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La langue affranchie

De
132 pages
Tout le monde s’entend pour dire que la langue française a changé au fil du temps. Pourtant, on semble avoir plus de mal à accepter qu’elle se transformera encore, et pas seulement en gagnant de nouveaux mots. Elle changera dans sa structure et dans son fonctionnement, comme elle l’a déjà fait à maintes reprises. Les évolutions linguistiques ne sont pas des dégradations, des appauvrissements ou du nivellement par le bas. La langue moderne n’est pas l’état optimal que plus rien ne peut ni ne doit atteindre. Le prétendre peut être dangereux, car les locuteurs, par qui la langue existe, peuvent se lasser d’une langue anachronique, et se tourner vers une autre langue qu’ils perçoivent comme plus adaptée à leurs besoins. Pour maintenir la langue française au Québec, au lieu de vouloir la conserver sous une cloche de verre, ne faudrait-il pas plutôt l’affranchir, et se raccommoder avec l’évolution linguistique?
À la suite de La langue rapaillée, Anne-Marie Beaudoin-Bégin plaide ici pour que les Québécoises et les Québécois se réapproprient avec fierté leur langue et cessent, notamment, de craindre des emprunts à l’anglais. Instructif, documenté et rigoureux, son nouveau livre est également un vibrant appel à embrasser le changement linguistique.
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AnneMarie BeaudoinBégin
LA LANGUE AFFRANCHIE SE RACCOMMODER AVEC L’ÉVOLUTION LINGUISTIQUE
AnneMarie BeaudoinBégin
lalangue  affranchie seraccommoderaveclévolutionlinguistique
lalangueaffranchie a été publié sous la direction de Ianik Marcil
Conception et illustration de la couverture : Lino Mise en pages : Camille SavoiePayeur Direction de l’édition : Renaud Plante Direction de la production : MarieClaude Pouliot Révision : Caroline Décoste Correction : Andrée Laprise
© 2017 AnneMarie BeaudoinBégin et les éditions Somme toute
ISBN 9782924606377 epub 9782924606513 pdf 9782924606506
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e Dépôt légal – 2 trimestre 2017 Bibliothèque et Archives nationales du Québec Bibliothèque et Archives Canada
Tous droits réservés Imprimé au Canada
À feu ma grandmère qui était « toujours de travers dins menouères »
TABLE DES MATIÈRES Préface............................................................................................... 9 PrologueCharlotte est partie......................................................................... 13 Introduction................................................................................... 17 Chapitre 1 Chaos glorieux et dissonance cognitive........................................ 21 Chapitre 2 Parlant d’évolution linguistique.................................................... 31 Chapitre 3 Un facteur d’évolution : l’économie linguistique ........................ 37 Chapitre 4 Un facteur d’évolution : les changements dans le milieu ............ 45 Chapitre 5 Un facteur d’évolution : les contacts sociaux ............................... 49 Chapitre 6 Un facteur d’évolution : les interventions humaines................... 53 Chapitre 7 Les nouvelles technologies : évolution, révolution....................... 59 Chapitre 8 Déconstruire le franglais................................................................ 67 Chapitre 9 Alternance de codes et expression artistique ............................... 77 Chapitre 10 Aménagement linguistique............................................................ 87 Chapitre 11 Libérée, délivrée.............................................................................. 93 Chapitre 12 La langue à affranchir ...................................................................101 Chapitre 13 Se racc’mmoder avec l’évolution linguistique............................ 107 Conclusion.................................................................................... 113 ÉpilogueClémentine ne partira pas............................................................ 115 Bibliographie............................................................................... 121
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PRÉFACE «Une fois, c’tait un néologisme qui voulait rentrer dansLe Robert, Le Roberts’est tassé, pis y’est rentré dans’ langue pareil.» – Caroline Décoste Tel un biscuit chinois providentiel dont le contenu te révèle exactement ce que tu veux au moment où tu en as besoin, quelques heures à peine après que j’eus terminé de lire le remar quable essaiLa langue affranchie, un ami m’a appelé pour me raconter son weekend durant lequel un redoux digne d’un alizé hawaiien avait transformé son coquet village de pêche blanche en une saguenéenne Venise de la sébaste. Ah ! comme la slush a slushé ! Ou, si vous préférez François Villon : « mais où sont les neiges d’antan ? » De but en blanc, je lui demande s’il a été capable de se rendre jusqu’à sa cabane sans avoir à se construire un vaporetto, rapido presto. Il me répond ça : « Estu fou ! C’tait pas allable ! » Ainsi donc, les chemins étaient impraticables sous cette chaleur à faire ramollir le plus acéré des séracs, le plus compacté des bancs de neige, mais mon ami, qu’on peut difficilement traiter d’analphabète, avait décidé de dire « pas allable » avec un ton qui laissait deviner l’état de la couverture de glace plus effi cacement que n’importe quelle circonvolution mal adaptée à raconter un réel qui, ce jourlà, fessait solidement dans le dash. « Pas allable », les mêmes mots que ceux de mon grandpère lorsqu’il me racontait cette inondation durant les années 1920 au LacSaintJean, un déluge qui avait laissé, paraîtil, dans son sillage une quantité phénoménale de billots de bois sur le chemin de fer : « y avait des pitounes sur la track, c’était pas allable ! » Estce mal, docteur ? Réponse courte ? Pantoute. Réponse longue ? Un essai brillant qui explique, avec une érudition qui le dispute à l’intelligibilité (sur un fond d’hu mour salutaire), que mon ami, comme mon grandpère à une époque complètement différente, parle une langue d’abord et avant tout efficace, adaptée, vivante. Car oui, une langue, ça respire, ça transpire, ça rote, ça pète, c’est parfois déglingué,
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ça capote sa vie, ça radote, c’est lyrique, ça rase les pâquerettes pour ensuite tutoyer Trappist1 et parfois, dans le meilleur des cas, en même temps. Une langue, ça vit.
Et des décennies après qu’un magazine commeLiberté a eu le courage de prendre position contre les tenants d’un français sentant le renfermé et la soumission à Paris, aux Anglais et au clergé (faut quand même le faire), ceux qu’Yves Préfontaine brocardait en revendiquant «la liberté d’être et d’être en action 1 dans une langue délivrée» , AnneMarie BeaudoinBégin, continue un combat qui n’est manifestement pas terminé : celui de nous sortir de cette culpabilité. Cette foutue culpabilité, dont on assomme quiconque ose parler autre chose qu’un code sentant le formol et l’interdit. L’auteure démontre noir sur blanc, et avec une salutaire érudition, la fumisterie que constitue plus souvent qu’autrement le fait de dire qu’une forme ou qu’un mot est supé rieur à un autre. Comme disait Raoul Vaneigem dansLe livre des plaisirsle secret d’une autorité, quelle qu’elle soit, tient à la, « rigueur inflexible avec laquelle elle persuade les gens qu’ils sont coupables ». Et ces pros de l’anathème ont encore leurs tribunes.
Parmi ces nouveaux essentialistes d’une supposée forme pure de la langue, dont AnneMarie BeaudoinBégin nous apprend qu’elle n’est que construction, on compte notamment les Denise Bombardier et autres Mathieu BockCôté. Des gens qui n’en ratent jamais une pour se désoler de la supposée décadence de notre langue, cette pauvresse chassée d’un biblique jardin d’Éden (qu’on se garde bien de nommer parce qu’il n’existe pas), malmenée par les assauts d’une modernité contre laquelle elle doit s’ériger plutôt que de s’en nourrir. Notre insolente linguiste ne le dit pas en ces mots, mais on pourrait dire qu’elle est en quelque sorte une linguiste darwinienne : ce qu’elle nous dit, et qu’on espère qu’elle contribuera à rendre une évidence, c’est qu’une langue est une entité qui doit s’adapter pour survivre. Le règne animal est luimême jonché d’innombrables charniers de splendides fossiles, des formes parfaites, qui avaient rai son, et qui maintenant, faute d’adaptation, continuent de nous montrer leur raison du fond de leurs vitrines de musées. Une langue vivante, tel un organisme qui sécrète constamment des
1. Yves Préfontaine, « Parti pris »,Liberté, no. 423, 1962, p. 294. 10