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La bataille de N'Djamena 2 février 2008 Récit

De
184 pages
Abderaman Koulamallah raconte ici la folle chevauchée motorisée de plus de 1000 kilomètres, qui a permis la prise de N'Djamena, le 2 février 2008, à laquelle il a participé au coeur d'une coalition rebelle déterminée à renverser Idriss Déby, ainsi que les événements qui ont suivi, et le repli de l'expédition. La victoire de N'Djamena, fait d'armes exceptionnel, a surpris tout le monde, mais l'expédition a fini en repli. Que s'est-il passé ? Comment expliquer ce gâchis ?
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Abderaman Koulamallah
LA BATAILLE DE N’DJAMENA
2 FÉVRIER 2008
Abderaman Koulamallah raconte ici la folle chevauchée motorisée de
plus de 1 000 kilomètres, qui a permis la prise de N’Djamena, le 2 LA BATAILLEfévrier 2008, à laquelle il a participé au cœur d’une coalition rebelle
déterminée à renverser Idriss Déby, président de la République
tchadienne, ainsi que les événements qui ont suivi. La victoire de DE N’DJAMENAN’Djamena, fait d’armes exceptionnel, a surpris tout le monde, mais
l’expédition a ni en repli. Que s’est-il passé ? Comment expliquer
2 FÉVRIER 2008ce gâchis ? Cette épopée au dénouement décevant permet de
mieux comprendre la vie politique si particulière du Tchad, marqué
par sa géographie, où les formations politiques, inscrites dans des
Récitappartenances ethniques, peinent à s’entendre et où le sens de
l’État resterait à construire, où l’intervention de la France, ancienne
puissance coloniale, demeure décisive. Et, en n, comment des con its
d’apparence cycliques n’en nissent pas de ruiner le pays.
Homme politique tchadien, Abderaman Koulamallah, né en 1955,
ls d’Ahmed Koulamallah, ancien dirigeant socialiste, a occupé plusieurs
postes de ministre et de conseiller à la présidence de la République sous le
régime de Idriss Déby. Engagé dans plusieurs rébellions, il devient le
porteparole de la coalition rebelle qui prend N’Djamena en février 2008, et Am
Dam en mai 2009. À la suite d’un accord avec le gouvernement tchadien,
il rentre au Tchad en juin 2010. Brièvement emprisonné puis gracié, il
dirige aujourd’hui l’Union démocratique tchadienne (UDT), représentée à
l’Assemblée nationale.
ISBN : 978-2-343-05077-5
18 €
Abderaman Koulamallah
LA BATAILLE DE N’DJAMENA





La bataille de N’Djamena
2 février 2008

Récit
























Abderaman KOULAMALLAH







La bataille de N’Djamena
2 février 2008

Récit








































© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris
www. harmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-05077-5
EAN : 9782343050775








À mes épouses Amany et Mabrouka pour leur patience
À mes onze enfants
À mon père Ahmed Koulamallah et ma mère Hayatte Kifli
À deux de mes nièces, mes premières lectrices
À tous ceux que j’ai connus au cours des événements
que je raconte dans ce livre


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Je t’ai pesé, poète, et t’ai trouvé de peu de poids.

Vents, Saint-John Perse


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PRÉFACE

par

Acheikh Ibn-Oumar
ancien ministre des Affaires étrangères du Tchad




« Mais pourquoi n’écrivent-ils pas ? » C’est une question que posent
fréquemment les Tchadiens et les amis du Tchad à l’endroit des acteurs
des confrontations militaires qui ne cessent de battre et rebattre les cartes
politiques depuis l’indépendance de ce pays, en 1960.
Le présent livre d’Abderaman Koulamallah, La Bataille de
N’Djamena, février 2008, au-delà de ses qualités intrinsèques, qui
ne manquent pas, et au-delà de ses lacunes, qui ne manquent pas non
plus, par le simple fait de sa présence, est un apport important pour
alléger un peu ce lourd silence des grands acteurs des conflits tchadiens à
répétition.
Important, cet ouvrage l’est aussi par son objet : la déferlante
motorisée de la coalition de l’opposition armée qui partit de la frontière
tchadosoudanaise pour venir mourir aux portes mêmes du palais présidentiel,
à N’Djamena, en février 2008, est un des épisodes les plus
spectaculaires des funestes guerres tchado-tchadiennes.
Sur un plan purement militaire, cinq épisodes saillants émergent dans
l’histoire tourmentée du Tchad indépendant : la prise de la
villepalmeraie de Faya-Largeau par les forces du Frolinat, en mars 1978 ;
puis les quatre batailles de N’Djamena : celle de 1979, connue sous le
nom d’« événements du 12 février », première conflagration à grande
échelle au sein de la capitale ; la guerre dite « des neuf mois », en
1980 ; le raid des forces du Front uni pour le changement (Fuc), en
avril 2006, comme un exercice préparatoire à la bataille de
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N’Djamena de février 2008, racontée ici par Abderaman
Koulamallah. L’autre haut fait d’armes remarquable qui complète la série, c’est
la défaite de l’armée libyenne à Ouadi Doum, en 1987, mais cette
bataille ne rentre pas directement dans la catégorie de la course au
pouvoir entre les différentes factions.
Enfin, cet ouvrage est important par la position de son auteur.
Le lecteur non averti pourrait se laisser bluffer par le style
journalistique et même parfois romancé, mais l’auteur est loin d’être un
chroniqueur, encore moins un simple témoin. M. Koulamallah était au cœur
non seulement de l’action mais aussi de la conception et de la décision.
De fait, en tant que porte-parole de la coalition rebelle, point d’orgue
d’une carrière politique très colorée, il était en quelque sorte le numéro
quatre dans la hiérarchie, à côté des chefs des trois principales forces
armées de la coalition. Cette prééminence l’a-t-elle mis, à un certain
moment, en position d’être l’homme du compromis pour sortir du
blocage entre les chefs politico-militaires quant à la direction des affaires de
l’État, au moment où la chute du régime paraissait être une question
d’heures ? En tout cas, l’intéressé en a caressé le rêve pendant quelques
instants.
Par ailleurs sa riche expérience politique (chef de parti, ministre, etc.)
l’avait amené à faire de son poste de porte-parole l’interface de la
coalition rebelle avec le monde extérieur, les médias naturellement, mais
aussi les cercles diplomatiques et, surtout, le parrain soudanais.
Rappelons que le gouvernement de Khartoum était le principal, je dois dire
l’unique soutien logistique de la coalition rebelle.
Autant d’atouts qui font que nous n’avons pas ici affaire à un récit
ordinaire.
Ces atouts sont en même temps la source de la critique qu’on pourrait
faire au livre. En effet, le lecteur reste un peu sur sa faim, car on est en
droit de s’attendre à des révélations inédites et à la mise en lumière de
certains en-dessous sensibles.
Le Soudan, on l’a dit, mais aussi la Libye et surtout la France, ont
toujours été impliqués dans les affrontements au Tchad depuis les
années 1960, dans une sorte de partie à trois, faite de divergences, de
convergences et de tractations souterraines sur le dos des Tchadiens. Je
dois plutôt dire sur le dos du Tchad, car les acteurs tchadiens eux-
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mêmes (pouvoir, partis politiques légalisés, opposition armée, chefs
militaires), comme un appareil GPS déréglé, recalculent en permanence leur
positionnement sur cet échiquier géopolitique. À tel point que
l’observateur a du mal à trouver une quelconque cohérence stratégique
dans les discours, les parcours et les manœuvres des uns et d’autres.
« Le Tchad est trop compliqué », est une phrase souvent entendue.
Ne comprenons pas par là que M. Koulamallah a occulté tous ces
aspects obscurs. On en apprend sur les tiraillements entre chefs
politicomilitaires, les contacts avec les autorités des pays… partenaires, et les
tentatives de négociation entre le régime de N’Djamena et l’opposition
armée. D’ailleurs, en prélude au récit de la bataille proprement dite,
l’auteur relate la rencontre de Syrte, qui regroupa, en octobre 2007, le
gouvernement de N’Djamena et les mouvements qui lanceraient
l’attaque, quelques mois plus tard, à l’initiative du colonel Kadhafi, en
accord avec le gouvernement de Khartoum.
Cependant ces coups de projecteurs géopolitiques ne sont pas au centre
de l’ouvrage, qui est le récit du déroulement de ce « rezzou-Toyota »
d’importance majeure. Il s’agit plutôt de rappels pour situer les
événements militaires dans leur contexte chronologique.
La restitution de cette fameuse campagne militaire de février 2008
nous est donnée de façon vivante et imagée, dans une langue claire, sobre
et agréable, avec une maîtrise du flash-back qui me fait retrouver, sous
les oripeaux du vieux routier désabusé de la politicaillerie tchadienne, le
jeune étudiant en cinéma et publicité, animateur de groupes de théâtre
amateur et conquis par la magie verbale de Georges Brassens, avec
lequel nous refaisions le monde, à Paris, dans les années 1970.
Peutêtre qu’à défaut de faire des films, ce à quoi le destinait sa formation
universitaire, l’ami « Nanane » a voulu inconsciemment compenser cette
frustration en vivant un film dans la réalité. Non pas l’art comme
substitut à la réalité, mais la réalité comme substitut à l’art, en quelque
sorte.
Le déroulement des combats de février 2008, comme ceux d’avril
2006, étaient largement couverts par les médias internationaux.
L’opinion suivait les événements heure par heure. Les images prises par
les combattants circulaient en temps réel sur le Net. Même le climat
politique interne aux organes dirigeants était répercuté à l’extérieur,
13
non sans une certaine opacité, vu l’absence de communication officielle
sur ce sujet. L’opinion savait grosso modo que l’armée gouvernementale
était battue, mais que ce fut l’incapacité des chefs rebelles à s’entendre
sur la personnalité qui devrait diriger la transition qui causa l’échec
militaire. L’opinion savait aussi que les autorités soudanaises, qui
n’avaient pas lésiné sur le soutien matériel à la rébellion, avaient en
même temps un jeu assez trouble. Quant à la France, son soutien
officiel au régime de N’Djamena était une position clairement assumée, au
nom de la stabilité et des accords entre les deux pays. Mais comment
faisait-elle face à la situation au jour le jour, tant sur le plan politique
que sur le plan militaire ? Et le plus important pour les Tchadiens
aspirant au changement dans leur pays après un quart de siècle de
confiscation du pouvoir par le système du Mouvement patriotique du
salut (MPS) : quelles sont les leçons à tirer de tout cela et quelles sont
les perspectives dans cette nouvelle phase ?
Sur toutes ces questions, on peut se demander ce que le livre apporte
en plus par rapport à ce que l’on sait déjà plus ou moins.
Sur le plan opérationnel, la narration des préparatifs, des combats et
du repli, est incontestablement très enrichissante pour le lecteur, et c’est
la force principale de cet ouvrage. Pour ceux qui ne sont pas familiers
avec les milieux combattants, c’est une immersion, à hauteur d’homme,
dans les réalités des guerres inter-tchadiennes, tant sur le plan militaire
proprement dit que sur le plan psychologique.
L’implication directe des éléments militaires français, qui va au-delà
du cadre officiellement proclamé « rapport d’État à État », est ici
concrètement illustrée, de même que son résultat décisif sur le renversement
de la situation et le sauvetage du régime.
Lors de l’offensive similaire menée par le Front unique pour le
changement, en 2006, il apparaissait que le pouvoir avait délibérément
laissé les rebelles s’enfoncer jusqu’à N’Djamena afin de les y piéger.
Certains s’étaient demandé si la facilité avec laquelle l’offensive de 2008
était parvenue à la capitale ne relevait pas de la même tactique du
piégeage. À lecture du présent ouvrage, la réponse est négative. Si les forces
de la coalition étaient parvenues à N’Djamena, c’était parce qu’elles
avaient submergé celles du pouvoir, combat après combat, jusqu’au
dernier cercle de protection de la présidence de la République.
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Le secret de ces victoires est bien connu des Tchadiens : si, dans toutes
les guerres, l’on sait que le rapport de force numérique et matériel doit
être pondéré par la motivation et le moral des combattants, au Tchad,
la situation est tout autre. La force morale peut tout simplement
annuler le rapport de force physique et matériel. Le récit fait par l’auteur en
est une nouvelle et éclatante illustration.
Reste les deux questions les plus épineuses : les contours exacts de la
rivalité interne à la coalition, qui a finalement conduit à l’échec de
l’opération, d’une part, et les perspectives ultérieures, d’autre part.
Sur la première question, l’auteur relate les discussions entre les chefs
et décrit son propre rôle. C’est très intéressant mais le lecteur se retrouve
quand même avec le sentiment que tout n’a pas été dit. De toute façon,
quelles que soient les informations fournies, on ne peut objectivement se
faire une idée proche de la réalité qu’en recueillant la version des autres
personnages.
Sur la seconde question, celle des perspectives pour la lutte en faveur
du changement au Tchad, le sentiment de l’auteur est que les
mouvements n’avaient pas tiré les leçons de toutes ces expériences, car ils sont
doublement enfermés dans des logiques « pouvoiristes » et
communautaristes. En rappelant brièvement la tentative de réédition de la campagne
de février 2008, sous l’égide d’une nouvelle coalition, l’Union des forces
pour la résistance (UFR), dans des conditions d’impréparation et de
dissonances internes inchangées sinon aggravées, et qui avaient abouti à
la catastrophe des combats d’Am Dam, en mai 2009, l’auteur nous
fait comprendre qu’effectivement, les leçons n’avaient pas été tirées. Et
en ajoutant à cela l’arrêt brutal du soutien soudanais, l’avenir était
complètement bouché.
En conclusion, il reste donc à prendre connaissance de la version des
autres membres de l’opposition armée sur cet épisode particulier mais
aussi sur tous les épisodes marquant des luttes politico-militaires au
Tchad, et à tirer toutes les leçons de ces amères expériences pour
permettre à la génération montante d’en faire une réappropriation critique
afin de tracer de nouvelles voies de lutte pour le changement
démocratique de plus en plus réclamé par les Tchadiens.
De la belle matière pour d’autres écrits de dirigeants et cadres des
mouvements politico-militaires qui, espérons-le, viendront compléter ce
15
travail précieux, entamé par Abderamane Koulamallah dans ce livre :
La Bataille de N’Djamena, février 2008.

Reims, le 2 décembre 2014
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À QUARANTE KILOMÈTRES DE N’DJAMENA


Un des hommes chargés de ma protection me réveille.
Nous nous préparons pour la prière du Soubouh. Il est
quatre heures du matin et, déjà, la chaleur nous accable.
Nous sommes dissimulés dans un buisson aux alentours de
la petite bourgade de Djermaya, à seulement quarante
kilomètres de N’Djamena. Nos forces combattantes,
composées en particulier de plus de trois cent cinquante véhicules
lourdement armés, occupent ce secteur on ne peut plus
stratégique...
Nous sommes le 2 février 2008.
La veille, des combats intenses ont opposé nos forces
organisées dans le commandement militaire unifié groupant
trois des principaux mouvements rebelles en guerre dans
l’est du Tchad contre l’armée gouvernementale. Ces
affrontements ayant rapidement tourné en notre faveur, nous
avons mis l’armée tchadienne en déroute, et les plus
enthousiastes d’entre nous ont même évoqué « une victoire
historique ».
Un vent chaud souffle en ce début de matinée, et la
fumée des armes de tous calibres qui, la veille, ont retenti
dans ce petit village de la grande agglomération de la
capitale tchadienne envahit l’atmosphère. Ce mélange gazeux
assèche la bouche et nous assoiffe constamment.
Nous sommes à l’intersection des routes menant vers le
nord et l’ouest du pays, en direction du lac Tchad. Des
combats sporadiques y ont éclaté l’avant-veille, dans la nuit,
entre nos combattants et des troupes gouvernementales
égarées ou venues en renfort mais ignorant notre présence.
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