Yona fille de la préhistoire tome 5

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20 00 ans avant notre ère... Yona, douze ans, met ses pouvoirs de guérisseuse au service des hommes et des animaux.
Contre l'avis de son père, Yona quitte à nouveau le clan en grand secret pour venir en aide à sa tante Akilé, la compagne du chaman Gorann. Sur le point d'accoucher, cette dernière risque de perdre son bébé. Heureusement, grâce à son don de guérisseuse, Yona parvient à les sauver. Mais Akilé est si affaiblie qu'elle ne peut allaiter. L'enfant de la nuit est promis à une mort certaine.
A moins que...





Publié le : jeudi 7 octobre 2010
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782266208185
Nombre de pages : 85
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Florence Reynaud



L’enfant de la nuit




Résumé du livre précédent
A
près avoir quitté Gorann, le chaman qui lui a appris le secret des bêtes peintes, Yona a retrouvé son clan. Elle a été accueillie avec joie. Même Mummi, la vieille chamani acariâtre, lui a ouvert les bras et a accepté la présence du loup, qu’elle caresse et nourrit.
Noume et Dent de lion sont très heureux de revoir leur amie, mais dès le lendemain, le loup tombe malade.
Désespérée, Yona ne réussit pas à le soigner. Elle est certaine que Mummi a voulu tuer l’animal en l’empoisonnant.
D’autres femmes partagent son avis. Elles se rassemblent autour du fauve agonisant et prient pour lui. Ensuite, elles exigent de la chamani le remède qui sauvera l’animal.
Yona se sent aimée, soutenue. Son frère loup est sauvé. Mais elle commet une nouvelle erreur, en rapportant au clan un ourson qu’elle a trouvé. Le père de son amie Noume est fier d’adopter le petit animal.
Durant la nuit, une ourse, furieuse entre dans la grande caverne et attaque le clan. Yona est blessée. Cependant, elle parvient à redonner l’ourson à sa mère, suppliant les chasseurs de ne pas tuer les deux bêtes.
Mummi lui adresse alors de cinglants reproches et la punit : Yona portera durant une lune le lien des coupables. Les chevilles entravées, la jeune guérisseuse a perdu cette liberté qu’elle aime tant.
1
La lune de la liberté
Y
ona regarde ses chevilles entravées par des liens de cuir, puis elle relève la tête pour observer la lune ronde qui luit dans le ciel parsemé d’étoiles. Elle est venue jusqu’à l’entrée de la grande caverne en sautillant de son mieux, afin de profiter du calme de la nuit. Elle s’assied face au vent, tremblante d’impatience. Dès que le soleil se lèvera, elle sera libérée. L’adolescente tient entre ses doigts le bout de bois sur lequel sont gravées trente encoches, une pour chaque jour de sa punition.
Quelqu’un se glisse près d’elle. Yona reconnaît Noume. Son amie la prend par l’épaule.
— Tu pourras bientôt courir à ta guise, souffle la fillette.
— Oui, enfin ! soupire Yona. Que le temps m’a paru long ! Mon cœur est plein de colère contre Mummi. Sans toi et Dent de lion, je n’aurais même pas pu récolter une seule plante… Me retenir prisonnière ici au début de la saison chaude, c’était stupide.
Yona serre les dents, furieuse. Elle se revoit, installée à la même place, guettant le retour de ses amis qui lui rapportaient des sacs d’herbes, de racines, d’écorces, mêlés à de petites fleurs. Elle triait les variétés, jetait les mauvaises feuilles, puis s’occupait du séchage. Dent de lion lui allumait un feu, entouré de grosses pierres. Noume l’aidait ensuite à ranger les plantes dans des sachets en fine peau de renne, tannée spécialement pour cet usage.
Les premiers jours, sa blessure la faisait souffrir. Les griffes de l’ourse avaient entaillé son épaule en profondeur. Mais Noume l’avait soignée, suivant ses conseils.
— Quand même, ajoute Yona, je suis tout engourdie, à force de rester là, sans bouger. J’ai vu les femmes laver leurs enfants dans la rivière, sécher leurs cheveux au soleil. C’est injuste… J’ai perdu du temps, un temps précieux ! Et mon frère loup a pris l’habitude de se promener sans moi. Je suis sûre qu’il préfère Dent de lion maintenant.
Noume éclate de rire. Elle tend la main vers la pente voisine.
— Là, tu te trompes ! Le voilà, ton loup ! Il n’oublie pas le chemin de la caverne…
Yona devine une forme grise qui court vers elle. Le gros fauve la bouscule, en manifestant brutalement sa joie de la retrouver. Noume se relève avec un petit rire.
— Je vous laisse, tous les deux, je dois ranimer le feu pour ma mère…
Dès que la jeune guérisseuse se retrouve seule avec le fauve, elle chuchote d’un air décidé :
— Je vais te dire un secret, frère loup ! Dès que je serai libre, nous partirons tous les deux, loin, très loin. Ma tante Akilé m’attend. Et personne ne m’empêchera de la rejoindre. Dans le sang du bébé qu’elle va mettre au monde, coule le sang de ma mère, Madem… Et je lui ai fait la promesse d’être auprès d’elle pour la naissance.
*
Tout le clan est rassemblé pour assister à la libération de Yona. C’est son père Dako qui tranche les liens de cuir. Mummi, soutenue par Murg et ses fils, prend la parole :
— Te voici libre, Yona, mauvaise fille qui a attiré la colère des ours sur notre clan ! Ne recommence pas à conduire ici des bêtes sauvages. Je supporte ton loup, car il est devenu amical avec les enfants et les femmes, mais prends garde ! Tu ne deviendras jamais chamani si tu mets les tiens en danger !
La vieille femme frappe le sol de son long bâton orné de plumes et de petits os. Plissant ses paupières fripées, elle pointe un doigt vers Yona.
— Prépare tes potions et tes onguents ! La saison chaude est courte, il faut penser déjà à ceux que le froid affaiblira… Ta mère faisait ainsi. Alors montre-toi aussi sage qu’elle. Les Esprits te surveillent.
La chamani grogne un ordre et Murg la raccompagne jusqu’à son abri. Aussitôt les familles se dispersent. Beaucoup se réjouissent en silence. Cela ne leur plaisait pas de voir l’adolescente privée de liberté.
Dako prend sa fille dans ses bras.
— Yona ! Je suis heureux pour toi ! Tu es guérie ! Sois prudente à présent, ne provoque plus la colère de Mummi.
Dent de lion, lui aussi, ne peut cacher sa joie.
— Ah ! Yona ! Demain, je t’emmènerai dans un petit vallon où j’ai découvert une fleur couleur de sang, je te la montrerai.
Noume se jette au cou de son amie.
— Viens, Yona, allons au bord de la rivière. Je vais laver tes cheveux. L’eau est encore froide, mais c’est si agréable.
Yona fixe Dako qui, mal à l’aise sous ce regard noir, se gratte le menton. Elle déclare d’un ton ferme :
— Père, j’espère que tu comprendras… Je dois m’en aller. Je te l’avais dit quand je suis revenue ici avec mon frère loup. Ma tante Akilé va avoir son bébé, je lui ai promis de l’aider… La chamani refusera que je parte, alors j’ai trouvé une solution. Si quelques chasseurs se rendaient dans la vallée des Roches noires, je les suivrais… Et tu en ferais partie… Tu dois connaître le chemin, puisque tu as été là-bas une fois, et que tu as rencontré maman.
Dako lui fait signe de baisser la voix. Il l’entraîne à l’écart, sur le sentier qui longe la falaise.
— Ma fille, je t’en prie, renonce à cette idée. Je suis le chef du clan. Les troupeaux de rennes approchent. Nous chasserons sur les terres plates, à trois jours de marche, comme nous le faisons depuis que je suis enfant. Je me souviens très bien du pays où j’ai connu ta mère… C’est beaucoup trop loin pour nous. Écoute-moi, Yona ! Tu étais à peine rentrée à la grande caverne qu’il y a eu toutes ces histoires, ton loup empoisonné, la révolte de nos femmes, la colère de Mummi quand cette ourse nous a attaqués. Je voudrais que tu te tiennes tranquille ! Tu as ta récolte à terminer, tes amis t’aideront. Et ta bête partage notre nourriture ! Que demandes-tu encore ? Moi, Dako, ton père et le chef de ton clan, je t’ordonne de rester ici ! Pour ton bien aussi. Tu as déjà couru assez de dangers !
Dent de lion et Noume échangent un regard apitoyé. Ils pressentent que Yona sera furieuse et malheureuse pendant plusieurs jours. Pourtant celle-ci ne réplique rien. Elle cueille une tige bien verte et la mâchonne en s’éloignant. Le loup la suit.
Soudain elle crie, comme égayée :
— Noume ! Dent de lion ! Venez avec moi…
Ils accourent. Quelques instants plus tard, ils sont assis tous les trois sur un talus assez raide, que le courant frappe de vaguelettes. Yona agite ses pieds nus dans l’eau vive.
— Mon père m’a interdit de quitter le clan ! déclare-t-elle. Je pensais que les choses changeraient s’il était le chef, mais lui aussi se soumet aux caprices de Mummi ! Pourtant je ne peux pas trahir ma promesse. Akilé est ma tante ; si la naissance se déroule mal et que je ne suis pas là, Gorann me haïra !
Noume et Dent de lion font la grimace. Pour eux, ces noms ne signifient rien, ils ne peuvent même pas imaginer le visage de ces inconnus.
— La plupart des femmes ont des bébés sans le secours d’une guérisseuse ! avance Noume d’un ton prudent. Quand ma mère a eu Tik, c’est moi qui l’ai aidée. Madem était partie à la cueillette.
Dent de lion ramasse un galet plat et le jette dans la rivière. Il marmonne :
— Moi, j’aimerais que tu restes avec nous, Yona ! Je suis heureux d’appartenir à ton clan, d’être ton frère. Si tu mets encore Dako ou Mummi en colère, nous risquons d’être séparés… Ça ne me plaît pas.
Yona sourit d’un drôle d’air.
— Moi aussi, je suis bien avec vous deux… mais une promesse est sacrée !
Noume se blottit contre son amie. Celle-ci, ivre de sa liberté retrouvée, la chatouille. Les deux filles ne tardent pas à rire comme des folles, en se roulant dans l’herbe neuve, d’un vert acide. Le loup, inquiet, recule, puis il pousse des jappements joyeux.
Dent de lion ne s’en mêle pas. Il est un des chasseurs du clan de la grande caverne, et Yona lui a donné la belle lance à pointe fine. Il se sent presque un homme, maintenant. Il aurait honte d’être surpris à jouer.
Essoufflées, Yona et Noume se reposent. Un timide rayon de soleil vient danser sur leurs cheveux.
— J’ai faim ! annonce la jeune guérisseuse. Je rentre au foyer de mon père, je dois préparer du poisson. Celui que tu as pêché hier, Dent de lion. Nous allons le faire griller.
Noume et le garçon échangent un regard plein d’espoir. Yona ne parle plus de partir rejoindre Akilé. Ils courent tous les trois jusqu’au porche de la vaste grotte.
2
Au nom de l’amitié
L
a nuit est revenue. Le feu n’est plus qu’un lit de braises rouges, dans l’abri de Dako qui dort paisiblement. Dent de lion, dont la couche est installée sous une avancée du rocher, s’est endormi très vite.
Yona, derrière les tentures qui l’isolent, est assise près du loup. Elle le tient par le cou, frottant son nez dans sa fourrure moins fournie qu’à la saison froide. L’adolescente lance un regard songeur à son sac de guérisseuse, qu’elle a rempli de certaines plantes et d’un baume qui endort la douleur.
— Si je ne pars pas cette nuit ! chuchote-t-elle au fauve, ils trouveront tous le moyen de me retenir ! Par l’affection ou l’autorité. Je n’ai pas envie d’avoir de nouveau les chevilles entravées.
Elle se lève, à la fois anxieuse et excitée.
— Suis-moi, frère loup, mais surtout sans un bruit ! Nous devons éviter de passer près du guetteur. Il donnerait l’alarme, s’il me voyait m’enfuir.
L’adolescente se glisse sur l’esplanade. La rivière gronde sous la voûte. Sa rumeur incessante rassure la fugitive.
« L’eau cogne si fort les rochers que personne ne m’entendra. »
Elle emprunte un sentier escarpé, franchit la passerelle qui conduit à l’autre rive. C’est prendre un gros risque de longer le repaire de la chamani, mais la vieille femme a le sommeil lourd. Yona marche penchée en avant, jusqu’à la palissade d’épieux acérés qui ferment la seconde issue de la grotte. Là, elle escalade un pan de falaise. Le loup se hisse à son côté, habile et souple.
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