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Voyages croisés

De
156 pages
Agathe, lycéenne française, est invitée à passer une année scolaire à Abidjan dans une famille ivoirienne. Une expérience que son entourage lui conseille de vivre.
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Sylvie Bocquet N’guessan
Voyages croisés
Lille
Abidjan
Voyages croisés Lille-AbidjanAgatheetNbuivsjo
© L’HARMATTAN, 2014 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-03639-7 EAN : 9782343036397
Sylvie Bocquet N’guessan Voyages croisés Lille-Abidjan AgatheetNbuivsjo
Des livres pour comprendre, réfléchir, s'étonner, des livres pour rêver et voyager à travers le monde, le temps, la vie... Pierre MARMIESSE,Rio-Québec 1, Justin au pays des orixas, 2014. Tristan CHALON,D’or et de sang, au temps des Incas, 2014. Angela PORTELLA,Qui es-tu Salomé ?, 2014.
Agathe
« Nous entamons notre descente sur Abidjan. Le commandant de bord et son équipage espèrent que vous avez passé un agréable voyage. Il est 17 h 15, heure locale, il fait beau, la température est de 31 degrés. Nous vous souhaitons un bon séjour en Côte d’Ivoire. Bienvenue à l’aéroport international Félix Houphouët Boigny de Port-Bouët. Nous vous demandons d’attendre l’arrêt complet de l’appareil et l’ouverture des portes avant de détacher votre ceinture. » Je recule ma montre de deux heures. La voix de l’hôtesse laisse place à un silence de quelques secondes et, comme un seul homme, tout le monde se lève, se précipite les bras en l’air vers les coffres de bagages à main au-dessus des sièges, et l’un attrape son sac, l’autre sa veste. Je reste assise, l’appareil n’est pas encore à l’arrêt. L’avion s’immobilise enfin. Un membre de l’équipage ouvre la porte avant de l’appareil et je sens de l’air chaud et humide venant de l’extérieur. Ça y est, l’aventure commence. Je temporise en attendant que les passagers avancent pour les suivre vers le hall de l’aéroport. L’inquiétude monte en moi : ma famille d’accueil sera-t-elle à l’arrivée ? Et si elle n’était pas là, comment la joindre ? – Mademoiselle, vous pouvez avancer si vous voulez. Je me mets sur la pointe des pieds pour attraper ma petite valise rouge – la dernière qui reste – mon gilet, et je passe devant ce monsieur qui vient de s’adresser à moi. Assez grand, vêtu d’un costume sombre, cet homme très noir, à l’allure distinguée, me laisse avancer dans l’allée centrale de l’avion. Je franchis la porte de l’appareil reliée
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à l’aérogare par un tunnel articulé. Les passagers se pressent vers les guérites de la police. Je les suis. Après avoir remis mon passeport à un homme en uniforme à travers l’ouverture de la vitrine, on relève mes empreintes digitales puis on prend la photo de mon visage. – Mademoiselle Agathe Saneville ? Quelle est la durée de votre séjour ? Où allez-vous loger ? Quel est votre âge ? – J’ai 17 ans. Je vais passer une année scolaire ici, environ dix mois, et je logerai chez monsieur et madame Kouassi, des amis de mes parents. Je ne sais pas où ils habitent exactement, j’ai seulement leur adresse postale « 08 BP 1964 Abidjan 08 » ainsi que leur numéro de téléphone. Ils doivent venir me chercher ici à l’aéroport. – Vous venez d’où ? – J’ai pris mon avion à l’aéroport Roissy Charles de Gaulle. – Je vous demande votre adresse en France, s’il vous plaît. Je trouve ce policier bien peu aimable. Après les formalités de police, me voici passeport à la main, à regarder partout autour de moi pour savoir vers où me diriger. J’aperçois un attroupement. Je m’approche, je reconnais quelques compagnons de voyage qui attendent leurs bagages près d’un tapis roulant à l’arrêt. Je les rejoins, et j’attends, moi aussi, debout. Je suis dans une salle immense, moderne, qui n’a rien à envier aux autres aéroports internationaux. De temps en temps, une voix électronique annonce l’arrivée d’un avion, ou invite les passagers à embarquer. L’angoisse me reprend. Je vais rester ici presque un an. Qu’est-ce qui m’a pris d’accepter cette invitation ? C’est une idée de mes parents au départ, j’entends encore ma mère me dire : – Tes frères ont fait des voyages à l’étranger. Bastien a passé un an aux États-Unis, il en est revenu transformé,
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mature et même bilingue. Gaëtan est allé moins loin et moins longtemps, mais il n’oubliera jamais son semestre à l’université de Leeds avec le programme Erasmus. Nous avons pensé que tu pourrais toi aussi vivre quelques mois dans un autre pays. Il y a quelques années nos amis Émile et Rose ont proposé de t’accueillir chez eux à Abidjan. C’est le moment., qu’en penses-tu ? Au premier abord, cette idée m’avait enchantée. Je connaissais Émile et Rose Kouassi depuis plusieurs années. Je les aimais bien. Ils n’avaient jamais manqué de nous rendre visite lors de leurs voyages professionnels à Lille. Nous leur avions téléphoné plusieurs fois pendant la guerre en Côte d’Ivoire en 2010-2011, mes parents étaient inquiets pour eux. Maintenant que tout était rentré dans l’ordre, selon nos amis ivoiriens, le pays était métamorphosé. Tout allait beaucoup mieux. En plus, Émile avait obtenu un poste important depuis l’avènement du nouveau président. Comme on n’entendait plus parler de la Côte d’Ivoire dans les médias, c’est donc que tout allait bien. Maman avait un autre argument de taille pour que je passe une année là-bas : – Ton grand-père s’était rendu en Côte d’Ivoire avant ta naissance. C’est lui qui nous a offert ce masque effrayant qui est dans le couloir. Tu sais, celui dont tu as toujours eu peur, avec les trous à la place des yeux, cette espère de crinière qui entoure le visage et ses dents rectangulaires qui brillent à la lumière. Ton grand-père a toujours gardé un souvenir merveilleux de ce pays où la population est accueillante, où il fait bon vivre. Pour lui, l’avenir est là-bas ; avec le potentiel de ce pays émergent, il pense qu’on peut y faire de grandes choses. Mes parents avaient pris des garanties. Ils s’étaient renseignés, il avait fallu aller au consulat de Côte d’Ivoire de Lille pour connaître les conditions administratives pour être en règle à Abidjan.
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