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Le monde de Sa-Kia

De
233 pages
Il est un monde magnifique où la jeunesse est reine. Parce qu'elle est jeune ? non ! parce qu'elle peut y exercer pleinement sa sagesse : la sagesse des enfants… Ce monde est à son écoute, suit ses désirs, et lui permet de créer, réaliser, entreprendre avec un rare bonheur. Il ne faut rien ignorer de ce qui nous vient des petits, car leurs idées sont vierges, neuves, et leurs folies sont souvent les audaces que n'ont pas su prendre les grands… C'est un peu par égoïsme que ces derniers les protègent et leur imposent leurs règles. Et si, pour une fois, nous laissions faire les enfants ? Si, pour une fois, nous faisions ce qu'ils veulent ? Suivons l'exemple des habitants d'Inki-Yo, la planète pluvieuse, et nous n'aurons plus de problèmes…
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2 Titre
Le monde de Sa-Kia

3Titre
Michel Calmettes
Le monde de Sa-Kia
Le triomphe de la jeunesse
Littérature pour la jeunesse
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit 2009
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-01774-8 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304017748 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-01775-5 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304017755 (livre numérique)

6 . 8 Préface

PRÉFACE
QUE Notre univers est grand, et combien il
éprouve les limites de notre raisonnement,
combien il met à l’épreuve notre entendement !
Car ses dimensions demeurant incommensura-
bles, notre pensée peine beaucoup à imaginer
son immensité.
Notre univers est constitué d’innombrables
amas d’innombrables galaxies, elles-mêmes
constituées de milliards d’étoiles, de soleils, au-
tour desquelles gravitent une infinité de planè-
tes. Cela devrait susciter chez les Terriens une
certaine humilité, mais tel n’est pas le cas, car
nombre d’entre nous croient encore qu’ils sont
les seuls au monde… Il faut être bien pessi-
miste pour arriver à une telle conclusion ! La
Terre, unique dans l’univers ? Quelle farce !
Penser qu’il est là, dans sa totale démesure,
pour n’abriter que nous ! Quelle erreur ! Quelle
vanité, aussi…
Ce qui dévoie notre imagination, c’est la dis-
tance qui nous sépare des autres. Or, malgré le
fait qu’elle soit difficile à apprécier, elle demeure
9 Le monde de Sa-Kia
cependant à la portée d’un esprit éveillé : parce
que la distance n’influe pas sur le raisonnement,
et parce qu’elle n’est, finalement, qu’une donnée
subalterne.
Nous sommes entourés de mondes vivants
extrêmement nombreux, cela ne fait aucun
doute. J’en veux pour preuve cette expérience
que chacun de nous peut vivre : un soir d’été
sans Lune, munissez-vous d’une paire de jumel-
les et couchez-vous à même le sol – ou sur une
couverture si vous le préférez ; contemplez le
spectacle éblouissant que constitue notre Voie
Lactée et prenez conscience de son immensité ;
laissez-vous transporter et pointez vos jumelles
au hasard dans cette pépinière d’étoiles ; voyez
combien elles sont belles et nombreuses ; amu-
sez-vous à visiter cette profusion de lumières et
méditez alors sur votre sort… Le chant rassu-
rant des grillons vous aidera en vous berçant
pour cette douce introspection.
Au fond de vous-même, en tant qu’être hu-
main évolué, vous sentirez cette vibration de vie
qui illumine notre ciel plus que la faible clarté
de ses lointains soleils. Vous ressentirez cette
sérénité, cet apaisement et, surtout, ce senti-
ment merveilleux et terrible à la fois que nous
ne sommes pas seuls. Goûtée souvent, cette ex-
périence vous laissera définitivement, au plus
profond de votre cœur, une indéfinissable nos-
talgie de l’inaccessible autre.
10 Préface
Ainsi, malgré l’éloignement extrême qui nous
sépare contre notre gré de tous les astres que
nous contemplons, pouvons-nous dire, sans
trop mentir, que ces mondes sont relativement
proches, à portée de pensée en tout cas, et qu’ils
sont réunis dans ces magnifiques congloméra-
tions, ces nuages diffus qui illuminent nos nuits.
Rien de tout cela, hélas, dans ce qui va sui-
vre…
11
CHAPITRE I
Inki-Yo
IL Était une fois une planète éloignée de la
Terre, fort éloignée, qui gravitait autour d’un
soleil isolé, fort isolé. Loin de toute galaxie, loin
de toute constellation, ce soleil brillait seul, per-
du dans l’espace infini, car aucun voisinage, si
petit fût-il, ne le côtoyait. Les cieux nocturnes
de ce système étaient donc d’une noirceur im-
pénétrable, et seul un œil exercé pouvait diffici-
lement y déceler, quand des conditions idéales
le permettaient, de très faibles astres clignoter
imperceptiblement.
Pas de Grande Ourse, pas de Pléiades, pas de
Cassiopée, rien ! La plus proche étoile se situait
à des centaines d’années-lumière, et sa pâle
lueur était indiscernable, sur le fond noir de
l’univers.
Par contre, sorte de compensation à cette
omniprésence des ténèbres, il y avait deux lunes
qui brillaient la nuit : la Grande Lune, extrême-
ment lumineuse, mais que l’on ne voyait pleine
13 Le monde de Sa-Kia
que tous les dix jours, et la Petite Lune, dont
l’éclat rosé charmait tous les soirs les enfants.
Ajoutons que certaines circonstances rendaient
difficile l’observation du ciel, la plupart du
temps.
Mais où se trouvait-on ? Nous étions sur In-
ki-Yo, le monde-pluie, éclairé par son soleil
Am-Ra. Ce n’était pas parce que ce dernier était
dramatiquement seul qu’il ne dispensait pas gé-
néreusement de chauds effluves, heureuse-
ment ! Inki-Yo en profitait et ses habitants aus-
si. Un peu plus proche de son soleil que la
Terre, elle bénéficiait de conditions atmosphé-
riques très chaudes qui déterminaient un climat
particulier : la chaleur torride qui s’abattait sur
ses océans donnait naissance à des nébulosités
immenses qui s’en allaient crever sur les conti-
nents par un mouvement de convection. Ces
derniers, inondés, rejetaient à la mer ces déluges
permanents grâce à des fleuves gigantesques et
impétueux dont nous ne saurions avoir idée. Et
le cycle se perpétuait dans une grande stabilité.
Ici, l’eau avait tout modelé, tout arrondi, tout
poli : les montagnes, qui ne présentaient aucune
cassure ni à-pic ; les collines, dont la douceur
des linéaments était remarquable ; les vallées,
dont le fond était parfaitement plat ; jusqu’au
moindre caillou, dont il ne subsistait aucune as-
périté…
14 Le monde de Sa-Kia
Ainsi, sur Inki-Yo, pleuvait-il sans cesse sous
un climat équatorial. Certes, des éclaircies ponc-
tuaient quelquefois les averses, mais elles étaient
les malvenues pour les habitants de cette extra-
ordinaire planète : ils étaient les enfants de la
pluie, elle leur apportait rafraîchissement, dou-
ceur et richesses, alors que le soleil ne dispensait
que lumière aveuglante, chaleur insupportable
et sécheresse.
Les Inki-Yens
On était bien sous les nuages, car les ondées
arrivaient au sol avec une tiédeur qui les rendait
tout simplement délectables et permettaient de
supporter l’intense chaleur qui régnait cons-
tamment. Mouillé, dites-vous ? Bien sûr que
l’on était mouillé, de la tête aux pieds, et alors ?
Les Inki-Yens ne savaient pas vivre sans l’eau,
car elle leur était indispensable ! Au fil du
temps, elle avait façonné leur mode de vie et
leur morphologie, et leur peau et leurs cheveux
avaient absolument besoin de cette humidité.
Soumis à cette douce et incessante aspersion,
ils vivaient sans aucune protection, seulement
vêtus d’une tunique qui leur arrivait aux genoux,
faite d’un tissu épais et résistant, et d’une cein-
ture. Ici, pas d’ablutions, car on était systémati-
quement trempé du matin jusqu’au soir, et, si
certains jours néfastes, il arrivait qu’il plût
15 Le monde de Sa-Kia
moins ou qu’une éclaircie perdurât, les Inki-
Yens s’en allaient retrouver leur élément favori
en plongeant dans la rivière ou dans le fleuve.
Ainsi constituaient-ils, sans aucun doute, le
peuple le plus propre qui se pût rencontrer, tou-
tes galaxies confondues…
Or, vous remarquerez que tout ce que l’eau
crée ou sculpte est généralement lisse et beau.
Voilà pourquoi, grâce à elle justement, les Inki-
Yens étaient magnifiques : leur visage triangu-
laire et avenant possédait une petite mâchoire
avec un menton pointu et des lèvres délicates
qui esquissaient toujours un sourire, même au
repos ; leur peau était d’un grain si fin qu’elle
paraissait transparente, un peu comme celle de
nos nouveau-nés ; leurs yeux étaient très grands
et expressifs, avec un iris vert émeraude réflé-
chissant la lumière comme celui de nos chats ;
leur nez était mince et bien fait ; leurs mains
possédaient de longs doigts translucides qui pa-
raissaient fragiles, parfaitement inadaptés à la
violence ; mais ce qui était le plus remarquable
chez eux, coiffant un front éminemment intelli-
gent, c’était leur merveilleuse chevelure, dense
et droite, qui s’apparentait plutôt à une toison.
Ils étaient petits – environ un mètre cin-
quante pour un adulte – et graciles. Cela don-
nait à tous leurs mouvements une lenteur, une
grâce charmante. Ils n’étaient pas très forts, et le
travail leur coûtait beaucoup, mais ils
16 Le monde de Sa-Kia
s’entraidaient naturellement. Ainsi, malgré tout,
étaient-ils capables de réaliser de grandes cho-
ses, dans un temps qui, heureusement, n’était
pas compté.
Leur dépendance à l’eau, vitale,
s’accompagnait d’une autre dépendance encore
plus vitale : celle du sel. En effet, pour mainte-
nir l’équilibre hydrique de leur corps, ils étaient
obligés de consommer une assez forte quantité
de ce produit. Sans cela, ils dépérissaient,
s’amaigrissaient, se déshydrataient et, finale-
ment, mouraient. Voilà pourquoi, lorsqu’ils se
déplaçaient, emportaient-ils toujours un petit
sac de cette indispensable substance accroché à
la ceinture, car ils savaient qu’avec un peu de sel
et d’eau, ils pouvaient survivre longtemps. Cette
réserve était plus précieuse que n’importe quelle
autre nourriture : sans elle, point de salut.
En cela, ils différaient fortement de nous, car
nous n’avons presque pas besoin de sel : si nous
suivions un tel régime, nous aurions de graves
problèmes de santé…
Ainsi, pauvres, fragiles, mais fort sympathi-
ques, ressemblaient-ils un peu au système sur
lequel ils vivaient : profondément isolés dans
l’univers, ils n’avaient pas développé cet esprit
de compétition, de lutte et de conflit qui pré-
vaut chez nous. Certes, il y avait des frictions,
des différends, mais ils étaient rarement basés
sur un esprit de prédation, comme sur la Terre.
17 Le monde de Sa-Kia
L’union était chez eux une nécessité, une loi de
la nature.
Ils avaient hérité de dons précieux légués par
l’eau qui était omniprésente : le climat de leur
planète leur avait conféré douceur et innocuité,
car tout était lent ici, et tout était tendre. Pas de
guerre, pas d’agressivité : il y avait bien plus sé-
rieux à faire pour survivre…
Ce monde touchant, et réellement humain,
était en train d’éclore et se serait situé, si nous le
comparions au nôtre, à l’âge de fer.
La vallée
Au fil du temps, par un effet de migration,
un petit peuple s’était installé dans la vallée.
Certes, il existait bien des endroits plus accueil-
lants, d’une diversité plus grande, mais ils
n’étaient pas aussi humides ; or, c’était la pluie
que l’on recherchait par-dessus tout, ici… Dans
la plaine, donc, on dénombrait trois villages, ce
qui était fort peu eu égard à ses dimensions,
mais il faut savoir qu’Inki-Yo était très peu
peuplée.
Il y avait le Village du Haut, situé en amont
et sur les collines, et le Village de la Mer, en
aval, où se récoltait le sel. Restait donc le Village
de la Vallée : il occupait une place particulière,
quasiment inexplicable, car si son implantation,
qui remontait à des temps immémoriaux, per-
18 Le monde de Sa-Kia
mettait de profiter de nombreuses conditions
favorables, c’était au mépris de tous les ris-
ques… En effet, rien ne laissait présager qu’une
telle colonie eût pu s’implanter dans un lieu
aussi hostile, aussi méchant. Certes, le paysage
était beau, mais les conditions de vie y étaient
fort difficiles, comme nous allons le découvrir
bientôt.
La vallée était large, parfaitement plane, car le
grand fleuve, tout proche, l’avait « rabotée » au
fil des siècles, des millénaires. Elle était tapissée
d’une belle herbe qui croissait magnifiquement
sous les pluies incessantes et la chaleur équato-
riale, et qui fixait le sol. Les contreforts des col-
lines arrivaient à proximité du village et étaient
utilisés pour abriter les plantations.
Plantations de quoi ? Plantations d’arbres
fort beaux, certes, mais qui ne laissaient pas
d’être étranges : ils affectaient une forme arbo-
rescente pouvant devenir assez haute, porteuse
de fruits, qui rappelait un peu nos pitayas (im-
menses cactus à fleurs très parfumées du genre
Cereus), avec des feuilles vertes et charnues, de
nombreuses branches et un tronc bien droit.
Ces arbres fournissaient aussi un bois excellent.
L’avantage qu’ils possédaient par rapport à leurs
homologues terrestres, c’était qu’ils poussaient à
une vitesse extraordinaire, car il ne fallait pas
plus de cent jours pour qu’ils portassent déjà
des fruits ou qu’ils atteignissent une respectable
19 Le monde de Sa-Kia
hauteur. Évidemment, le climat très chaud et
très humide participait activement à cette crois-
sance ultra-rapide.
Il existait plusieurs types d’arbres : les arbres
à légumes et à fruits, dont se délectait la jeu-
nesse ; les arbres à pain, dont les énormes fruits
fournissaient une pâte qui, fermentée et correc-
tement cuite, donnait un pain excellent ; les ar-
bres à bois, dont la taille et la rectitude étaient
remarquables. Hormis cela, rien d’autre sinon
l’herbe, herbe drue qui faisait les délices des
mou-rous, animaux pacifiques à l’instinct gré-
gaire, à mi-chemin entre le mouton et le bœuf.
Les mou-rous, habitants des collines sur les-
quelles ils s’abritaient la nuit, descendaient
brouter le jour ce qu’ils ne trouvaient pas en al-
titude, au péril de leur vie, comme on le verra
plus loin…
Il n’y avait ni oiseaux ni insectes, car ces es-
pèces n’avaient pas pu se développer dans ce
monde où les précipitations étaient fortes et
permanentes, mais il y avait, en revanche, une
variété inimaginable de gastéropodes. Ces der-
niers, presque tous immangeables sauf les gom-
gos qui, eux, étaient excellents, participaient
souvent bien involontairement aux jeux des en-
fants.
Ils représentaient le règne animal le plus ré-
pandu de la planète, et il ne serait pas faux de
dire que l’on rencontrait des escargots partout :
20 Le monde de Sa-Kia
c’étaient même eux qui assuraient la pollinisa-
tion des fleurs ! Il y en avait de toutes les for-
mes : des ronds, des pointus, des minuscules à
la chair transparente, des gom-gos de la taille du
poing, aussi rares que délicieux, et des géants,
très voraces et suffisamment gros pour que l’on
pût fabriquer avec leurs solides coquilles des
instruments de musique, genre d’ocarinas très
mélodieux…
Le Village de la Vallée
Quelle étrange construction ! Imaginez une
agglomération entière bâtie sur pilotis ! Ici, on
vivait à environ quatre mètres du sol… Il y
avait même une rivière qui passait dessous et
permettait de s’alimenter en eau et de se laver !
C’était elle, d’ailleurs, qui avait déterminé le lieu
d’implantation. D’autres avantages avaient aussi
compté comme la proximité du fleuve, des col-
lines entre lesquelles était situé le jardin, et de la
vallée où poussait une herbe opulente.
Tout le village, donc, était construit sur des
pylônes. Mais qu’était-ce, un pylône ? Il
s’agissait d’un grand arbre qui poussait plus
haut dans les collines, et que l’on allait « cueil-
lir » avec ses racines. Grâce à un attelage de
mou-rous, on le transportait pour le planter
dans le sol, là où l’on voulait qu’il assurât plus
tard sa mission de support. La plante prenait
21 Le monde de Sa-Kia
vite, et lorsqu’elle était arrivée à maturité, on
coupait sa tête à la bonne hauteur. Elle mourait,
certes, mais son bois, très enraciné, demeurait et
se durcissait avec le temps : on pouvait alors
l’utiliser comme pilier.
Ainsi, c’était sur ces pylônes naturels que se
trouvait presque tout : le réfectoire, la cuisine,
les habitations, la réserve de sel et même l’étable
des mou-rous ! Seule la forge d’Iko-Da avait été
construite sur le sol, mais elle était placée au mi-
lieu de l’édifice qui l’entourait et la protégeait.
Sa cheminée, qui montait haut, signalait son
emplacement central.
Toutes les habitations étaient reliées par des
passages couverts, des galeries qui garantissaient
chacun de la pluie, le soir venu. Car les habi-
tants avaient deux vies : celle du jour, où l’on
était abondamment mouillé – ou plutôt trem-
pé –, et celle de la nuit, où l’on dormait bien au
sec. Évidemment, l’espace était très mesuré, et
l’on vivait au village un peu comme sur un na-
vire terrien, navire immobile sur une mer
d’herbe… Les chambres ressemblaient plutôt à
des cabines, on était très serré dans le réfectoire,
et les galeries et les chemins étaient fort étroits,
mais cela conférait à l’endroit un certain
charme.
Les villageois étaient « gouvernés » par trois
sages. Voilà pourquoi appelait-on « tiers-sage »
un membre de ce triumvirat. Il y avait Oron-
22 Le monde de Sa-Kia
Ga, vieux pêcheur, Dala-To, la doyenne du
conseil, et Iba-Go, ancienne bergère. Les sages
avaient l’habitude de se réunir dans le réfectoire,
qui faisait aussi office de salle commune. C’était
le plus « vaste » des bâtiments.
Le village était ceint par une balustrade, à la-
quelle s’appuyaient ceux qui voulaient admirer
le paysage d’en haut. Au centre, elle formait un
cercle autour de la cheminée d’Iko-Da. On ac-
cédait là-haut par un long pont-levis qui
s’abaissait au milieu, entre les pylônes. Sa pente
douce permettait aux animaux de le gravir sans
difficulté, et lorsqu’il était remonté, la commu-
nauté était parfaitement isolée et protégée. Mais
pourquoi construire une cité entière et aussi
compliquée sur pilotis, alors que l’on était dans
la plaine ? De quoi avait-on à se garder ?
En fait, il fallait se protéger du fléau le plus
terrible qui fût, de l’agression la plus meurtrière
qui se pût imaginer : ici, la nuit, il fallait se met-
tre à l’abri, hors de portée des go-rens.
Les go-rens
Le go-ren était la forme de vie la plus mé-
chante et la plus agressive qui se pût rencontrer,
dans tous les mondes possibles. Imaginez une
murène géante, entre dix et trente mètres de
longueur, pouvant dépasser deux mètres de
diamètre, avec des yeux inintelligents et une
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