, c’est ce qu’il penserait avoir sous les yeux. — Eh si. C’est fait. Ce qui donne l’impression de contempler un miroir 3D est que les deux filles qui arpentent la chambre en vociférant sont exactement identiques. — Espèce de traîtresse. Deux filles ? Elles sont si féroces qu’on croirait avoir affaire à deux bêtes sauvages. Mais il s’agit bien de deux adolescentes, oui.
— C’est toi qui as commencé, Gadra. Quiconque n’est pas fils unique sait que la phrase qu’Indira vient de lancer à Gadra est celle que les sœurs prononcent le plus fréquemment, qu’elles soient jumelles, jolies, indiennes ou rien de tout ça. — Tu m’as trahie, Indira. Indira et Gadra sont de vraies jumelles.
— Tu m’y as forcée, Gadra.
Et elles sont si jolies qu’elles seraient capables de créer encore plus d’embouteillages dans les rues de Mumbai.
— Tu me blâmes toujours pour tes erreurs.
Comme à leur habitude, les deux sœurs, qui descendent d’une famille d’Indiens relativement prospère et plutôt heureuse, sont vêtues de saris. Celui d’Indira est turquoise, et elle porte des sandales de cuir dont les lanières s’attachent autour de la cheville. Elle est presque prête à sortir. Quant à Gadra, son sari est rouge et elle est pieds nus.
— Mon erreur est de ne pas réussir à dire non à tes idées épouvantables, Gadra.
Ce qui menace le plus le bonheur de cette famille indienne sont les disputes de ces jumelles à bout de nerfs.
— Tu as volé ma place à la Top School !
— Cette place m’appartient, Gadra.
En réalité, Gadra s’était inscrite au concours, mais comme elle a ensuite dû s’absenter, c’est elle qui a convaincu Indira de le passer pour elle.
Sauf qu’une fois à l’école, Indira a regretté d’avoir accepté le plan de sa sœur, elle a expliqué la supercherie à Antonia, la directrice, et, après s’être fait passer un savon magistral, s’est laissée convaincre de participer au concours en son nom propre. Antonia a beaucoup apprécié la beauté d’Indira ainsi que son… est-il possible d’utiliser ce mot ?… son honnêteté.
— Tu as été malhonnête.
— L’inscription était tienne, Gadra. Mais la place est mienne.
Pour résumer, il vaudrait mieux dire qu’Indira a admis et assumé son erreur et que, pour cette raison, elle a gagné la confiance d’Antonia.
— Tu n’as jamais voulu être mannequin.
Cette fois, Gadra n’a pas tort. C’est elle qui a toujours voulu travailler comme mannequin, et qui le fait même déjà de temps à autre.
— Sauf que j’ai battu plus de mille autres candidates.
— Et voilà. Mon succès t’est déjà monté à la tête.
— Ton succès ? Réveille-toi, Gadra. Nous sommes exactement identiques.
— Non, c’est faux. Tu es une traîtresse.
— N’importe quoi.
— Tu as détruit mon rêve.
— C’est toi qui as toujours détruit les miens.
— Je vais parler de nouveau avec papa.
Chaque fois que Gadra a tenté de crier son indignation, leurs parents ont eu la même réaction, répondant que toutes deux avaient mal agi. — Tu sais que ça ne va avancer à rien. — Tu crois qu’ils ne se rendent pas compte que lorsqu’ils t’ont laissée t’inscrire à la Top School, j’ai été la seule punie pour une erreur que nous avons commise toutes les deux ? — Tu ne crois pas que c’est plutôt parce que j’ai eu le courage d’assumer mon erreur que maman m’a laissée m’y inscrire ? — Non, Indira. C’est parce que tu as toujours été beaucoup plus maligne que moi, tu as toujours joué les victimes pour qu’on pense que tu es une pauvre petite fifille sans défense. — Tu te trompes, ma sœur. J’ai toujours eu peur de toi. De ta façon de tout vouloir régenter. De la manière dont tu as toujours voulu contrôler nos vies comme si elles n’en formaient qu’une seule. — Quel cinéma ! Ce n’est que lorsqu’elle se sent perdre du terrain que Gadra fait appel à cette « interjection de supériorité ». — Laisse-moi tranquille, Gadra, d’accord ? J’espère que ça ne va pas être comme ça chaque fois que je pars à l’école. Il faut que j’y aille dans pas longtemps. — Pour aller occuper une place qui est la mienne. Sale traîtresse. Très bien, tu peux y aller, mais sois bien consciente que si je me fais quelque chose à cause de ta trahison, ce sera entièrement ta faute. Pour donner encore plus de force à sa menace, Gadra sort en claquant la porte, ce qui la fait rebondir et se rouvrir à demi.
— Je vais me venger de toi… de la directrice de la Top School… de tout le monde !
— Gadra… qu’est-ce que j’ai fait ?
Le ton d’Indira trahit de la peur et quelque chose qui ressemble même à de la terreur.
Après avoir lâché ce soupir du ton désemparé qu’elle voulait à tout prix cacher à Gadra, Indira se jette sur le lit pour pleurer. — Qu’est-ce que j’ai fait ? Ce n’est que lorsque la menue métisse qui s’est assise sur le lit commence à tenter de recueillir dans ses petits bras fins toute sa confusion et sa vulnérabilité qu’Indira s’aperçoit que la femme est entrée dans la pièce. — Aparecida, je suis morte de peur. Aidez-moi, je vous en prie. En plus d’être l’employée de la famille depuis plus de deux ans et la partenaire d’Indira lorsque celle-ci souhaite donner vie à ses idées « fashion » en customisant ses vêtements (c’est une couturière hors pair), sur son temps libre, Aparecida joue aussi le rôle de meilleure amie et de confidente de la jeune Indienne. — Essaie de te calmer, petite. Elles se sont rapprochées lorsqu’Indira a découvert que Aparecida possédait un étrange pouvoir d’interprétation des rêves. Rien qui soit affilié à une quelconque mouvance psychologique ou religieuse, juste un… don ? Une curiosité ? Une invention ? Quoi qu’il en soit, les intuitions de l’employée ont toujours aidé Indira à mieux comprendre le lien entre ce dont elle rêvait, ses tourments et ses désirs. — Vous connaissez Gadra… Elle est capable de tout. Aparecida est venue directement d’Oliveira dos Brejinhos, une ville minuscule de l’État de Bahia, à São Paulo. Lorsqu’elle a perdu son mari,
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