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La mode est démodée

De
211 pages
On s’y attendait, mais on ne voulait pas y croire. Pourtant, cette fois, c’est sûr et certain : La section BEP Mode sera supprimée à la rentrée 2008 : 14 élèves en seconde, 14 en Terminale, ce n’est pas rentable, autant les regrouper à Strasbourg ou à Colmar. On manifeste, on convoque les médias. En pure perte, naturellement. Ce n’est une surprise pour personne : Ici comme ailleurs, l’économique d’abord. Alors, à défaut d’autre chose, les élèves de la toute dernière promotion de BEP Mode du Lycée Camille Schneider de Molsheim prennent la plume, arme légère sans doute, mais capable tout comme ses plus meurtrières consoeurs de laisser d’indélébiles traces. « La Mode est démodée » se compose de nouvelles et de poèmes, mais aussi de témoignages d’anciennes élèves. Dire pour se souvenir
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2 Titre
La mode est démodée

3Titre
Les Elèves de T MO
La mode est démodée

Jeunesse
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit 2008
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-01506-5 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304015065 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-01507-2 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304015072 (livre numérique)

6 . 8 Les auteurs

LES AUTEURS
Jessica BUDZIK
Magali BUDZIK
Flore CHALENCON
Sophie DIAZ
Tiffany ECK
Pauline FIMBEL
Aude KETTERER
Manon LEVY
Sabrina MAECHLER
Aurélie METZLER
Sophie SCARLATA
Cécile STOUVENEL
Nawel STROH
Justine VAN RENNE
Christelle Budzik
Sabaya NEUHUSER
Cyndie SELZER
9
PREFACE
D’abord, on n’y croit pas : Ce n’est pas vrai,
ça ne peut pas être vrai, c’est une rumeur, une
de plus. Fermer la section ? Quelle absurdité !
Dans un deuxième temps, on se révolte : On
ne va pas se laisser faire ! On contacte les élus,
les médias, on se rend en rangs serrés au recto-
rat, on distribue des tracts dans toute la ville,
une belle journée d’action, qu’on nous voie,
qu’on nous entende, que tous sachent notre dé-
saccord ! Mais rien n’y fait, évidemment. La
suppression de la section BEP Métiers de la
Mode du Lycée Camille Schneider était pro-
grammée depuis belle lurette. D’ailleurs, à quoi
bon le nier : on s’en doutait. On ne voulait pas
y croire, mais au fond, on savait. Tous, on sa-
vait.
Alors, on fait mine de se résigner.
Mais avant de s’en aller, avant de se taire
tout à fait, la toute dernière promotion prend
sa plume.

11 La mode est démodée
Dernier hommage à une section qui pendant
des décennies a vu défiler des générations
d’élèves pour qui la couture était bien plus
qu’un métier : une passion.

Joan OTT, Prof de Lettres des T MO
12
I - FANTASTIQUE… OU PAS
13 Le fruit du péché

LE FRUIT DU PECHE
À priori, quoi de plus commun, de plus banal
qu’un lycée… Ils se ressemblent tous, n’est-ce pas ?
Non, pas tous… Le nôtre, par exemple, est
chargé d’histoire. Le bâtiment A, du moins. Le
B est du dix-neuvième et le C du vingtième,
mais le A… Ah ! le A… Université jésuite, puis
couvent de nonnes, puis résidence sénatoriale
de Kellermann, il devient « Ecole ménagère »,
puis CET, avant de se voir affublé du sigle de
LEP, et enfin de celui de L. P.
De l’extérieur, Camille Schneider ressemble
tellement peu à un lycée que les gens qui le
cherchent tournent en rond un bon moment
avant d’arriver chez nous. Avec son grenier
immense, ses caves humides, ses trois escaliers,
l’un monumental, tout en pierre, l’autre, de ser-
vice, en vieux bois, et le troisième en colimaçon
qui mène à l’infirmerie et à l’internat, avec ses
couloirs sombres, sa vieille charpente, quoi
d’étonnant si les internes entendent des bruits
bizarres la nuit ? Tout ce bois, toutes ces vieilles
pierres ne demandent qu’à gémir quand le vent
se lève. Au début, tout ce vacarme nocturne in-
15 La mode est démodée
quiète un peu, mais l’on s’habitue vite. On
s’amuse à se faire un peu peur parfois, on se ra-
conte des histoires de fantômes, mais bien évi-
demment, ce n’est qu’un jeu, personne n’y croit.
Pourtant, en mars de l’an passé, les bruits et
les phénomènes étranges ont commencé à se
multiplier. Ils se sont déplacés, aussi. Mainte-
nant, c’était la salle de couture qui était devenue
le siège de bien des bizarreries. Des bizarreries
tellement bizarres que la charpente et le vent ne
parvenaient plus à les expliquer. Des machines
qui se désenfilaient toutes seules, ça encore, on
aurait le mettre sur le compte de l’âge du maté-
riel. Mais qu’elles en arrivent à se déplacer pen-
dant la nuit, avouez qu’il y avait là de quoi
s’étonner davantage.
Oui, c’est bien en mars que tout ça a com-
mencé, au moment exact où la fermeture de la
section couture a été officiellement annoncée.
Une coïncidence, rien de plus, bien évidem-
ment. C’est ce que nous nous sommes dit, tou-
tes autant que nous étions, élèves, profs et ad-
ministration. Le matin, on remettait les machi-
nes à leur place, on les renfilait, et on continuait
à travailler comme si de rien n’était.
Mais à mesure que le temps passait, les cho-
ses empiraient. Chaque matin, il nous fallait
plus de temps que la veille pour remettre la salle
en ordre.
16 Le fruit du péché
Tout de même, il y avait de quoi se poser des
questions : les machines étaient-elles vivantes ?
Était-ce là leur façon de protester contre la
mort de notre chère section ? Peut-être se rebel-
laient-elles à l’idée de finir à la décharge…
Ou bien, peut-être étaient-ce les âmes des
anciennes élèves qui n’acceptaient pas que cette
section, l’une des plus anciennes du lycée,
tombe dans l’oubli ?
Et bien non, rien de tout cela !
Un matin de juin, nous avons trouvé une let-
tre, posée sur le bureau du prof. Une lettre bien
étrange… Ce n’était pas du papier et de l’encre,
non ! C’était une broderie, une vraie broderie,
faite à la main, au tout petit point de croix.
Nous l’avons lue, et bien sûr, nous avons toutes
cru à un canular. Peut-être en était-ce un, peut-
être pas. Cela, nous ne le saurons sans doute
jamais.
Que disait-elle, cette lettre ?

Mes très chères filles,
Vous ne savez pas qui je suis, mais moi je
vous connais toutes, une par une, et jusqu’au
fond de vos âmes dans lesquelles je lis comme
dans un livre ouvert. Et ce sont de belles âmes,
en vérité. Bien plus belles et plus pures que la
mienne, sans aucun doute. Car moi, j’ai fauté…
Une faute tellement grave que l’éternité ne suf-
fira sans doute pas à l’expier.
17 La mode est démodée
Qu’ai-je fait ? J’ose à peine le dire, mais il me
faut en passer par cet aveu…
Or donc, voici : En 1767, j’étais novice dans
ce couvent. J’avais votre âge, tout juste dix-sept
ans. Notre directeur de conscience était encore
jeune, et il était beau. Nous n’avons pas su ré-
sister à la tentation. Nous avons enterré le fruit
de notre péché dans le parc, à l’endroit exact où
aujourd’hui se trouve le saule que vous avez
planté le jour des portes ouvertes, pour sceller
le jumelage de votre lycée avec celui
d’Offenbourg.
Pendant plus de deux siècles, mon pauvre
bébé n’a cessé de pleurer. J’avais beau faire,
beau le bercer, rien n’y faisait. Ses pleurs me
rendaient folle. Oui, toute morte que j’étais, les
pleurs de mon enfant mort allaient me faire
perdre la raison. Aucune mère, même mauvaise,
n’aurait pu supporter ces gémissements pour
l’éternité…
Et puis, la section couture a été créée. Les
jeunes couturières ont empli la maison et le
parc de leur présence et de leurs rires. Et mon
bébé a cessé de pleurer. Un miracle, en vérité.
L’an prochain, les couturières disparaîtront,
et je sais que mon enfant se remettra à pleurer.
Je ne le supporterai pas. Alors, voici ce que je
vous demande : Chaque jour, l’une d’entre vous
viendra près du saule et chantera une berceuse.
Et après vous, vos filles viendront aussi, et
18 Le fruit du péché
après elles, vos petits-enfants. La paix de mon
bébé et la mienne sont à ce prix. Si vous me
promettez et si vous tenez votre promesse, je
m’engage en retour à ne plus rien déranger dans
votre salle de travail.
Vous êtes mon seul espoir, et je sais que je
puis avoir confiance en vous.

Signé : Sœur Marie des Anges.

Nous avons toutes prêté serment. Un ser-
ment solennel. Résultat : La chère sœur se tient
désormais tranquille et nous pouvons travailler
comme avant.
Et canular ou pas, qu’importe… Nous chan-
terons chaque jour, à tour de rôle, tant que nos
forces nous le permettront, et nos filles et nos
petites filles après nous.
Et si un jour, aucune d’entre nous n’était dis-
ponible ? Pas de problème, nous avons pensé à
tout ! Nous placerons un enregistrement de nos
berceuses au pied de l’arbre. Gageons que la
chère sœur n’y trouvera rien à redire et qu’elle
saura rendre hommage au progrès : En effet, si
comme nous elle avait connu la pilule du len-
demain, sans doute n’aurait-elle pas été
condamnée à errer pour l’éternité en berçant
désespérément le braillard fruit de son péché…

Aude et Sophie D.
19
LE FRUIT DU PECHE (SUITE)
Elle
J’en suis aujourd’hui à mon 753 e jour
d’internement. Sans guillemets, ce n’est pas une
expression. Et non, je ne suis pas comptable,
mais il n’y a rien de mieux à faire ici que de
compter les jours.
C’était un 13 novembre. Je n’oublierai jamais.
Comment oublier ce jour qui m’a condamnée…
J’étais en salle de couture, à une machine
comme à mon habitude. J’avais commencé à
coudre puis j’étais allée repasser dans la salle à
côté. C’est quand je suis revenue que j’ai vu
cette chose qui ne pouvait être là, qui ne pou-
vait exister.
J’ai regardé autour de moi, mais personne ne
voyait ce que je voyais : Apparemment, elles
étaient toutes là comme à leur habitude, qui à
travailler, qui à rire et à chanter.
Je me suis mise à hurler comme une hystéri-
que et le bruit a cessé : toutes me fixaient
comme une bête curieuse. J’ai cessé de hurler,
21