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L'héritage du jacobinisme

De
204 pages
En France, la politique domine les individus, les institutions, le droit : le tout au nom du peuple. Les racines de cette culture se trouvent dans la Révolution française. De 1790 à 1794, les Jacobins réalisent l'une des expériences de gouvernement et de philosophie politique les plus marquantes de l'histoire moderne, qui influencera les siècles à venir. Cet héritage est à l'origine de la tradition républicaine française. De Jean-Jacques Rousseau à Lénine et de Robespierre à la Ve République, les inspirations de la Révolution jacobine permettent de mieux comprendre les particularités de la politique française.
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Historiques
Maxime R ENARD
L’héritage du jacobinisme
Historiques
Travaux
série Travaux
L’héritage du jacobinisme
Historiques Dirigée par Bruno Péquignot et Denis Rolland La collection « Historiques » a pour vocation de présenter les recherches les plus récentes en sciences historiques. La collection est ouverte à la diversité des thèmes d'étude et des périodes historiques. Elle comprend trois séries : la première s’intitulant « travaux » est ouverte aux études respectant une démarche scientifique (l’accent est particulièrement mis sur la recherche universitaire) tandis que la deuxième intitulée « sources » a pour objectif d’éditer des témoignages de contemporains relatifs à des événements d’ampleur historique ou de publier tout texte dont la diffusion enrichira le corpus documentaire de l’historien ; enfin, la troisième, « essais », accueille des textes ayant une forte dimension historique sans pour autant relever d’une démarche académique. Série Travaux Christian FEUCHER,Buchoz-Hilton.Ennemi-bouffon de Louis-Philippe, 2015. Bernard CAILLOT,Lafayette. De l’Auvergne à l’Amérique, 1757-1784, 2015. Yann GUERRIN,La France après Napoléon, 2014. Émilienne LEROUX,Histoire d’une ville et de ses habitants, Nantes. De 1914 à 1939,Tome II, 2014. Émilienne LEROUX,Histoire d’une ville et de ses habitants, Nantes. Des origines à 1914,Tome I, 2014. Eric AGBESSI,Ce qu’en disait le Sud. La loi sur les droits civiques de 1964 : perspectives et arguments des opposants au projet,2014.Annie BLETON-RUGET,La Bresse bourguignonne. Les e e dynamiques d’un territoire. XVIII -XXI siècle, 2014.Jean-Michel PARIS,L’Humanitaire (1841), Naissance d’une presse anarchiste ?, 2014. Sébastien ÉVRARD,L’or de Napoléon. Sa stratégie patrimoniale (1806-1814), 2014.
Maxime Renard
L’héritage du jacobinisme
© L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-05121-5 EAN : 9782343051215
Introduction
Dans l’imaginaire collectif, l’expression de jacobinisme renvoie tantôt aux défenseurs de l’État fort, central et protecteur, tantôt à la période dite de la «Terreur»1. Il est difficile pour l’esprit néophyte de définir précisément les contours du jacobinisme ; d’ailleurs, il est difficile de définir sa nature. Le jacobinisme est considéré comme une doctrine politique quasi programmatique souvent, comme une méthode d’action politique parfois, ou encore comme un idéal de société. En réalité, le jacobinisme a été un peu de tout cela ; il s’est incarné au travers de nombreux hommes politiques, de nombreux penseurs, a été défini de nombreuses fois durant la Révolution et après. Jusque dans les années 1970, l’historiographie de la Révolution française était principalement opérée par les historiens adhérant à la vision marxiste de l’histoire. Depuis les années contemporaines à François Furet, et particulièrement à partir de 1983 et depuis la réflexion 2 politique du bicentenaire de la Révolution française , la question de la Révolution a été posée par des historiens et des universitaires de toutes les sensibilités politiques, nous permettant de bénéficier de plusieurs regards, parfois polémiques, sur cette période de l'histoire. Cette diversification des points de vue améliore la qualité et la précision de notre analyse. La Révolution française est un objet d’étude sensible, polémique ; parler de certaines facettes de la Révolution française revient à parler de
1 1793-1794. 2 Comme le démontre Claude Mazauric dans son ouvrage Jacobinisme et Révolution, autour du bicentenaire de 1789.
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certaines facettes de la société française, de la République, de la monarchie ou d’idéologies politiques. « De la Révolution française, il y a donc des histoires royalistes, des histoires libérales, des histoires jacobines, des histoires anarchistes ou libertaires, et cette liste n’est ni exclusive – car ces sensibilités ne sont pas toutes contradictoires – ni surtout limitative : mère de la civilisation politique dans laquelle nous sommes nés, la Révolution permet toutes les 3 recherches de filiation » . Si les historiens de la Révolution française ne s’accordent pas sur de nombreux éléments, de détail ou d’envergure, de la Révolution française, particulièrement sur la portée et la nature de la volonté politique de chacun des acteurs de l’époque et sur les causes des évènements, l’immense majorité s’accorde néanmoins à penser que la Révolution française est un élément fondateur des doctrines politiques à venir, qui s’exprimeront pour beaucoup en faveur ou en défaveur de la Révolution. Au sein de la Révolution française, la Société des Jacobins est selon George Couthon le lieu où «s’est préparée la Révolution ; c’est ici qu’elle s’est faite, c’est ici que se sont préparés tous les grands évènements». Le club des jacobins tient son nom du fait que ses premiers membres se furent installés en 1789 au Couvent des Jacobins rue Saint-Honoré à Paris. A l’origine simple club de réflexion réunissant quelques députés de l’Assemblée nationale, il voit en son sein s’exprimer de plus en plus de personnalités politiques, telles que Mirabeau, Brissot, mais aussi Marat, et les célèbres Saint-Just et Robespierre. Au fur et à mesure des évènements de la Révolution française et de l’importance grandissante de l’assemblée législative dans les régimes politiques successifs jusqu’en 1794, le club des Jacobins 3 FURET François,Penser la Révolution française, éditions Gallimard, 1978, p. 25.
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devient le lieu de débat privilégié des lois les plus importantes, et fait jeu égal pour une courte période avec l’Assemblée nationale en tant que lieu d’élaboration de la politique de la France. En 1792, le club des Jacobins se divise à l’occasion de la question du sort du roi et de la reconnaissance de son inviolabilité ; dirigés par le marquis de La Fayette, les partisans de Louis XVI quittent le club des jacobins pour fonder celui des Feuillants, et laissent le club des Jacobins aux mains de ses membres les plus extrémistes. Là encore, et de manière confidentielle, ce club se trouve au centre de l’histoire : les sociétés populaires rattachées au club des Jacobins avant cette scission se joignent en grande majorité au nouveau club des Feuillants, tandis que les Jacobins ne disposent plus que d’une demi-douzaine tout au plus de sociétés de province sur lesquelles exercer une réelle influence. Si les Jacobins n’avaient pas réussi à reprendre l’avantage dans cette lutte d’influence, ou plutôt si les Feuillants avaient réalisé l’importance des enjeux, le club des Jacobins n’aurait pu demeurer au coeur de la scène politique. Le jacobinisme, si tant est qu’il n’en existe qu’un seul et qu’il soit pensé autrement qu’au travers de circonstances politiques et historiques particulières, est lié à la notion fondamentale de république. Pour le jacobinisme, lares publicale lieu d’expression de la volonté inaliénable est du peuple, mais également le lieu d’opposition et de destruction des opposants de l’épanouissement du peuple ; c’est aussi, nous le verrons, l’âge d’or de l’homme nouveau et vertueux. Selon Saint-Just, «ce qui constitue une République, c’est la destruction totale de tout ce qui lui est opposé». La république suppose, pour les Jacobins, l’unité du peuple ; cette unité se réalise autour d’un élément nouveau et central, dont nous évoquerons les tenants et les aboutissants plus loin, qui est la morale.
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