Victor VIe. Pigeon voyageur

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Victor VIe est un pigeon voyageur hors de l'ordinaire. Son remarquable sens de l'orientation ainsi que son tempérament de meneur seront rudement épourvés lors de la toute première course des pigeons de Pierre Van Aker. L'avenir du jeune entraîneur se joue sur la victoire de ses oiseaux, sans quoi le garçon n'aura pas les ressources nécessaires pour entretenir le colombier hériter de son père.
Heureusement, Victor VIe peut compter sur une escouade du tonnerre avec Sim le Fouineur, Hubert Dodu, Valérie Colombe et Rachel la Rouquine qui, dans l'aventure, perdront certainement quelques plumes !
Publié le : jeudi 6 novembre 2014
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782923995588
Nombre de pages : 144
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PERRO ÉDITEUR

395, avenue de la Station, C.P.8

Shawinigan (Québec) G9N 6T8

www.perroediteur.com

Illustrations : Etienne Milette

Mise en page : Lydie De Backer

Dépôts légaux : 2014

Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Bibliothèque nationale du Canada

ISBN imprimé : 978-2-923995-33-5

ISBN Epub : 978-2-923995-58-8

©Perro Éditeur, Bryan Perro, 2014

Tous droits réservés pour tous pays

Bryan Perro

Premier chapitre

Pierre regardait tristement par la fenêtre le colombier de son père. Cette petite cabane en bois brun semblait bien triste. Elle était plantée, seule, au milieu d’un immense terrain. Le petit toit rouge avait perdu de son éclat. C’était sûrement la pluie et le temps gris qui cachaient ses charmes, ou peut-être étaient-ce les larmes de Pierre qui, inondant ses yeux, lui faisaient voir cette petite maison différemment. Les choses ne seraient plus jamais les mêmes.

Ce jour-là, monsieur Van Aker, le père de Pierre, était mort. Après une longue maladie, ses paupières s’étaient fermées pour ne plus s’ouvrir. Pour toute sa famille, la peine était grande.

Pourtant, avant de décéder, l’homme avait semblé sûr de se rétablir. Il avait dit à son unique fils :

– Les pigeons voyageurs ne sont pas des animaux ordinaires. Ce sont des créatures qui s’entendent merveilleusement bien avec les êtres humains. Ensemble, ils forment une équipe. Depuis toujours, les hommes s’en servent pour porter des messages et pour faire des compétitions. Comme toutes les bêtes domestiques, ces extraordinaires marathoniens des cieux ont besoin de soins attentifs, mais surtout d’être aimés. Ils ont besoin de s’envoler librement dans les airs pour vivre. Si un pigeon voyageur est bien dans son colombier, toujours il y reviendra. Tu dois savoir encore une chose, mon garçon : respecter leur façon de vivre et les aider à se dépasser, c’est la meilleure chose à faire pour qu’ils soient heureux. Ce sont des animaux qui ont besoin de défis pour s’accomplir. Ils ne doivent pas mourir dans des cages, mais plutôt dans le vent, libres de toute contrainte. Comme eux, je m’envolerai peut-être bientôt. Malheureusement, je ne suis pas un pigeon voyageur et, s’il fallait que je parte, je ne pourrais revenir. Je t’aime beaucoup et, quoiqu’il arrive, je serai toujours avec toi.

Pierre Van Aker était très triste et, par la fenêtre de sa chambre, il regardait le colombier en pensant aux dernières paroles de son père. La famille Van Aker avait émigré d’un pays lointain que l’on nomme la Belgique. Pierre était né ici, dans une petite ville du Québec. Son père avait entretenu une grande passion, celle d’élever des pigeons voyageurs. En Belgique, c’est un passe-temps très répandu et des centaines de gens s’y adonnent. Il se forme, partout à travers le pays, des petits clubs qui mettent sur pied plusieurs compétitions par année. Le pigeon qui revient le plus rapidement chez lui est le gagnant. Par un système d’horloge et de calcul de la distance parcourue, on peut arriver à déterminer un champion.

Le père de Pierre s’était joint, dès son arrivée au Québec, à un club de la région de Trois-Rivières. La plupart des membres étaient des immigrants qui partageaient la même passion des oiseaux. Au fil des ans, les pigeons de la famille Van Aker gagnèrent plusieurs courses de calibre régional et même la grande course de cinq cents kilomètres organisée à travers toute la province. Mais depuis quelque temps, ayant développé une grave infection, le père de Pierre s’était de moins en moins occupé de ses protégés. Dès lors, Pierre les nourrissait lui-même, nettoyait leur pigeonnier et veillait à leur bien-être.

« Les pigeons ont l’air bien triste depuis que papa est mort, songeait-il en regardant la cabane au toit rouge au fond de la cour. C’est là que vivent tous les oiseaux de mon père et j’ai bien peur que ma mère ne trouve pas le temps de s’en occuper. Sans papa, il faudra qu’elle travaille durement pour joindre les deux bouts. Quarante pigeons coûtent beaucoup d’argent et je sens qu’elle voudrait bien s’en débarrasser. Je pense qu’elle ne le fera pas, c’est un des derniers souvenirs qui lui reste de lui. »

Il n’y avait, pour Pierre, qu’une solution : relever le défi et continuer l’élevage lui-même. Les pigeons devraient, à l’avenir, gagner des courses pour ainsi payer la nourriture qu’ils consommaient chaque jour. À treize ans, cette tâche représentait une immense responsabilité et un travail considérable. En plus de l’école, il lui faudrait nettoyer le colombier tous les jours, lâcher les oiseaux loin de la maison pour les entraîner, s’assurer qu’ils ne contractent pas de maladie, bien les nourrir et, surtout, les aimer sans compter. Les animaux répondent toujours bien à ceux qui les enveloppent d’affection.

Pierre sourit en se disant que c’était probablement pour cela que son père lui avait dit toutes ces choses. L’homme, se sentant mourir doucement, en avait profité pour terminer rapidement la formation de base de son fils. Il savait que sa femme aurait peut-être de sérieux problèmes d’argent et c’était là l’unique façon de sauver ses animaux adorés. Monsieur Van Aker était un homme sage qui pensait à tout. Pierre comprit soudain toute l’ampleur des derniers conseils de son paternel. Toujours à la fenêtre à regarder le colombier, il sut que sa mission était de continuer le travail de sa famille. Il devrait, tout seul, assurer le bon fonctionnement de cette activité. Il sentit soudain un grand frisson l’envahir. Son cœur se remplit de confiance. Si son père, un des meilleurs éleveurs de pigeons voyageurs de tout le pays, pensait qu’il pouvait réussir, eh bien, il réussirait !

La pluie continuait de tomber en inondant la fenêtre. Pierre enfila son imperméable et partit d’un pas décidé vers le colombier. Il se dit en lui même :

« Tu avais raison, papa, de cette façon tu seras toujours avec moi. »

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