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Tout schuss !

De
129 pages

De nouvelles aventures pour la super fratrie Mouche !
Alors que l’hiver s’installe au pensionnat de Castelroc, les sixièmes partent à la découverte de la montagne. Au programme : classe, ski, fous rires et randonnées ! Mais il n’est pas toujours évident de grandir ensemble et de vivre sa passion quand on est triplés…. Lucille, Clément et Nina parviendront-ils à résoudre leurs différends sans se déchirer ? Le troisième tome d’une série pétillante !


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Journal de Lucille
Dimanche 23 février

Je profite de cet interminable voyage en train pour faire le point sur les vacances de février qui viennent de s’achever. Je pensais que, pendant ces journées sans cours de danse et sans leçon d’aucune sorte, je reprendrais enfin l’écriture de mon journal (que j’avais négligé ces derniers temps). Eh bien, les choses ne se sont pas du tout passées ainsi. À peine arrivée sur l’île d’Oléron, je me suis ­transformée en mollusque (ce sont les êtres tout mous qui habitent les coquillages que Nina et moi ramassons dans notre crique chérie). Niveau d’énergie : zéro. Besoin de dodo : mégapharaonique top top (j’emprunte bien évidemment l’expression à ma sœur). Je n’avais presque plus la force de lever mon verre d’eau pour boire à table. Papa, bien sûr, s’est affolé. Il a aussitôt pris rendez-vous chez le docteur. Évidemment, je n’avais rien de grave. Juste une grosse fatigue due à un peu de surmenage. Quand le médecin a dit que j’avais seulement besoin de repos, j’ai failli lui sauter au cou. J’avais trop peur qu’il ne me prescrive des médicaments au goût affreux ou pire, des piqûres ! Malgré tout, papa n’était pas content.

– On ne t’envoie pas dans ce collège pour que tu reviennes dans cet état ! s’est-il exclamé dans la voiture. Sur leur fiche de présentation, ils disaient qu’ils mettaient l’accent sur l’épanouissement des élèves, pas sur l’épuisement !

– Mais papa, c’est comme ça que je m’épanouis, ai-je expliqué.

– Ttttt, a-t-il répliqué en fronçant les sourcils, tu es trop jeune, tu ne te rends pas compte.

– Je suis assez vieille pour savoir que la danse, c’est toute ma vie !

– La santé, c’est la vie ! a corrigé papa.

C’était la première fois que lui et moi, on s’affrontait ainsi. D’habitude, quand je prends ma voix toute douce, il ne me résiste pas. Mais là, je voyais bien que c’était différent. Il m’a regardée d’un air grave et m’a déclaré :

– Je suis vraiment désolé, Lucille, mais il faut arrêter les cours de danse. À ce rythme, tu finiras par tomber malade pour de bon.

Je n’ai rien dit. Comment peut-on parler quand votre cœur vient de se briser ?

Heureusement, on venait d’arriver devant la maison. J’ai rassemblé le peu de force qui me restait pour jaillir hors de la voiture et me précipiter dans ma chambre. Je me suis enfermée à double tour et je n’ai répondu à personne. Pas même à Nina. Alors, papa a été obligé de lui dire ce qui se passait. Ma jumelle, avec son calme légendaire (c’est de l’ironie !) a explosé. Je l’ai entendue crier. Elle disait que c’était n’importe quoi, que Clément et elle s’étaient « défoncés » pour que je puisse danser à nouveau (là, papa n’a pas compris mais comme Nina a tendance à raconter n’importe quoi quand elle s’énerve, il n’y a pas prêté attention).

– Moi aussi, je suis crevée ! s’est-elle emportée. C’est normal avec tout le boulot qu’on nous donne, mais on n’est pas des chochottes ! On va se reposer et on sera au paquet (elle voulait dire « au taquet ») pour repartir comme en 14 ! N’est-ce pas Clément, toi aussi t’es super fatigué ? a-t-elle hurlé dans les escaliers.

À ce moment-là, maman est rentrée des courses avec Mathéo, notre petit frère qui va bientôt avoir trois ans.

– Que se passe-t-il ici ? a-t-elle demandé.

Papa lui a expliqué, tandis que Nina tempêtait toujours (mais moins fort car sinon maman l’envoie dans sa chambre se calmer).

Je n’ai plus rien entendu pendant un moment. J’ai deviné que les parents s’étaient enfermés dans le bureau pour discuter sans témoin. Et que Nina devait écouter à la porte (sinon elle serait venue frapper à la mienne).

Au bout d’un moment, un bruit de cavalcade m’a appris que ma sœur montait l’escalier.

– Tutto bene1 ! a crié Nina en passant comme une fusée devant ma chambre.

J’ai repris espoir. Elle devait avoir surpris une bonne nouvelle. Quelques secondes plus tard, maman et papa ont frappé à ma porte.

– Ouvre, Lucille ! a dit maman, il faut qu’on discute, c’est important. Ce n’est pas en s’enfermant dans sa chambre que l’on résout les problèmes.

J’ai attendu un peu pour montrer que j’étais très malheureuse, mais j’ai fini par obéir. Au fond de moi, je savais bien qu’elle avait raison.

Mes parents sont entrés et se sont assis sur le lit. Papa s’est raclé la gorge et a commencé :

– Je me suis peut-être inquiété un peu vite. Mais tu me connais. Quand je vois mes enfants dans un état pareil…

– Tout le monde a ses limites, Lucille, a continué maman. Tes résultats scolaires sont en sérieuse baisse. Cela ne nous satisfait pas. Tes professeurs non plus. Si, en plus, ta santé devait pâtir de ces cours de danse, nous ne pourrions l’accepter.

Comme je restais silencieuse, papa a enchaîné :

– Nous avons décidé de te donner une dernière chance. Tu nous as dit toi-même que tu ne te contentais pas des cours de Mlle Petrovna, mais que tu t’entraînais toute seule dès que tu avais un peu de temps. Ce n’est pas raisonnable. Nous pensons qu’il faut que tu lèves le pied. Sois heureuse de danser. Mais tant pis si tu n’as pas le premier rôle. L’an prochain, ce sera peut-être différent.

J’étais tellement soulagée que j’aurais dit « oui » à tout. De toute façon, au dernier spectacle, ce n’est pas moi qui ai eu le premier rôle. C’est une fille qui s’appelle Marina et qui a fait tellement de progrès qu’elle a dépassé Charlène. Du coup, je n’étais pas trop déçue, car « son altesse » ne pouvait pas me narguer. En plus, c’était mérité. Marina, elle danse vraiment super bien.

– D’accord, ai-je répondu. Après tout, « lever le pied », c’est facile quand on est danseuse !

On a tous rigolé et maman a dit que si je faisais de l’humour, on était déjà sur la bonne voie !

Après cette discussion, j’ai passé beaucoup de temps à faire des siestes et à me reposer. Maintenant, je me sens vraiment en forme. Au « paquet », comme dirait Nina ! En revanche, Nina, elle, n’a pas l’air d’être au mieux. Plus je reprenais des forces, plus elle semblait en perdre ! Elle l’a bien caché, mais papa, en nous emmenant au train, lui en a quand même fait la remarque.

– Ah non, non, non ! s’est-elle exclamée, tu ne vas pas recommencer !

Avec Clément, on l’a regardée d’un air choqué, parce qu’on n’a pas l’habitude de parler ainsi à nos parents. Elle aussi, elle s’en est rendu compte et elle s’est excusée :

– Je suis désolée papa, mais tu te fais du souci tout le temps et, parfois, ça me pèse. Je n’aime pas passer pour une petite chose fragile. Je vais nickel chrome, je t’assure. Tu sais bien que les jumeaux sont comme liés : quand l’un tombe malade, l’autre ne se sent pas bien et vice versa ! Maintenant que Lucille reprend du poil de la fête, je vais péter la forme. J’en mets ma main à couper !

Comme on était en retard, papa n’a pas insisté. Au moment de se quitter, il a seulement dit :

– Prenez soin de vous ! Et donnez des nouvelles !

On a promis quinze fois et on a fait de grands gestes par la vitre alors que le train s’ébranlait.

Si papa pouvait voir Nina en ce moment, il serait rassuré. Depuis que le train a quitté la gare, elle est excitée comme une puce. C’est à cause des deux semaines que nous allons passer en classe de neige, à la fin de cette période scolaire. Tout le monde les attend avec impatience. Moi, je suis plus mitigée parce que j’aurai moins de cours de danse et je sais que ça va me manquer. Et puis, je ne suis pas comme Nina, qui cherche TOUJOURS à être la première dès qu’il y a un semblant de compétition dans l’air. Là par exemple, elle est en train de se disputer avec Clément pour savoir qui est le meilleur des deux en ski. Ils se basent sur les courses qu’ils ont faites quand on était plus jeunes. J’ai essayé de leur expliquer qu’ils étaient bêtes, que ça n’avait pas de sens. Depuis qu’on habite Oléron, nous ne sommes pas retournés aux sports d’hiver. En trois ans, tout change.

– N’importe quoi ! s’est emportée Nina. Quand tu mets des flageolets dans une boîte de conserve, tu trouves des flageolets quand tu l’ouvres. Même trois ans plus tard. C’est pareil avec le talent, figure-toi !