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L'Enquête de ma vie

De
240 pages
Paul Tenier est un jeune journaliste qui, aprés avoir connu le chômage et la prison va essayer de rebondir, dans un journal local. Chargé de couvrir une affaire criminelle dans sa région, il raconte les péripéties de cette mission qui lui fera passer des moments critiques. Homme ordinaire, il saura se surpasser pour aider à la résolution de cet imbroglio et par la même occasion regagner sa dignité perdue.
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L'Enquête de ma vie


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L'Enquête de ma vie


















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Télécopie : 01 48 07 50 10
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ISBN : 2-7481-3395-1 (fichier numérique)
ISBN : 2-7481-3394-3 (livre imprimé)


Lundi 8 novembre

Je me levai rapidement en entendant la
sonnerie stridente de mon réveil. Déjà huit
heures… ! Les pensées embrumées encore
empreintes par le cheminement tortueux de mon
rêve, je me décidai à me sortir de ma torpeur et à
revenir à la réalité. Je me dépêchai de prendre mon
petit déjeuner et ma douche avant de me précipiter
pour prendre le train en marche de ma journée.
Eternel rituel, sans cesse répété mais aussi
rassurant !

Dans le bus, je me forçais à récapituler les
derniers évènements. Je travaillais comme
journaliste dans un petit journal local et ma vie était
jusqu’à présent sans histoires. J’aimais mon métier
et la tranquillité de mon quotidien. Je n’étais pas
particulièrement ambitieux mais lorsque cette affaire
s’est présentée à moi, je n’ai pas beaucoup hésité
pour l’accepter. Enfin ! L’occasion m’était offerte de
prouver de quoi je pouvais être capable lorsque je
me faisais violence. J’arrivais à cette période de la
vie où on remet en cause ses choix de vie et où on
fait le point. J’avais la possibilité de rebondir et je
me promettais de le faire !

Je descendis du bus et m’évertuais à regagner
le plus rapidement possible mon lieu de travail. Sur
le trottoir, une foule anonyme circulait en longues
cohortes bigarrées dont les flux étaient rythmés par
les feux de signalisation. La circulation automobile
était dense mais encore disciplinée. Perdu dans mes
pensées, je ne remarquai pas cette silhouette sombre
7 L'Enquête de ma vie

qui courait derrière moi.

« Salut, Paul ! » me lança-elle, essoufflée en
s’arrêtant à ma hauteur.

« Ah ! .. Salut, comment vas-tu ce matin ? »
répliquai-je un peu surpris ! Il s’agissait de mon
collègue Antoine, un jeune homme brun et de haute
stature âgé d’une trentaine d’années et à l’humour
un peu … spécial ! Cela faisait déjà trois années que
nous travaillions dans des bureaux mitoyens mais
nos relations ont toujours été plutôt limitées !

« Ca ne va pas trop mal ! En tout cas, pas
autant que toi apparemment… » me dit-il laissant
volontairement sa phrase inachevée pour introduire
ce soupçon de complicité qu’il recherchait.

« Je vois que les nouvelles vont vite ! »
répondis-je, un peu agacé mais je me repris bien vite
ne voulant pas laisser poindre ma contrariété.

« Effectivement, j’ai été désigné pour couvrir
cette étrange affaire criminelle qui a eu lieu la
semaine dernière. C’est une aubaine pour moi
puisque le retentissement de cet événement risque
d’être conséquent et cela va me changer de mon
quotidien… » repris-je, conciliant et cherchant à
gommer la tonalité agressive de ma réponse.
Depuis quelques jours, j’étais étonnamment
bien disposé à l’égard des autres et faisais preuve
d’une grande patience. Mais, avec Antoine, il valait
mieux garder ses distances !

« Tu peux le dire, en effet ! J’avoue que je
8 Lahoucine Agourram

t’envie un peu. J’aurais bien aimé être sur le coup
mais ce sera pour une prochaine fois sans doute….
Quand penses-tu commencer ton « enquête »,
columbo ?! » reprit-il, un peu ironique.

« Eh bien ! je ne sais pas trop au juste. J’ai une
réunion, ce matin, avec le patron pour préciser tout
cela. Mais, je te garderai la primeur des informations
que je pourrai recueillir. » répondis-je prudemment
mais avec une pointe d’ironie.

Ceci étant dit, nous arrivâmes devant le
portillon du journal. J’étais un peu soulagé de
pouvoir mettre un terme à cet entretien matinal. Je le
laissais prendre l’ascenseur pendant que je me
rendais à l’accueil pour prendre ma correspondance.

« Bonjour, Annie. Pas trop dur de reprendre le
boulot, ce matin ?! » demandai-je à l’hôtesse
d’accueil, une jeune femme charmante récemment
embauchée. Elle était brune, avait des grands yeux
marrons en amandes et un petit nez retroussé. Sa
gentillesse n’avait d’égale que sa bonne humeur !

« Salut, Paul ! Je suis un peu fatiguée, ce
matin, mais à part ça tout va bien. Je suis sortie hier
et je suis rentrée assez tard ! Et toi comment vas-
tu ? » me répondit-elle.

« Plutôt pas mal ! Est-ce que j’ai du courrier ? »

« Oui, deux lettres. Tiens, regarde ! … Tu prends un
café ? »

« Je veux bien. Sans sucre s’il te plaît ! … Merci ! »
9 L'Enquête de ma vie

Je n’étais pas contre un petit moment de
détente avant d’embrayer sur ma journée. Elle se
leva de derrière son comptoir et alla préparer les
cafés. Je la rejoignis dans le salon attenant à
l’accueil qui servait aussi bien pour le personnel que
pour des collaborateurs. Ce salon se composait de
deux canapés placés en vis à vis autour d’une petite
table basse. Nous disposions d’une cafetière, d’un
micro-ondes et d’un peu de vaisselle pour pouvoir se
sustenter, au besoin, sur place. Le journal employait
une dizaine de personnes dont sept journalistes.
L’ambiance était donc plutôt fraternelle entre les
différents membres de cette « famille », ce qui
n’était pas vraiment le cas dans le grand quotidien
dans lequel j’avais travaillé auparavant. Il est vrai
que nous avions tout intérêt à nous entendre pour
pouvoir faire vivre cette petite entreprise !

Je m’assis sur un canapé et entrepris d’ouvrir
ma correspondance. Rien de vraiment urgent ni
intéressant ! Je me retournai et vis Annie revenir
avec les cafés. Elle me sourit et s’assit en face de
moi.

« Tu as l’air bien pensif…. De mauvaises
nouvelles ? » s’enquit-elle, mi-curieuse et mi-
taquine.

« Non, pas du tout ! Au contraire, d’ailleurs…
Je me demandais seulement comment j’allais m’y
prendre pour assurer sur ce coup là ! » repris-je
hésitant. En effet, je n’avais pas encore tous les
détails de cette affaire et je commençais seulement à
réaliser ce qui m’arrivait. Jusqu’ici, je n’avais
éprouvé qu’une joie et une fierté égoïstes et j’avais
10 Lahoucine Agourram

besoin de conseils amicaux.

« Ne t’inquiètes donc pas ! Si Michel te l’a
proposé, c’est que tu en es capable ! D’ailleurs, je
pense que c’est à toi de saisir cette chance qui t’est
offerte pour prouver à tous et surtout à toi-même que
tu n’es pas un « incompétent » ! Tu as juste besoin
que l’on te secoue un peu de temps en temps, c’est
tout ! » me rassura-t-elle de sa voix douce et posée.
L’éclat amusé de ses yeux ne pouvait pas me
tromper et je fus bien content de l’avoir avec moi en
ce moment !

« Merci pour moi ! … Enfin, je suppose que tu
n’as pas tout à fait tort… Dis-moi, tu as des projets
pour ce soir ? » ne puis-je m’empêcher de rajouter.
J’aimais sa compagnie et en ce moment j’avais
besoin de quelqu’un sur qui m’appuyer. J’attendis
donc sa réponse avec un peu d’appréhension.

« Eh bien ! J’avais prévu de me rendre à une
exposition photographique dans le centre ville vers
19 heures et de dîner ensuite avec une amie. Je suis
désolée mais cela était prévu de longue date. » me
répondit-elle.

« Bien ! Ce sera pour une prochaine fois sans
doute ! … Excuse-moi mais je dois y aller
maintenant. Le grand chef m’attend ! »
Ce disant, je me levai pour prendre congé
d’elle et retourner à mon bureau.

« Tu ne m’en veux pas, j’espère ?! »
s’inquiéta-t-elle en se levant à son tour.

11 L'Enquête de ma vie

« Mais non, voyons ! Tu sais bien que
j’apprécie ta compagnie, c’est tout ! Je te souhaite
bon courage et je te dis à tout à l’heure… »
répondis-je en lui faisant un clin d’œil. Elle me
sourit en retour et retourna à son poste en pressant le
pas car le travail n’attendait pas. J’étais content de
cet intermède mais maintenant il fallait aller de
l’avant. Je me dirigeai vers l’ascenseur d’un pas
décidé. Je me rendis au deuxième étage où se
trouvait mon bureau. Je souris à la secrétaire et lui
demandai où se trouvait Michel. Elle me répondit
qu’il était à la rédaction au troisième et qu’il avait
déjà demandé après moi, ce matin. Je rebroussai
donc chemin et montai à l’étage supérieur.

A la rédaction, le personnel s’activait et je
découvris le patron en discussion avec l’imprimeur.
A ma vue, il me salua et me demanda de patienter
dans le bureau d’à côté, ce que je fis bien volontiers.
Je me sentais un peu anxieux comme aux tous
débuts de ma carrière. J’entendis ses pas avant de le
voir venir, un sourire aux lèvres.

« Comment allez-vous, Paul ? Bien,
j’espère ! » me demanda-t-il avec sympathie.

« Très bien, merci ! Et vous-même ? »
répondis-je affablement.

« Ca va ! Je vous attendais pour vous donner
les renseignements utiles pour votre mission. Je vais
vous récapituler les faits tels que nous les
connaissons pour l’instant. » reprit-il, entrant dans le
vif du sujet. Il me dit comment on avait retrouvé un
riche entrepreneur très connu assassiné chez lui,
12 Lahoucine Agourram

dans une petite ville à une trentaine de kilomètres
d’ici, avec très peu d’indices sur ce crime. Il tenait
ses informations de source sûre et je n’avais aucun
mal à le croire étant donné le réseau d’informateurs
qu’il avait su se créer. Le caractère étrange de ce
crime avait interpellé les enquêteurs de la police. En
effet, rien n’avait disparu parmi les objets de valeur,
nombreux, que collectionnait la victime et aucun
témoin n’avait pu donner d’indication utile aux
limiers de la police. On était donc très perplexe
quant au mobile de ce crime. Par contre, l’identité de
la victime donnait une dimension considérable à
cette affaire. On se devait donc d’être à l’affût de la
moindre information que l’on pourrait se mettre sous
la dent ! Ma « mission » consistait donc à suivre les
développements de cette affaire qui allait très
certainement intéresser le public. Il me remit une
pochette contenant des adresses utiles et des
personnes à contacter sur place.

« Il est évident que nous allons augmenter les
tirages. Cette affaire est une aubaine pour nous et
nous comptons sur vous pour faire du bon boulot !
Vous pouvez commencer tout de suite si c’est
possible. Avez-vous d’autres questions ? » ajouta-t-
il, en me regardant au fond des yeux. Michel
dirigeait ce journal depuis une quinzaine d’années et
avait su mener sa barque avec habileté. Il était âgé
d’une cinquantaine d’années mais gardait encore
toute sa vigueur. Il mesurait pratiquement 1m80,
était brun et plutôt trapu. Il avait de larges mains qui
témoignaient de son attrait pour le basket-ball, qu’il
avait pratiqué dans sa jeunesse. Aujourd’hui, il se
consacrait totalement à son entreprise et exigeait le
même engagement de la part de ses employés. Il
13 L'Enquête de ma vie

attendait donc de moi que je fasse preuve
d’enthousiasme et de ténacité.

« Non, pas pour l’instant. Je me débrouillerai
sur place pour tous les détails pratiques. Je vous
remercie de votre confiance. »

« Bien. Je veux un rapport détaillé chaque
jour par téléphone pour suivre l’évolution des
évènements en plus des articles que vous nous ferez
parvenir. Autant dire que vous n’allez pas chômer !
Je vous souhaite bon courage ! » ajouta-t-il en me
tendant la main. Je lui serrai la main et pris congé. Je
retournai dans mon bureau pour m’organiser. J’aurai
besoin de mon ordinateur portable et de quelques
autres affaires. Il fallait aussi que je m’occupe de
réserver une chambre d’hôtel, que je cherche ma
voiture chez le garagiste et que je fasse mes valises.
J’allai saluer mes collègues et me rendis dans le
bureau de l’intendant pour lui demander une avance
sur mon salaire pour faire face aux premières
dépenses et puis, quittai mon domaine. A l’accueil,
je saluai Annie et m’éclipsai discrètement. Je
retrouvai alors l’ambiance de la rue, beaucoup plus
calme tout de même que tout à l’heure.

Lorsque tous ces problèmes furent réglés, je
pus me mettre en route pour ma destination. J’avais
réservé dans un petit hôtel du centre ville pour être
plus proche des gens. La route fut agréable, un peu
sinueuse mais peu fréquentée. A mon arrivée, je fus
accueilli par le propriétaire sur le pas de la porte de
l’hôtel. Il était évidemment curieux de connaître la
raison de ma présence mais il voulait aussi partager
avec un « étranger » ses impressions sur
14 Lahoucine Agourram

l’événement local. C’était une aubaine pour moi. Il
me dit qu’il s’appelait Patrick et que c’était la
première fois depuis qu’il était là qu’une telle chose
se produisait, « foi d’honnête homme » !

« Dites-moi, mon cher Patrick, ce que vous
pensez de tout cela. Je suis curieux de connaître
votre version. » déclarai-je pour le mettre à l’aise. Il
fût évidemment flatté de l’intérêt que je portais à son
opinion. Mais, il se contint et me dit qu’il fallait
d’abord m’installer.

« Mon bon monsieur, je vous ai réservé ma
meilleure chambre au deuxième étage, avec une vue
sur le parc derrière l’établissement. Vous verrez que
vous vous plairez chez nous ! »
Il me fit remplir un formulaire et me conduisit
dans ma chambre. L’intérieur de l’hôtel faisait un
peu
« vieillot », ce qui lui donnait un cachet
authentique. Les tapisseries sur les murs avaient bien
besoin d’être restaurées et leurs couleurs ravivées.
L’escalier en colimaçon grinçait de façon un
peu inquiétante sans parler de la rampe qui tanguait
carrément. L’éclairage dans le couloir était
insuffisant mais cela n’avait pas l’air de gêner mon
compagnon. Plus j’avançais dans ce couloir, plus je
me demandais ce que je faisais là !

Enfin, nous arrivâmes à ma chambre et je fus
surpris de voir qu’elle était convenable, tellement
mes craintes avaient amplifié au fur et à mesure que
nous nous en approchions. Du point de vue pratique,
je pourrai y travailler puisqu’elle était bien équipée.
Patrick m’observait pendant ma rapide visite et fut
15 L'Enquête de ma vie

satisfait de ma réaction. Nul doute qu’il avait plaisir
à noter le soulagement de ses clients qui
découvraient leur chambre. Il me sourit et me dit que
si j’avais besoin de quelque chose, lui et sa femme
étaient à mon service. Je le remerciais vivement, un
peu confus, comme quelqu’un qui était pris en faute.

Je pus donc m’installer de façon à pouvoir être
opérationnel rapidement. Ceci étant fait, je passai un
coup de fil au journal pour les prévenir de mon
arrivée. Ensuite, je pus sortir pour faire un tour dans
la ville. Dans le hall, je rencontrai un groupe de
personnes en pleine conversation. En me voyant
arriver, ils se calmèrent brusquement et
m’observèrent avec une certaine curiosité.

« Bonjour messieurs-dames ! »dis-je en
arrivant à leur hauteur.

« bonjour, monsieur ! » me répondirent-ils en
chœur en me dévisageant. Ils attendaient que je me
présente, ce que je fis bien volontiers.

« Je viens d’arriver aujourd’hui et j’allais faire
un tour en ville » ajoutai-je, tranquillement. Un vif
intérêt se fit jour autour de ma personne.
Subitement, je fus entouré de questions pour
connaître mon opinion sur cette affaire. Ils étaient
visiblement curieux de connaître l’impact de ces
évènements en dehors de la ville et de l’intérêt qui
leur était porté. Apparemment, toutes les
conversations tournaient autour de ce sujet. Quant à
moi, j’étais content de pouvoir commencer mes
« investigations »

16 Lahoucine Agourram

« Comment cet événement a t-il été reçu là-
bas ? » me questionna un petit homme rondouillard
et vêtu d’une veste en cuir noir et d’un pantalon en
velours. Il m’avait interrogé d’une petite voix
nasillarde. J’appris plus tard qu’il était banquier.

« Nous avons été très intéressés par cet
événement et surtout par son caractère mystérieux.
S’il est vrai que les colonnes des faits divers
regorgent de crimes de toutes sortes, celui-ci dénote
et attire l’attention. Bien entendu, la personnalité de
la victime et surtout sa fortune personnelle
contribuent à donner à cette affaire une dimension
supplémentaire. J’imagine qu’ici aussi l’impact a été
très important…. » répondis-je en les fixant
attentivement. Un mouvement de satisfaction
parcourut mon auditoire. Apparemment, j’avais
trouvé le ton juste qu’ils attendaient de moi.

« Evidemment ! C’est même peu dire,
monsieur ! Bien que nous ne connaissions pas très
bien monsieur Taylor, la victime, cela fait plusieurs
années que lui et sa famille se sont installés parmi
nous. Jusqu’ici, ils ont vécu dans leur résidence à
l’écart de la population locale. Parfois, nous les
voyons traverser la ville dans leurs superbes
automobiles... Cela ajoute un peu d’animation dans
la ville et suscite, il faut le reconnaître, de la jalousie
ou de la rancœur chez certains. Mais on n’aurait
jamais imaginé que quelqu’un irait jusqu’à tuer l’un
d’entre eux ! » reprit une femme âgée d’une
trentaine d’années, une coiffeuse dont le salon se
trouvait à 200 mètres de l’hôtel. Elle semblait
particulièrement excitée et désireuse de s’exprimer
plus longuement sur ce sujet. Mais, avant qu’elle ait
17 L'Enquête de ma vie

pu reprendre son souffle, un autre intervenant avait
pris la parole ! Il s’agissait, cette fois, d’un jeune
homme qui s’exprimait avec aisance et pertinence.
J’apprendrai plus tard qu’il était le seul opticien de
la ville.

« Enfin, jusqu’ici ils se sont toujours bien
comportés avec nous puisque monsieur Taylor
faisait partie du conseil municipal et n’hésitait pas à
engager ses propres fonds pour financer certains
projets d’intérêt général. Je vous trouve donc injuste
de ne pas en tenir compte ! Lorsqu’il a fallu refaire
le clocher de l’église qui s’était écroulé, il y a deux
ans lors d’une violente tempête, nous étions bien
content de l’avoir parmi nous ! » dit-il avec fougue.
Il s’était échauffé en parlant mais gardait une
certaine retenue. A ces propos, un murmure
d’approbation parcourut la foule. Se sentant
encouragé, ce jeune homme reprit la parole.

« Il est vrai que le comportement de certains
membres de la famille a pu faire jaser quelques
personnes mais dans l’ensemble la collectivité a eu à
gagner par leur présence et c’est donc pour notre
ville une perte considérable… »

« Bien sûr, bien sûr… mais maintenant, il faut
trouver qui l’a assassiné pour que justice soit
faite ! » reprit la coiffeuse qui ne voulait pas
s’effacer aussi facilement et laisser le dernier mot à
un autre. Un silence se fit alors dans le groupe. Il
était évident qu’aucun d’entre eux n’avait de théorie
avouable sur la question. J’en profitai alors pour
reprendre l’initiative de la conversation.

18 Lahoucine Agourram

« Comment le crime a t-il eu lieu ? »
demandai-je.

« Oh ! Nous avons très peu de détails, en fait.
Les policiers sont assez perplexes et ont donc
communiqué avec la presse locale avec parcimonie.
Il s’avère que la victime a été tuée dans son bureau
sans qu’aucun indice ne permette d’accuser qui que
soit actuellement. » reprit, lentement, l’opticien pour
ménager un certain effet.

« Tout ce que nous savons, c’est que la victime
connaissait son assassin car elle l’a reçu seule dans
son bureau sans méfiance apparemment ! On
imagine donc qu’il s’agit de quelqu’un de son
entourage. Le mobile serait peut-être le considérable
héritage que se partageront les ayants-droits. Mais
pour l’instant, les enquêteurs ne privilégient aucune
piste. Ce n’est pourtant pas bien sorcier de deviner
de quoi il s’agit… ! » ajouta la coiffeuse, de l’air
d’une personne qui en connaissait beaucoup plus
qu’elle ne voulait bien le dire. Evidemment, une
agitation se fit jour étant donné que certains étaient
choqués par cette conclusion qu’ils jugeaient hâtive.

Je décidai pour ma part de m’éclipser car je ne
pensais pas en apprendre davantage par ces gens. Je
profitai donc du débat houleux qui s’engagea entre
eux pour rejoindre l’accueil, déposer ma clé et sortir
dans la rue. Le brouhaha de la discussion continuait
à me parvenir et en particulier la voix aiguë de la
coiffeuse qui défendait ses positions avec
acharnement. J’étais content de retrouver le calme
pour mettre de l’ordre dans mes pensées.
Finalement, je n’avais pas appris grand chose lors de
19 L'Enquête de ma vie

cette conversation mais j’avais tout de même mis les
pieds dans le plat !
Il me fallait prendre contact avec des
personnes mieux informées comme des journalistes
locaux ou même mieux des policiers ayant participé
aux constatations d’usage. Il faudrait me procurer
aussi le rapport du médecin légiste et me rendre sur
les lieux du crime. Tout cela ne serait pas facile mais
je pouvais compter sur l’aura du journaliste
« étranger » que j’étais.
Pour l’instant, je devais me faire connaître
dans la ville pour pouvoir accéder aux informations.
Je me rendis au siège du journal local pour prendre
contact avec mes collègues. L’adresse m’avait été
fournie par mon patron dans le dossier qu’il m’avait
remis. Arrivé devant la vitrine, je m’aperçus du
délabrement du lieu. J’entrai après avoir frappé et
me dirigeai vers un homme d’âge mûr qui se trouvait
dans le local. Il leva les yeux de son ouvrage et me
dévisagea tranquillement. Je me présentai poliment
et lui tendit une lettre d’introduction de mon patron.
Il me sourit et me pria de m’asseoir

« Je suis David Benacout et je suis ravi de
vous rencontrer. Vous êtes donc Paul Tenier,
l’envoyé de Michel ! Savez-vous que nous sommes
des amis d’enfance, Michel et moi. Cela fait déjà de
longues années que l’on ne s’est vu... ! Enfin, le
temps passe tellement vite. En tout cas, vous pouvez
compter sur ma coopération totale ! » me dit-il en
soupirant à chaque phrase. Il était mat de peau et
paraissait usé par la vie. Il était chauve et portait de
grosses lunettes noires en plastique. Il souriait en
découvrant une dentition irréprochable qui
contrastait avec son aspect extérieur !
20 Lahoucine Agourram


« Je me demandais si vous pouviez me fournir
quelques informations sur cette affaire et en
particulier des renseignements sur cette famille et les
rapports qu’ils entretenaient entre eux et avec les
autres. » lui demandai-je en prenant place sur une
chaise placée devant la table à laquelle était assis
mon interlocuteur. Il me regarda avec sympathie et
me sourit.

« Vous savez, beaucoup de bruits circulent sur
leur compte dans cette ville et il faut se méfier de la
rumeur dans notre métier ! …. Quoi qu’il en soit,
vous apprendrez bien vite, si ce n’est déjà fait, que
cette famille richissime par ailleurs n’était pas
épargnée par les conflits financiers et autres ! Le
père, originaire des Etats-Unis, a fait toute sa fortune
dans le pétrole. Il était multimilliardaire. Pourquoi a
t-il décidé de venir s’enterrer dans ce trou perdu, me
direz-vous ? Eh bien, il est tombé amoureux de notre
région et s’est donc approprié un immense terrain
pour construire une somptueuse résidence avec
dépendances. Il était retiré des affaires mais recevait
parfois des gens qui lui demandaient conseil ou lui
proposaient des investissements. Sa famille se
compose de deux garçons et d’une fille. Arthur,
l’aîné, est âgé de 26 ans et a hérité de la direction de
l’entreprise familiale. Jack, 24 ans, est, lui,
conseiller dans la société-mère et dirige une filiale
en France. Sarah est, elle, âgée de 23 ans et n’occupe
pour l’instant aucune fonction dans l’entreprise. Il
s’agit d’une charmante jeune femme convoitée par
de nombreux prétendants. Jusqu’à présent, Arthur
faisait des petites escales ici pour discuter avec son
père de la marche de ses affaires. Ce dernier donnait
21 L'Enquête de ma vie

beaucoup d’importance à la pérennisation de
l’activité de son « rejeton » comme il aimait lui-
même la désigner ! Arthur est marié à une actrice
mais n’a pas d’enfant. Jack entretient, lui, une
liaison avec une jeune femme qui ne plaisait pas trop
à son père ! Il a même été question d’un avortement
secret sous la pression paternelle ! Ce garçon ne
pense qu’à s’amuser et profiter de la vie au grand
dam de son frère aîné et de son père. Il faut le voir
dévaler la route au volant d’un bolide en klaxonnant
comme un fou… Il s’agit apparemment du point
faible de la famille. Sarah, quant à elle, est plutôt
secrète et sans histoire. Elle participe à certains galas
organisés par la ville et est très appréciée ici. Elle
donne un visage un peu plus humain à cette famille
au travers de ses actions associatives. »

« Quels sont leurs rapports entre eux et vis à
vis de leur père ? »

« C’est très difficile de répondre à cette
question car je ne dispose que de quelques
informations qui ont pu sortir du domaine familial.
Toutefois, il apparaît nettement que Jack semble être
la personne qui détonne le plus dans l’ensemble. Son
comportement n’est pas toujours apprécié par le
reste de sa famille. Depuis la mort de sa mère, il
semble avoir choisi une voie différente de celle qui
lui était fixée par son père. »

« Donc, si j’ai bien compris, seuls Sarah et
Jack vivent ici ! »

« Jusqu’à présent, c’est exact ! Mais, je pense
que d’ici peu, cela ne sera plus le cas car ils n’ont
22 Lahoucine Agourram

aucune raison de s’enterrer ici ! Je pense qu’ils vont
s’établir ailleurs et tenter de trouver une
reconversion pour la résidence. Il me semble
difficile d’espérer la vendre telle quelle mais on peut
toujours envisager de la transformer en musée par
exemple. En tout cas, je ne me fais pas trop de bile
pour eux…. Ce n’est pas nous qui pourrions nous
prévaloir d’avoir ce genre de soucis ! »

Tout en l’écoutant religieusement, je prenais
des notes au fur et à mesure que les informations
émergeaient de lui pour les plaquer sur mon calepin.
Visiblement, David avait beaucoup de choses à dire
sur ce sujet et je me réjouissais de sa bonne
disposition à mon égard. Il avait oublié, semble-t-il,
son ouvrage et commençait à s’animer tout au long
de la conversation.

Je lui souris en signe de connivence mais je ne
pus m’empêcher de penser que je ne serais pas là, en
ce moment, s’il en avait été autrement. Jusqu’à
présent, je ne m’étais pas intéressé aux personnes
concernées par ce crime n’y voyant qu’un moyen de
relancer ma carrière. Ce n’était que maintenant que
je prenais conscience de l’affreuse réalité et je ne
pus m’empêcher de frissonner. Mon interlocuteur
s’en aperçut et me fixa avec curiosité. Je voulus
couper court à toute question importune et repris le
fil de la conversation.

« Est-ce que l’enquête a progressé
dernièrement ? »

« Eh bien, officiellement non. L’inspecteur
Martin garde ses découvertes éventuelles secrètes. Il
23 L'Enquête de ma vie

n’y a pour l’instant aucune piste sérieuse; ce qui
laisse le champ libre à toutes les interprétations
possibles et imaginables. Vous savez, cette affaire
embarrasse la mairie. C’est une mauvaise publicité
pour la ville selon elle ! Il n’empêche que cela va
provoquer un afflux de curieux et un regain d’intérêt
pour cette région »

« Oui, vous avez sans doute raison. Mais,
vous ne pensez pas que le fait de savoir qu’un
assassin qui a frappé pour des motifs inconnus et qui
potentiellement peut recommencer ne va pas
provoquer une grande inquiétude dans la population
locale et contribuer à annihiler l’impact que vous
décrivez ? »

« C’est toujours possible mais entre nous, le
meurtrier n’a pas frappé au hasard. Il ne s’agit pas de
ces crimes commis par des psychopathes et autres
serial killer. La personnalité de la victime n’est pas
anodine et à mon avis, la police a déjà des éléments
sérieux. Simplement, cette affaire a une dimension
politique et un retentissement important; ce qui
nécessite beaucoup de prudence ! Savez-vous que le
cours en bourse des actions de l’entreprise familiale
a subi en quelques jours une baisse relativement
importante… ? »

« Effectivement…. ! Il est vrai qu’il ne faut
pas négliger cet aspect des choses. Dites-moi, que
pensez-vous de cette affaire ? »
En disant cela, je me rendis compte de ma
maladresse mais il était trop tard pour faire marche
arrière. Mon interlocuteur ne se formalisa pas et me
répondit sur un ton égal.
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