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Le dieu cheval




Résumé du livre précédent
C
’est la saison chaude. Yona trie des plantes quand Tik, le petit frère de son amie Noume, vient lui annoncer que celle-ci est gravement malade. La jeune guérisseuse se précipite à son chevet et constate avec angoisse que Noume et sa mère Milli souffrent d’une forte fièvre.
Elle redoute aussitôt un mal mystérieux, capable de se propager dans le clan. Tout en préparant une tisane susceptible de stopper la fièvre, elle fait part de ses craintes au vieux chaman Guru mais aussi à Muette, la nouvelle compagne de son père, qui possède elle-même la science des plantes.
Muette, qui ne peut pas parler, dessine sur un morceau d’écorce une fleur jaune, qui pousse dans la montagne. Yona décide de se mettre immédiatement en chemin et, bien sûr, Dent de lion propose de l’accompagner. Les deux adolescents sont promis l’un à l’autre. Malgré leur inquiétude pour la santé du clan, ils sont heureux d’être ensemble.
Parvenus dans la montagne, un matin, Yona et Dent de lion assistent de loin à un spectacle étrange : des chasseurs traquent un ours, mais l’animal n’est pas brun, il est couleur de neige. Intrigués, ils décident de suivre les inconnus jusqu’à leur campement. Là, une autre surprise les attend : un second ours blanc est enfermé dans une cage construite sous une avancée rocheuse.
Yona se présente et annonce d’emblée qu’elle recherche une fleur jaune, qui guérit la fièvre. On les accueille avec gentillesse. Farann, le chef du clan, se propose de lui indiquer où trouver la plante. Les choses se gâtent quand la jeune guérisseuse demande quel sort sera réservé aux ours couleur de neige, la bête capturée sous leurs yeux ayant rejoint la cage.
Farann explique que les animaux auront des oursons en captivité et qu’il dressera ceux-ci, afin de prouver sa ruse et sa puissance aux clans voisins. Les adultes seront sacrifiés.
Yona est révoltée et ne peut s’empêcher de protester. Dent de lion la soutient, ce qui lui vaut d’être accusé de traîtrise par Farann : le jeune homme apprend ainsi qu’il appartenait à ce clan dans son enfance, et on lui reproche d’avoir fui après la mort de sa famille.
Cette révélation le terrasse. Yona et lui préfèrent repartir, quitte à dénicher seuls la fleur jaune qui sauverait Noume. Mais ils sont victimes d’une machination ; endormis par des fléchettes enduites de drogue, ils se réveillent dans une cage jouxtant celle des deux ours blancs.
Furieuse d’avoir été piégée, Yona décide de s’échapper et de sauver les bêtes captives. Elle quitte la cage par un puits vertical dans le plafond de la caverne. Heureusement elle trouve une alliée en la personne de Pied-léger, la compagne de Farann, la tante de Dent de lion. Celle-ci lui donne des racines de fleur jaune, et la supplie de l’emmener loin des siens, car elle est lasse des violentes colères du chef et de sa soif de pouvoir.
Yona parvient à délivrer les ours de neige, qui plongent dans un petit lac voisin. La jeune fille les croit noyés car elle ignore leur capacité à nager longtemps sous l’eau, mais elle les reverra plus tard, en train de monter vers les terres du Nord.
Lorsqu’elle rentre à la grande caverne, Noume va mieux, grâce aux bons soins de Muette. Il reste aux deux voyageurs à raconter leur aventure et à dessiner sur la paroi de la grotte la silhouette des ours de neige.
1
L’enlèvement
Y
ona et son frère loup sont assis face à face, baignés tous les deux par la clarté bleuâtre de la pleine lune. La jeune fille doit passer la nuit sur le vaste plateau qui surplombe la grande caverne, une nuit à réfléchir et à faire le point. Au lever du jour, elle rejoindra le vieux chaman Guru, le messager des Esprits, pour lui confier son ultime décision.
— Je sais très bien ce que je dirai à Guru, frère loup ! dit-elle tout bas à l’animal. Je n’aurai pas changé d’avis. Dent de lion deviendra mon compagnon. Aucun garçon du clan ne me plaît autant que lui…
Très émue, Yona lisse du bout des doigts la belle tunique en fine peau de renne que Muette et Noume ont tannée et blanchie pour elle, et brodée de petits coquillages teints en rouge, grâce à de l’ocre. Ses longs cheveux bruns, peignés et nattés, sont attachés dans le dos.
— Toi, frère loup, tu as une famille, déjà, et depuis plusieurs saisons. Tu passes moins de temps avec moi, mais je ne t’en veux pas. Et je te remercie d’être là, de me tenir compagnie.
La jeune guérisseuse a pris l’habitude de parler à son ami loup comme s’il s’agissait d’un être humain. Elle évite cependant de le faire devant son clan, qui la traiterait de « tête folle ».
— Je suis sûre que tu me comprends ! ajoute-t-elle.
Le loup continue à la fixer de son regard fauve, plein d’une mystérieuse tendresse. Yona tend la main et le caresse.
— Je n’oublierai jamais ce que nous avons vécu ensemble ! murmure-t-elle.
Au loin, dans les collines voisines, retentit alors un appel aux modulations douces et suppliantes. L’animal bondit sur ses pattes, tout de suite en alerte. Puis il renverse sa puissante encolure en arrière et pousse un cri rauque.
— Les tiens ont besoin de toi ! dit Yona en souriant. Pars, je suis heureuse que tu sois resté un peu à mes côtés.
D’un mouvement souple, elle tend cette fois les bras et serre le grand loup contre elle, en frottant son visage dans sa fourrure grise.
— Tu ne quitteras pas cette vallée ! chuchote-t-elle. Et mon cœur sera bien triste de te laisser. Mais Dent de lion et moi, nous voulons vivre sur un autre territoire… Nous ne savons pas encore où il se trouve, nous le chercherons pendant des lunes s’il le faut.
Les hurlements résonnent de plus belle. Frère loup gratifie Yona d’un coup de langue sur le menton et il s’éloigne de son trot rapide, ombre parmi les ombres du plateau, semé de buissons de genévriers.
— Que l’Esprit de la Terre te protège ! souffle Yona pour elle-même.
Avec un soupir, la jeune guérisseuse reprend sa position initiale, les jambes croisées, les paumes tournées vers le ciel d’un bleu profond, qui scintille d’une nuée d’étoiles. Prête à plonger dans ses pensées les plus intimes, elle croit discerner des bruits insolites, comme des pas dans l’herbe sèche.
« Sans doute un renard ou une chouette qui vient de saisir sa proie ! songe-t-elle. C’est la nuit, les bêtes vont et viennent, surtout à la saison chaude ! »
Yona ferme les yeux. Elle doit évoquer en toute sincérité les moments qu’elle a partagés avec Dent de lion, tout en déterminant les qualités du garçon aux yeux verts. Noume, qui est devenue la compagne du beau Numa la veille, s’est pliée à cet examen de conscience. Guru l’exige avant de célébrer l’union des jeunes gens.
De nouveau, les herbes crissent, tandis qu’une brindille craque.
— Frère loup ? appelle-t-elle.
Ce ne peut être Dent de lion : il est en train de passer une autre épreuve à l’intérieur de la caverne, entouré des hommes du clan. Lui, au contraire de Yona, il doit énoncer à haute voix les sentiments qu’il éprouve pour sa future compagne, et s’engager à la protéger de tous les dangers, leur vie durant.
Une respiration saccadée surprend la jeune fille, à l’instant même où elle s’apprête à se retourner, intriguée par ces bruits si discrets qui l’empêchent de se concentrer. Une silhouette grotesque lui apparaît, menaçante, armée d’une massue à chaque poing. Yona n’a pas le temps de crier, ni de se défendre, car elle reçoit aussitôt un violent coup sur le crâne. Assommée, elle tombe en avant, face contre sol.
*
Yona reprend connaissance bien plus tard. Elle a d’abord l’impression étrange d’être balancée de droite à gauche, mais la douleur qui vrille ses poignets et ses chevilles lui fait comprendre qu’elle est attachée à un tronc d’arbre, comme un simple gibier. Il lui est impossible de se débattre. Sa tête endolorie ballotte au rythme des pas énergiques de ceux qui l’ont enlevée.
La jeune guérisseuse constate qu’on lui a bandé les yeux et bâillonné la bouche à l’aide de morceaux de cuir.
« Mais qui a osé faire ça ? » se demande-t-elle.
La colère qui l’envahit est le meilleur des remèdes contre la souffrance que lui causent sa position inconfortable et la plaie qu’elle sent sur le haut du crâne. Pourtant, la prudence l’incite à faire croire à ses ravisseurs qu’elle est toujours inconsciente.
« Ils m’emmènent forcément jusqu’à leur campement ! pense-t-elle. Esprit du Ciel, protège-moi ! Je n’ai pas d’ennemis ! Seul notre ancien chef, Murg, me haïssait et souhaitait ma perte… Mais il repose au bord du lac sans fin, l’eau salée a volé sa force de vie depuis des lunes1 ! »
Pendant quelques secondes Yona soupçonne Argo, le fils de Murg, mais le jeune homme ne lui témoigne aucune animosité particulière. Privé de l’influence de son père, il se conduit en chasseur loyal et courageux.
« Seul mon clan savait que je serais sans compagnons sur le plateau, cette nuit ! se dit-elle ensuite. On devait nous épier, mais qui ? Et demain, à l’aube, Dent de lion m’attendra en vain ! Mère, viens à mon secours ! Madem, sauve-moi ! »
Des larmes de dépit et d’anxiété sourdent des paupières closes de la jeune fille tandis qu’elle invoque la belle Madem, sa mère, morte depuis plusieurs saisons. Plus que jamais, Yona voudrait revoir celle qui l’a mise au monde, puis a su lui transmettre sa sagesse et sa science des plantes. Ceux qui la transportent s’arrêtent brusquement. Sans précaution, ils déposent leur fardeau. Une pierre anguleuse meurtrit une des épaules de la captive.
— Tu vas marcher maintenant ! lance une voix grave, rocailleuse.
Des mains rudes détachent les liens de ses chevilles, mais on lui laisse le bandeau qui l’aveugle et on lie ses poignets dans son dos. Yona, malgré le bâillon, pousse un cri de rage étouffé. La pointe d’une lance vient lui effleurer la nuque.
— Obéis ! gronde une autre voix. Tu ne dois rien voir du chemin que nous suivons… Yona, fille de Madem !
La jeune guérisseuse, stupéfaite d’entendre son nom clamé haut et fort, renonce à toute tentative de protestation ou de fuite. Résignée, elle fait de son mieux pour avancer, trébuche souvent contre des plaques de roche affleurant parmi la végétation. Parfois, des branches épineuses accrochent sa belle tunique blanche, destinée à la cérémonie de son union avec Dent de lion.
« Je suppose que ce clan a besoin de moi ! songe-t-elle. Mais je refuse de leur offrir mon savoir ! Ils me traitent en prisonnière ! Leur chef doit être une cervelle creuse, un esprit malade, comme celui du clan des Roches noires, qui a fait couper la langue de Muette, ou Farann, du clan des Ours, qui n’hésitait pas à sacrifier des animaux dans sa soif de pouvoir2. »
Yona repousse la peur et le chagrin. Elle se répète, pour se rassurer, que son père Dako et Dent de lion sauront relever les traces de ses agresseurs. Soudain, ses pieds entrent en contact avec une eau glacée. Le courant est vif, rapide.
— Avance ! lui crie-t-on.
Des mains la soutiennent, l’obligent à traverser la rivière. Sur l’autre berge s’amorce une pente. La jeune fille identifie l’odeur caractéristique d’une entrée de grotte, à laquelle se mêle le parfum sucré des giroflées couleur de soleil. Elle croit descendre sans fin dans les profondeurs de la terre.
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