Un jour à tuer

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Hier encore, Antoine était fou d'amour pour Virginie. Dans une lettre longuement mûrie, pesée mot à mot, il lui a dévoilé ses sentiments. Mais elle l'a éconduit sans ménagement, allant jusqu'à corriger ses fautes d'orthographe avant de lui rendre sa missive. Fou de rage, Antoine s'apprête à commettre l'irréparable pour garder la tête haute. Mais près du pont de la voie ferrée où il a suivi Virginie, celle-ci va le surprendre...
Publié le : mercredi 14 avril 2010
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782700240368
Nombre de pages : 160
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SOMMAIRE

La haine

Les fauves

Ces choses-là

L’ours

Pause

Mots d’amour

Fausses notes

Figurante

Pages à pas

Chemin

Promenons-nous dans les bois

Pauvre naze !

Entre deux monstres

Une première version courte et différente
de ce roman a paru sous le titre
Le jour du meurtre
(éditions Nathan, 1996).

978-2-700-23608-8

ISSN 1766-3016

© RAGEOT-ÉDITEUR – PARIS, 2010.

Tous droits de reproduction, de traduction et d’adaptation réservés pour tous pays. Loi n° 49-956 du 16-07-1949 sur les publications destinées à la jeunesse.

Du même auteur, dans la même collection :

Fantôme sous la pluie

Pleins feux sur scène

Pour Nicolas et Nathan.

La haine

J’aurais pu choisir l’ordinateur.

J’aurais sélectionné une police de lettres larges, caractère 100, option « gras ». J’aurais imprimé la page discrètement dans le bureau de mon père, et basta. Mais non. Pas assez de style, trop rapide. Je voulais qu’elle sente que chaque geste avait été pesé et froidement, qu’on avait pris le temps pour aligner chaque élément, que rien de ce qui allait arriver ne pourrait être mis sur le compte d’un coup de folie.

Alors, dans un des journaux publicitaires qui débordent quotidiennement de la boîte aux lettres, j’ai découpé patiemment, au fur et à mesure, tout l’alphabet dont j’avais besoin.

J’ai choisi des lettres majuscules, larges et bien pleines, pour qu’elles lui sautent aux yeux, lui explosent au visage, lui fassent mal et peur.

Un à un, j’ai déposé les petits rectangles de papier sur ma feuille blanche pour vérifier que j’avais tout l’alphabet nécessaire. Cela dessinait un étrange archipel d’une vingtaine d’îles au milieu d’un grand océan blanc. Joli l’archipel dans lequel s’est détaché le mot AMOUR, puis le mot TUEUR quelques instants plus tard. J’ai pensé que c’était un signe. Un signe que j’étais sur la bonne voie.

J’ai réajusté ce puzzle de petits papiers, bien au milieu de la page et ensuite, une à une, j’ai collé chaque pièce.

J’ai relu mon œuvre.

Juste avant que la colle ne sèche, j’ai eu un doute. Pas sur le contenu de mon message, bien sûr, mais sur l’orthographe. J’ai attrapé mon dictionnaire sur l’étagère au-dessus de mon bureau. Effectivement, il n’y avait pas de E à MOURIR. À l’aide d’une pince qui me servait du temps où je collectionnais les timbres, j’ai décollé la lettre inutile et j’ai essuyé la colle du mieux que j’ai pu.

Elle m’a blessé, cette faute d’orthographe, elle m’a tout rappelé. Elle aussi, elle faisait comme un signe, comme une grimace. Si je n’avais pas eu peur de faire des taches sur ma feuille, je crois que j’aurais éclaté en sanglots. Mais j’avais assez pleuré comme ça, et je n’avais plus le temps à présent. Oui, elle allait mourir et très bientôt ! Virginie ne savait pas d’où et comment viendrait le coup, mais il tomberait, brutal et imparable. Et cette fois-ci, tout se passerait sans la moindre faute.

Pour confectionner ma lettre, j’avais gardé mes gants. Si quelqu’un retrouvait ce message, je ne voulais pas que l’on y découvre mes empreintes ou la moindre trace d’ADN. J’étais peut-être nul en orthographe, je serais irréprochable sur ce coup-là. Corbeau, j’ai pensé à ce mot en songeant que j’étais à la fois l’oiseau et le chasseur. J’ai aimé cette idée.

L’adresse, sur l’enveloppe, je l’ai tapée à l’aide de la vieille machine à écrire de ma mère. Avec les gants, j’ai dû m’y reprendre plusieurs fois. J’arrivais difficilement à n’enfoncer qu’une seule touche à la fois et puis le rouleau était un peu sec, depuis le temps que cette antiquité n’était pas sortie de sa housse et de l’étagère du garage. À la quatrième enveloppe, le résultat m’a paru suffisamment lisible pour un facteur. Par précaution, j’ai aussi collé le timbre en gardant mes gants.

Les flics ont des techniques suffisamment perfectionnées pour retrouver n’importe quelle trace de criminel. Les feuilletons à la télé le racontent très bien, les faits divers dans les journaux aussi. Il faut faire gaffe à tout, particulièrement à sa salive, j’ai donc utilisé l’éponge de la salle de bains pour fermer l’enveloppe. Si une enquête menait à l’auscultation du timbre, c’est de la salive de produit ammoniaqué parfumé au citron qu’on retrouverait là. Ils pourraient toujours chercher, les flics…

Depuis un mois, ma haine et ma rancœur n’avaient fait que monter comme une pâte qui lève. J’allais bientôt servir le festin.

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