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Yona fille de la préhistoire tome 7

De

Yona est de retour au Clan des Loups avec Dent de Lion, son père Dako et Muette, l'étrangère aux cheveux couleur de lumière. Tous semblent ravis de les revoir. Tous, sauf Mummi, la vieille chamani, qui n'accepte pas la présence de Muette et se comporte d'une manière étrange avec Yona. Elle va même lui demander d'effectuer un effrayant rituel...





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:
Florence Reynaud



Le grand chagrin de Yona




Résumé du livre précédent
A
près avoir quitté le clan du chaman Gorann, Yona et Dent de lion se sont installés avec frère loup dans une vallée inconnue, vaste et déserte. Mais, au bout de quelques jours, la jeune guérisseuse découvre leur hutte détruite, sa récolte d’herbes médicinales brûlée.
En cherchant son ami, afin de lui annoncer la mauvaise nouvelle, Yona trouve une jument noire blessée, prête à mettre au monde son poulain. Elle parvient à soigner l’animal, mais Dent de lion la conduit au pied d’un énorme rocher. Des dizaines de cadavres de chevaux gisent là. Les deux adolescents constatent bientôt que des chasseurs, ornés de longs crins noirs, se livrent à de véritables massacres, sacrifiant inutilement de nombreuses bêtes. Révoltés, ils décident de vite quitter cette vallée qui leur semble désormais inhospitalière.
Mais des hommes capturent Dent de lion, alors qu’il faisait échouer une de leurs chasses et le mènent à leur chef. Celui-ci veut exécuter le coupable, mais Yona, aidée par Muette, une jeune femme à la langue coupée, aux cheveux blonds et frisés, le délivre. Ils doivent alors affronter la fureur du chef, fou, infirme et tyrannique.
Dako, le père de Yona, qui cherchait désespérément sa fille, les sauve d’une mort certaine. Ils reprennent le chemin de la grande caverne, accompagnés de Muette. Le temps presse, car la vieille chamani, Mummi, va s’éteindre en emportant tous ses secrets.
1
Retour au foyer
Y
ona contemple avec émotion l’ouverture ronde de la grande caverne. Ils ont marché pendant trois jours pour retrouver le vallon encaissé, flanqué de falaises trapues, où vit leur clan. Maintenant ils se reposent de leur longue marche, au sommet de la plus proche colline.
L’adolescente se retourne vers ceux qui l’escortent : son père Dako, Dent de lion, Murg entouré de deux chasseurs, et l’étrange femme aux cheveux clairs, à la langue coupée, qui les a suivis, abandonnant le clan des fous. Il manque son frère loup. Il a préféré la compagnie d’une jeune louve.
— Regarde, Muette ! lui dit Yona. Ton nouveau foyer sera dans cette immense grotte ! Ils nous font signe…
Debout sur l’esplanade ensoleillée qui s’étend sous le porche de pierre, plusieurs silhouettes agitent les mains. Des cris de bienvenue s’élèvent, portés par le vent, car tous ont reconnu leur chef Dako, le grand Murg et Yona, grâce à ses longs cheveux noirs.
— Près de la rivière, cette fille en tunique claire, c’est Noume, mon amie, ma sœur de cœur ! ajoute Yona. Sa mère, Milli, a les jambes mortes. Son père, Rog, récolte le miel pour nous tous. Et là-bas, le petit Hano danse de joie… C’est le fils de Murg.
L’ancien chef hoche la tête sans quitter l’air renfrogné qu’il arbore toujours. Soudain il tend le bras en direction de la pente, et déclare d’un ton grave :
— Quelqu’un est mort ! Voyez cette forme par terre. Enveloppée dans des peaux ! Qui est-ce ?
Yona porte une main à son cœur. Mummi était très malade. Dako lui a même assuré que la vieille chamani ne se relèverait pas. Seraient-ils arrivés trop tard1
— Père ! s’écrie-t-elle. Crois-tu que Mummi s’est éteinte ? Elle m’attendait, disais-tu, pour me confier ses secrets…
Muette vient prendre la main de Yona. La jeune femme l’interroge du regard.
— Je crains que notre chamani n’ait rejoint le pays des Esprits ! explique Yona. Elle était très âgée. Personne ne sait le nombre de saisons qu’elle a vécues…
Malgré toutes les querelles qui les ont opposées, Yona éprouve un vif chagrin. Mummi était la mémoire du clan, elle réglait les conflits, prétendait converser avec les Esprits.
— Eh bien, allons-y ! murmure Dako. Ils semblent tous impatients.
Ils dévalent la pente. Dent de lion est le moins pressé. Il regrette un peu la liberté qu’ils ont connue, Yona et lui, en vivant seuls. Mais lui aussi, on l’appelle, on le salue. Il en oublie sa mauvaise humeur.
Noume accourt à leur rencontre. Elle se jette sur Yona pour l’étreindre de toutes ses forces. Les deux filles rient et pleurent, serrées l’une contre l’autre.
— Yona ! Enfin ! Je savais que ton père te ramènerait… J’ai prié les Esprits de la Terre et du Ciel pour te revoir. Comme je suis contente. Cette fois, ne te sauve plus, plus jamais ! Mon petit frère Tik a la fièvre, il s’est blessé au genou. Je lui ai promis que tu allais panser sa plaie, ôter le feu de son corps.
Une femme au ventre gonflé de vie s’avance et touche la jeune guérisseuse au front.
— Ah, tu es revenue, Yona… J’avais peur pour l’enfant que je porte ! Mais si tu es là, il vivra ! Il sera fort, car tes mains offrent puissance et vigueur à ceux qu’elles touchent.
Manoo le guetteur s’illumine d’un grand rire.
— Sans tes onguents, je peux à peine bouger le dos ! Tu vas me guérir, Yona ? Sinon je ne pourrai plus grimper sur mon perchoir.
D’autres clameurs de bienvenue s’élèvent, entrecoupées de plaintes diverses. Le clan salue Yona comme si elle était le soleil en personne. Cet accueil la bouleverse. Les larmes aux yeux, elle lève les bras pour demander le silence.
— Ne vous inquiétez pas ! Je vous soignerai tous… Mais qui a perdu sa force de vie ?
L’adolescente désigne le corps dissimulé par plusieurs couches de cuir et solidement lié par des tiges d’osier. Plus elle observe la taille du défunt, plus elle doute que ce soit Mummi.
— Le vieux Tarak ne s’est pas réveillé, hier matin ! soupire Noume. Je m’occupais de lui. En apportant de l’eau fraîche, je l’ai trouvé sans souffle ni mouvement. Il n’a pas souffert, il souriait, les paupières closes.
La nouvelle attriste Yona. Elle se console en songeant que le vieillard a fini ses jours en sécurité, entouré d’affection, alors qu’il était condamné à périr sous la griffe des lions2.
— Puisque Mummi est vivante, je dois la voir tout de suite ! annonce-t-elle.
Aussitôt Noume veut l’entraîner, mais Dako a pris la parole à son tour. Il présente l’étrangère aux siens, comme le veulent les rites du clan. La jeune femme attise la curiosité de tous, à cause de sa chevelure frisée et légère, d’un blond si clair qu’elle retient la lumière.
— J’ai accepté Muette parmi nous, car elle a été victime de la folie d’un chef cruel, dans une vallée lointaine. Cet homme lui a fait trancher la langue, parce qu’elle l’exhortait à la sagesse. Ce soir, je vous conterai le récit de notre voyage. Vous saurez comment Muette a sauvé ma fille, notre précieuse guérisseuse…
Un silence surpris, teinté de méfiance, répond à la déclaration de Dako. Chacun examine d’un œil curieux la petite créature privée de voix. Dent de lion se glisse à ses côtés, comme prêt à la protéger.
— Est-ce vraiment une femme ? Elle est plus petite que Yona ! s’exclame un homme.
— Je l’ai prise pour une enfant… soupire Milli, la mère de Noume, que Rog, son compagnon, a installée au soleil, sur une litière de mousse.
Yona pince les lèvres. Pendant les trois jours qu’a duré la marche du retour, elle a eu le temps d’apprécier les qualités de Muette : habile à la moindre tâche, capable d’allumer un feu en un clin d’œil, de plumer les oiseaux, de veiller à partager la nourriture de façon équitable.
« Le clan ne tardera pas à l’aimer aussi ! » se dit-elle.
Accompagnée de Noume, elle traverse la rivière, en sautant de rocher en rocher. Ce jeu n’est possible qu’à la saison chaude, car les eaux sont alors basses et paisibles.
— Mummi va mourir ! lui confie son amie. Elle paraît encore plus fragile. Crois-tu pouvoir la sauver, Yona ?
— Je l’ignore… mais je le saurai bientôt !
La jeune fille grimpe le talus qui conduit au repaire de la vieille chamani. Rien n’a changé. La paroi ornée de crânes de bêtes, les plumes de toutes les couleurs suspendues à des perches, et le nid de chaudes fourrures, dans lequel Mummi s’est blottie, frileuse.
Yona se penche, pleine d’un respect sincère. Elle a du mal à reconnaître l’ancienne. La peau fripée, semée de profondes rides, présente une teinte jaune. Le bonnet en peau de renard a glissé et dévoile l’ossature de la tête, où se dresse une maigre touffe de cheveux blancs.
— Mummi ! Je suis de retour… Moi, Yona, fille de Madem ! Souffres-tu ?
Une main décharnée, aux longs ongles mauves, émerge de la couche. La vieille femme redresse le cou, dardant sur Yona un regard gris brillant de rage.
— Mauvaise fille ! Tête creuse ! Tu m’as encore désobéi ! Tu as délaissé ton clan pour courir à ta guise ! Bien sûr que je souffre ! Tu m’as brisé le cœur par ta méchanceté ! Les Esprits du Ciel, si coléreux quand la chaleur nous caresse, auraient dû te foudroyer, te réduire en poussière… et…
Mummi se tait, épuisée. Haletante, elle retombe en arrière. Apitoyée, Yona s’agenouille pour l’aider.
— Je suis désolée, je devais tenir une promesse, mettre au monde le bébé de ma tante Akilé, la sœur de Madem !
— Madem ! Toujours ce nom à la bouche, la belle Madem, la bonne Madem, la très sage Madem… Tu ne savais rien de ta mère, Yona ! Elle avait des secrets.
L’adolescente se raidit. Elle a compris depuis longtemps que la chamani détestait Madem. Entre les deux femmes des conflits éclataient souvent, chacune certaine de ses idées, de ses décisions.
— Ne salis pas son esprit parti au pays des morts ! clame durement la jeune guérisseuse. Ma mère possédait tant de science ! Celle des plantes, des racines ! Ses doigts apaisaient la douleur mieux que les miens ! Tu vas peut-être la rencontrer dans le territoire de l’au-delà, deviens son amie…
Noume, gênée par le spectacle de Mummi, tremblante, édentée, a pris la fuite. Elle rejoint en quelques foulées l’esplanade baignée de lumière, s’approche de Dent de lion.
— Ah ! Comme je suis contente de te revoir, toi aussi ! Je m’ennuyais sans vous deux. Yona et Mummi se disputent encore.
Le garçon sourit gentiment. Il aime bien les doux yeux bleus de Noume, sa fossette au menton.
— Ne t’en fais pas, Yona ne risque plus rien. As-tu remarqué comme le clan l’a reçue avec ferveur et adoration ? Elle est plus appréciée que la chamani.
— Oui, c’est vrai ! Dis, raconte-moi l’histoire du chef fou qui coupe les langues… parle-moi de Muette… elle me paraît gentille !
Dent de lion l’entraîne loin des oreilles indiscrètes. Tous deux vont s’asseoir sur une étendue d’herbe verte, au bord de la rivière. Milli les a observés.
« Ce garçon est rusé, habile à la chasse ! songe-t-elle. Il ferait un bon compagnon pour ma fille… J’espère qu’elle le choisira. Et quand nous aurons connu deux saisons chaudes il sera encore plus fort, plein de courage. »
1-
Voir le tome 6, Les chevaux des Roches noires.
2-
Voir le livre 2, Dent de lion.