Un prince en baskets

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Quelle surprise ! Solveig et Nils, descendus fouiller la cave pour s'occuper, y découvrent une jolie jeune fille assoupie... depuis deux cents ans ! N'y aurait-il pas un petit peu de sorcellerie là-dedans ? Et que faire d'une aristocrate qui a échappé à la Révolution, quand on a quatorze ans et qu'on porte des baskets ?
Publié le : mardi 3 avril 2012
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EAN13 : 9782012033726
Nombre de pages : 132
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Table des matières
1. La clé
978-2-012-03372-6
1. La clé
Mme Sosime reposa le combiné du téléphone et ouvrit ses persiennes. Le musicien du premier, Savinien Réal, soufflait dans sa flûte. Le petit air guilleret musardait dans la cour, s’élançait le long de la gouttière, se coulait à l’intérieur de l’appartement de Mme Sosime qui sourit au portrait à l’huile posé sur un chevalet près de sa fenêtre.
Elle soupira :
— Ah Günter, Günter, quel crève-cœur de n’avoir pu demeurer près de toi ! Nous nous amusions tant ! J’adorais danser au rythme de tes mélodies. Depuis ta venue, Hamelin avait cessé d’être un trou lugubre, la vie était si gaie. Notre marche à travers les montagnes m’a chavirée, je n’en suis pas encore remise.
La flûte de Savinien entama une sarabande, et Mme Sosime se mit à sautiller d’une pièce à l’autre.
Des vêtements aux broderies fanées, des poupées, des boîtes à musique, des coffrets à bijoux encombraient les meubles. Jetée au pied d’un lit à baldaquin, une pelisse doublée de fourrure recouvrait en partie une vieille paire de bottes, une carpette usée et une corbeille de pommes.
Mme Sosime heurta un guéridon.
— Ils s’apprêtent à partir. Ils vont y aller, je le sens. Cette fois c’est gagné ! chantonna-t-elle au reflet que lui renvoyait un grand miroir ovale.
Elle se sentait très excitée. Ce mardi 15 juin 1999, l’heure de sa délivrance allait enfin sonner.
— Farandole et girandole, gondole et barcarolle ! Ils arrivent, Günter, je peux les entendre... Pimpon, pimpon... Vite ! Il est temps de descendre à la cave.
Debout face à sa partition calée sur un pupitre, Savinien Réal laissait courir ses doigts le long d’une flûte traversière. La quarantaine, grand, mince, vêtu d’un tee-shirt avachi, d’un jean délavé, les pieds chaussés de tennis enfilées en savate, il contemplait le ciel inscrit entre les toits. Son regard tourmenté, sa tignasse épaisse rejetée en arrière soulignaient son allure romantique.
La flûte émit un ultime crescendo et se tut. Savinien Réal la coucha dans son étui, songeant avec plaisir à ses prochains récitals dans le sud de la France. Cette pensée lui évoqua un concert auquel il avait assisté quelques années plus tôt en compagnie d’une jeune femme dont il était éperdument épris. Il caressa le médaillon pendu sur sa poitrine, l’ouvrit, contempla la petite photo qu’il renfermait.
— Béatrice, murmura-t-il.
Il l’avait aimée comme un fou, mais elle était partie avec un autre. Depuis ce jour son cœur ne battait plus que pour la musique.
Le son d’une sirène de pompiers le ramena brusquement au présent. Il ferma sa croisée.
La voiture des pompiers obstruait la rue Frédéric-Sauton. Penchée à la fenêtre, Solveig Delorge regardait les uniformes sombres s’engouffrer sous le porche de l’immeuble.
— Nils, tu crois qu’il y a le feu ?
— M’en fiche, grogna son frère, absorbé par l’ultime combat qu’il menait contre le boss de son jeu vidéo favori, La vallée des dragons.
Brusquement l’écran s’obscurcit.
— Oh non !
Rageusement, Nils lança la manette de jeu sur le canapé et se rua vers le compteur. Au même instant, des coups résonnèrent à la porte d’entrée.
C’était Mme Chartier, la gardienne, une petite femme boulotte aux cheveux gris coupés ras, vêtue d’un jogging noir.
— Votre mère est là ? demanda-t-elle à Solveig qui la dévisageait par-dessus la chaîne de sécurité.
— Non, elle rentrera d’ici une heure.
— Ne vous inquiétez pas, ils ont coupé le jus à cause du gaz.
— Les pompiers ?
— Ce n’est pas la première fois que la vieille Mme Sosime les appelle, ils sont rodés. Par précaution, ils inspectent le sous-sol, je leur ai donné les clés. Mme Sosime a encore entendu des bruits suspects. La dernière fois ça devait être en juin 98, c’est comme le rhume des foins, ça revient chaque année.
La gardienne tourna les talons et redescendit en traînant la savate.
Nils interrogea sa sœur du regard.
— D’après ce que j’ai compris, dit Solveig, c’est une alerte au gaz, Mme Sosime, tu sais, la piquée...
— Quelle poisse ! Je vais devoir refaire toute La vallée des dragons, je n’ai pas eu le temps de sauvegarder ma partie.
— Tu parles d’une catastrophe, je n’en dormirai pas de la nuit...
Un moteur gronda dans la rue, une sirène retentit. L’écran de télé se ranima, mais, dégoûté, Nils s’en détourna.
— Qu’est-ce qu’on mange ?
— Demande au frigo.
Nils se glissa dans l’étroite cuisine.
— Salade de pommes de terre, jambon, fraises, énuméra-t-il.
— Attends-moi, j’en ai pour deux minutes, lança soudain Solveig en claquant la porte d’entrée.
— Excusez-moi, dit-elle en se plaquant contre le mur du palier afin de céder le passage à Mme Chartier qui raccompagnait Mme Sosime au troisième.
— C’est pas raisonnable, à votre âge, de descendre tout le temps à la cave. Et si vous loupiez une marche ?
— Ne vous inquiétez pas, madame Chartier, je suis solide, murmura la vieille dame en lissant du doigt une mèche de cheveux blancs. Le sous-sol est le seul endroit frais de l’immeuble. Tu sors, ma petite fille ? ajouta-t-elle en se penchant vers Solveig.
— Non, je veux simplement vérifier que les pompiers ont remis les choses en place.
Mme Sosime lui glissa dans la main une poignée de pastilles à la rose et la suivit des yeux.
« Cette fois, mon plan va marcher, pensa-t-elle. À condition que son frère la suive, évidemment. »
Solveig s’engagea dans l’escalier plongeant sous l’immeuble, longea un corridor et s’arrêta devant une porte de chêne.
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