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Le baiser de l'éléphant

De
142 pages
La peur dans les rues d'Alger. "Comment comprendre la guerre quand on a treize ans ?" Mat Camison y échappe grâce à son talent pour le piano et l'accordéon. Le jeune virtuose reçoit d'incroyables propositions pour accompagner des artistes, d'abord dans les coins les plus reculés d'Algérie, puis en Afrique noire : grisé par l'aventure et l'extravagance des tournées musicales, il fugue... Mat parcourt des milliers de kilomètres à travers une Afrique envoûtante et éternelle, bravant périls et mésaventures cocasses.
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LE BAISER DE L’ÉLÉPHANT Mat Camison
Odile Steffan-Guillaume
La peur dans les rues d’Alger. « Comment comprendre la guerre
quand on a treize ans ?... » Mat Camison réussira à lui échapper
grâce à son talent pour le piano et l’accordéon. Le jeune virtuose
reçoit en effet d’incroyables propositions pour accompagner des
troupes d’artistes, d’abord dans les coins les plus reculés d’Algérie,
puis en Afrique noire à la suite de sa rencontre avec un chansonnier
du « Grenier de Montmartre » dont il tombera totalement sous le
charme et grisé par l’aventure et l’extravagance de leurs tournées
musicales, il fi nira par fuguer.
Le lecteur est happé par une Afrique envoûtante et éternelle
à travers laquelle Mat et son complice parcourent des milliers de
kilomètres pour rejoindre les salles de spectacle ou les cabarets
des grandes métropoles, bravant périls et mésaventures cocasses.

Mat Camison fait des études musicales et obtient un
premier prix de piano. Le musicien démarre dans la
profession comme pianiste et compositeur. Très vite,
il devient incontournable et la plupart des artistes connus de
l’époque « yéyé » font appel à lui. Nous fredonnons tous une
chanson dont nous ignorons qu’il est soit l’arrangeur, soit le pianiste
de l’enregistrement. Il compose encore aujourd’hui la musique de LE BAISER nombreux fi lms long métrage ou d’animation pour le cinéma et la
télévision.
DE L’ÉLÉPHANT
Odile Steffan-Guillaume fait des études de lettres et enseigne
oule français en Algérie. De retour en France, elle épouse le
monde de la librairie avec passion : Strasbourg, Mulhouse, L’adolescence tumultueuse de Mat Camison
et Caen où elle dirigera « la librairie Guillaume » jusqu’à
Musicien, compositeur, arrangeur, interprèteson exil en Afrique en 1995. Au Sénégal, elle créera en
brousse un hôtel, un dispensaire, un centre d’artisanat... Elle sera
l’écrivain public de toute une région, ce qu’elle est encore aujourd’hui,
ainsi que correctrice.
Couverture et illustrations :
Stéphanie Bouchet-Guillaume, Sorrente (Italie)
Traitement des images : Lamteo, Aix en Provence
ISBN : 978-2-343-05736-1
14,50 €
Mat Camison
LE BAISER DE L’ÉLÉPHANT
Odile Steffan-GuillaumeLe baiser de l’éléphant© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-05736-1
EAN : 9782343057361Mat Camison
Odile Steffan-Guillaume
Le baiser de l’éléphant
ou
L’adolescence tumultueuse de Mat Camison
Musicien, compositeur, arrangeur, interprète
L’HarmattanMAT CAMISON
signera aussi ses œuvres sous les noms de : Mike Wickefield, Matt Son,
José Piqueras.
Il intégrera des groupes comme compositeur, pianiste ou clavier, tels que :
Les Français », Les Peppers, Mat 3, Résonance, Les Sharks.
Musique de films, compositions et arrangements :
Avec Pierre Bachelet Histoire d’O, film de Just Jaeckin.
La victoire en chantant, film de Jean-Jacques Annaud (Oscar du meilleur
film français à Hollywood en 1977), Paris Story projeté au Palais Royal en
1976.
Avec Claude Carrère : Hold-up en l’air, La guerre de l’eau.
Films d’animation : La légende de Parva, Poil de Carotte, Moby Dick, Les
Renées, Dad’x, etc.
Compositions pour : Sacha Distel , Dalida, Joe Dassin, Julie Pétri,
Richard Antony, Sheila, Les Sharks, Les Français, Mat 3, Mister K,
Résonance, Pierre Bachelet, les Peppers, Boli Wadle avec le titre : We’ve
got a feeling.
Arrangements pour : Sheila Love me baby, Singing in the rain, et tous ses
albums en anglais sauf Spacer. En français : Pilote sur les ondes, etc.
Les Sharks, Les Français, Mat 3, MisterK, Pierre Bachelet, Rika
Zaraï, Claude François, dont il sera le pianiste pour la plupart des
enregistrements dont les plus connus : Je vais à Rio, Le lundi au soleil, Le
téléphone pleure, Alexandrie, etc.
Résonance : succès international avec : OK Chicago et La machine à
remonter le temps. Les Peppers (tube mondial avec Peppers Box, adopté par
toutes les radios, classé n° 5 dans « les charts » à New York).
Chanteur : un album avec Tendre est la nuit, Noix de coco, Accroche ton
cœur à mon étoile
Des 45 tours avec : Qui y a-t-il dans le cœur des femmes ?, La vie sans
amour n’est pas une vie, Les gueux des Flandres…
Théâtre : musicien et acteur pour la pièce de François Billetdoux :
Comment va le monde Môssieur, il tourne Môssieur, (Molière de la meilleure
pièce en 1994).
Le blog : Mat Camison over-blog.fr/a taste of music GLULJpHSDU&KULVWLDQ6WDOOD
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HFWLOO&R &DERQHWAlger : Les rêves survivent aux bombes
Je promène mes treize ans dans les rues d’Alger. El Djezaïr
la blanche. La ville dont on ne se remet pas. La ville qui est
en guerre, la ville qui n’est qu’éclats. Trop de blancheur,
trop de lumière, trop d’agitation. Fini les murmures des
fontaines et les conciliabules des cours et des terrasses .Ce ne
sont plus que déflagrations et violence. Les fracas de
l’insurrection ont eu raison de la douceur et de la nonchalance
.Comment comprendre la guerre quand on a treize ans et
que le ciel reste d’un bleu transparent ?
Moi, je joue du piano et de l’accordéon. J’essaie d’oublier
la peur sur mes claviers .Je tente de retenir l’enfance. En
même temps, je l’exècre, cette enfance. Je suis pressé. Il me
faut mon nom en haut de l’affiche. Je m’invente une vie qui
ne serait faite que de liberté, de voyages, de succès. Je me
grise d’applaudissements, d’ambiances, d’atmosphères. Je
tiens le coup grâce à mes rêves extravagants. Je n’ose parler
d’espoirs.
1Quand je ne joue pas, je vais m’asseoir au jardin d’essai ,
inconscient du danger. Je reste là, à me nourrir d’essences
de fleurs, de jasmin, de fleurs d’oranger… Je suspends le
temps.
Je tente de comprendre aussi. Comment a-t-on pu ?
Comment est-on arrivé à s’entretuer, sur cette terre qui semblait
insolente de promesses ? Que me réserve l’avenir ?…
1 Parc botanique d’Alger.
9Je n’oublie pas que malgré les évènements fanatiques qui
m’arrachent le cœur et nous rendent la vie difficile, je jouis
d’une chance inestimable.
Mon père, un être magnifique et hors du commun, vit ma
passion de la musique par procuration .Il devine et devance
mes aspirations. Chaque jour, il tente de m’aguerrir, de
vaincre mon trac et ma timidité. Il m’aide, à sa façon, tout
en pudeur, avec des élans d’enthousiasme qui pourraient
parfois me convaincre que je suis doué et voué à un grand
avenir, que tout peut arriver…
Je commence à y croire quand il trouve et me présente un
impresario. Comment a-t-il fait ?… Cet homme organise
des galas de bienfaisance. Il m’impressionne.
Impressionne, impresario, je me gargarise de ces deux mots qui se
ressemblent.
Il est de stature imposante. Il me confie que si je suis ses
conseils à la lettre, je connaîtrai tous les succès et que lui, il
finira par gagner beaucoup d’argent, qu’il aura largement
mérité, d’ailleurs. Que c’est pour ça qu’aujourd’hui, il
consent à me verser de l’argent de poche. « Il investit », comme
il dit. Et quand je le regarde, je vois les dollars s’imprimer
au fond de ses yeux.
Un jour, voilà qu’il téléphone à mon père, et je ne sais pas
comment il s’y prend, mais il réussit à le convaincre de me
laisser partir en tournée avec lui pendant les vacances de
Noël. Il a créé une troupe pour divertir les soldats envoyés
dans les villes et villages les plus reculés, et déclare que
« m’immerger dans la réalité est la seule bonne école pour
que je comprenne les difficultés du métier ». Je devine que
la discussion entre mes parents a dû être serrée. Maman me
considère toujours comme « son petit bout », et refuse de
me voir grandir. Papa est tellement fier de ce que je peux
découvrir ou devenir, qu’il en oublie les dangers. En tout
cas, je suis sûr que papa a tranché seul. Il m’épate.
10J’estime énormément mes parents. Ils m’attendrissent.
Malgré leur modeste condition, ils se sont toujours rendus
disponibles pour nous, se sont dépensés sans compter pour
nous donner à mes trois sœurs et à moi les possibilités d’une
éducation et d’une culture libérales. Nous vivons dans
l’harmonie la plus totale. Attentifs, ils aplanissent tous nos
soucis. D’ailleurs mon père nous répète constamment et
avec conviction : « Il n’y a pas de problèmes mes enfants,
il n’y a que des solutions ». Ils nous chérissent d’un amour
constant, sans débordements excessifs, toujours vigilants à
ce que nous ne perdions pas les principes de rigueur, de
dignité, de droiture.
Je fais ce que je peux pour ne pas les décevoir. C’est vrai
que je suis d’un tempérament plutôt réservé. Si je boue à
l’intérieur, je reste timide et poli. A l’école primaire, j’étais
le chouchou de mes institutrices. Peut-être aussi parce que
j’étais plutôt mignon à regarder. Encore aujourd’hui, j’ai
une « bonne bouille. » J’essaie de rester jovial et optimiste,
de ne pas créer autour de moi trop d’inquiétude, surtout
dans ce climat difficile où les détonations, les fusillades, les
sirènes, nous mettent les nerfs à rude épreuve.
Me voilà donc autorisé à vivre l’aventure avec un grand A.
Jamais, je n’ai mis aussi peu de temps à faire un sac. Je suis
surexcité, et en même temps, je suis terrorisé. J’ai peur de
flancher. De ne pas être à la hauteur de leurs espoirs. Et j’ai
peur d’avoir peur.
11La troupe, ma nouvelle famille
La troupe, c’est une drôle de famille que nous formons, tous
ensemble. Une chanteuse réaliste, un illusionniste, un
chan1sonnier imitateur, soi-disant filleul de Jean Rigaux qui tient
l’affiche à Paris, et qui s’en glorifie un peu trop à mon goût,
le présentateur et moi. J’accompagne tout le spectacle à
l’accordéon, essayant de jouer au mieux mon rôle de
« jeune prodige ». Mais surtout, j’observe ce petit monde
intensément. L’enfant que je suis encore, hésite souvent
entre le rire et les larmes.
La chanteuse interprète tout le répertoire d’Edith Piaf. Elle
est gironde bien que plutôt forte. Elle vit pleinement ses
chansons. Quand elle chante « Ça me prend par le bas, ça
me prend par le haut », je ressens des trucs bizarres dans le
bas ventre. Elle semble avoir beaucoup roulé sa bosse. Elle
s’identifie tellement à son idole, qu’elle porte la même
petite robe noire. Le seul problème, c’est que la robe, trop
ajustée et non taillée spécialement pour elle, craque
régulièrement au niveau de la taille et des hanches. Combien de
fois l’ai-je vue quitter précipitamment la scène en tenant les
coutures de sa robe ?
Mais quel succès si la robe s’était ouverte, si elle avait glissé
doucement, franchissant les hanches puis les genoux, pour
1 Célèbre chansonnier du début du XXème siècle. Humoriste et
imitateur, il osa s’attaquer à des sujets tabous pour l’époque, bravant ainsi
souvent la censure.
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