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Un secret bien gardé

De
116 pages

Dans ce savoureux roman pour la jeunesse, Marie Matuk imagine une héroïne attachante et dégourdie. À bientôt onze ans, Alexia étonne ses parents lorsqu'elle réclame pour la première fois d'aller en colonie de vacances. Cette fille unique au tempérament bien trempé est avide de nouvelles rencontres. Au Centre Neptune, convaincue qu'elle « s'amusera mille fois mieux avec les garçons », elle décide sur un coup de tête de se faire passer pour l'un d'eux. Avec Arthur et Jérôme, ils forment un trio de copains inséparable. Curieuse de nature, elle cherche à savoir ce dont une fille est capable. Si son « épisode garçon manqué » lui provoque quelques « billes dans l'estomac », il sera riche d'enseignements. À travers sa drôle d'expérience, elle invite les jeunes lecteurs à se poser des questions sur l'identité et les relations entre les individus des deux sexes. Les garçons aiment-ils plus le danger que les filles ? Peu importe, puisqu'elle en vient finalement à la conclusion que « vivre avec les filles ou les garçons, c'est kif-kif ».


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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-22925-8

 

© Edilivre, 2016

1

Je me suis levée tôt. Chaque matin, Mozart donne de la voix et me réveille. Mon chat ne miaule pas, il chante. Mes parents l’ont appelé Mozart « le plus grand compositeur de musique de tous les temps ! ». Papa adore la musique classique, moi je préfère « Louane » et son « Jour 1 ». Et aujourd’hui, c’est mon jour 1 !

Très décidée mais aussi inquiète, j’ai l’intention d’annoncer la grande nouvelle.

J’ai attendu que papa soit parti au bureau et que maman termine sa troisième tasse de café tout en cousant.

J’ai avalé une gorgée de Nesquik, et j’ai aussitôt déposé mon bol. Je n’ai pas pu l’achever ; mon estomac est trop noué. J’ai choisi ce matin comme le « grand matin » et donc, je ne peux pas me défiler. Je me suis lancée :

– J’voudrais partir en colo !

– Pardon ? Mais… tu as toujours refusé d’y…

Maman a sursauté et crié : « Aïe ! ».

« Aïe ! » parce qu’elle vient de se piquer. Elle a lapé les deux gouttes de sang pour ne pas tacher la cape de Jules. Difficile à enlever, répète maman chaque fois qu’elle se pique.

Maman travaille pour une troupe de théâtre. Elle dessine, coupe et assemble des costumes pour les acteurs. Dans ses mains, on trouve pêle-mêle : du tissu, des épingles, des rubans, des plumes et autres « fanfreluches ». J’aime bien ce mot. « Fanfreluches » : c’est un mot qui vole et qui danse. C’est un mot qui donne la pêche.

– En colo… nie ? J’ai bien entendu ? Partir en colonie cette année ? Eh bien, ça alors ! Tu nous as traités de parents indignes quand on avait le malheur de t’en parler, et tout à coup tu veux y aller… Que se passe-t-il ? Pourquoi tu as changé d’avis ?

– Je n’en sais rien, c’est comme ça ! Je peux pas l’expliquer.

Pendant la soirée, mes parents n’ont pas arrêté de chuchoter entre eux. Ils parlaient à voix très basse, impossible de surprendre leurs « secretteries ». Ils ont même augmenté le volume de la télé. D’habitude, ils le diminuent, surtout au moment des pubs. J’ai mimé la téléphage super gloutonne devant l’émission « On n’est pas que des cobayes » tout en laissant traîner une oreille.

– Inimaginable !

Dix fois, vingt fois, mon cher Papa a répété : « Inimaginable, inimaginable… ». À la fin, il s’est emmêlé la langue et a bredouillé, « ninimaginable », « imaginimable » puis il a crachoté pour essayer de faire sortir « inimaginable ». Trop tard ! Il ne parvenait plus à redresser le mot. Pour s’en sortir, il a voulu poser une autre question, mais maman l’a devancé :

– Pourquoi ce changement ? Je ne comprends pas.

Entre deux coups de ciseaux dans un tissu jus de tomate pour la cape de Jules, elle n’a pas arrêté de rembobiner ces quatre mots : « Je ne comprends pas ».

En fait, il n’y avait rien à comprendre. Même Mozart avait pu saisir le sens de ma phrase. Mon chat était-il devenu plus intelligent que mes parents ? Quand je lui ai confié que je partais pendant les vacances, Mozart a sauté sur mes genoux. Du bout de sa petite langue, il m’a léché le nez, le front et le menton. C’était sa manière de me souhaiter bon vent même si je l’abandonnais pendant dix jours. Mes parents n’ont pas sauté sur mes genoux. Heureusement ! Le divan se serait retrouvé dans la cave.

Ce soir-là, maman et papa ne m’ont pas quittée des yeux. Je me suis moqué d’eux gentiment sans qu’ils le voient. Ils ressemblaient à deux poulpes en forme de points d’interrogation perdus dans leurs tentacules.

Pour en revenir à la colo, c’est vrai que les années précédentes, j’avais toujours refusé d’y aller. J’étais toujours accrochée aux baskets de mes parents. Ils avaient bien essayé de m’amadouer mais sans succès. Je refusais catégoriquement.

– Alexia, papa et maman ont besoin de se retrouver à deux, en amoureux, disait maman.

En râlant, j’avais répondu :

– Je suis de trop, c’est ça ? Vous voulez vous débarrasser de moi ? Faites une croix sur la colo, je n’irai pas ! Jamais !

– Très important la vie en communauté. Surtout quand on est enfant unique, argumentait papa d’un ton sévère.

– C’est pas de ma faute si je suis enfant unique !

Et toc, ce n’était pas la première fois que je leur disais que j’en avais marre d’être unique. Unique au milieu de mes parents qui étaient deux.

Crotte, alors ! Papa me mettait en colère quand il parlait d’enfant unique. Des milliers de fois, j’avais réclamé un frère ou une sœur, le plus facile pour eux. Mes parents faisaient la sourde oreille. Alors, je reparlais d’Amélie, une copine de classe. Amélie était l’exemple à suivre. Dans sa famille, il y avait quatre frères, une sœur, Amélie, les parents. Huit en tout ! Je trouvais ça génial. Ça au moins, c’était une famille ! Ils pouvaient jouer au foot, au basket, aux chevaliers, à tout !

Moi, je me décourageais très vite. Défendre le « château du seigneur d’Exandrie » toute seule. Passer du chevalier Noir à la princesse puis devenir seigneur, c’était tuant.

Chaque fois que je parlais d’Amélie et de sa famille, papa prenait son air de juge agacé :

– Ça rétablit l’équilibre !

Les paroles de papa clôturaient nos joutes*. Je collectionne les mots spéciaux depuis que Mme Fontaine nous a plongés « Au cœur des châteaux-forts ».

En fait, je sais très bien pourquoi j’ai changé d’avis au sujet de la colo.

Parce que cette année, je me retrouverai sans amis pendant les grandes vacances, voilà ! Violette passera l’été chez ses grands-parents en montagne. Nadia et Selim, les jumeaux, iront retrouver la famille restée au pays, quelque part entre l’Afrique et l’Asie.

Bien sûr dans mon quartier, il y a d’autres filles mais elles ne sont pas très marrantes ! Parfois, je me glisse dans leurs parties de nursery avec poupons qui pleurent, qui mangent, qui font pipi. Elles prennent un malin plaisir à donner le biberon puis à changer les couches comme si elles dorlotaient et emmaillotaient de vrais bébés. Très peu pour moi. Dans le quart d’heure qui suit, j’abandonne. Je trouve ça trop cornichon à la fin.

Il y a aussi les nunuches ; celles qui n’aiment pas courir à travers le petit bois. Elles refusent de grimper jusqu’à la cinquième branche du prunier sauvage. C’est dommage parce que de là, on aperçoit l’ancienne déchetterie et les mouettes.

Les mouettes, je les observe avec mes jumelles. Je les suis quand elles volent en rase-motte au-dessus des détritus ou quand elles piquent comme un avion de chasse pour remonter à fond la caisse. J’aperçois dans leur bec, des restes de nourriture qu’elles se chipent en plein vol en criaillant. Parfois, j’assiste à des disputes violentes ; ça me flanque la frousse et j’ai peur qu’elles s’entretuent pour une carcasse pourrie.

Avec les nunuches, pas question de monter à vélo ni de rouler dans les flaques de boue. Surtout, ne pas salir leurs chaussettes « princesse » ! Elles refusent de sauter en bas des murets ou de franchir cinq marches d’escalier. Alors ?

Alors, cette année, ce sera la colo ! Je partagerai un morceau de ma vie avec des filles et des garçons que je ne connais pas.

Je n’accompagnerai pas mes parents sur les routes caillouteuses. Finies les randonnées bonnes à me faire mourir « prématurément » ! Plus de musées ennuyeux ! Ils pourront visiter les vieilles pierres tout seuls en amoureux.

Contrairement à mes copains de classe, je ne suis jamais allée dans un club où on mange des glaces pendant toute la journée au bord de la piscine. Mes parents passent leur temps à marcher. Pourquoi ils dépensent des paquets d’euros pour des vacances aussi détestables ?

2

Toute la famille avait cherché. Quelle colonie de vacances ? Quels séjours ? Maman avait interrogé ses amies et ses collègues de théâtre ; leurs enfants avaient déjà « goûté » à la colo. Papa et moi, on avait questionné Internet. Pas question de choisir n’importe quoi. Je ne me voyais pas faire des jeux d’approche ou de foulard pendant dix jours. Ni de m’endormir sur le parcours d’un jeu de l’oie.

Au bout de deux heures, papa a eu les yeux qui piquaient à cause de l’écran. Après avoir mis des gouttes ophta… ophta… enfin des gouttes pour les yeux, il a continué et il est tombé sur un stage d’initiation aux sports nautiques. Ça m’a tout de suite plu. Un séjour le long de la mer et au bord d’une piscine, j’ai trouvé ça vachement cool ! « Un vrai poisson cette fille ! », s’amusait à répéter papa. Et même si ces vacances coutaient « plus cher » que les autres, mes parents n’ont pas hésité. L’imprimante a fonctionné dans la minute. Je me suis inscrite le jour-même.

La veille du départ, papa a lu le règlement tandis que maman a émis une suggestion. Glisser un petit jeu électronique dans ma poche. Celui qui ne fait pas de bruit. Énervé, papa a relu un paragraphe. Il articulait de plus en plus fort : « Pas de jeux électroniques ni de téléphone sous peine de les voir confisqués sans discussion possible. »

– Avis aux amateurs, a ajouté papa en lorgnant maman. Il s’était arrêté plusieurs fois pour que maman et moi, on digère ce qu’il venait de lire. Maman qui ajustait des plumes sur un chapeau de mousquetaire, avait retroussé son nez. Plusieurs fois, comme si les plumes lui chatouillaient les narines.

– « Les enfants sont invités à emmener un déguisement pour la dernière soirée ».

– Magnifique idée ! Maman s’était emballée.

Pas très heureuse, j’avais répliqué :

– Uniquement la dernière soirée ? C’est nul ! Pourquoi on ne peut pas se costumer tous les soirs ?

Maman avait trouvé une réponse :

– Parce que les autres soirs, les moniteurs ont prévu d’autres activités. Se déguiser le dernier soir permet de terminer le séjour sur une note joyeuse. Les enfants ne seront pas tristes de rentrer.

Papa s’était moqué d’elle et l’avait surnommée : Christine (maman s’appelle Christine), Christine, grande psychologue du déguisement.

La réponse de maman m’avait surprise. Comment on pouvait être triste quand on rentrait chez soi le lendemain ? C’était chouette de retrouver sa famille et son chat, non ?

Maman avait émis une deuxième suggestion : me confectionner un nouveau déguisement parce que ceux qui restaient accrochés à la porte de ma chambre, devenaient trop petits.

J’avais bondi comme un jeune kangourou.

– Génial ! Un costume qui fait peur. Un monstre ! Une bête avec cinq oreilles, deux bouches et des dents de requin ! Ou alors un costume de chevalier ? Non, je préfère un costume de monstre. En tout cas, pas de robe de princesse ni de Maya l’abeille. Je n’ai plus huit ans.

Maman n’avait rien dit. Elle avait souri, elle me voyait déjà devenir une bête horrible.

Pendant le voyage en car, je n’ai parlé à personne. Autour de moi, des enfants s’endormaient. Des filets de bave s’échappaient de leur bouche et coulaient le long de leur t-shirt. On aurait dit des fils de barbe à papa ou des toiles d’araignées.

D’autres enfants s’ennuyaient. Alors, pour se désennuyer, ils ont regardé le paysage : des champs, des prairies, des vaches et des moutons. Leurs yeux s’allumaient quand ils voyaient des chevaux puis s’éteignaient dès que les chevaux disparaissaient.

J’aurais bien joué avec un de mes jeux électroniques pour faire passer le temps. Malheureusement, ils étaient interdits. J’étais un peu triste ; mes parents me manquaient.

3

J’ai bifurqué vers la file de gauche. Lentement. J’ai l’air aussi cool que l’escargot qui traverse un carré de salades. Les escargots vivent mollement ; c’est pour ça qu’ils ne meurent jamais d’une crise cardiaque. Contrairement à Monsieur Buffalo, le voisin du numéro quinze. Une ambulance l’avait conduit aux urgences, six jours avant mon départ.

J’avoue. Je fais semblant. Je n’ai rien de l’escargot cool, les orteils en éventail. L’escargot que j’imite c’est du chiqué, c’est rien que de la frime. En fait, c’est tout le contraire. J’ai comme un sac de billes à l’intérieur de mon estomac. Il est tellement tordu qu’il donne envie de vomir. Je cache bien mon jeu, aucune trace de bave n’apparait. En fait, je suis stressée car c’est la première fois que je mets les pieds dans une colo.

Je suis donc arrivée au « Centre Neptune ».

– Les filles à droite !

Un mono est monté sur cinq caissons en bois (un engin de gym qui s’appelle « caissons suédois » dans mon école). Il gesticule et hurle « les filles à droite ! ». C’est le chef de la colo. Il allonge le cou comme une taupe impatiente de sortir de son trou.

– Hé les pipelettes ! À droite ! J’ai dit les filles...