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L'âme Japonaise

De
268 pages
Cet ouvrage présente sous un angle révolutionnaire dans le champ des études transculturelles la typologie de Carl-Gustav Jung qui décrit l'organisation de l'âme humaine. Il s'agit de la psyché qui relie secrètement tous les peuples et tous les êtres. La seconde partie est une application de cette typologie à l'âme japonaise. À partir de nombreux exemples culturels, l'auteur démontre que l'attitude psychologique de base au Japon est orientée vers l'extraversion suite à la survalorisation de la spatialité, mais qu'elle est compensée par des comportements introvertis dans les relations humaines.
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JeanClaude JUGON

L’ÂME JAPONAISE
Essai de psychologie analytique transculturelle

ouverturephilosophique

L’âme japonaise

Ouvrtur phiôsôphiqu
Collection dirigée par Aline Caillet, Dominique Chateau,
Jean-Marc Lachaud et Bruno Péquignot

Une collection d’ouvrages qui se propose d’accueillir des travaux originaux sans
exclusive d’écoles ou de thématiques.
Il s’agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions, qu’elles
soient le fait de philosophes « professionnels » ou non. On n’y confondra donc pas
la philosophie avec une discipline académique ; elle est réputée être le fait de tous
ceux qu’habite la passion de penser, qu’ils soient professeurs de philosophie,
spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou… polisseurs de verres
de lunettes astronomiques.

Drièrs pàrutiôs

Michel FATTAL,Existence et fatalité.Logosettechnêchez Plotin, 2015.
Ivan NEYKOV,Le sens duBien.Heidegger, interprète de Platon,2015.
Jacqueline MARRE,Adorno et l’Antiquité. D’Ulysse à Médée,2015.
Arno MÜNSTER,Espérance, rêve, utopie dans la pensée d’Ernst Bloch (six
conférences), 2015.
Guy-François DELAPORTE,Seconds analytiques d’Aristote,Commentaire de
Thomas d’Aquin,2015.
Antoine MARCEL, Eveil bouddhique et corporéité,2015.
Jean-Claude CHIROLLET,Penser la photographie numérique. La mutation
digitale des images,2015.
François URVOY,La racine de la liberté, 2014.
Philippe BAYER,La critique radicale de l’argent et du capital chez le
DernierMarx, 2014.
Pascal BOUVIER,Court traité d’ontologie, 2014.
Pascal GAUDET,Le problème kantien de l’éthique,2014.
Gilles GUIGUES,Recueillement de Socrate. Sur l’âme, source et principe
d’existence, 2014.
Mylène DUFOUR, Aristote,La Physique, LivreVI. Tome 2 :Commentaire,
2014.
Mylène DUFOUR, Aristote,: Introduction etLa Physique, Livre VI. Tome 1
traduction, 2014.
Donald Geoffrey CHARLTON,La pensée positiviste sous le Second empire,
2014.
Jean-Serge MASSAMBA-MAKOUMBOU,Philosophie et spécificité africaine
dans laRevue philosophique de Kinshasa, 2014.

Jean-Claude Jugon

L’âme japonaise

Essai de psychologie analytiquetransculturelle

Du même auteur

Phobies sociales auJapon, timidité et angoisse de l’autre, ESF Éditeurs, 1998
Petite enfance et maternité au Japon, perspectives transculturelles,
L’Harmattan, 2002

© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-05771-2
EAN : 9782343057712

à Nicolas

Nôtà B 1: Chers lecteurs, des raisons éditoriales m’ont forcé à amputer ce
livre de plusieurs dizaines de pages, téléchargeables gratuitement sur les sites
http://www.tulips.tsukuba.ac.jp ou http://www.france-japon.net. Voici les bonus
qui vous attendent : 1.Le dialogue du sentiment et de la pensée dans l’âme
japonaise, duJapon contemporain à laGrèce antique; 2.La romance du
sentiment et de la pensée dans les légendes de Tanabata (Japon) etÉros-Psyché
(Grèce); 3.De l’Éternité à l’Âme du Monde, pour un isomorphisme
MatièrePsyché. Tapez le nom de l’auteur ou bien de l’article.

Nôtà B 2: L'éditeur ne prenant pas en charge l'impression couleur des pages
98 et 99, vous devez vous munir de cinq crayons de couleur et faire du
coloriage. À savoir : jaune d'or pour le SOI, jaune citron pour l'intuition (IN),
vert nature pour la sensation (SS), rouge vermillon pour le sentiment (ST) et
bleu cobalt pour la pensée (PS). Page 117, il faut aussi colorier les lettres (IN,
PS, SS, ST) selon ces indications. Le symbolisme chromatique des fonctions
psychologiques vous apparaîtra alors avec bien plus d'impact.

Nôtà B 3: Les chiffres entre crochets [ ] dans le corps du texte renvoient à
la bibliographie en fin d’ouvrage.

INTRODUCTION
Cet ouvrage est le fruit d’une réflexion personnelle engagée depuis nombre
d’années sur le thème de l’anima nipponicaselon la psychologie analytique
de Carl-Gustav Jung. Peu connue du grand public, la typologie junguienne
décrit de façon révolutionnaire la structurestandardde la psyché humaine
sur des bases psychologiques et neurologiques qui s’accordent l’une à l’autre
pour générer des types de caractères, en deçà des écarts individuels, culturels
ou ethniques qui modèlent chaque personnalité. Il s’agit donc d’une structure
universellepouvant s’appliquer sans distinction à tous les êtres humains. La
première partie de cet ouvrage tente de présenter les grandes lignes de cette
typologie afin de sensibiliser le lecteur aux principales tendances orientant la
psyché. Il devra bien s’en imprégner pour saisir le sens de nos interprétations.
À l’encontre d’autresdisciplinesmédicales, le psychologue ne dispose pas
de batteriesd’examensfiables(radio, IRMf) pourexaminerl’âme humaine
etposer son diagnostic. Il doit s’enremettre à lui-même, c.-à-d. àson propre
type psychologique, forcémentlimité, pour se livrerparl’introspection àune
sorte d’expertise de ce qui pourraitconstituerlavie intérieure d’autrui. Qu’il
lui arrive des’égarerdanscette entreprise, on le comprend aisément. Or, le
présentessai qui concerne lasingularité de l’âme japonaise n’estconcevable
qu’en avançantdes réflexionsetdescommentaires,tantôtélogieuxet tantôt
incisifs, où la subjectivité de l’observateurquiveutcomprendre propose des
interprétations. L’âme d’un peuple est comme celle d’un individu : d’un côté
les qualités, de l’autre les faiblesses. Veut-on y plonger un regard lucide, il
faut traiter des deux, sans fard ni passion.Aussi impartial cetessaiseveut-il,
les risquesde péjoration inhérentsàtoutjugementdevaleur réduisent son
objectivité. J’ai bien conscience de ce dangermaisla loi dugenre impose ces
contraintesà quiveut se livrerà descomparaisonsinterculturelles. Je m’en
excuse auprèsdesJaponaisetjeréclame leurindulgence. Si lesconclusions
énoncéesdanscetouvrage présententdesdominantes tempéramentalesplus
oumoinsavéréesde la psyché nippone, ellesn’ontaucun caractère définitif
carglobalementl’âme humaine ne cesse d’évoluerpour son propre compte.
La présente étude expose donc les grandes orientations caractérielles et les
traits psychologiques dominants propres aux Japonais, selon la typologie de
C.-G. Jung, tels que leur culture et leur style de vie les reflètent. Je me suis
démarqué à tous égards des traités de la japonitude rédigés par des auteurs
nippons connus qui souvent expliquent le caractère national de l’Archipel en
simplifiantoutre mesure. Desauteursoccidentaux sesonteuxaussirisquésà
comprendre laspécificité de l’âme japonaise, piquésau vif par son mystère,
avec desfortunes trèsdiverses. En gros, ontrouve d’un côté les spécialistes
duJapon (peunombreux, maisilsfontautorité) qui abondentdanslesens
desinterprétationsculturellesfourniesparlesintellectuelsnippons surle
caractère national de l’Archipel. Puis viennentlesautres: cercle pléthorique
désireuxde démystifier une japonitude censée êtretotalementindéchiffrable.
5

On perçoitdansleursécrits un agacement très revanchard pourdénoncerce
qu’ilspensentêtreune entourloupe. Avec en filigrane cette question : dans
toutesleursexplications, lesJaponaisneseraient-ilspasaufond de mauvaise
foi comptetenude l’argumentaire peu rationnel dontilsfontpreuve pour se
définireux-mêmes ?Or, danslesdeuxcas, ilya maldonne carla question
fondamentalesoulevée par unetelle entreprise n’estpasdu toutlesoi-disant
déconcertantcaractère national nippon maisplutôtl’angle psychologique
adopté pourl’expliquer. Or,seule la description fine de l’appareil mental par
Jung paraîtcapable d’apporter un éclairagesingulièrementinéditquantà
l’énigme de l’âme japonaise. Une mise en gardes’imposetoutefoisdesuite :
l’Occidental amoureuxduJaponrisque fortd’être dérouté parcette approche
aussi hardie qu’ardue. Il netrouvera guère les stéréotypesexotiques scotchés
d’habitude auxbasquesdesJaponais: geisha,samouraï,yakuza, mangaset
ie
C . Unsort sera même faitparfoisà certainesjaponiaiseriesanciennesou
modernes. L’Occidentne peutconcevoirle Japon qu’à l’aune deson propre
manque qui le faitdésirerardemment rejoindre l’autre pôle de l’être quise
dérobe à lui.L’Asie entière détient unevérité maisnon l’entière Vérité. Elle
est surl’autrerive de notre âme. Pourtant, le fleuve de lavie charrie le même
limon dans son lit. Mettre enregard lesdeuxprofilsd’un mêmevisage pour
qu’ils se dévisagent,voilà l’immense mérite de la psychologie junguienne.
Puisse-t-elle lever un coin du voilesurles traits uniquesde l’âme japonaise !
À défautde preuvesprobantes, on jugera desesavancées théoriquesetdesa
validité épistémologique pourd’autresétudescomparatives transculturelles.
J’ai déjà discuté[25]des thèmes inconscients qui historiquementontagité le
cœurdesJaponaisetje n’y reviendrai pas. Toutefois, comme la psychologie
analytique estaussiune psychologie caractérielle, certainsconflitsculturels
récurrents resurgissent sousl’effetde l’organisation etdufonctionnementde
la psyché humaine. Comme elle formeuntout vivant, la consubstantialité de
l’organe etde la fonction faitque le contenantetle contenu, la causalité etla
finalité, enun motlastructure et le senssontconstammenten interaction.
Un conflitentretientdonctoujours un lientrèsétroitavec la configuration
caractérielle du sujet(oude l’ethnie) en question. Une caractérologie doit
établir un corpus théorico-clinique capable de modéliserlesconstituantsde
la psyché danslesquelslescontenusde l’inconscient viennent se mouler. La
typologie de Jung semble satisfaire à cette condition.Aufinal, apparaîtra
dansnotre étudeuntableauimpressionniste ducaractère national nippontel
qu’ilserévèle dans sa civilisation et sesmœurs. Cela dit, je ne m’attendspas
à être comprisdesuite etcetessaisubirasansdoute bien des reproches. Une
approche moinsconventionnelle que d’autres sollicitant toujoursplusl’esprit
que la lettre, c’estlà chose normale. Mais si le lecteur trouve dansce livre
tantmatière àréflexion que bonheurà lire, j’enseraitrèsheureux. Ce livre
faitexplicitement référence à l’enseignementpsychanalytique dispensésous
forme deséminairesparle DrÉmile Rogé (1936-2011) à l’écoleDimension
Psychologique. Qu’iltrouve parcetouvrage l’expression de notre gratitude.
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PREMIÈRE PARTIE
PETIT TRAITÉ DE PSYCHOLOGIE ANALYTIQUE
Pour une métapsychologie d’inspiration junguienne

STRUCTURE ET CARACTÉRISTIQUES DE LA PSYCHÉ SELON JUNG

Jung avant-gardiste
Jung fut avant-gardiste à cause d’une très forte intuition qui le poussa sans
cesse à poursuivre sa propre vision de la réalité de l’âme. Il s’aventura sur de
nombreux sentiers et ouvrit bien des pistes, en attente d’une exploration plus
complète ou d’une caution scientifique. C’est le propre des pionniers que de
montrer la voie, même si la carte n’est tracée qu’en fins pointillés. Une des
avancées les plus captivantes de sa pensée est la description singulièrement
cavalière de l’anatomie et du fonctionnement de l’appareil mental humain.
Un siècle d’existence et pourtant elle est toujours d’actualité, étonnamment
moderne. Jung a réussi à trouver à force d’empirisme intuitif les fondements
anthropologiques qui rendent sa métapsychologie universelle. Sa pertinence
se vérifie dans l’esprit de finesse et la force de pénétration dont en pratique
elle fait preuve. Son originalité réside dans sa grande unité ontologique qui
la situe en amont de toutes les différences : ethniques, groupales, familiales
et individuelles. C’est la seule qui permet de travailler convenablement dans
le champ de la transculturalité sans trop gauchir la réalité des faits ni trop
s’égarer en vaines considérations dues à des forçages pour plaquer la théorie
sur des peuples non occidentaux. Elle peut expliquer autant le tempérament
national et la richesse d’une culture que les variations qui la séparent et aussi
l’opposent parfois à d’autres. À l’heure duchoc descivilisations, desconflits
interethniques, desgénocidesetdes terrorismesqui ensanglantentla planète,
disposerd’untel outil pourmontrerl’unicité dupsychisme humain n’est
plus un luxe. Elle pourraitaiderà mieux voiren l’autre le fondspsychique
commun qui noushabitesans renierpourautantnotresingularité. Découvrir
dans une culture étrangère ce qui manque en lasienne pourl’intégreràsoi,
n’est-ce pasaussiune façon d’évoluer ?Hélas, l’expérience montre qu’il est
difficile de comprendre ce que l’on n’estpas, pourdes raisonsduesà des
variationsde caractère. Unetransculturalité d’inspiration junguienne fondée
surla connaissance de l’organisation de la psyché etdeson fonctionnement
pourraitinfléchircette fatalité etcontribuerà mieuxcomprendre lesconflits
internationaux. L’universalité de cettetypologiese fondesurlesliensentre
le conscientetl’inconscient,sans recoursaupathologique,vite péjoratif. Le
DrÉmile Rogé lui a faitfaire desavancéesdécisivespardesprolongements
anthropologiques, culturelsetcliniques. La présentation de notre petit traité,
directementinspiré desa pensée estdestiné aulecteurpeufamilierde la
psychologie de Jung. Il luiserautile pouraborderlaseconde partie dulivre.
L’inconscient bipolaire : introversion et extraversion en compensation
Suite àsarupture avec Freud (vers1913), Jungsaisitque lesdissidencesau
sein dumouvementpsychanalytiquesontdues surtoutà desdifférencesde
caractère. La lecture desprincipauxphilosopheset son expérience clinique
de psychiatre lui avaient tôtenseigné cettevérité. Il désiresurtoutconcevoir
9

unetypologie psychologique qui intègre la notion d’inconscient, découverte
récente de la psychanalyse. Il fera partdu résultatdesesinvestigationsdans
son livreTypes psychologiques[27]. Ilydécritdeuxdimensionsau sein de
l’appareil mental, l’introversionetl’extraversion, qui fonctionnentcomme
desattracteurspsychiquesorientantla libido,soit versl’intérieurdans un
rapportdirectau sujet,soit versl’extérieurdans unrapportindirectà l’objet.
Elles s’opposentpourmieux se compléteret surtoutse compenser, dans une
sorte d’homéostasie psychique qui maintiententre lesdeuxpôlescontraires
un certain équilibre. L’introversion etl’extraversionstructurentainsi la
psyché auniveauabyssal et s’expriment sousla forme de deuxattitudesde
base, présenteschez touslesêtreshumains, maisdifférenciéesà desdegrés
divers. Selon lesexe, l’âge, la culture, la famille, le milieu social, l’époque
oul’équation personnelle (génotype etphénotype), l’attitude psychologique
prédominante d’une personne peutconsidérablement varier. Lesqualités
intrinsèquesde chaque dimension déterminent unevision dumonde et un
style devie particulier tandisque l’attitude opposée, moinsbien différenciée,
cherche à partirde l’inconscientà en compenserlesexcès,un peuà la
manière d’unthermostat, pour régulerle fonctionnementglobal de la psyché.
L’attitude intérieure de basese fondesurl’une oul’autre de cesdimensions.
Ils’agitd’unchoixinconscientà partird’un donné ancré dansle biologique
etla génétique. Telle personnes’oriente plus versl’objet,telle autre plus
verslesujet, pourdes raisonsadaptativescorrespondantà latendance qui est
1
plutôtlasienne à la naissance . Toutefois, cette attitude n’estjamaisabsolue,
justepréférentielle. Il estdoncrigoureusementimpossible d’ignorerl’autre
dimension. Ceseraitcomme courirà cloche-pied (ça cloche donctrès vite).
Autrementdit, la dimension moinsbien individualiséesurle plan conscient
continue d’existerdansl’inconscientoùelle œuvre de façon compensatoire
pour rééquilibrerles rapportsde forcesentre lesdifférentesinstances
psychiques touten maintenantleurparité énergétique. L’extraversion et
l’introversion coexistentainsi en de justesproportions(la prédisposition
naturelle de chacun perdurant), conférantà la psychéune certaine eurythmie.
Jung individualise clairementl’attituderéactionnelle de l’inconscientqui
veutpondérer secrètementcelle duconscientaumoyen de la compensation.
Ce mécanisme agitcomme celui de larétroaction en biologie par une action
régulatrice desensinverse. Concretouabstrait, lesdeuxprocessus relèvent
d’un même isomorphisme fonctionnel : la compensation estindispensable à
l’équilibre de la psyché comme le feed-back l’està celui dubiologique. Sur
le modèle de l’homéostasie physiologique, j’ai déjà proposé[25]d’appeler
homéostasie psychiquecetéquilibre basésurl’action enretour. On pourrait
donc avancerl’idée d’un automorphisme entre l’introversion (versl’action et
l’activation) liée au système orthosympathique etentre l’extraversion (vers
laréaction etla modération) liée au système parasympathique. Auniveau
abyssal, le corpsetla psychésont vraisemblablement structurés sur un même
modèle, celui d’unebipolarité connivente et interactive. On a aucuneraison
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de penser le contraire puisque lesmondesphysique etchimiquesontaussi
organisés surce modèle desymétrie (brisée). C’estpourquoi lesconcepts
junguiensd’introversion etd’extraversionsemblentpertinents(cliniquement
etépistémologiquement),sauf à en avoir unevisionréductrice oupéjorative.
Touslesfinsajustementsde la psychésontdusàsesfacultéscybernétiques
qui larétrocontrôlentautomatiquementeten permanence, comme il enva
aussi des systèmesducerveau. L’isomorphisme desprocédésneurologiques
etpsychologiquesestici manifeste. Hélas, plusl’attitude consciente devient
unilatérale, pluscelle de l’inconscientl’antagonise, la déstabilise, la prend à
contrepied etfinitparl’inverserenson contraire, dansle butde maintenirà
toutprix un équilibrevivable entre lesattracteursopposés. En ce cas, la
compensation a dérapé. Elle estalléetrop loin etdevientautomatique. Jung
parle alorsd’enantiodromie,terme emprunté à Héraclitesignifiant« course
ensenscontraire ». Ainsi,une extraversion consciente estcontrebalancée par
une introversion normale maismoinsdifférenciée dansl’inconscient. Si cette
extraversion devient trop excessive, l’inconscientdéveloppera le contretype
de cette attitude, c.-à-d.une introversioncontrouvée, dans unregistre fruste,
non différencié, quiva obligerlesujetà descomportementscaricaturauxet
pathologiques. Celui-ci devientalors unfaux introverti,renfermé, passif,
nerveux,sensitif. Or, ces symptômesnereprésententabsolumentpaslavraie
introversion, centréesurlesujet, la conscience desoi etla confiance ensoi.
Ainsi, quandune dimension dominetrop exclusivementle conscient, l’autre
dimensiontente de la neutraliserenrevenant s’exprimeren elle de façon
péjorative, au risque de déstabiliserle fonctionnementd’ensemble de la
psyché (registre névrotique),voire de le pervertircomplètement(registre
psychotique). On le constate dansla psychose bipolaire (psychose
maniacodépressive) dontles tableauxcliniquesen miroirmanifestentleretournement
dipodique de la psyché[25]etce jusque dans sesfondementsphysiologiques.
Comme l’extraversion etl’introversion axentl’ensemble de la psyché,
chaque dimension irradie absolument toutce qu’elle perçoitde l’extérieuret
de l’intérieur, orientantla libido àsa manière,selonsespropreslignesde
force. Chacune attire forcémentdans sonsillage deséléments, desfacteurs,
desprincipes, desnotions, desconcepts, desétatspsychiques, desémois
affectifsetnombre d’imagesinconscientesqui luisont symboliquementet
morphologiquementcorrélés. Cela confère à chacune d’elle despropriétés
spécifiques(cf.tab 1) qui ne peuventabsolumentpaspermuter. Cependant,
la compensation opérée parl’inconscientqui maintientl’équilibre psychique
abuse aisémentl’entendementde l’observateur surlavraie nature desdites
propriétésen leslui faisantnaturellementintervertircarle retour du refoulé
de la dimension opposée provoque des interpolations souvent caricaturales.
Des vessiespassentalorspourdeslanternes. Jung lui-même le déplore :la
psyché humaine est d’une monstrueuse duplicité. Dans chaque cas d’espèce
il faut se demander si une attitude ou un prétendu habitus est intrinsèque et
authentique ou si d’aventure il ne serait pas la compensation de son
11

contraire[28]. Le langage commun a doncretenu une fausse introversion et
une fausse extraversion qui ne correspondentpasà l’essentialité de chaque
dimension. Seulsontétésaisislescomportementsoutranciers,soitdans un
sensfranchementpéjoratif (introverti),soitdans unsens vraimentmélioratif
(extraverti). Lorsqu’une dimension estfrustrée devie parl’autre, elle mène
une existence fruste dansl’inconscientmaisnereste paslongtempsinactive.
Elle développeune contreposition pourcontrebalancerl’attitude consciente,
exerçantdespousséescorrectricesparle biaisderêveset/oudesymptômes
pour se faire entendre et satisfaireses revendications,voire pour s’emparer
dumonopole detoute lavie consciente. Unesoif dereconnaissance l’anime.
ToutescesexplicationsontétévisualiséesjadisparlesChinoisdansle
retournementdespôlesdutaìjìtú(太极图) etlonguementdéveloppéesdans
lesmutationsduYì Jīng(易经). On pourraitassimilerl’introversion au yang
blanc etl’extraversion au yin noirpourdécrire la configuration abyssale de
l’inconscient(cf.notreschéma de lastructure de la psychéselon Jung p. 98).
Attitude et comportement s’accordent dans une conduite
De cesconstatationspréliminaires, ilressortquele comportement extérieur
d’un individutend inconsciemment à prendre le contrepied de son attitude
intérieure pour rétablir l’homéostasie de la psyché. Ils’agiten effetd’un
systèmetrèsclos,sansaucune déperdition d’énergie. Ils’ensuitainsi qu’une
attitude conscientetrop extravertie estcompensée dansl’inconscientpar une
2
autre de plusen plusintrovertie, maisdans unregistrevite controuvé et
parfois pathologique. L’inverse biensûrestaussivrai. L’attitude contrefaite
finitdonc parinfiltrer subrepticementle conscienten obligeantlesujetàse
comporterà l’inverse deson attitude dominante. Aufil du temps, il arrive
qu’un hiatus s’instaure entre cesdeuxpositions, causantdesdéviationsou
desaltérationsde la personnalité,voireune dissociation. La main gauche ne
sachantplusce que faitla main droite, lasyntonie desopposésest rompue et
l’équilibre de lasymétrie estbrisé. De plusen plusen porte-à-faux, le moi
cherche des succédanéspourmaintenir sa cohérence et son intégrité dansla
psyché. Cespis-aller sont souventinefficacesetne fontqu’augmenter son
angoisse face à l’attitude inconscientetête-bêche qui de l’intérieurcontinue
sontravail desape. Il n’estplusmaître dans sa maison,souffre le martyre,
tandisque la névroses’installe. Parbonheur, la compensation obligeantàse
comporterà l’inverse deson attitude dominante n’envientpas toujoursà
cette extrémité. Ils’agitavant toutd’unmécanisme naturelet secourable,
nécessaire préalable à la bonnesanté psychique. Chacun peutl’expérimenter
quotidiennement. Après un effortintellectueltrèsintense parexemple on a
besoin dese changerlesidées, envie de faire la fête,tandisqu’une inactivité
physique prolongée incitevite à faire du sport, àseremuerlesguiboles. Très
affairé, l’extravertivoudra parfois vivre pleinement sontempsque d’autres
lui dévorentetqu’il maîtrise mal comptetenudesontype. Pour seretrouver,
il ferauneretraite dans un monastère, contrebalançantainsisatendance à
12

l’activisme. Ils’appuie alors surl’introversion, dédaignée d’habitude. Moins
dépensieren énergie etbeaucoup pluscasanier, l’introverti décideraun beau
matin qu’il lui faut voyager. Ilréduitalorsleseffetsd’unesolitude devenue
pesante ense lançantà l’aventure dans un espace inconnu,souvent sans
préparation comptetenului aussi desontype. Ilretrouve ainsispontanément
son extraversion envoyantdesgensetdupays. Or, danslesdeuxcas, la
compensation opèreunrétablissementde latendance moinsdifférenciée en
incitantla personne àse comporterà l’inverse desa disposition naturelle
pourexpérimenterla dimension jusque-là négligée. Pourle premier, cesera
letempsetlesujet ;pourlesecond, l’espace etl’objet. Cesdeux tendances
orientant toute psyché, nous sommesbiensûr tantôtl’un,tantôtl’autre,sans
nousdépartirde notretype préférentiel. Le mécanisme de la compensation
fonctionne donc commeunesoupape de sécuritéqui permetde garder une
pression constante entre des systèmesopposés. Cette fonction deretourà
l’équilibre parl’inverse la faitde faitagircomme larétroaction en biologie.
Toutêtre possède en lui cesdeux typesavectoutefois une prévalence pour
l’un oul’autre, déterminantlesenspréférentiel de la libido às’écouler soit
versl’objet,soit verslesujet. Ils’ensuitque dansla psyché d’une personne
normale l’attitude du moment, celle qui porte le jugementetmotive à la fin
la décision àun instantprécis, peut se modifierjusqu’às’inverserpar rapport
au type deréférence intérieurhabituel, en fonction descirconstancesoude
facteurspassagers. Jung cite ainsi l’exemple de deuxjeunesamis[27],l’un
introverti etl’autre extraverti, partisfaireune excursion à la campagne. Ils
sontdevant un joli château. Le premier se demande ce qu’il peutcontenir
tandisque lesecond est saisiin pettoparl’envie d’entrer. L’extraversion
poussantà laprimarité, il estpressé d’agirpourallerà larencontre de l’objet
qu’il dote alorsd’un puissantmana. Sansdouteva-t-ilvivre dansce château
d’épiquesaventures,rencontrer une gente dame etla libérerd’unvilain
dragon assis sur untrésor. Toutescesprojectionsl’excitentauplushaut
point. L’introverti leretientauderniermomentcar toutes sortesde pensées
restrictivesluitraversentl’esprit(c’estinterdit! c’estdangereux!). Comme
sontype le pousse à lasecondarité, il cherchetoujoursà différer son action.
Il finit toutefoispar suivreson ami extraverti, entraîné parluiversl’intérieur
duchâteau. Hélas, il n’yarien d’excitant, aucune aventure en perspective,si
ce n’estque devieuxgrimoiresexposésdans unesalle obscure. L’extraverti
bâille ouvertement,regrette d’être entré, estmorose, associe lesmanuscrits
auxétudes universitaires, auxexamensprochesqui le contraindrontàrester
enfermé. Bref, il déprime. Le châteaud’abordsiséduisantne l’intéresse plus
et setrouve maintenantinvesti négativement. Son ami introverti enrevanche
devient toutà couptrès volubile. N’est-ce pasmerveilleux tousceslivres
anciensqui doivent recélerde précieux trésors ?Il fautdesuite lesconsulter,
passerdemain à la bibliothèque de laville,vérifierleurorigine, connaître
leurhistoire, la biographie desauteurs, etc. L’objetestdésormaisinvesti
positivement. Las,son ami lui fait remarquerqu’ilserait tempsde partir, la
13

balade n’étantpas terminée, afin de profiterde cette belle journée puisque de
toute façon le châteaun’a plusaucun intérêt. Pourl’extraverti, l’action doit
reprendre le dessus. L’autre,vexé parcetterépartie,se jure de ne plusjamais
sortiravec lui. Ce dernier se fâche àsontour, letraite d’égoïste,sanségard
pourlesautres. Mais rien n’yfaitcarchezl’introverti lesujetprimesur tout.
Toutefois, nosamisnese brouillerontpascarcette historiette conte lesdeux
attitudesintérieurescompromissoiresqui noushabitent tousen profondeur.
Leretournementd’attitude enson inverse estdoncun phénomène normal et
sain lorsqu’ilreflète, comme dansl’exemple ci-dessus,unetransactionentre
lesdeuxattracteursopposésd’introversion etd’extraversion qui oriententla
3
psyché . Le moi peutainsi passer sans trop d’anicrochesde l’un à l’autre
selonson inclination etlesnécessitésdumomentpuisque lui-mêmes’est
construitdansl’alternance descontraires. En principe, il a dûexpérimenter
lesdeuxdimensions, dumoinsàstricte minima pourcelle inverse àsontype
naturel. Cependant, influencé parnombre de facteurs(comme l’éducation et
l’environnement), il peutaussidésunir l’intrication des opposésau risque de
se désunir. Dèslors, ceux-ci netravaillentplusensyntonie etperdentleur
connivence, chaque opposése mettantà fonctionnerpour son propre compte.
Étantdonné l’antagonisme de leurspropriétés, la personnalitése gauchit,se
dissocie,voirese clive. Ostraciserl’une oul’autre le placetrès vite dans une
fâcheuse position car son champ devisionserétrécitde moitié. Il ne penche
plusque d’unseul côté. Le moi possède deuxchaisesàsa disposition etpeut
s’asseoir tantôt surl’une,tantôt surl’autre, en fonction desa prédisposition
naturelle oupoussé parla force deschoses, nécessité faisantloi. Devient-il
tropunilatéral, l’attracteurinverse change deregistre. Cette foisil opèresans
criergareunvirage à 180degrésetinfligeune correction à contresensqui
faitbasculerle moisous sa coupe, dans unregistre fauxetcontrouvé. Voilà
maintenantle moi assis surl’autre chaise maishélasen positiontête-bêche,
retourné commeune crêpe parlesmécanismesde l’inconscient. Veut-il au
contraire ménagerabsolumentla chèvre etle chou, ilseretrouve alorsassis
entre deuxchaises, indécis, passif, bloqué, incapable d’un choixpersonnel.
La prédisposition naturelle à l’introversion ouà l’extraversion qui devraiten
principe l’orienterdans sesoptionsn’a plus voixauchapitre. C’estlestatu
quo. Quand le moi ne distingue pasassezen lui lescontraires, éludantleur
dialectique etlesconflitsafférents, la conscience desoireste floue. Cesont
alors souventlescirconstancesextérieuresqui décidentà la place du sujet. Il
estdommageable pourlui des’enremettre auxautresouà descontingences
plutôtqu’àsavolonté propre. Le libre arbitre estbienun gain de conscience
inestimable. Comme lesqualitésd’unetendance fondentlesantiqualitésde
latendance opposée (et viceversa), parvenirentre ellesàun moyenterme
est trèsimportantpourpréserverl’eurythmie de la psyché. Ne pouvant se
départirde ce qui le fonde, le moi doitbientrouver unterrain d’entente pour
marieren lui lesdimensionsd’introversion etd’extraversion. Lasagesse
populaire ne dit-elle pasque le juste milieuestlesecretde lasanté mentale?
14

La dimension inverse à la dimension normalementdominante quirevient
en elle pourcorriger sesexcèsestlerésultatd’une pousséesecondaire. En
étathabituel derepli, elle doitparfoisopérer unrelâchementde latension
accumulée en elle pourmieuxcontrebalancerleseffetsde la dimensiontrop
privilégiée. La mise enveilleuserelative de l’une parl’autre occasionne
couramment un besoin de détente de la première pourcompenserlatrop
grande brillance consciente de laseconde et restaurerainsi l’équilibre de la
psyché. Ce mouvement secondaire derebond estbon par son action de
retourà la normale, derétablissement versl’unité du sujet. Dansl’exemple
cité, l’introverti en général plutôt réservé apparaît toutà coup aux yeuxde
l’observateurcommeun extravertoi : uvert, éloquent, enthousiaste. Ils’agit
enréalité d’une extraversion entrompe-l’œil qui ne correspond pasàson
mode d’être habituel. Le comportementqu’elle provoque chezlui, àson
corpsdéfendant, est toutefoisd’une grandevaleurcaril lui permetdevivre
l’attitude inverse (aumoinsparprocuration), mêmesi leditintrovertisent
confusémentque cette extraversion ne luiressemble guère. Cette primarité
pour untemps retrouvé et un peucontrefaite ne cessera pasde l’interroger.
L’autre, l’extraverti,vitaussi la contre-poussée de l’attracteurinverse qui
vient secondairement réguler sontype. Ils’afflige qu’on puisses’intéresserà
devieuxmanuscrits si poussiéreux. Levoilàtoutà coup morose, pressé de
reprendre l’excursion qui leressourcera dans sontype naturel. Ilvitdoncun
momentd’introversion qui le force d’un coup à l’inaction, à laréflexion, à la
secondarité. Il doitoublierl’instantprésentqu’il affectionne pourenvisager
desperspectivesbien moinsprimairesque cellesdesontype ordinaire. Ne
possédantplusla maîtrise de l’objetcomme àson habitude, il le dévalorise,
lui enveut, passesescaprices surlui, autrementditletraite négativement,
dominé par unesubjectivité moinsdifférenciée. Rien de catastrophique dans
laréaction de l’introverti oude l’extraverti qui prend pourchacun d’euxle
contrepied de l’attitude de base intérieure. Ceretour secondaire de l’attitude
négligée enuncomportement contraire à l’attitude dominanteest très sain,
mêmes’ilserévèle parfoisdans unregistreun peupéjoratif comptetenude
l’indifférenciationrelative de la dimension inverse au type de prédilection.
Le dictonles extrêmes se touchentseréfère lui aussi à ceteffetde balancier
d’un contraire à l’autre qui oblige des tendancesantinomiquesà produireun
résultat similaire maisdans unregistre dépréciatif. Une brûlure parle feuet
une engelure parle froid donnent une nécrose des tissusmais s’originent
dansle contraire. L’exemple desdeuxamisde caractère opposé montre que
la psyché fonctionnesans vraierupture grâce à la compensation quiréduit
via le comportementextérieurles trop grandsécartsdetension entre lesdeux
attitudesintérieurespolairesqui noushabitent. L’attitude harmonieusement
alliée aucomportementen miroirquivientla corrigerdétermine aufinalune
conduite. Si le moi estassez souple (nirigide, ni diffluent) pourassocier une
action àson contraire, il peutla dirigerplusefficacement vers un butpuisque
cette approche double lui permetde larelativiserquand il le fauten toute
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conscience. La fracture entre l’attitude etle comportementétant«réduite »,
on nevoitplusque larésultante, àsavoirla conduite. Enrevanche, quand
l’absoluité d’une attitude ne peutplusêtre compensée, on observe alors un
retournementde latendancetoutaussi absoluenun comportementinverse
caricatural. Lasyntonie du sujetestalorsbrisée,remplacée par une cassure
pathologique. L’outrance des tableauxcliniquesdansla psychose bipolaire
témoigne ainsi du revirementd’une attitude intérieuretropradicale enun
comportementextérieur toutaussi extrême, maiscette foisdesigne opposé.
La compensation normale de la psychévire alorsà l’enantiodromie, c.-à-d.
au renversement soudain en le contraire. Lesdeuxattitudesde base de cette
psychosesous-tendueschacune par une dimension psychiquese manifestent
donctrèscaricaturalement, à l’inverse de leurspropriétésintrinsèques, enun
comportementautomatique,soitenune extraversion grossière (la manie),
soitenune introversion factice (la mélancolie). Sansallerjusqu’à cette
pathologie gravissime, l’effetboomerang de latendance en étatde faiblesse
dansl’inconscientquirevientcirconvenirlatendance dominante provoque
souventchezlesujet unesusceptibilité à fleurde peauenraison de la
compensation. Pasassez reliée aumoi qui n’en peutmais, la contre-tendance
s’arroge alorsle droitd’agiràsa guise, entoute impunité. Pouréviter une
amplitudetrop forte danslerenvoi dubalancier, le mois’efforce donc de
trouver un compromisentre ces tendancesincompatibles. Cela nécessite
toutefois un niveaude conscience élevé et une assezclaire distinction des
contraires, de leurdialectique, desparadoxesoudesaporiesqu’ilslui posent.
Introversion et extraversion : quelques propriétés
La psyché est un phénomène intangible. Aucunscannerne pourra jamais
révéler sa morphologie ou visualiser sescontenus. Personne ne peutnier
aujourd’hui laréalité de l’inconscient. La question estdesavoirquelle
structure il pourraitavoir. Il estfortementprobable qu’il estconfigurésur un
modèle binaire, avec desoppositions symétriques, à l’image desmondes
physique etorganique. L’isomorphisme matière-psyché plaide en faveurde
cette hypothèse. Jung a choisi de nommerintroversion etextraversion les
deuxattracteurs de la libidoagissantau sein de la psyché humaine. Chaque
dimension psychologique possède certainespropriétés, antinomiquesà celles
de l’autre, qui permettentde ne paslesconfondre. Mais, hélas, comme elles
s’entrerégulent, il estbien difficile desavoirà quelle dimension attribuerces
propriétés, la compensation de l’une parl’autre provoquantaisémentdes
interpolations. En effet, lesqualitésde la dimension inférioriséereviennent
souventen catimini investircellesde la dimension dominante pour s’y
maquilleretlescontrouver. Une fausse introversion estdonc facilement
prise en place de lavraie, etinversement. Toutefois, on peut résumer selon la
nature de chaque attracteurlespropriétésintrinsèquesde l’introversion etde
l’extraversion afin de ne pas toutconfondre, en particulierlesens suivant
lequel ellesattirentou repoussentla libido, leurs valeursderéférence, leur
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manière d’être, leurinfluencesurlaréalité, leursétatsouleursattributs. À
titre indicatif, letableau suivant regroupe certains thèmes structurellement
liésauxattracteursqui oriententla psyché humaine etdéterminent, dansdes
proportions variables,un certainstyle devie et une conception dumonde.
Tab 1: Quelquespropriétés relevantde l’introversion etde l’extraversion (liste non exhaustive)

INTROVERSION
Référence à la Transcendance : Esprit/intention
Référence à l’Imago dupère : essence/être
Temps-axevertical : progression/passé-futur
Temps vectoriel impermanent:vecteur/direction
Diachronie-Métachronie : causesde l’acausalité
Profondeurethauteur: intensité etdurée
Pouvoirfécondant: impulsion,sensetfinalité
Force centripète : contraction lévogyre
Action etexcitation : activation etchangement
Abstraction-individuation :singularitécohérente
Identité :sujet/subjectivité/égocentrisme/absolu
Originalité-différence : puissance/auradu sujet
Pulsionsdevie :sadisme etanabolisme
Principe de plaisir: désiretjouissance
Oralité : introjection de l’objet(ex: manie)
Qualité :unicité/ordre/intégration/œcuménisme
Sphère duprivé : ipséité etintimité
Autrui estmonprochain : intranéité/solipsisme
Destinée individuelle : quêteversl’heuristique
Morale personnelle :vérité/principes singuliers
Résistance active :logique du sujet/prédestination
Monothéisme:révélationirréversible/résurrection
Dogmatisation : l’idéalrigidifie la foi
Société en classes-castes: élitisme/révolte
Rapports sociauxdevantla loi (droitécrit)

Racisme : le bouc émissaire (purifier/éradiquer)
Universalité : clarté des signesconnotatifs
Contenu-signifié-fond : l’espritdevance la lettre
Analyse : penchantau rigorisme puretdur

EXTRAVERSION
Référence à l’Immanence : Âme/matière
Référence à l’Imago de la mère : existence/avoir
Espace-axe horizontal : présent/ici etmaintenant
Tempscyclique permanent: orbitation/phases
Synchronie : effetsacausauxdansla causalité
Étendue et surface : extensité etinstantanéité
Pouvoirgénérant: essor,structureet réalité
Force centrifuge : dilatation dextrogyre
Réaction etmodération : fixation etinertie
Concrétude-généralisation : holismesyncrétique
Altérité : objet/objectivité/allocentrisme/relatif
Consensualité-mêmeté : importance/objetmana
Pulsion de mort: masochisme etcatabolisme
Principe deréalité : besoin etmanque
Analité : identification à l’objet(ex: mélancolie)
Quantité : pluralité/classe/séparation/localisme
Sphère dupublic : neutralité etimpersonnalité
L’autre estunsemblable : extranéité/grégarisme
Destin collectif :sujétion auxalgorithmes
Morale collective: esthétisme/principesnormatifs
Résistance passive : logique de l’objet/fatalisme
Polythéisme :révolutionréversible/renaissance
Sécularisation : l’utileédulcore la foi
Société en clans-factions: égalitarisme/vendetta
Rapports sociauxde bon aloi (droitcoutumier)
Ségrégation : la brebisgaleuse (bannir/ostraciser)
Tautologie :redondance des signesdénotatifs
Contenant-signifiant-forme : l’esprit suitla lettre
Synthèse : penchantau syncrétisme baroque

Signalonsencore que l’introversion etl’extraversion agissentde concert.Il
est absolument impossible qu’elles s’excluent ouse neutralisent entièrement
l’une l’autre. Entre cesdeuxattracteurs, ilyauratoujours une différence de
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potentiel, source d’énergie psychique, dansdes rapportsquivarient selon
nombre de facteurs: disposition naturelle de l’individu,sexe, âge, influence
de l’éducation etde l’environnement, culture, époque concernée. Seule la
résultantesevoit.Les propriétés proposées dans notre tableau étant idéales,
on ne les voit donc jamais dans la réalité à l’état pur. Toutefois, il fixe des
lignesde démarcationutilesen matière detransculturalité. Aussi lesuivrai-je
dans sesgrandeslignesdanslaseconde partie de l’ouvrage qui abordera les
traits singuliersde l’âme japonaise, comparésà ceuxd’autrescultures si
nécessaire. J’ai proposé leterme d’anthropoculturalité[25]pourdésignerce
type d’approche interculturelle à partirdesdeuxattracteursde l’inconscient
etdesquatre fonctionspsychologiquesquistructurent toute psyché humaine.
Comme lesdeuxattracteursagissentpar un effetdetropisme, ilsdrainent
naturellement verseuxdesqualitésdotéesd’un dynamisme comparable car
les semblables tendentàs’agencerautourdumême axe. Ainsi, on constate
que lespropriétésde chaque dimensionsontopposéesetcomplémentaires.
L’introversionva plutôt versl’intérieur, lesujet, l’unité etla condensation et
l’extraversionse dirige plutôt versl’extérieur, l’objet, la fragmentation etla
dispersion.L’énergie psychique résulte justement de la tension formée entre
ces deuxattracteurs. Normalement, ils s’équilibrenten proportion comme
s’ajustentleyang etleyin pourpréserverlavie etla faire évoluer. Les
qualitésessentiellesde chacun d’euxdériventde l’orientation qu’ilsdonnent
à la libido. Lastructure de la psyché nesaurait se départirde cette bipolarité
qui la fonde. Latranscendancerelève donc obligatoirementde l’introversion
(thématiquesde l’être) etl’immanence de l’extraversion (thématiquesde
l’avoir). Les renvoisconcernantl’Espritqui porte l’Intention à l’origine de
l’étant(soumisà la mortparla marche du temps) etceux relevantde l’Âme
qui éprouve lavie àtraversla matérialité ducorps(soumisà l’ainsité du
présent)suiventcette organisation en miroir. Dansl’idéalité de l’inconscient
abyssal, l’Imago dupère participe de l’essence etde la connaissance;celle
de la mère estliée à l’existence età l’expérience. La diachronie-métachronie
se place logiquementen ordonnéesurl’axeverticalcarletempsest vectoriel
(dupassé aufutur), distillantconstammentde l’impermanence à mesure de
son écoulementpourimplémenterl’avenirpardes(in)novationschargéesde
dévoiler unsens inconnujusqu’alors.Le temps est donc la cause première
de l’acausalité qui délivre parfoisundit sens dans la causalité de l’espace.À
l’inverse, lasynchroniese place en abscissesurl’axe horizontalcarl’espace
réactualise avecune granderégularité dansle présentdeschosesdupassé en
lesre-cyclanten l’étatpourmaintenir unestructure connueassezfiable et
permanente, nécessaire à lastabilité de lavie. Letempscyclique agitdonc
en premierlieudanslaréalitésousla forme d’unéternel retour dumême(cf.
M. Éliade). Toutefois, il arrive que l’acausalité portée parletemps vectoriel
sécrètealéatoirementdu sensdansla causalité de l’espace. La constance de
cette architectonie installe donc l’impermanence du temps vectoriel dans une
certaineduréeparle procédé de l’orbitation(dontlesphases successives
18

forment une chronologie). Cettestructure manifeste concrètementl’Intention
de l’Esprit. L’axevertical du tempschargé d’indiquerlesensde l’avenir
valorise forcémentla profondeur(lesabysses), la hauteur(les sommets) et
l’intensité. L’axe horizontal de l’espace qui fixe dansle présentl’étatde la
structure invariantevalorise aucontraire l’étendue (lasurface), lesuperficiel
(laréalité apparente) etl’extensité. L’intensité du temps vectoriel quivient
dupassé pour s’écouler versl’avenirfortifie forcémentl’identité du sujet
dans sonunité et sa constance, lui offrantainsiun devenir singulier(leterme
en estla mort). L’extensité de l’espace qui metenrotation letemps vectoriel
pourmieuxlerévélerdanslaréalité fragilise aucontraire la continuité du
sujeten le liantà l’éphémérité duprésent. Letempsqui estde l’introversion
impulse donc le changement via l’acausalité desonpouvoir fécondanttendu
vers une finalité inconnue. Il insémine ainsi l’espace extraverti deson propre
principe d’acausalité, l’espacereprenantladite acausalité àson comptevia la
4
causalité desonpouvoir générantafin de faire croître le dessein du temps.
Comme lesdeuxattracteurspointent versdesdirectionsopposées, ils sontà
la foisadversatifsetaussi connivents. La contraction etlasystole propresà
l’introversion lientforcémentcelle-ci à laforce centripètequi imprimeun
mouvementlévogyre (versla gauche etl’inconscient)tandisque la dilatation
etla diastole propresà l’extraversion l’associentnécessairementà laforce
centrifugequi imprimeun mouvementdextrogyre (versla droite et versle
conscient). Auniveauabyssal, il n’ya d’autre choixpossible que cesdeux
orientations(leursnomsimportentpeu) carellesfondentlastructure
psychophysique du vivanteten préserve l’équilibre enserégulantl’une l’autre. On
jugerasansdoute que cettevision dichotomique est tropsystématique etque
laréalité quotidienne admetbien d’autresoptions, maisl’architectonie de
l’univers reposesur un modèle bipolaire, comme nouslerappellentleyin et
leyang chinoisoulesmodèlesde lascience. Ainsi, lesfonctions réflexesdu
corps sont soumisesauprincipe de l’homéostasievia lesystème nerveux
végétatif à lastructure double (orthosympathique etparasympathique). On
peutlogiquementen déduire que lastructure de l’inconscient suitaussi cette
bipolarité en équilibrecarle cerveau(versantconcret) etla psyché (versant
abstrait) ont vraisemblablementdûévoluerde concertà partird’un même
patronisomorphique. Issudetouteslesoppositionsde base quirégissentles
mondesextérieuretintérieur, levivantdoitnéanmoins trouverdessolutions
vivablespour relativiserl’absoluité de chacun des termes, bien qu’ilsoit très
difficile d’échapperà la conflagration descontrairesetàsesapories,surtout
lorsdesmomentsde crise qui nousaffectent. Toutce quirelève de la
problématique du sujet s’oriente doncversl’égocentrisme (etnon l’égoïsme)
etl’individuation pourassurerla cohérencesubjective etl’identitésingulière
de l’être, happé àson corpsdéfendantparla marche du temps. À l’inverse,
toutce quivise la problématique de l’objet verse dansl’allocentrisme (etnon
l’altruisme) etla généralisation,soulignantlesyncrétisme englobantetla
similitude concrète avec l’alter,saisisanslesavoirparl’omniprésence de la
19

spatialité. L’introversionsouligne donc la différence du sujetetde l’objetet
l’extraversion leurmêmeté. Lesextravertisnimbentfacilement une personne
introvertie d’unpouvoircharismatique (auradu sujet) carilsprojettentleur
introversion inférioriséesurelle (se défaussantainsi d’avoiràse connaître).
Enrevanche, lesintrovertisdotent viteun objetd’unevaleursacrale (mana
de l’objet) carilsprojettentleurextraversion inférioriséesurlui pour se
parerdeson importance (se défaussantainsi d’avoirà connaître leditobjet).
Veut-on parlerde cela entermesfreudiens, autrementdit se pencher surla
façon dontla libido érotise le corps, on constate que lespulsionsdevie
(oralité,sexualité, instinctde conservation, instinctd’agressivité, etc) liées
auprincipe de plaisir(désiretjouissance)relèventen faitde l’introversion
carlesadismecontenuen ellesétaie la formation du sujet, assurant sa
perpétuation dansletemps. Cette orientationversle mondevivantconcerne
l’anabolisme, processusphysiologique consistantàsustenterle corpspar
l’assimilation d’élémentsnutritifsetdontl’équivalentpsychologique est
l’introjection, mécanisme permettantdes’assimilerde manièresymbolique
desobjetsextérieurs. Le procédé estfoncièrementle même, que l’objet soit
concretouabstrait: ils’agitde l’incorporeràsoi pourle fairesien de façon à
fortifierle corpsautantque l’esprit. On peutdonc admettre que l’oralitéest
le parangon de l’introjection. Le momentmaniaque estle plus représentatif
dudébridementinstinctuel du sujetquirevendique l’extase parl’absorption
en lui detouslesobjets.A contrario, la pulsion de mortliée auprincipe de
réalité (besoin etmanque aussi)renvoie à l’extraversion carlemasochisme
contenudansladite pulsion, en dépitdu trèsmorne érotisme anal dontilse
prévaut, pousse lesujetàvouloir s’autoanéantirdansl’objet-monde. Cette
orientationversla mort relève ducatabolisme, processusphysiologique qui
consiste à dégraderlescomposésorganiquesenrejetantlesdéchets. Son
équivalentpsychologique estl’identification, mécanisme qui permetau sujet
desesentir symboliquement solidaire de l’objet, par similarité ouempathie,
auprixd’une désolidarisation deses référencesinternes. On peutadmettre
que l’analitéestle parangon de l’identification. Le momentmélancolique est
le plus représentatif de cette perte desfrontièresdu sujetqui dans sa maladie
invoque l’imminence de la mortcommeune bénédiction duciel. Toutêtre
équilibré est unpanachéd’introversion etd’extraversion, d’introjection et
d’identification, desadisme etde masochisme, cela en proportions variables.
Ilreste à considérerle mécanisme de la projection (non mentionné dans
notretableau) quiréclameun commentaire particulier. En effet, la projection
estle mécanismeprinceps, celui quivientavantlesdeuxautresquesont
l’introjection etl’identification. Quoi qu’il puisse faire, l’homme estforcé de
projeteràson insu surle monde extérieurlescontenuspsychiquescollectifs
qui habitent son inconscientet/ouceuxqui le concernentindividuellement.
La projectionrelève donc de l’illusion(cf.la philosophie hindoue) puisque le
sujet transfère descontenuspsychiques surl’objetextérieurqui le dénaturent
etaltèrent son identité foncière. Enrevanche, il peutbien mieuxidentifierles
20

contenusextériorisésparla projection etpercevoirqu’il existe, contenuen
eux,unpro-jetconcernant sa personnalité foncière et singulière. La prise de
conscience desoi passe parleretraitdesprojectionseffectuées surl’objet.
Lorsque lesujet réussitàs’en distancier, ellesadhèrentmoinsà lui carense
les réappropriantil estcontraintd’analyser sesmotivationsinconscientes,
c.à-d. dese questionner surlui-même. Il commence alorsàvaincre le monde
de l’illusion, pouvantmieux saisirgraduellementqu’au sein de cesdiverses
projectionsexiste aussiunprojetlui appartenant. La projection conditionne
donc nécessairementl’existence de l’introjection etaussi de l’identification
carcesdeuxmécanismes seraient totalementinutiles s’ilsn’avaientaucun
contenuinconscientàtraiterpourassurerleséchangesfantasmatiquesentre
l’intérieuretl’extérieur. L’essentiel estla manière intime dontlesujet réagit
etadopte en luiune attitude face auxcontenusdéjà projetés, lorsque ceux-ci
font retouràson insudanslasphère dumoi. L’introversion etl’extraversion
imprimantchacune leurorientation (dedans/dehors), l’introjection quirégit
les relationsavec lesujet relève logiquementdupremierattracteur,tandis
que l’identification qui gère cellesavec l’objetdépend forcémentdu second.
On constate aussi l’impactde cesdeuxdimensionsdansla façon dont un
individugèresontempspersonnel quotidien, adopteunstyle deviesingulier
oudéveloppeune certaine conception de lavie etdumonde, letout selon
différentscritères. Or, ceux-ci nesontnullementfortuitscarils sontplacés
souslasphère d’influence de l’introversion oude l’extraversion. Certes, bien
d’autresfacteursinterfèrent(le milieufamilial et socio-culturel, l’âge, etc)
mais, aufinal, larésultante montreune inclination plusoumoinsnettevers
l’un oul’autre desdeuxattracteursde la libido. Privilégierplutôtletemps, la
subjectivité oul’abstraction oblige l’être às’intéresserà lasphère du privée,
à faire deseffortsdurablespourcomprendre ce quirelève de l’intimité etde
l’ipséité, de l’unicité du sujetetdeson entièreté, letout sousla houlette d’un
moi conscientdesa démarcation d’avec lesautres. Lesujetconceptualise les
chosesau sein d’un ensemble le plus vaste possible,selonun pointdevue
universaliste etœcuméniste caril cherche l’absoluitéinvariante (cf.lesIdées
platoniciennes)valable pour tousetentouslieux. Il doitdonc négligerpeu
ouproulaspatialité qui metletemps virtuel en orbitation, produisantpar son
pouvoird’incarnation desformes trèspluriellesdontaucune ne correspond à
l’archétypalité desoriginespuisquetoutest soumisici à la loi inflexible de
l’évolution dominantnotre monde imparfait. À l’inverse,valoriserl’espace,
l’objectivité oula concrétude implique d’adhérerà lasphère impersonnelle
et quasi neutre du publicquirégitplutôtlastructure desphénomènes, dese
passionnerpourlarichesse desfaitsetleurimplacable déterminisme, de
participerà leur vaste kaléidoscopie pourles vivre ici etmaintenant, de les
classer selon leurs variationspourbien lescomprendre et s’adapteraumieux
à leurs vicissitudes. Lesujetperçoitainsi laréalité de manièresegmentée,
selonunevision localiste,sesituantenun point trèsparticulierdu tempset
de l’espace, fortementhomogène mais, hélas,trop circonscritàun milieu.
21

Comme les relations entre les éléments d’unsystème closdansla matérialité
l’emportent surl’universalisme, c’est surtoutlarelativitédesphénomènes
qui est soulignée. Lesujetdésire décrire lesfaitsle plusobjectivementetle
pluslogiquementpossible, non pas telsqu’on pourraitlesimaginerdansleur
absoluité mais telsqu’ils sontenréalité. Le premiercasde figurevalorisant
l’idéalité, il oriente la libidoverslaqualité,une catégorie primordiale de la
subjectivité. La qualité étantchose incomparable ensoi, elle estopposable
auxfaitsconcrets. Lesecond casde figuresouligne enrevanche larelativité
etoriente plusla libidoverslaquantité,une descatégoriesfondamentalesde
l’objectivité queseulsdescritèresde comparaison mesurent. Ils sont toutà
faitopposablesà l’arbitraire du sujet. Les relationshumaines sontaussi
affectéesparlesensde la libido attractéeversle pôle du sujetou versle pôle
de l’objet. L’introvertivoit son congénère commeunautrui(au singulier) ou
unprochain(non pasau sensde proche desoi dansl’espace maisde proche
desoi dansletemps, dans unà-venirde l’être). Il le perçoiten lui commeun
autresoi-même en quête desa propre différence,soulignantparlà lespoints
divergentsquiséparentchacun. Sonsolipsismeayantdécrété que lestatutdu
sujetdominesurlaréalité, il assimilevite autrui à lui-même (intranéité). En
revanche, il lui accordevolontiersdesprivilèges similairesaux siens. Deson
côté, l’extravertivoitlesautres(aupluriel) commesessemblables(non pas
au sensd’un prochainsoumisau tempsmaisd’unrapprochemententre les
êtresliésàun même milieu). Il lesperçoiten luitelleune globalité pluraliste
en quête d’égalité,soulignantlespointsconvergentsqui nous unissent tous.
Songrégarismeayantadmisque lestatutde l’objetprimesur toutlereste, il
se metaisémentà la place desautres(extranéité). Néanmoins, il leuraccorde
volontiersdesprivilègesdifférentsdes siens. L’introverti privilégie la notion
5
dedestinée individuelle(chacun n’a qu’unevie !) etl’heuristique novatoire;
l’extraverti pourlui assent tacitementaudestin collectif(tousleshommes
6
sontmortels!) et sesoumet vite auxinéluctablesalgorithmesquirégissent
lastructure dumonde. Ils’ensuitque le premierdoit résisteractivementau
milieuqui le détermine enraison de la fortelogique du sujetqui l’anime en
profondeuretlui faitaccroire quesavie estprédestinée. Lesecond opte par
contre pourlarésistance passive ens’adaptantauxconditionsdumilieuà
cause de la fortelogique de l’objetqui luisusurresubrepticementà l’oreille
qu’aucun êtrevivantn’échappera à lafatalitéde la mort. Pourl’introverti,
l’éthiquepersonnelle domine carle désirdevéritéetdesesprincipessont
pourluivitaux, letemps restantlaréférence parexcellence. Lerisque hélas
estde finirpar rigidifierla foi dans unidéalismesansâme, inflexible et
antinaturel. Pourlesecond, ils’agitplusdesatisfaire àune morale collective
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capable d’harmoniserles relationshumainesdans un milieu. Il fautassentir
aupouvoirde l’esthétiqueetde l’étiquette, duformalisme etdu ritualisme,
quisontd’une merveilleuse efficience parleurformidable capacité àrévéler
ici-basl’invisible. Lerisque hélasestde (re)tomberdanslasécularisation et
l’utilitarismequividentdesasubstantifique moelle le cœurde larévélation.
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Si l’ontente ensuite de comprendre l’organisationsocialeselon lescritères
de l’introversion etde l’extraversion présentés succinctementci-dessus, on
s’aperçoitque certaineslignesde forcese dégagentetoriententles sociétés
versdeschoixdevie etcertaines valeursauxantipodesles unsdesautres.
Ainsi, on ne peutguère imaginer unereligion monothéiste prônantle culte
d’une déesse-mère oude l’éternelretour(le cyclevie-mort-renaissance = la
métempsycose). L’inductionsémantique etla force de gravitation exercées
parle champ de l’introversion obligentobligatoirementàrelierensemble la
transcendance, l’Esprit, l’Imago dupère, letemps vectoriel, laverticalité ou
l’identité aumonothéisme. Ces traitscommunsfontque latransmigration de
l’âmesera fortement rejetée parle monothéisme auprofitde laréalisation
d’unevieunique. En effet, lerenvoi au tempsduPère oblige àrefuserla
répétition d’un même projetdevie etlarétribution cyclique desactes. Le
monothéismesouligne donc larévélation irréversibled’unacte unique
incarné parla grâce du temps vectoriel (qui avance dans unseulsens) etdont
le paradigme chrétien estlarésurrectionduChrist. Il nereviendra jamaisen
ce monde,sinon à la fin des tempspourla Parousie. Un contraste identique
caractérise l’extraversion qui oblige forcémentà associerl’immanence, la
matière, l’Imago de la mère, letempscyclique, l’horizontalité etl’altérité au
polythéisme(ouà l’animisme). Tousces traitsgénérauxfontque l’idée d’un
projetdevie indéfiniment recyclé ici-basaprèsla mortparaît trèsnormale.
Lerenvoi au tempsmaternel de l’éternelretour(porté parl’espace)souscrit
donc au schéma d’unerévolution réversible,répétéesansaucune fin, etdont
le paradigme estlarenaissancede lavie parlavertu régénérative de la mère
Nature. Lathématique du renouveauparl’utérusmaternel fut très riche dans
l’Antiquité au traversde déessesagrestescomme Cybèle (naturesauvage) ou
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agricoles telle Déméter(nature domestiquée). Ils’agitd’unerevitalisation
périodique de l’âmetransmigrante qui aucoursde morts répétées s’épure ou
se corrompt selon lesméritesad hocliésà la conduitetenue en ce monde.
Mais renaître n’estpas ressuscitercar ressuscitern’intervientqu’uneseule
foisdansletemps, au risque de perdretoutesignification eschatologique.
l’Espritdupère (letemps)veutl’unique et refuse l’errance perpétuelle dans
l’utérusmaternel (l’espace). C’estpourquoi lesmonothéismes sont tousdes
religionsdesalut. Larévélationunique fondéesur unevéritérévéléerisque
vite derigidifierla foi enundogmatismearbitraire, alorsque larévolution
baséesurleretourdumême à l’ici édulcorevite la foi danslasécularisation.
La notion de classesociale est un phénomènerécentau regard de l’histoire
de l’humanité. Apparueversla fin dunéolithique, ellereposesansdoute au
départ surla nécessaire division du travail due à l’explosion démographique
quisuivitl’essorde l’élevage etde l’agriculture. L’exploitation de l’homme
parl’homme n’a pas toujoursexistQé ! ue l’origine de la division du travail
soit religieuse comme danslescasteshéréditairesetendogamiques(Inde,
Afrique) où règne la partition pureté/impureté, ouqu’ellesoit un étatde fait
économique oùlesprofits se partagentenrichesse/pauvretétel lesystème
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