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Le modèle culturel civique de la cité grecque

De
306 pages
Pour donner du sens au projet européen qui oriente aujourd'hui notre vie économique, politique et sociale, il faut analyser l'histoire de l'Europe occidentale. Et pour cela, il faut remonter à l'Antiquité grecque. Il est indispensable d'établir les faits historiques, mais il faut encore les comprendre, c'est-à-dire expliciter les raisons qu'ont eues les acteurs d'agir comme ils l'ont fait et de produire des sens culturels pour justifier ce qu'ils faisaient. La sociologie de l'histoire peut relever ce défi.
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Guy Bajoit

Le modèle
culturel civique
de la cité grecque

3/02/15 21:26:17

Le odèe cuture cïvïque de a cïté grecque

Mïse en page : VïncentAbïtane – Studïo Prépresse

D/2015/4910/4

© Academïa – L’Harmattans.a.
Grand’Pace,29
B-1348 Louvaïn-a-neuve

ISBN : 978-2-8061-0208-9

Tousdroïtsdereproductïon, d’adaptatïon oudetraductïon, parqueque procédé que cesoït,réservés
pour touspays sans’autorïsatïon de ’édïteuroudesesayantsdroït.

www.edïtïons-academïa.be

GuyBajoït

LE MODÈLE CULTUREL CIVIQUE
DE LA CITÉ GRECQUE

Je dédie ce livre aux jeunes gens de seize à
vingt-deux ans qui s’intéressent à comrendre
le monde (économique, social, olitique et culturel)
dans lequel ils vivent, et à leurs rofesseurs d’histoire
et de sciences sociales, qui remlissent la tâche
méritoire de les accomagner dans
cet arentissage.

Je remercie chaleureusement mes collègues
qui ont bien voulu relire ce manuscrit et le critiquer :
Sohia MAPA, historienne et sychanalyste ;
Jean-Michel CHAUMONT, sociologue et hilosohe ;
Jean-ClaudeMULLENS, anthrooogue ;
etMarc-HenrySOULET, socïoogue etrésïdentde
’Assocïatïon Internatïonae des Socïoogues
de Langue Françaïse.

Introductïon générae :
Vers une tHéorïe socïoogïque
de ’Hïstoïre

Avantd’entreren matïère, je doïsïnsïster surdeux remarques
trèsïmportantes. La premïère :cecï n’est as un ïvre d’hïstoïre, maïs
desocïoogïe de ’hïstoïre.Jesuïs socïoogue etnon ïstorïen, et
je prendsdonc es travauxde mescoèguesïstorïenscomme
1
« mat»ïère remïère de mesanayses. Laseconde : mon projetde
2
recerce ne concerne que ’Europe occïdentae et son propos
n’esteut-être as généraïsabe; sansdoute beaucoup d’autres
socïétésont-ees ressembé ou ressembent-eesencore aux

1. Putôtque de partïrdudïscoursdesacteurs, comme je ’aï faïte pus souventdansd’autres
recerces, je me fonde ïcïsure dïscoursdesïstorïens. Cea faïtaumoïns une dïérence
ïmportante :s’agïssantd’un acteur, je ne doïspas tenïrce qu’ï dïtpour vraï;je doïs, aucontraïre,
mettreson dïscoursen doute pour’obïgeràrélécïrdavantage à ce qu’ï airme; s’agïssantd’un
ïstorïen, je n’aï aucun moyen devérïîer sesproposetje doïsdonctenïrpour vraï ce qu’ï écrït,
à moïnsqu’ï n’exprïme uï-même desdoutes, ouqu’un autre ïstorïensoïten désaccord avec uï;
maïsje nesauraï jamaïsquï araïson !
2a géog. Sï rapïe nousenseïgne assezcaïrementce quï est« euroéen »etce quï ne ’estpas,
ee ne peuten faïre autantpource quï est« occïdenta »:toutpays, en eet,sesïtue à ’ouestd’un
autre. Paroùpasse a frontïère entre ’Occïdentet’Orïent? Parcontre,sï ’on précïse qu’ïs’agïtde
’Euroeoccïdentae, cacunsaïtoùeesetrouve etde quespaysee estcomposée.

9

Le modèe cuture cïvïque de a cïté grecque

nôtres, aïs je n’aï nï ’ïntentïon, nï d’aïeurs a copétence pour
faïre des coparaïsons.

A.

La proposItIon théorIque

L’objectïf de a recHercHe est d’ïdentïîer et de coprendre
es modèes cutures constïtutïfs de a cuture de ’Euroe occïdentae.
Je faïs ’HypotHèse générae que ces odèes ont été produïts par
desacteurs socïauxquï ont agï sur eurscondïtïons d’exïstence,
en cHercHant à résoudre esrobèmesvïtauxque eur posaït
eur exïstence coectïve.Ce seraïtpourdonnerdu sensà eurs
reatïons socïaesetà eursogïques d’actïonqu’ïsauraïentdépoyé
eurcréatïvïté cutureeetïnventé esmodèescutures, quïtout
auong de notre ïstoïre,sesontaccumuésetentremêéspour
formerpeuà peua cuture de ’Europe occïdentae.

La démarce anaytïque mïse en œuvre danscetterecerce
se fondesur unetéorïesocïoogïque ducangement
3
socïocuture , éaborée par’observatïon de certaïnes socïétés
d’Europe occïdentae (a Begïque eta France notamment) aux
époquesmoderne etcontemporaïne. Pour tenterde carïîercette
démarcetéorïque, ï m’asembéutïe de asyntétïserdanse
4
scéma présenté à a pagesuïvante.

I ïmporte de précïserd’abord – caron esoubïetoujours! –
a sïgnïîcatïon des èchesquï îgurentdanscettereprésentatïon
grapïqueee : snesïgnïîentpas« causent… », maïsputôt
« constïtuentes raïsons quï ermettentde comrendre ourquoï… ».
Les raïsons, en eet, nesontas des causes, nï eicïentes, nï înaes:
cesontesmotïvatïonsquïcondïtïonnentesacteurs, maïssans es
détermïnertotaement, etquï esïncïtentàse conduïre detee ou
tee manïère,touten euraïssantcependant une marge pusou

3. Cettetéorïesocïoogïque ducangement socïa etcuture a été présentée dansmon ïvre
ère
Le Changementsocïocuture(Parïs, Armand Coïn, 1 éd.2003). Uneseconde édïtïon, compétée
estprévue pour 2015.
4. J’appee cescéma a« maïson dusocïoogue »parce qu’onyentre para« orte »des reatïons
socïaes. Lasocïoogïe est, en eet,a scïence des reatïons socïaes, c’est-à-dïre cee quï a pourobjet
d’expïquer, de comprendre et/oud’ïnterpréteresconduïtesdesacteurs, ïndïvïduesoucoectïfs,
ar ’anayse des reatïons qu’ïs entretïennententre eux.

10

Introductïon générae : Vers une théorïe socïoogïque de ’hïstoïre

5
oïns grande de ïberté. L’énoncé de ces raïsons est e produït
duraïsonnementdu cHercHeur quï, en s’appuyant sur es faïts qu’ï
voudraït coprendre, s’eForce d’ïnterpréter es otïvatïons quï
ont ïncïté es acteurs à poser te ou te acte, à se conduïre de tee
ou tee anïère. Ees sont donc susceptïbes d’être crïtïquées par
un autre cHercHeur quï ïnterpréteraït ces êes faïts autreent.
S’ï faaït faïre e ïen entreraïsonetcause, on pourraït dïre qu’une
raïson est unecause robabïïste et récïroque.Ee estrobabïïste
parce que, prïses séparéent, es otïvatïons quï ïncïtent ’acteur
à poser un acte ne sontas toujours toutes nécessaïres(ï peut parfoïs
poser cet acte, êe sï ees n’étaïent pas toutes actïves) et que,
prïses ensebe, ees ne sontas toujours suisantes(ï se peut
qu’ï aït d’autres otïvatïons que e cHercHeur ïgnore) : ï est donc
robabe,aïs pas certaïn, qu’ï posera cet acte. Et a causaïté est
récïroqueparce que es actes qu’ï posera auront des eFets sur
d’autres cHaps reatïonnes et sur d’autres acteurs quï, à eur tour,
réagïront sur uï, ce quï créera un réseau copexe d’ïnteractïons.

Danslesconditions d’existence
objectiveset subjectivesquisontles siennes, en
1
untempset un lieudonnés(CEx-t )...

Pourlégitimerleurs actions, les
acteurscréentde la culture
(CC)et ainsi,s’adaptent, ou
transformentleurs conditions
d’existence.

Lapratique deces relations
faitd’euxdes acteurs sociaux
et ceux-cis’engagentdansdes
logiquesd’action. (LA)

...toutecollectivité humaine
chercheà résoudre les cinq
problèmes vitauxque
lui posela viecollective
(PVVC).

Pour y trouverdes solutions,
sesmembresorganisentleurs
relations sociales(RS)
dans cinqchamps relationnels.

5. L’ïdée de« cause »ïpïque un déterïnïse quï n’a pas de sens en scïences socïaes.
Cee de« raïson »aïsse pace àunereatïve ïberté de ’acteur. Sura questïon de a« ïberté »,voïr
G. Bajoït,Socïo-anayse des raïsons d’agïr. Études sur a ïberté du sujet et de ’acteur, Québec, Presses
de ’Unïversïté Lava,2010, capïtre I.

1

1

Le modèe cuture cïvïque de a cïté grecque

I ïporte de bïen saïsïr a portée du cHoïxépïstéoogïque
quï vïent d’être expïcïté. Sï esocïoogue cHercHe des raïsons et
non des causes, c’est parce qu’ï a aFaïre à des êtres Huaïns,
donc dotés deconscïence: ïs sont dotés d’une capacïté rélexïve,
ïspeuvent dïre« non », refuser de se aïsser déterïner par es
contraïntes socïaes et cuturees quï pèsent sur eurs conduïtes.
Avec eurconscïence, esacteurs traïtent, gèrent(« dïgèrent») ces
contraïntes, quï escondïtïonnentsans es détermïner. Dèsors,une
téorïesocïoogïque n’estjamaïs entïèrementrédïctïve: ee ne faït
que découvrïr,seon ’eureuse expressïon que j’emprunte àMarc
Henrï Souet,« es chemïns durobabe dans ’éventaï des ossïbes ».
Pourmïeuxfaïre comprendre cette questïon dïicïe, prenons un
exempe. Sï esgouvernantsd’une cïtéserendentcompte que
ceuxde a cïtévoïsïne accumuentdesarmes, ïs sonten droït
de penser–sansen être certaïnsetbïen que ces voïsïnsdécarent
évïdemmente contraïre – qu’ïspréparenta guerre. Isauraïent
donctoutïntérêtà en faïre autant: mïeux vautprévenïrque de
se aïsser surprendre. Certaïnsde cesgouvernantsproposeront
donc de consacrer une partïmportante des ressourcesde a cïté
à fabrïquerouaceterdesarmes.Maïsd’autres, ïnïïsante
rïsque, estïerontqu’ï n’estnueentnécessaïre de faïreun
tesacrïîce, aorsque a cïté pourraïtconsacrer ses ressources
àrésoudre d’autresprobèesqu’ïsjugentpusïportants.
La décïsïon fera donc ’objetd’un débat. Lescontraïntesqu’ïs
vaorïsentïncïterontcertaïnsacteursà accuuerdesares,
d’autres, à n’enrïen faïre.Cescontraïntes serontïnterprétéeset
évauéespara conscïence de cacun eta décïsïon înaesera e
résutatd’unraortde forceentre espartïsansd’une posïtïon,
ceuxde ’autre, etceuxd’une mutïtude d’autrespossïbïïtésquï
surgïrontdanse débat. I estdonctoutà faïtïmpossïbe que e
socïoogue, même en connaïssant toutesescontraïntes, puïsse
prévoïra décïsïon quïsera prïse. D’aïeurs,te n’estas son rôe:
ceuï-cï n’estnï de prévoïr’avenïr, nï de jugeresconduïtesdes
acteurs, maïs seuementd’expïquere passé ete présent. Ise
ïmïte à donnerdu sensà a décïsïon quï a été prïse en expïcïtant
es raïsonspouresqueescette décïsïon-à a étéretenue, etnon
une autre, parce qu’ee étaïta pusprobabe parmïtouteses
aternatïvespossïbes.

12

Introductïon générae : Vers une théorïe socïoogïque de ’hïstoïre

Bïensûr, ï nesuitpasde carïîeresensdeslècesdanse
scéma cï-dessus. Ireste ïndïspensabe d’expïcïterbrïèvementes
résuosés théorïquessuresquesïrepose etdedéînïr, aumoïns
provïsoïrement, esprïncïpauxesconcetsquï en découent, aîn
de permettre auecteurd’évauergobaementesypotèses
de départ, etdese famïïarïseravec e angagesocïoogïque que
j’utïïseraïtoutauong desanayses.

1.

1
Dans des condItIons d’exIstence données (CEx-t ),
es membres d’une coectIvIté humaIne queconque
cherchent à résoudre es cInq probèmes vItaux que
eur pose eur exIstence coectIve.

On entend ïcï par« condïtïons d’exïstence »’ensembe des
facteurs objectïfs etsubjectïfs –qu’ïs’agïsse desdonnéesdu
contexte pysïque oudesproduïtsmatérïesetïmmatérïesdes
actïonsumaïnespassées–, quï condïtïonnentavïe commune
desmembresd’une coectïvïté enun ïeuet untempsdonnés.
On doïtbïen entendu y rangereterrïtoïre dontee dïspose,
avecses ressources, abondantesou rares,sa géograpïe et son
cïmat,sesïensavec esautrescoectïvïtésquï ’envïronnent
dïrectementou sontpusoïntaïnes,sa démograpïe ete nïveau
de déveoppementdesatecnoogïe.Maïsï faut tenïrcopte
aussï de ’Hïstoïre desa cuture, en partïcuïerdes soutïons
auxprobèes vïtauxde avïe counequ’ee a déjà mïses en
ace dans e asséetquï condïtïonnentcette exïstence pendant
a pérïodesousanayse.Comme e ecteurpourras’enrendre
compte etïsantcetravaï, ï n’estpasfacïe de dïstïnguer
caïrementescondïtïonsd’exïstence etesogïquesd’actïon.
En eet, cescondïtïonsdépendent, aumoïnsen partïe, des
résutats, pusoumoïnsdurabes, desactïonsentreprïsespar
esacteursdesépoquesprécédentes. Sï bïen que cescondïtïons
cangentconstamment,toutauong de a pérïode anaysée :
1
ceesque ’on a décrïtesenuntempsdonné (t) nesontdéjà
2
pusceesauxqueesesacteursaurontaaïre pus tard (ent), et
34
aïnsï desuïte, ent,t, etc. Sï ’ontravaïesurde onguespérïodes
– ce quï estbïen e casïcï –, ï est souventdïicïe de démêer
escondïtïonsd’exïstence etesogïquesd’actïon, cara« roue »

1

3

Le modèe cuture cïvïque de a cïté grecque

12
(CEx-t -> RS -> LA -> CC -> CEx-t …) a euetempsdetourner
pusïeursfoïsentre e débuteta în de a pérïode anaysée.

Sescondïtïonsd’exïstence déînïssent e cadre danseque a
coectïvïté organïse avïe commune desesmembres,sousdes
contraïntespusoumoïns rïgïdesoulexïbes. Pourautantque
j’aïe pum’enrendre compte en anaysante cangement socïa et
cuture danses socïétéscontemporaïnes,tantdansespaysdu
nord que dansceuxdu sud,une coectïvïté umaïne estamenée
à ïnventer un nouveaumodèe cuture, ouà enréactïver un
ancïen, orsque descangementsïmportants survïennentdans
sescondïtïonsd’exïstence. En eet, orsque detescangements
se produïsent, es soutïonsconcrètes, qu’ee avaïtïnstïtuées
etpratïquaïtjusqu’aorspour résoudre esprobèmesdesavïe
commune,sont renduesmoïnseicaceset, dumême coup,
uï paraïssentmoïnségïtïmes. Les transïtïonsdu règne d’un
modèe cuture à ceuï d’un autre ont toutesété provoquéespar
’apparïtïon de nouveescondïtïonsd’exïstence, auxqueeses
coectïvïtésontdû s’adapterouqu’eesont vouu transformer.

Leurscondïtïonsd’exïstence commune posentauxcoectïvïtés
umaïnesqueques« robèmesvïtaux».En eet, eursurvïe, aussï
bïen entantque groupesocïa qu’entantqu’ïndïvïdus, dépend de
eurcapacïté detrouverdes soutïonseicacesetégïtïmesà ces
probèmes. Sï eesne peuvent y répondre,sï eesn’y trouventpas
desoutïonsdurabes, ees rïsquentfortde dïsparatre ou, ce quï
revïentaumême, dese faïre absorberpard’autrescoectïvïtés.
Je propose donc d’énoncercesprobèmes sousforme decïnq
questïons, quese posent tousesacteurs, maïsen partïcuïerceux
quï onta carge de gouverner, dumoïnsquand ïse fontavec e
soucï de ’ïntérêtcommun :

A –Commentdevons-nous gérer nos ressources sï nousvouons
satïsfaïre nos besoïns, nous rotéger contre ’hostïïté de a nature,
roîter durabementde ses bïenfaïts sans es gasïer, etestransmettre
auxgénératïons futures ?

B –Commentdevons-nous gérer nos reatïons avec es autres
coectïvïtés sï nousvouonsvïvre en aïx, évïter a guerre et tïrer
roîtde nos échanges avec ees ?

14

Introductïon générae : Vers une théorïe socïoogïque de ’hïstoïre

C –Comment devons-nous gérer notre ordre oïtïque ïnterne
sï nousvouons que notre coectïvïté soïtgouvernée dans ’ïntérêt
généra, que chacun sache ce quï estermïs etïnterdït, etqu’ï soït
jugé etunï s’ïtransgresse nos coutumes ou?nos oïs

D –Commentdevons-nous gérer es reatïons entre es dïvers
groues d’ïntérêts quï comosentnotre coectïvïté aîn qu’ïs
coexïstentacïîquement?

E –Commentdevons-nous socïaïser nos membres (es ancïens et
es nouveaux,venus ar naïssance ouar ïmmïgratïon), de manïère
à ce qu’ïs s’ïntègrentà notre coectïvïté et y trouventeu?r ace

On peut supposerqu’une coectïvïté ne peut survïvre
ongtemps sï ee nerésoutpastoutescesquestïons ;en eet,
quand ’une d’entre ees restesans soutïon eicace etégïtïme,
eerïsque fortd’empêcerarésoutïon desautres. Cescïnq
probèmesontdonc, dumoïnsenthéorïe,une ïmortance égae.
Cependant, on peutconstaterque,seon escïrconstances
ïstorïques, escondïtïonsd’exïstence d’une coectïvïté peuvent
rendre certaïnsrobèmes usvïtauxque d’autres;ï uï faudra
aors s’en occuperprïorïtaïrementparce que, de eur résoutïon,
dépendra cee desautres. Parexempe, sïune coectïvïtése
trouve constammentmenacée par ses voïsïnesquï convoïtent son
terrïtoïre, oupardes troubes socïauxïnternescontïnues,sï ee
vïtdans un mïïeunature arïdesous un cïmatïnospïtaïeret sï
sonso contïentpeuderessources,sïsa popuatïon augmente, que
cesoïtpara fécondïté naturee oupardesïnvasïons venuesdu
deors,sï ee ne dïspose pasd’outïsadaptésà a productïon de
son aïmentatïon…, ïva desoï qu’ee n’accordera pasa même
ïmportance à cacun desprobèmes vïtauxénoncéscï-dessus.

2.

À cette in, a coectIvIté structure es reatIons
socIaes (RS) entre ses membres, dans es cInq
champs reatIonnes de a vIe socIae.

Résoudre esprobèmes vïtauxde avïe coectïve ïmpïque que
esmembresde a coectïvïtése mettentensembe, pratïquent

1

5

Le modèe cuture cïvïque de a cïté grecque

entre euxdesrelations sociales, faute de quoï, ïsnesauraïent
survïvre, nï coe coectïf, nï coe ïndïvïdus.

A – Puïsqu’une coectïvïté ne peut survïvresï ee produït
moïnsderïcessesqu’ee n’en consomme, ee ïnstïtuera des
reatïons de roductïon, dont’enjeuestauïssance,déînïe
comme a capacïté d’une casse gestïonnaïre d’extraïreunsurpus
de a force detravaï d’une casse productrïce, des’approprïerde
cesurpusetde décïderde ’usagesocïa quï ensera faït.

B – Sacantqu’une coectïvïté ne peut survïvresï ee nesaït
pasgérer sesécangesavec esautrescoectïvïtés, ee ïnstïtuera
donc desreatïons ïntercoectïves,dont’enjeuest’hégémonïe,
déînïe comme a capacïté d’une coectïvïté de domïneresautres
oudese défendre de eurdomïnatïon para dïpomatïe etpar
a guerre.

C – Puïsqu’ee nesurvïvra pasdavantagesïson ordre ïnterne
n’estpasmaïntenu, ee ïnstïtuera desreatïons oïtïques, dont
’enjeuesteouvoïr,déînï comme a capacïté desdïrïgeants
poïtïquesde maïntenïretde canger’ordre ïnterne exïstant
(de faïre desoïs, de jugerde a conformïté desconduïtesà ces
oïs, deréprïmera dévïance, etde prendre desdécïsïonsaunom
de a coectïvïté).

D – Sacantqu’ee nesurvïvra pasnon pus sï ee est
décïrée pardesconlïtsïnternes vïoents, quï opposententre
euxdesgroupesporteursd’ïntérêtsetde projetsdïvergents, ee
ïnstïtuera desreatïons contractuees, dont’enjeuest’ïnuence,
déînïe comme a capacïté d’un groupe queconque d’exprïmer
un ïntérêtou un projet, de e négocïeravec esautres, d’étabïr
descompromïsavec euxetde faïre garantïrceux-cï pare
pouvoïrpoïtïque.

E – Enîn, puïsqu’ee nesauraït survïvresans socïaïseret
ïntégrer sesmembres, ee ïnstïtuera desreatïons d’ïntégratïon,
dont’enjeuest’autorïté,déînïe comme a capacïté desdïrïgeants
desorganïsatïonsde gérer’apprentïssage des rôes socïauxetde
contrôereurexercïce conforme auxnormesenvïgueur.

16

3.

Introductïon générae : Vers une théorïe socïoogïque de ’hïstoïre

La pratIque de ces reatIons forme des acteurs
socIaux, quI s’engagent dans des ogIques d’actIon
(LA).

La pratïque de ces reatïonssocïaïsees ïndïvïdus : ïs
apprennent à vaorïser desînaïtéscounes ou partïcuïères,
ïs acquïèrent des copétences et des ressources pourcontrïbuerà
ces înaïtés, ïs s’attendent à desrétrïbutïonsqu’ïs désïrent obtenïr
et ïs se défendent de adomïnatïondes autres tout en s’eForçant
d’exercer sur euxa eur.Cettesocïaïsatïon faïtappartenïrces
ïndïvïdusà desïdentïtéscoectïvesetesïncïte às’engager
dansdesogïques d’actïon: ïscercentà mïeuxcontrôereurs
înaïtés, à acquérïrdavantage de compétencesetderessources, à
obtenïres rétrïbutïonsqu’ïsespèrentetà exercerassezd’emprïse
suresautrespouresdomïneroupour s’en défendre. Dèsors, es
acteurs s’engagentdansdesd’actïon »« ogïques : ïsconstruïsent
dessoïdarïtésavec ceuxquï partagentesmêmesînaïtésque es
eursdanses reatïons socïaesetdesécangesavec ceuxquï ont
desînaïtésdïérentes.

– Lesogïques de soïdarïtéesïncïtent, quand certaïnes
condïtïons sont réunïes, à entreprendre desactïons coectïves,
pourdéfendre etaugmentereuremprïsesuresenjeuxde
eurs reatïons socïaes(a puïssance, e pouvoïr, ’égémonïe,
’ïnluence et’autorïté).

– Lesogïques d’échangeesïncïtentà entreravec d’autres
acteursdansdes reatïonsde coopératïon (entre partenaïres), de
conlït(entre adversaïres), de compétïtïon (entre concurrents) et
de contradïctïon (entre ennemïs).

Pourprécïserencore e angage, nousappeerons« éïtes
gestïonnaïres »esacteursquï, dans une coectïvïté, contrôent
a puïssance, e pouvoïr, ’égémonïe, ’ïnluence et’autorïté, et
« eue » ou« masses ouaïres »ceux suresquescesformesde
contraïntesocïaesontexercées.

Leséïtesgestïonnaïres sontdïtesdïrïgeantesquand eurs
ogïquesd’actïon contrïbuentà ’ïntérêtgénéra etdomïnantes
quand eesnes’occupentque de eursïntérêtspartïcuïers ;de

1

7

Le modèe cuture cïvïque de a cïté grecque

êe, es asses popuaïres sont dïtesoensïvesquand ees
uttent pour obïger es éïtes gestïonnaïres à être dïrïgeantes ou,
au besoïn, pour es repacer par d’autres, etdéfensïvesquand
ees cHercHent à réduïre a doïnatïon qu’ees subïssent.
Tout est aFaïre de proportïon : es éïtes gestïonnaïres sont toujours
à a foïs dïrïgeantes et doïnantes ; et es asses popuaïres sont
toujours à a foïs oFensïves et défensïves.

Encore une précïsïon : on appeera« régïme »(éconoïque,
poïtïque et socïa) ’ensebe des soutïons que es acteurs
ettent en pace, par a pratïque des reatïons entre eux, pour
essayerderésoudre esprobèes vïtauxde avïe coectïve.
Lerégïe, cesontdesratïques, e odèe cuture, cesontdes
croyances, coe nousaonsevoïr.

4.

Pour donner du sens et de a égItImIté à eurs
ogIques d’actIon, es acteurs créent de a cuture
(CC) et aInsI, Is s’adaptent à, et transforment eurs
2
condItIons d’exIstence (CEx-t ).

L’être Huaïn, parce qu’ï est, beaucoup pusque esautres
espèces vïvantes, doté deconscïence, est un»« anïma de sens :
ï ne peutagïrquesï, àsespropres yeuxetaux yeuxdesautres,ses
conduïtes(ce qu’ï faït, dït, pense et ressent) nesontnïarbïtraïres
(eesdoïventobéïràune orïentatïon), nïabsurdes(eesdoïvent
avoïr unesïgnïîcatïon). Eesdoïventdonc avoïrun sens(aux
deux sensdu tere : orïentatïon et sïgnïîcatïon).

a)

Qu’est-ce qu’un modèe cuture ?

Pourquesesconduïtesaïent unsens, ï fautque ’être umaïn
fasse preuve de« créatïvïté cuturee »: qu’ï attrïbue eurégïtïmïté
àune« source de sens ».Cee-cï peutêtreexterne ouïnterne à sa
conscïence.I dïspose detroïs(et seuement troïs)sourcesexternes:
unesourcesurnaturee(« ma conduïte estégïtïme arce que j’obéïs à
avoonté de(s) Dïeu(x) »); unesourcesocïae(« arce qu’ee réond
àune nécessïté de avïe coectïve ») et/ou unesourcenaturee
(q« arce u’ee estconforme àune exïgence de a nature »). I dïspose
aussï d’unesourceïnterne:sa propreconscïence, quï uï permet

18

Introductïon générae : Vers une théorïe socïoogïque de ’hïstoïre

d’être sujet de uï-êe (conduïte est égïtïme arce que j’agïs« ma
6
seon ma conscïence »). En attrïbuant aïnsï sa conduïte à une ou
pusïeurs sources de sens, ’acteura are d’une égïtïmïté: ce qu’ï
faït, dït, pense ou ressent uï parat bon, beau, vraï ou juste ; ï
ène une«v»ïe bonne puïsqu’ee est confore auxattentesde(s)
Dïeu(x), de asocïété et/oude a nature, et/ouqu’ï agït« en son âme
etconscïence ».Moï, ’A« Le utre, e Monde etDïeu»sont, comme
7
’écrïvaït sï justementGeorgesGusdorf, es« fonctïons Dïeu»:
un ïndïvïduou une coectïvïté ne pourraïtpasdonnerdu sens
àson exïstenceterrestre,sansïnvoquerdes raïsonségïtïmes, quï
justïîent sesconduïtesdanses reatïons socïaesqu’ï pratïque.
L’acteurproduïtaïnsï du sens, c’est-à-dïrede a cuture. I attrïbue
son actïon à des sources,aunom desquees ï agïtenïnterrétant
eur«voonté ». I construïtaïnsï des représentatïons, des vaeurs,
desnormes, desïntérêts, desaectségïtïmes, étantdonné es
înaïtésqu’ï poursuïteta posïtïon qu’ï occupe danses reatïons
socïaesquï e constïtuentcomme acteur.

Qu’ïs soïentproduïtspar’éïte dïrïgeante ouparesmasses
popuaïres, ces senscutures, créésparesacteurs,vïsentdonc
toujoursà orïenter, à égïtïmer, à justïîereursogïquesd’actïon.
Ensembe, cesjustïîcatïonsformentce que j’appeeun« modèe
cuture ». D’une manïère générae,un modèe cuture peutdonc
être déînï commeun ensembestructuré derïncïes d’orïentatïon
etde sïgnïîcatïon, quï proposentauxïndïvïdusmembresd’une
coectïvïté,e sensde eursconduïtes. Dïtautrement,un modèe
cuture est un ensembe de rïncïes de sens quï ermetauxmembres
d’une coectïvïté humaïne de savoïr commentïs euventmenerune
«v»ïe bonne ,c’est-à-dïre aorter des réonses eicaces etégïtïmes
auxrobèmesvïtauxque eur osenteurs condïtïons d’exïstence,
auxquees ïs doïvents’adater etqu’ïs cherchentàtransformer.
On peutdïre aussï qu’un modèe cuture est un« récït»,qu’une
coectïvïté donnéetïent suree-même,une manïère de« dïre »à
sesmembrescommentïsdoïvent se conduïre danseurs reatïons
socïaes,s’ïs veuent résoudre esprobèmes vïtauxde eur vïe
coectïve ens’assurantesfaveursde(s) Dïeu(x), de a Socïété, de

6. J’aï onguementdéveoppé cette probématïque dansmon ïvre :L’ïndïvïdu, sujetde uï-même.
Versune socïo-anayse de a reatïon socïae, Parïs, Armand Coïn,2013.
7. GeorgesGusdorf,Sïgnïîcatïon humaïne de a ïberté, Parïs, Payot, 1962, p.20.

1

9

Le modèe cuture cïvïque de a cïté grecque

aNature etde eurConscïence, bref,s’ïs veuentavoïr unevïe
consïdérée comme« bonne », à oùetquand ïsavïvent.

b)

Les ïnterrétatïons des modèes cutures

En produïsantaïnsï du senspourégïtïmereursconduïtes, es
acteurs seréfèrentdonc à dessourcesauxqueesïsaccordent une
exïstence et unevoontïé : scréentdes« Personnages Majuscues ».
Ceux-cï peuventêtresurnatures(esDïeux, a Cance, e
Destïn…),natures(’Ordre cosmïque, esLoïsde a Nature…),
socïaux(e Progrès, a Lïberté, a Justïce, a Patrïe, esMarcHés…)
ouïndïvïdues(’Honneur, a Dïgnïté umaïne, esDroïtsde
’Homme, e Lïbre-arbïtre, e Boneur…). Bïen que cesoïent
esacteurseux-mêmesquï« ïnventent»ces« Personnages », ïsont
toujours tendance à« oubïer »qu’ïsnesontque esproduïts
de eurs reatïonsetïseurobéïssentcommes’ïsexïstaïent
vraïment– donc, c’est toutcommes’ïsexïstaïent vraïment
puïsque esacteurs s’y soumettent. Qu’ïs soïent réesounon,
ces« Personnages »sontcependantïmerturbabementsïencïeux:
jamaïs, que jesace, aucun d’entre euxn’arïen dïtauxumaïns!
Dèsors, pourqu’ïs soïentcrédïbes, a coectïvïté doïtpouvoïr
s’appuyer sur uneïnterrétatïon égïtïme de eur suoséevoonté,
etcette ïnterprétatïon ne peutuï être fournïe que parcertaïns
membresde a coectïvïté,reconnus comme ayante droïtde arer
en eur nom.On peutdonc esappeerdes« exégètes ».Ceux-cï
peuvent,seon esmodèescutures, être descercs, despropètes,
des saïnts, des sages, des savants, desïnteectues, deséus, des
eaders socïauxoupoïtïques, descefscommunautaïres, etc.
Istraduïsentesprïncïpesdesensdumodèe cuture envaeurs,
en normes, en aects, en ïntérêts, donc enïnjonctïons normatïves
concrètes. Grâce à cesïnjonctïons, caque membre ducoectïf
apprendra, pendant sasocïaïsatïon, ce quï estattendude uï, à
etaors, dans tousescamps reatïonnesauxquesï partïcïpera;
ïsaura aïnsï ce quï doïtêtretenupour vraï oufaux, bon ou
mauvaïs, juste ouïnjuste, beauouaïd, bref, ïsaura comment
ï doït se conduïres’ïveutêtre consïdéré et se
consïdéreruïmême comme menant unevïe quï aït unsens,une«vïe bonne ».
Comme ’écrïtCaresTayor, ïsaura commentmener unevïe
« ïncommensurabementsuérïeure àtoutautre manïère devïvre ».
Dïscutantde a questïon desavoïr sï ces« cadres de références

20

Introductïon générae : Vers une théorïe socïoogïque de ’hïstoïre

moraes »sont ïndïspensabes ou non auxcoectïvïtésHuaïnes,
e pHïosopHe québécoïsécrït, on ne peutpuscaïreent:
« Ces cadres fournïssent e contexte, exïcïte ouïmïcïte, de nos
ïnstïtutïons, réactïons oujugements moraux. {…} Jeveuxdéfendre
{…} athèse forte qu’ï estabsoumentïmossïbe de nous asser de
cadres. {…} Je soutïens {…} quevïvre à ’ïntérïeur detes horïzons
fortementdétermïnés constïtueune des caractérïstïques de ’agent
humaïn. {…} L’orïentatïonvers e bïen ne constïtue asune otïon,
dans aquee on ourraïts’engager oudonton ourraïtse détourner à
voonté, maïsune condïtïon nécessaïre our être des “moï” ossédant
8
une ïdentïté. »

Bïen entendu, es exégètes ne sontas neutres,ïsnesontpas
« au-dessus de a mêée », ïsontpartïe ïée avec esacteurs, ïs sont
eux-êesdesacteurs. Quand nat un nouveauodèe cuture
(ouquandun ancïen est réactuaïsé), esexégètes, quï ’éaborent
ete dïFusent, e présententgénéraeent sousa fore d’une
nouveeutoïe: ïsproposent un odèe aternatïf devïe bonne,
quï exprïe e besoïnrécurrentdesHuaïnsdevïvre dans un
ordresocïa ïdéa, dépourvudetoute fore de doïnatïon.
Ce modèe entretoujours, pusoumoïns, en opposïtïon avec es
soutïonsdéjà ïnstïtuéespour résoudre esprobèmes vïtauxde
avïe coectïve, donc avec escontraïntes socïaes, économïques,
poïtïquesetcutureesenvïgueurà etaors. Cetteutopïe
se eurte ïnévïtabementà ’ostïïté deséïtesdïrïgeantes
ïnstaéesquï n’ontaucun ïntérêtà canger’organïsatïon de
avïe commune. Cependant,sï esnouvees soutïonsque es
exégètespréconïsentparaïssentsensées– auxéïtesascendantes
surtout, maïsaussï auxmassespopuaïres–, eursïdées utopïques
se dïusentet,sï ees tombentaubon momentetaubon
endroït, eesprennentde ’ampeur. Aors, après une pérïode
pusoumoïnsongue d’évoutïon, derépressïon, detentatïves
deréformes, d’émeutesouderévoutïon, esacteursporteurs
d’uneutopïe înïssent souventparéïmïneresancïenneséïtes
dïrïgeantesetprendre e contrôe de a puïssance, dupouvoïr, de
’ïnluence, de ’égémonïe, de ’autorïté. Is s’eorcentaorsde
mettre en pratïque eur utopïe, ce quï ïmpïquequ’ïs atraduïsent
en oïs eten normes. Héas, es reatïons socïaesétantce qu’ees

8. CaresTayor,Les sources dumoï, Parïs, Seuï, 1998, p. 99.

2

1

Le modèe cuture cïvïque de a cïté grecque

sont, dès ors qu’ïs parvïennent à prendre e contrôe de a vïe
coectïve, eurs bees ïdées utopïques se transforent rapïdeent
enïdéoogïes,c’est-à-dïre qu’ees eur servent aors à justïîer eurs
ïntérêts et eurs projets de doïnatïon, dans es cïnq cHaps
reatïonnes.Pendantcette pérïode detransïtïon du règne d’un
modèe cuture àun autre, ï estfréquentque certaïnsacteurs,
vouantforcere coursde ’ïstoïre, cercentà ïmposereurs
ïdéespara force, ce quï déboucesurdes régïmes totaïtaïres
pusoumoïns tyrannïques.Utoïe etïdéoogïese combattent
aors, parfoïspendantdes sïèces!

c)

La cuture etes modèes cutures

La questïon de a cuture est trèscompexe : ï exïste,rïen qu’en
socïoogïe, pusde centdéînïtïons, dontje nesauraïs rendre
compte ïcï. Je m’entïendraï donc à a puscassïque, quï a avertu
d’être caïre. PourGuyRocer,c« a uture est un ensembe ïé de
manïères de enser, de sentïr etd’agïr, us oumoïns formaïsées quï,
étantarïses etartagées arune uraïté de ersonnes, servent,
d’une manïère à a foïs objectïve etsymboïque, à constïtuer ces
9
ersonnes enune coectïvïté artïcuïère etdïstïncte. »

Je défendsatèse quea cutured’une coectïvïté umaïne est
’ensembe des modèes cutures etde eurs ïnterrétatïons, produïts
par sesacteurs toutauong deson ïstoïre, quïsesontaccumués
et sesontartïcuésentre euxd’une manïèrespécïîque. Aïnsï, je
voudraïsmontrercomment, de ’Antïquïté jusqu’aujourd’uï,
esacteursdes socïétésde ’Europe occïdentae ontadéré à des
conceptïonsde a«v»ïe bonne , qu’ïsontcrééespouraronter
eurscondïtïonsd’exïstence etdonnerdu sensà eurs reatïons
socïaesetà eursogïquesd’actïon. Cependant, comme e
dïtbïen GuyRocer, a cuture est un ensembeïé.Maïspar
quJe faïoï ? s’HypotHèse que ce quï ïe, ce quïstructureune
cuture partïcuïère enuntepsdonné deson Hïstoïre, c’esta
domïnatïon que es acteurs, orteurs d’un modèe cuture artïcuïer,
exercentsur ceuxquï sontorteurs des autres modèes cutures.
Or, cette doïnatïonvarïe seon es éoques :eséïtesgestïonnaïres

9. GuyRocHer,Introductïon à a socïoogïe générae, Vo. I :L’actïon socïae,(Parïs,HMH, 1968),
p. 111. Cette déînïtïon estcependantrestreïnte(ee n’ïncutpasesobjetsatérïesproduïtspar
’actïon uaïne), aïsee convïentassezbïen à on objetderecerce.

22

Introductïon générae : Vers une théorïe socïoogïque de ’hïstoïre

et es asses popuaïres quï es suïvent ne sont pas es êes
d’une époque à ’autre. La cuture de ’Europe occïdentae seraït
donc coposée de pusïeurs odèes cutures,artïcués entre eux
ar ’emrïse d’un modèe régnantquï, pérïodïqueent, auraït
cédé sa pace au règne d’un autre odèe, après des pérïodes
pus ou oïns ongues de crïse, de uttes socïaes, de réfores et
de utatïon.

d)

L’emrïse sur es condïtïons d’exïstence

Les ogïques d’actïon et a créatïvïté cuturee des acteurs eur
perettent, dans certaïnes ïïtes, d’exercer une eprïse sur
eurs condïtïons d’exïstence. Le cHangeent socïocuture est
donc consïdéré ïcï coee roduïtdes reatïons(de coopératïon,
de conlït, de concurrence et de contradïctïon) entre es acteurs
ïndïvïdues et coectïfs, dans es cïnq cHaps reatïonnes, tes
qu’ïs se présentent dans une coectïvïté concrète. Les ogïques
d’actïon dans esquees ïs s’engagent et es sens cutures qu’ïs
créent pour eur donner du sens, eur perettent des’adater à,
oude changer eurs condïtïons d’exïstence.Engagé dans sa ogïque
d’actïon, cHaque acteur dïspose pour cea d’une pus ou oïns
grande capacïté decoercïtïon(ï peut ïposer sa voonté) et d’une
certaïne capacïté deersuasïon(ï peut convaïncre) et ses capacïtés
ne sont ïïtées ou renforcéesque ar cees des autres acteurs,
dans un contexte de contraïntes counes. Le cHangeent aïnsï
obtenu n’est cependant pas entïèreent e fruït d’une actïon
peïneent conscïente et voontaïre : e pus souvent, ï n’a été
que partïeeent vouu, ou êe, n’a été vouu par personne,
et e poïnt d’arrïvée ne correspond au projet d’aucun des acteurs.
Les ogïques d’actïon quï anïent ceux-cïsontprofondéent
ïntérïorïséeset, en partïe auoïns, esentranentagré eux–
sansaerjusqu’à dïre qu’ïsfont’Hïstoïresansesavoïr, êesï
cette airatïon contïent une partdevérïté.Cescangements
peuvent se dérouer seon pusïeursmodaïtés, combïnabesentre
ees: desévoutïonsentesdansespratïques, quï déboucent
parfoïs surdesréformes,esquees, ens’accumuant, constïtuent
desmutatïons,ouquï engendrentaucontraïre desbocages, quï
înïssentparprovoquerdesrévotesetparfoïsdesrévoutïons.

2

3

e)

Le modèe cuture cïvïque de a cïté grecque

L’hïstoïre a-t-eeu?n sens

Tout observateur de ’Hïstoïre des socïétés d’Europe occïdentae
ne peut que constater a successïon des régïes socïaux, poïtïques
etéconoïquesque esacteurspratïquentetdesodèescutures
régnantsquï eurdonnent sens.Auxcïtésgrecques régïespar un
modèe cuturecïvïqueonteectïvement succédé des royaumes
oudesempïres régïspar un modèearïstocratïque, quï eux-mêmes
ontcédé eurpace à des royaumesféodaux régïspare modèe
chrétïen;a modernïté a mïsîn au règne detousces régïmesancïens
etïntroduïte modèe cuturerogressïstedesnatïonsmodernes,
quï uï-même est suïvï, depuïsquequesdécennïes, pare modèe
subjectïvïstedes réseauxmondïaïsésd’ïndïvïdusnéoïbéraux,
écoogïstes, et sujetsd’eux-mêmes. Apparemment, c’estbïen ce
que ’on a puconstater, ce que ’on peutobserver– de même que
’on peut voïr,tousesjours, esoeïtournerautourde aterre !
Maïs,sï onse îe auxapparences,sï onregarde ’Hïstoïre de cette
anïère, onsetrouve aorsobïgé derépondre à a questïon
:ya-tïune cohérence sous-jacente à ces cïnq modèes cutures successïfs ?
Beaucoup desocïooguesetde pïosopesmodernesontcru
qu’unetee coérence exïstaït. Seon eux, esdïérentesformes
devïesocïae etcutureeobéïraïentàun enchanementogïque,
dûàun prïncïpestructure actïf quï conduïraïtes socïétés sures
sentïersde ’ïstoïre. Iyauraïtdoncun« Prïncïe »des rïncïes ,
dontaïn« maïn vïsïbe »seraïtà ’œuvre danse monde etquï en
forgeraït’ïstoïre,sansque esumaïnsesacent.Maïsaors, en
quoï consïsteraïtce prïncïpe de coHérSeence ? raït-ce a« maïn de
Dïeu»ou« cee duMaïn »? Seraït-ceun« ïnstïnct»quï pousseraït
esHuaïnsà construïre descoectïvïtés surdesbases terrïtorïaes
de pusen pusgrandes, à atrïser’espace, en partantde a
cïté pourengoberînaeente onde entïer? Seraït-ce e
besoïn d’ïnventerdesoutïspour se facïïteravSeïe ? raït-ce a
copétïtïon entre desarcHandsquï, parce qu’ïs sontobïgés
de conquérïresarcHésdesautres, ïnnoveraïent sanscesse et
concentreraïenta puïssance éconoïque etînancïère dansdes

24

Introductïon générae : Vers une théorïe socïoogïque de ’hïstoïre

10
pôes Hégéonïques, quï se détruïraïent es uns es autres ?
Ou encore, seraït-ce a ogïque cuturee, quï conduïraït ’Huanïté
d’une conscïence du socïa, à cee du surnature, puïs à cee du
nature et enîn à cee de ’ïndïvïdue ?Héas,toutesces réponses
appartïennentàunehïosohïe évoutïonnïste de ’hïstoïre, aquee
s’ïnspïre caïrementdumodèe cuture progressïste, ïntroduïtpar
a modernïté. Son dernïeravatar:seraït-ce a ente maturatïon de
a conscïence umaïne quï porteraït’ïndïvïduà devenïrde pus
en pus sujetde uï-même pourécapperauxcontraïntes socïaes
etcuturees?Maïs unetee ïdée esebe caïreentïnduïte
pare odèe cuturesubjectïvïsterégnantaujourd’Huï.

Dèsors, en ce quï me concerne, je pense que, nonseuement
ï n’estas nécessaïrede faïre deteesypotèsespourcomprendre
e cangementïstorïque, maïsqu’en outre, ees reèventde
aure sécuatïonet sont toutà faïtïndémontrabes. Laïssons
donc à cettetentatïon quïréduïraïte coursde ’ïstoïre àune
seuevarïabe décïsïve etnïeraïtaïnsïsa compexïté. Pour un
socïoogue,ï n’ya as de rïncïeunïque résïdantaudestïn de
’hïstoïre etuï donnantson sens.L’ïstoïre n’a pasd’autresens
(CC) que ceuï que uï donnent, au sïèce esïèce, es reatïons
socïaesentre desacteursquï, pareursogïquesd’actïon (LA),
s’eorcentdes’adapterà eurscondïtïonsd’exïstence (CEx), et
d’agïr sureespouren créerde nouvees, auxqueesd’autres
acteursdevront s’adapteret suresqueesïs voudrontagïrà eur
tour. Rïen n’étantprédétermïné, e passé n’obéïtà aucune« oï »
etï estdoncvaïn (ne fut-ce que d’essayer) d’écrïre« ’hïstoïre de
’avenïr »ense fondant surcee dupassé.

B.

Les hypothèses de départ

Unetéorïesocïoogïque n’estqu’un ïnstrumentdetravaï,
toujours rovïsoïrepuïsqu’ee peutêtre constammentmodïîée
par’étude de nouvees réaïtésempïrïques. Cependant, même

10. Cette ypotèsetrès rïsquée estcee de JacquesAttaï, dans un ïvre au tïtre accroceur:
Une brève hïstoïre de ’avenïr,(Parïs, Fayard,2006). Seonson anayse, danse passé, pusïeursde ces
pôesmarcandségémonïques– qu’ï appee des« cœurs ! »–seseraïent succédé aucoursde
’ïstoïre ducapïtaïsme. Après s’être ongtemps sïtués suresbordsde aMédïterranée, ces« cœurs »se
seraïentdépacés vers’ouestet verse nord :Bruges, Venïse, Gènes, Anvers, Amsterdam, Londres,
Boston, NewYork etLosAngees.

2

5

Le modèe cuture cïvïque de a cïté grecque

quand ï e nïe, un socïoogue n’aborde jaaïs une anayse
concrète sans avoïr en tête es tHéorïes et es anayses de ceux
quï ont travaïé avantuïsur sontHèe.Dèsors, quand ï
entreprendunerecerce, ï a déjà des supposïtïons surce qu’ï
s’attend àtrouver, mêmesï ce nesontencore que desïdées très
approxïmatïvesetïncompètes.Mïeux vautqu’ïsacHe que c’est
aïnsï, et surtout,qu’ï e dïse, etqu’ï entïre esconséquences!
11
Ces supposïtïonsuïsontd’aïeursnécessaïreset utïes,
puïsqu’eesontpourfonctïon de guïder sarecerce. Eesne
doïventcependantjamaïs’aveuger –à este danger–: ees sont
d’aïeursdestïnéesà être, aumoïnsen partïe, démentïespares
faïts. I m’a donc parunécessaïre d’expïcïtercaïrementpourmes
ecteursce que je m’attends à découvrïren anaysant’ïstoïre de a
cuture européenne occïdentae. Bïen entendu, ce nesontà que
des hyothèses detravaï, quï devrontêtre crïtïquées toutauong
de arecerce et suresqueesj’auraï àrevenïr soïgneusement
quand eeseratermïnée.

1 – Seon maremïère hyothèse, a cuture de ’Europe
occïdentae comporteraïtaumoïns cïnq modèes cutures
ïntïmementmêés, maïscependantdïstïncts:un modèecïvïque,
un modèearïstocratïque,un modèechrétïen,un modèe
rogressïsteet un modèesubjectïvïste. Prïsensembe, cesmodèes
seraïentconstïtutïfsde a cuture européenne depuïs’Antïquïté
grecque. Cependant, ïsn’ontjamaïseu une ïmportance égae.
Lesdïérentesépoquesde notre ïstoïre ontété marquéespar un
modèe prïncïpa, quïrégnaïtsuresautres, es rejetantdans une
ombre pusoumoïnscompète, es soumettantàsesprïncïpesde
sensaorsargementdomïnants.

2– Cesontceséoques detransïtïon durègne d’un modèe
cuture à ceuï d’un autrequ’ï nousfaudra approfondïraucours
de arecerce, caresmodèescutures s’y révèentaorsavec
pusde netteté, de carté,se aïssantaïnsï anayserpusfacïement.

11. Dans’éterne etïnsoube débatentre«théorïcïens »et« emïrïstes », j’aï adoptéune posïtïon
caïrje pe : réfèresavoïrquee païre de unettesje portesure nez, putôtque croïre que je n’en
porte pas! Cette posïtïon est, en eet, aseue quï me permette derectïîermatéorïe etde
’enrïcïr, pasà pas, orsque desdonnéesempïrïquesïmportantesuï écappentoua contredïsent.
Ce que ne peutpasfaïre ’empïrïste puïsque, justement, ïse croït« objectïf »parce qu’ïrefuse de
s’appuyer sur unetéorïe aussï bïen que d’en construïreune. Jesuïsconvaïncuque arecerce
ïmpose desaers-retourscontïnuesentre atéorïsatïon et’observatïon empïrïqueetqu’aucun de
ces deuxôes ne eutêtre négïgé.

26

Introductïon générae : Vers une théorïe socïoogïque de ’hïstoïre

C’estaors, en eet, que esacteursporteursde modèes
dïérents sonten peïne utte entre euxpourcontrôererégïme
économïque,socïa etpoïtïque. Cea m’amène à expïcïter une
seconde hyothèse. I mesembe que e modèecïvïquea consoïdé
e e
son règneduranta Cïté grecque, entre e VII ete IVsïèce avant
J.-C.;que e modèearïstocratïquea conîrmé esïensouse Haut
ere
Empïreromaïn entree I te mïïeuduIIIsïèce de notre ère;
que e modèechrétïena construïtesïen duranteMoyenÂge
e e
centra, entree e XI te XIIIsïèce;que e odèerogressïstea
e
ïposé esïen auxnatïonsde ’Europe oderne entre e XVII
e
ete XXsïèce;etque e odèesubjectïvïstes’estïposé au
e
coursdesdernïèresdécennïesduXXsïèce. Je ’eorceraï, bïen
entendu, de justïîercescoïx, etï estpossïbe qu’aucoursde a
recerce, jesoïsaené à odïîercette ypotèse, découvrant
desépoquespus sïgnïîcatïvesencore que ceesque je propose
ïcï. En attendant, j’aï coïsï d’appïquer’ïnstruent téorïque
exposé cï-dessusà cesépoquesquï earaïssentavoïrété cees
– non pasoùcesodèescutures sont« nés »–, aïsoùïs ont
régné,ïmrégné durabementa cuturede ’Europe occïdentae.

3– Un odèe n’ïnstaure jaaïs sonrègne dans unvïde
cuture :untevïde n’exïste pas, dansaucune coectïvïté
uaïne. Dèsors, esacteurs, porteursd’un odèe cuture,
ont toujoursdû, pourétabïrerègne de ceuï-cï,combattre
ceuxquïserevendïquaïentd’un autre quïrégnaïtavantuï.
Lesépoques sïgnaéescï-dessus’ontjusteentparu sïgnïîcatïves
parce qu’eesontété despérïodesdetransïtïon cuturee;ce
furentdespérïodespendantesqueesesacteursporteursdu
odèe déjàïnstaéétaïenten décïn,tandïsque esporteursd’un
odèeascendantcercaïentà exercereurcontrôesurerégïe
socïa, éconoïque etpoïtïque. D’oùatroïsïème hyothèse.
I esebe que e odèecïvïques’estïposé en Grèce cassïque
contree odèe arïstocratïque quïrégnaïtavantuïsura Grèce
12
arcaque;que e odèearïstocratïques’estïposé,souse Haut
Epïreroaïn,contree odèe cïvïque quïrégnaïtau tepsde

12odèe a. Le rïstocratïquerégnaïtdéjà en Grèce ancïenne pendantes« sïèces obscurs », entre
e e
e XII ete VIIIsïèce avantJ.-C. J’aïrenoncé cependantà étudïercette pérïode faute de
docuentatïonsuisante etîabe. Lespérïodesque j’aï coïsïesnesontdonc pasceesoù te odèe
cuture auraït régnéour a remïère foïsdansnotre ïstoïre, aïsceesoùïs’estcaïreent
consoïdé,seon esïnforatïonsepïrïquesdontesïstorïensdïsposent.

2

7

Le modèe cuture cîvîque de a cîté grecque

a Répubïque ; que e odèechrétîens’est ïposé enFrance,
pendanteMoyenÂge centra,contree odèe arïstocratïque quï
régnaïtpendante HautMoyen Âge;que e odèerogressîste
s’estïposé en Grande Bretagnecontreesodèes, crétïen et
arïstocratïque, quïrégnaïentpendante Moyen Âgetardïf;et
que e odèesubjectîvîsteestentraïn des’ïposeren Europe
e
occïdentae, depuïse dernïer tïersduXXsïèce, contre e odèe
progressïste quïrégnaïtavantuï.

4 – Un odèe cuture nese aïsse pasappréendercoete,
13
à ’étatpur, coeunrécïtexpïcïtï ne pee : ut’être qu’àtravers
esînterrétatîons(es utopïesouesïdéoogïes) deses« exégètes ».
Maïscomment îdentîieresïnterprétatïonsdesprïncïpesdesens
d’un odèe cuture que qu’ïsoït? I faut, esebe-t-ï,se
deandercoentesacteursporteursd’un odèe cuture
transforment sesprïncïpesdesensenutopïeseten ïdéoogïes, aîn
de égïtïeresogîques d’actîondansesqueesïs sontengagés.
Cesogïquesd’actïon coportent toujoursdeux formes de conlîts:
dïacronïque et syncronïque. Leconlît dîachronîqueoppose
esacteursascendants, quï cercentà ïposereurodèe
cuture auxacteursïnstaés, aïsdécïnants, quï défendente
eur. Leconlît synchronîqueopposeentre euxesacteursporteurs
duodèe cuture ascendantquantà eursïnterprétatïons
dïvergentesdesesprïncïpesdesens. Cesdeuxforesde conlïts
peuventcoexïsterongteps, aïsesconlïtsdïacronïques
occupentputôte devantde ascène pendanta pérïode pus
ouoïnsongue d’évoutïon, deréfore ouderévoutïon,
durantaquee ’ancïenne eta nouvee éïte dïrïgeante« règent
eurs comtes », jusqu’à ce que erègne duodèe ascendant soït
consoïdé. Lesconlïts syncronïquesdevïennentpusïportants
une foïsque a nouvee éïte dïrïgeante estïnstaée etqueson
odèe estconsoïdé :sonutopïesetransfore aorsen ïdéoogïe
(eeson vraî vîsage »« montre ) et se eurte à ’opposïtïon de ceux
quï cercentà en« revenîr »aux sources desprïncïpesdesensdu
odèe cutue. D’où unequatrîème hyothèse:

13. C’està, esebe-t-ï, ce quï dïstïngue e puscaïreent un odèe cuture d’un yte.
Danses socïétésdïtes« rîmîtîves », e yte étaït unrécïtexpïcïte, quïs’ïposaïtàtous, dansa
ongue durée. Sansdoute, cette dïérence est-ee due auxfaïtsque ces socïétéscangeaïentpeuet
qu’eescoportaïentpeude foresde doïnatïonsocïae (on a été jusqu’à esconsïdérercoe
descasses »« socîétés sans , ce quï est sansdoute excessïf,voïre êe faux).

28

Introductîon générae : Vers une théorîe socîoogîque de ’hîstoîre

– En Grèce cassïque, sous e règne du odèecîvîque, a
questïon quï se posaït à tous étaït :« qu’est-ce ? »qu’un bon cîtoyen .
Le conlïtdîachronîqueopposaït es acteurs du odèe cïvïque à
ceuxduodèe arïstocratïque. Le conlïtsynchronîqueopposaït
’ïdéoogïe desoïgarquesà cee desdéocratesetà cee
des tyrans.

–À Rome, pendante HautEmpïre,souserègne dumodèe
arîstocratîque, a questïon étaït:? »qu’un vraî arîstocrate « qu’est-ce
Le conlïtdîachronîqueopposaïtesacteursdumodèe
arïstocratïque (esempereurs, ’ordresénatorïa) à ceuxquï
défendaïente modèe cïvïquerépubïcaïn (’ordre équestre, es
oïgarques, escommerçants, esartïsans). Le conlïtsynchronîque
opposaït’ïdéoogïe dynastïque de a nobesse de ïgnage à
’ïdéoogïe mérïtocratïque de a nobesse d’État.

– Dansa France duMoyen Âge centra,souserègne du
odèechrétîen, a questïon étaït:« qu’est-ce qu’un bon chrétîen ? »
Le conlïtdîachronîqueopposaït’ïdéoogïe catoïque de a
ïérarcïe de ’Égïse (prééïnence dupouvoïr spïrïtue) à cee
desarïstocrates(prééïnence dupouvoïr tepore). Le conlït
synchronîqueopposaït’ïdéoogïe descatoïques-roaïnsà cee
desouveentsérétïques.

– Dansa Grande Bretagne ïndustrïee,souserègne du
odèerogressîste, a questïon étaït:« que est e meîeur moteur
du Progrès ? »Le conlïtdîachronîqueopposaït, pendant toute
a durée de a Renaïssance, ’ïdéoogïe desacsduTïersétatà
cee descérïcauxetdesnobes. Le conlïtsynchronîqueopposaït
’ïdéoogïe descapïtaïstes(natïonaïstesouïbéraux: a« droîte »)
à cee des socïaïstes(counïstesou socïaux-déocrates:
a« gauche »).

– Dans’Europe occïdentae d’aujourd’uï,souserègne
duodèesubjectîvîste, a questïon est:« qu’est-ce qu’un
îndîvîdu-sujet de uî-même ? »Le conlïtdîachronîqueoppose es
néoïbérauxauxdéfenseursdunatïonaïse (’ÉtatNatïon), de
asocïa-déocratïe (’ÉtatProvïdence) oude a Révoutïon.
Le conlïtsynchronîqueoppose
deuxanïèresd’êtresujetdesoïêe : êtreun« îndîvîduCCC »(copétïteur, consoateur,

2

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