Les chroniques de Kaarina

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Toutes les créatures, humaines ou non s'agitent à la Fédération des Cités. Entre complots sanguinaires, amours contrariés et déclarations de guerre, trois jeunes gens, issus de la petite ville de Grande-Synthe ou natifs de l'autre monde sont en marche pour accomplir leurs missions cruciales. Magali Habermann doit faire la lumière sur les manœuvres du parti du Scorpion. Oxana Alfar doit mener la Force Obscure aux portes de la forteresse de Avock. Quant à Joss Hampson, il doit découvrir son véritable rôle dans le combat qui libérera peut-être le peuple de Bords-de-l'Ombre.
Publié le : vendredi 12 septembre 2008
Lecture(s) : 151
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EAN13 : 9782304020922
Nombre de pages : 397
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2 Titre
Les Chroniques
de Kaarina

3Titre
Grég Schoemacker
Les Chroniques
de Kaarina
Tome 2
Le zénith du pouvoir
Roman fantasy
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit, 2008
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-02092-2 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304020922 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-02093-9 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304020939 (livre numérique)

6 .






A ceux qui sont à l'origine de ma propre histoire,
mes parents Philippe et Maryvonne
SCHOEMACKER .
8 1. Les émissaires

REMERCIEMENTS
Parce qu'elle est toujours enthousiasmée par
le monde fantastique des Chroniques de
Kaarina, je tiens à remercier Sarah
HAINSHELLEBOUT pour son soutien inconditionnel
et pour la merveilleuse carte qui illustre cet
ouvrage.

9 1. Les émissaires






























11 1. Les émissaires

I
LES ÉMISSAIRES
Dans leur très grande sagesse, les dieux ont mis a la
disposition des mortels un pouvoir extraordinaire : le
libre arbitre. La grandeur d’une âme ne se mesure pas
seulement aux actes de bravoure du guerrier ou aux
prodiges du mage. La réelle différence se trouve dans le
choix que chacun est amené à faire tôt ou tard. Il s’agit
de la décision qui peut faire basculer l’existence d’un côté
ou de l’autre de la barrière.

Auroka, prêtre de la Loge de Véria

***

Trois mois se sont écoulés depuis que Magali
Habermann et Joss Hampson sont revenus de
l’autre monde. Un trimestre entier durant lequel
les deux amis ont été incapables de parler l’un à
l’autre de cette extraordinaire expérience ! Eux,
qui se sont toujours confiés l’un à l’autre et qui
n’ont jamais eu de secret l’un pour l’autre, se
13 Les chroniques de Kaarina
sont emmurés dans le silence en ce qui
concerne la Fédération des Cités et
Bords-del’Ombre.

Les mains croisées sur le bas du ventre et la
tête baissée, Magali songe silencieusement, des
idées plein la tête, devant la tombe de sa mère.
De profondes gravures blanches dans le marbre
gris indiquent : « Sophie Habermann. 1963 –
2005. Epouse et mère aimée. » La jeune fille ne
peut pas s’empêcher d’essuyer des larmes aux
coins de ses yeux. Elle pensait être
extrêmement proche de sa mère, alors qu’en
réalité, elle se rend compte qu’elle ne la
connaissait pas véritablement. Magali ignorait
tout de cette femme, qui dans un autre monde
était Sophie la Téméraire : celle qui a sauvé la
Fédération des Cités de la guerre contre les
primagiciens. La jeune fille pose un regard
rempli de tristesse sur le médaillon serti dans la
stèle mortuaire. Il contient un portrait de sa
défunte mère. Un sourire amer étire les traits de
son visage couvert d’un léger acné. Elle soupire
en pensant que sa mère n’a pas hésité à tuer son
premier amour pour défendre la cause qui lui
semblait juste. Magali se demande si en ce sens,
Sophie la Téméraire valait réellement mieux que
le capitaine Elahina. En effet, cette dernière
était prête à occire la jeune fille pour la
sauvegarde de la Fédération des Cités. Elle
14 Les émissaires
s’agenouille devant la tombe et éclate en
sanglots. « Quel genre de personne étais-tu,
maman ? » Magali déverse tout son chagrin
dans ces simples mots.
La jeune fille s’apprête à quitter le cimetière,
lorsque des bruits de pas sur les allées de
graviers attirent son attention. Elle se remet
debout et essuie ses joues mouillées de larmes.
Magali cherche autour d’elle, mais elle ne voit
personne. Elle secoue la tête de droite à gauche,
puis se dirige vers les grandes grilles de l’entrée
du cimetière. Les bruits de pas derrière elle se
font entendre une nouvelle fois. La jeune fille
fait volte-face, mais une fois de plus, tout est
calme et désert ! Méfiante, elle s’immobilise et
fait défiler son regard sur chacune des tombes.
Brusquement, son cœur se met à battre la
chamade dans sa poitrine et ses membres à
trembler légèrement. Magali a la très
désagréable sensation d’être observée. Ainsi,
c’est attentive à la moindre sonorité étrange et
au moindre mouvement suspect qu’elle quitte le
lieu de repos éternel des morts.

D’un pas décidé, Magali prend la direction de
la maison de son père. Le temps est
relativement clément pour ce mois de janvier.
La région de Dunkerque possède cette
particularité d’offrir de très belles journées
ponctuelles durant la période d’hiver et des
15 Les chroniques de Kaarina
jours effroyablement froids et pluvieux en été !
La jeune fille longe la grande avenue traversant
la ville de Grande-Synthe de part en part pour
se rendre dans un quartier résidentiel. Elle
prend grand soin de ne pas s’engager dans les
ruelles qui lui auraient pourtant fait gagner
quelques minutes, pour passer exclusivement
par les artères les plus fréquentées. A plusieurs
reprises, il lui semble être suivie, mais à chaque
fois qu’elle se retourne, il n’y a personne. Aussi,
c’est un grand soulagement lorsqu’elle arrive
devant une petite maison à un étage à la façade
lambrissée et possédant un petit jardin clôturé.
Elle enfonce le petit bouton circulaire de la
sonnette et un homme de taille moyenne et
prématurément vieilli par le deuil la fait entrer.
Victor Habermann réajuste ses petites lunettes
rondes sur son nez et invite sa fille a passer
dans le salon en demandant :
– Comment vas-tu, ma chérie ?
– Papa Vic, je suis allée sur la tombe de
maman tout à l’heure. Je me pose encore
tellement de questions la concernant.
– Tu ne dois pas en vouloir à ta mère,
répond Victor en prenant place dans un vieux
fauteuil par endroit décousu. Elle désirait
seulement te voir mener une existence normale.
– C’est une réussite ! Tu étais au courant de
tout cela, alors pourquoi ne m’as tu jamais rien
dit ?
16 Les émissaires
– Assis toi et laisses-moi t’expliquer. »
Magali opine d’un hochement de tête, puis
s’installe lourdement dans le canapé faisant face
au fauteuil. Elle regarde son père droit dans les
yeux avec défi. Victor lisse ses grosses
moustaches brunes de deux doigts, puis inspire
profondément avant de reprendre : « Ta mère
m’a fait promettre de garder le secret et j’ai
toujours respecté ses décisions. Je ne voulais
pas que tu connaisses cet horrible monde où
elle avait vécu. C’est pour cela que j’ai hésité à
te remettre sa bague lorsqu’elle est décédée. »
Instinctivement, Magali lève devant son visage,
sa main gauche où un anneau d’argent gravé de
deux lignes parallèles et obliques et serti d’une
petite pierre verte étincelle à son annulaire. Elle
se remet debout pour ouvrir le volet du salon
en déclarant à son père qu’il ne devrait pas
toujours rester dans l’obscurité. Elle précise que
ce n’est pas bon pour sa santé, mais Victor se
contente de hausser les épaules en bougonnant.
La jeune fille lève les yeux au plafond et
traverse la pièce pour se rendre à la cuisine, afin
d’y faire du café. Elle hausse la voix pour que
son père puisse l’entendre :
– Maman aurait dû m’en parler que je sache à
quoi m’attendre.
– Nous avions espéré que tu vivrais loin de
tout cela, mais au fond de nous, ta mère et moi
savions pertinemment qu’un jour ou l’autre, la
17 Les chroniques de Kaarina
Fédération des Cités ferait appel à toi. Tu n’étais
encore qu’un nourrisson lorsque Sélékion a fait
la voyage jusqu’ici pour te rencontrer.
– Oui, il m’en a parlé.
– Cela signifie qu’il était au courant de ta
naissance, même à des années lumières de la
Terre. Ce jour là, j’ai su que ton avenir ne
pouvait être que lié à celui de la Fédération des
Cités.
– Alors, pourquoi ne pas m’y avoir préparé ?
Demande Magali en revenant, un mug de café
chaud dans chaque main. »
Elle en tend un à Victor qui s’en saisit en la
remerciant. La jeune fille lisse sa jupe écossaise
rouge avant de prendre à nouveau place dans le
canapé. Elle trempe ses lèvres charnues dans le
liquide noir et amer pour en boire une gorgée.
Elle reporte son regard sur son père, puis
soupire bruyamment :
– Deux personnes sont mortes par ma faute
et une autre a été gravement blessée. Tout cela
aurait pu être évité si…
– Cela n’aurait rien changé, la coupe Victor
Habermann. Tu es rentrée et c’est tout ce qui
compte. Ne penses donc plus a ce qui s’est
passé là-bas.
– Comment pourrai-je oublier ?
Victor fait une petite moue, puis se réfugie
dans son café, les yeux baissés. La lumière du
jour fait luire son crâne pratiquement chauve et
18 Les émissaires
ses mains aux veines apparentes sous la peau se
crispent sur le mug de porcelaine blanche. Il
lève un sourcil interrogateur et toussote
légèrement avant de demander :
– Comment va ton ami Joss ? Magali se laisse
aller contre le dossier du canapé en comprenant
que son père n’a pas l’intention de s’attarder
davantage sur le sujet. « Bien… Il va bien,
même si je le trouve un peu bizarre ces derniers
temps. Peut-être est-ce moi qui lui renvoie cette
impression ? Je ne sais pas.
– C’est un gentil garçon qui est bien éduqué.
Quand vas-tu te trouver quelqu’un comme lui ?
– Papa Vic…
– Oui, je sais : jamais entre amis, mais tu vas
avoir vingt-deux ans et il serait temps de songer
à t’engager sérieusement dans une relation
amoureuse.
Cette fois-ci, c’est à Magali de baisser les
yeux sur son café, gênée.

C’est maintenant qu’elle est sur la route pour
retourner à son petit appartement que Magali
Habermann regrette de ne pas avoir accepté
l’invitation de son père à rester manger.
Toutefois, même si cela lui fend le cœur de le
laisser seul, elle préfère rentrer chez elle tant
qu’il fait encore jour. La jeune fille longe
l’avenue de l’Ancien Village pour tourner ensuite
aux abords de la maison communale où flotte
19 Les chroniques de Kaarina
aux vents le drapeau tricolore français, hissé au
sommet d’un mat blanc. Elle traverse le centre
ville et entre dans un quartier tout en longueur
où dominent les habitations à loyers modérés.
Magali atteint son entrée tout en cherchant sa
clef dans sa poche quand une voix grave la fait
sursauter : « Tu devrais faire plus attention à
toi. » La jeune fille fait volte-face et se
retrouvent face à deux hommes en longs
imperméables beiges dont les capuches sont
tirées devant leurs visages. L’un d’eux est grand
et mince, tandis que l’autre est corpulent et de
la taille d’un enfant. Magali sent ses tempes
palpiter et son cœur battre la chamade dans sa
poitrine. « Si nous l’avions désiré, nous aurions
eu mille fois l’occasion de t’assassiner depuis le
cimetière, reprend la voix grave.
– Qui êtes-vous ?
– Ne nous reconnais-tu déjà plus après
seulement trois mois ? Demande l’homme de
petite taille.
Il hôte sa capuche pour faire apparaître aux
yeux de la jeune fille, son crâne chauve, sa
barbe noire et hirsute et les pattes d’oie sous ses
yeux gris. Magali reconnaît Dolwen, le nain du
Taj-Amal et maître des miroirs de la Loge de
Avock. Le second individu retire à son tour sa
capuche pour découvrir un visage renfrogné et
blanchâtre encadré par des cheveux noirs et
huileux. Il s’agit du maître magicien Grissom !
20 Les émissaires
La jeune fille écarquille de grands yeux ronds et
demeure bouche bée quelques secondes avant
de comprendre que c’étaient eux, la présence
qu’elle avait ressenti au cimetière. Elle
bredouille :
– Mais que faites-vous là ?
– Peut-être pourrions-nous trouver un
endroit plus discret pour en discuter, propose le
nain.
– Oh… Euh, oui… Bien sûr, répond Magali,
confuse. Montons chez moi. »

Grissom et Dolwen suivent la jeune fille
jusqu’au palier du troisième et dernier étage de
l’immeuble. Magali ouvre la porte numéroté
trente-deux et les laisse entrer en demandant,
amusée :
– Pourquoi ces imperméables ?
– Sélékion nous a assuré qu’il pleuvait tout le
temps dans cette partie de ton monde, répond
le nain en ce débarrassant du vêtement. Je me
demande s’il ne s’est pas un peu moqué de
nous.
– Il ne pleut pas tout le temps. Nous devons
bien avoir une à deux semaines de soleil dans
l’année, plaisante la jeune fille.
– Ce monde est des plus étranges, remarque
maître Grissom. La terre est bitumée et toutes
les habitations sont bétonnées. Les arbres sont
malades, les eaux des canaux sont croupies et
21 Les chroniques de Kaarina
l’air empeste, empoisonné. Comment peux-tu
vivre dans un environnement aussi dénaturé ?
– L’habitude, je suppose. Revenons-en à la
raison de votre présence ici. »
Elle les invite à prendre place dans le canapé
en velours rouge, le temps qu’elle aille chercher
des gâteaux dans la cuisine. Le Jack Russel
Terrier de Magali ouvre un œil, étendu sur le
flan dans son panier. Le petit chien blanc tâché
de noir se redresse et traverse le salon, la queue
s’agitant activement de gauche à droite. Alors
que maître Grissom s’assoit dans le canapé,
après avoir retiré son imperméable, l’animal
pose ses deux pattes avant sur lui. Dolwen rit
aux éclats devant l’embarras du magicien. Ce
dernier émet un grognement dédaigneux en
repoussant doucement l’animal, puis se remet
debout pour l’empêcher de recommencer.
Toutefois, le chien de chasse sautille sur ses
deux pattes arrière en tournant autour de maître
Grissom. Le nain à la robe jaune s’enfonce dans
les coussins du canapé en déclarant :
– A défaut des capes blanches de la Loge, au
moins ce chien t’apprécie.
– Silence, Dolwen.
– Et bien, les coupe Magali. Je vois que vous
êtes d’humeur joyeuse tous les deux. »
Elle tend une assiette pleine de biscuits à
Dolwen. Celui-ci se saisit d’un gâteau et est
aussitôt surpris par le contact dur et rugueux
22 Les émissaires
sous ses doigts. Il a l’impression de toucher la
roche de ses montagnes natales du Taj-Amal.
Elle présente ensuite l’assiette à maître Grissom
qui la refuse poliment d’un geste de la main.
« Vous avez tort, dit la jeune fille. C’est moi qui
les ai fait. » Le nain à la robe jaune mord dans le
biscuit et une douleur fulgurante électrise toute
sa mâchoire. L’une de ses dents le fait
soudainement affreusement souffrir, alors que
le gâteau n’est même pas ébréché. Dolwen se
force à sourire tout en glissant discrètement la
pâtisserie aussi solide que la pierre entre les
coussins du canapé. « J’imagine que votre visite
n’est pas de pure courtoisie, dit Magali en
posant l’assiette sur le meuble de télévision.
– C’est exact, confirme maître Grissom.
Nous sommes venus te demander de revenir à
Avock.
– Pourquoi cela ?
– Je pense que Sélékion te l’expliquera mieux
que nous.
– Non, déclare la jeune fille avec autorité. Je
ne vais certainement pas faire la traversée sans
en connaître la raison auparavant. Dites-moi ce
qui se passe.
– Tu as raison, intervient Dolwen. Je n’en
attendais pas moins de toi ».
Il gratte l’un de ses broussailleux sourcils du
bout du doigt, puis inspire profondément. « Te
souviens-tu du seigneur Toaregh ? » Comment
23 Les chroniques de Kaarina
pourrait-elle avoir oublié cet homme qui dirige
le Grand Conseil de la Fédération des Cités et qui
a fasciné Elahina au point que cette dernière
veuille la tuer ? Magali frisonne légèrement et
hoche la tête pour indiquer à Dolwen qu’il peut
poursuivre. Celui-ci reprend :
– Le seigneur Toaregh est dans une position
délicate, certains au Grand Conseil estiment
qu’il devrait passer la main. Ils ont formé une
opposition baptisée le Parti du Scorpion qui
bloquent systématiquement toutes les décisions
du seigneur de la Fédération des Cités. Nous
sommes au bord de la guerre civile.
– Je ne vois pas bien où est mon rôle dans ce
conflit, s’étonne la jeune fille !
– Tu n’en as pas, rétorque sèchement maître
Grissom.
– Ce que veut dire Grissom, poursuit
Dolwen en lançant un regard noir au maître
magicien, c’est que nous ne sommes pas venus
te demander de l’aide. Nous sommes là pour te
mettre à l’abri. »
Magali écarquille de grands yeux et vient
s’asseoir à côté du nain du Taj-Amal. Les mains
serrées sur ses genoux, la jeune fille jette un
rapide coup d’œil au maître magicien dont le
visage demeure impassible malgré les
exubérances du petit chien à ses pieds.
Lentement, Magali tourne la tête vers Dolwen.
Elle déglutit avant de demander timidement :
24 Les émissaires
« Me mettre à l’abri de quoi ? » C’est maître
Grissom qui répond à cette question d’une voix
calme et claire : « De nous ! Il y a trop de
mouvements de troupes sur le territoire de la
Fédération des Cités. Les nains dégénérés et les
gobelins deviennent imprudents et ces maudits
elfes noirs ont multiplié les pillages de nos
villages ces derniers mois. Le seigneur Toaregh
a besoin de reprendre la situation en mains s’il
ne veut pas être renversé et voir la Fédération des
Cités sombrer dans le chaos.
– Il doit obtenir un pouvoir absolu sur le
Grand Conseil et le plus rapidement possible,
précise Dolwen. Il a besoin du marteau de
Avock le Brave et par conséquent de son
unique propriétaire et maître : toi.
– Le Parti du Scorpion a tout à perdre dans
ton retour à la Fédération des Cités, reprend la
cape rouge. Il est fort probable qu’ils aient déjà
envoyé un Exécuteur pour…
– Me tuer, le coupe Magali ! »
Les deux envoyés de la cité fortifiée de Avock
échangent un regard lourd de signification. La
jeune fille a déjà eu l’occasion de rencontrer
l’une de ces redoutables capes noires et elle sait
pertinemment de quoi celles-ci sont capables.
Un frisson de terreur remonte le long de sa
colonne vertébrale. Maître Grissom toussote
légèrement, puis ajoute calmement :
25 Les chroniques de Kaarina
– Sélékion aurait préféré que les choses
soient différentes, mais la situation nous
échappe à tous. Tu ne peux pas rester dans ton
monde, cela est devenu beaucoup trop
dangereux.
– Nous ne voulons pas te forcer à nous
suivre, jeune Magali Habermann. Seulement, il
faut que tu saches que si tu restes ici, tu cours
de gros risques. »
Magali se lève prestement du canapé, les
poings serrés et la mâchoire tremblotante. Sa
première traversée vers l’autre monde a bien
failli lui coûter la vie. C’était un enlèvement et si
elle avait pu choisir, jamais elle n’aurait quitté la
Terre. Cette fois-ci, il lui est donné la possibilité
de décider. La jeune fille sent poindre des
larmes derrière ses paupières. Elle ne veut plus
revivre une telle expérience. Elle avance d’un
pas tremblant vers les fenêtres de son salon. A
l’extérieur, le couché du soleil teint les nuages à
l’horizon d’un dégradé de rouge et d’orange.
Magali demeure un long moment sans rien dire,
le front posé contre la vitre, puis fait face à
Dolwen et maître Grissom. Dans un murmure
faible, elle leur lance :
– Je dois y réfléchir et je préfère être seule
pour cela.
– Je ne pense pas que cela soit une bonne
idée, dit le maître magicien.
26 Les émissaires
– Laisses-la donc un peu tranquille, Grissom,
rétorque le nain à la cape jaune avec un sourire
forcé avant de se retourner vers la jeune fille.
Prends le temps qu’il te faudra, mais ne tardes
pas trop à nous faire part de ta réponse. Chaque
instant compte. »
La jeune fille opine d’un hochement de tête,
puis s’accroupit pour caresser le dos de son Jack
Russel Terrier. Les yeux baissés, Magali se mord
l’intérieur des joues. C’est avec élégance et fierté
qu’elle se remet debout pour traverser la pièce
principale de l’appartement. La jeune fille
tourne le verrou de la porte d’entrée avant de
lancer par dessus son épaule : « Faîtes comme
chez vous, j’ai besoin de prendre l’air. » Sur ces
mots, elle ouvre l’épais battant de bois et
disparaît. D’un geste vif, maître Grissom
ramène vers lui les pans de sa robe rouge
qu’essaie de déchiqueter le nerveux petit chien
au pelage blanc tâché de noir.

Un terrain à la surface irrégulière, recouvert
d’herbe et entouré d’arbres s’étend derrière
l’immeuble où habite Magali Habermann. Les
troncs des végétaux sont abîmés par les
industries métallurgiques environnantes et
gravés d’inscriptions faites au couteau. Les
mains enfoncées dans les poches de sa jupe
écossaise et le regard posé sur les pointes de ses
chaussures, la jeune fille marche sans but précis,
27 Les chroniques de Kaarina
perdue dans ses pensées. Le crépuscule
commence lentement à laisser place à la nuit. La
brise nocturne qui se lève lui caresse le visage
en la rafraîchissant. Magali ignore
complètement ce qu’elle doit faire. Elle refuse
de se rendre à nouveau dans l’autre monde,
mais elle est également contre l’idée de
s’exposer sans aucune défense à un Exécuteur
de la Loge de Véria. Elle secoue la tête pour y
chasser ce doute tout en poursuivant sa
promenade. A cette heure ci, l’endroit est désert
et Magali soupire bruyamment. Non loin de la
jeune fille, le crissement des pneus d’une
voiture sur l’asphalte fait sursauter Magali. La
grande route du port se trouve juste derrière le
terrain. Magali s’adosse à un gros arbre et se
laisse glisser pour s’y asseoir au pied. Elle prend
sa tête entre ses mains et s’emploie de toutes
ses forces à ne pas pleurer. Elle a tellement peur
qu’elle peut entendre les battements de son
cœur résonner violemment dans ses oreilles.
Une silhouette se découpant dans la lumière
d’un lampadaire plonge Magali dans l’ombre.
Celle-ci lève la tête et plisse les paupières pour
apercevoir le visage renfrogné d’un homme au
crâne rasé. Celui-ci porte une chasuble grise
semblable à celle d’un moine. Il toise Magali de
toute sa hauteur, puis marmonne, intrigué :
« J’avais cru que… C’est étrange. » Il passe une
main sur son visage et observe encore un
28 Les émissaires
instant la jeune fille avant de reprendre son
chemin et de disparaître dans les ténèbres de la
nuit. Magali regarde l’individu s’en aller. Ses
yeux roulent dans leurs orbites jusqu’à se lever
vers le ciel nocturne. La jeune fille sourit
nerveusement en se disant que les gens sont
véritablement de plus en plus bizarres. Les
étoiles étincellent de mille feux au-dessus de sa
tête. Leurs éclats sont presque surnaturels.
Magali tire de sous son chemisier la gemme
magique des ténèbres qu’elle porte en
médaillon. Ses doigts se posent délicatement sur
le cristal noir, suivi de son regard tellement
envoûtant. Brusquement, une ombre furtive
passe sur le joyau. Magali a juste le temps de se
coucher par réflexe sur le côté, qu’une lame
s’enfonce dans la terre, à l’endroit même où elle
se trouvait une seconde plus tôt. La lune se
reflète comme une petite bille blanche sur la
large lame rouge. Magali se laisse rouler sur
deux ou trois mètres, puis se remet debout. A
l’extrémité du cimeterre à la lame courbe et
plantée dans le sol, un Exécuteur de la Loge de
Véria tourne sa tête masquée de rouge vers la
jeune fille. Il se redresse entièrement vêtu de
noir et récupère son arme qu’il fait tournoyer
devant lui. Un rire dément saisit Magali de
stupeur. L’assassin la pointe de son arme, puis
fléchit les jambes dans un froissement de cuir,
prêt à bondir sur la jeune fille. Cette dernière
29 Les chroniques de Kaarina
recule de plusieurs pas, avant de tomber sur son
séant. La cape noire s’élance dans les airs, son
cimeterre au-dessus de la tête. La gorge de
Magali devient sèche et les battements de son
cœur paraissent se suspendre. Aussitôt, un trait
de feu rougeoyant illumine le crépuscule pour
atteindre l’Exécuteur de la Loge de Véria en
pleine poitrine. Celui-ci est expulsé une dizaine
de mètres plus loin en s’écrasant lourdement
dans l’herbe. Il se relève sans aucune difficulté
malgré le terrible choc et pousse un nouveau
rire emprunt de folie. Dolwen s’approche en
courant de la jeune fille pour l’aider à se
remettre debout. Derrière eux, maître Grissom
serre sa gemme magique de feu dans sa main
gauche, tandis que sa main droite est paume
ouverte en direction de la cape noire. Le visage
du maître magicien est dur et sévère. La
luminescence de la pierre à l’éclat rouge fait
luire ses cheveux huileux. Il demande d’une
voix ne laissant aucune place à la protestation :
– Qui t’a envoyé ici ? Je veux un nom.
– Je ne suis pas fou au point de m’opposer à
une cape rouge, rétorque l’assassin d’un ton
moqueur et d’un timbre aigue. Aussi, vais-je
prendre congé de vous.
– Tu n’iras nul part sans m’avoir répondu
auparavant. »
Sur ces mots, des étincelles de feu crépitent
au bout des doigts du maître magicien. Le
30 Les émissaires
visage de ce dernier se crispe sous l’effet d’une
intense concentration et soudainement une
boule enflammée se forme dans la paume de sa
main. L’Exécuteur de la Loge de Véria prend
appui sur ses jambes musclées et bondit dans
les branches des arbres à l’instant même où la
cape rouge lance sa boule de feu. Le projectile
magique explose un peu plus loin contre le
tronc d’un peuplier. Dolwen qui comme tous
ceux de sa race est nyctalope, plisse ses lourdes
paupières pour chercher la cape noire dans le
complexe et chaotique branchage. Cependant,
le nain ne parvient pas à la voir. L’assassin a
disparu et maître Grissom pose un genou à
terre en reprenant son souffle. Il tourne
promptement la tête vers la cape jaune se tenant
toujours au côté de Magali. Il lance par dessus
son épaule :
– Dolwen ?
– Je ne le vois pas : il s’est volatilisé.
– Et la jeune Habermann ?
– Je vais bien, répond Magali avant que le
nain ne puisse ouvrir la bouche.
– Tant mieux, rétorque le maître magicien,
car mon joyau est pratiquement vide. J’enrage.
Il s’en est fallu de peu pour que cette cape noire
ne nous livre le nom du Grand Conseiller qui
est à l’initiative de cette attaque. »
31 Les chroniques de Kaarina
Le nain du Taj-Amal s’approche de la cape
rouge et lui pose une main sur l’épaule. Inquiet,
il demande :
– Grissom, as-tu remarqué les sauts
prodigieux et la rapidité de cet Exécuteur ?
– Je sais, Dolwen, ce n’est pas naturel. Tout
comme le fait qu’il se relève avec tant d’aisance
après ma première attaque. Le Parti du
Scorpion semble bien décidé à agir.
– Vous m’avez suivi, s’étonne soudainement
la jeune fille ! Je vous avais demandé de
m’attendre à l’appartement.
– Sélékion nous a donné des ordres, dit le
nain. Nous devons constamment garder un œil
sur toi.
– Cela ne sera plus nécessaire, affirme Magali
en serrant les poings et en baissant la tête. »
Dolwen et maître Grissom échangent un
regard surpris, puis la cape rouge se redresse. Il
demande :
– Pourquoi ?
– Je retourne à Avock, déclare Magali. »
A cet instant précis, la lune paraît briller
davantage que d’ordinaire et les étoiles semblent
plus petites. Une brise légère et glaciale traverse
le corps de la jeune fille. Elle frissonne en
songeant qu’elle ne va pas tarder à retrouver les
montagnes enneigées des Pics de l’Aube.

32 2. Rencontres surprenantes

II
RENCONTRES SURPRENANTES
Voyager d’un monde à l’autre est radicalement
différent que de se déplacer instantanément d’un point
repéré à un autre. La quantité d’énergie nécessaire à la
réalisation d’un tel prodige est colossale. Aussi, seuls les
primagiciens les plus puissants et ayant reçu les
enseignements de Baalneck peuvent y parvenir. Ce
sortilège est à ce jour, la plus extraordinaire création du
regretté seigneur de Bords-de-l’Ombre.

Enèb, marchand de Bord-de-l’Ombre

***

Le train en partance de Lille entre en gare de
Dunkerque avec seulement huit minutes de
retard. Le long engin fait de métal et de
mécanique ralentit, puis s’immobilise dans un
horrible bruit de crissement. Un sifflement aigu
se fait entendre et les portes des wagons
s’ouvrent pour régurgiter leurs passagers. Parmi
33 Les chroniques de Kaarina
eux, un jeune homme aux courts cheveux noirs
traverse le quai, un sac jeté sur l’épaule. Joss
Hampson, puisque tel est son nom, lève ses
yeux sombres et emplis de tristesse sur l’écran
lumineux de la gare. A côté des listes des
arrivées et des départs des trains, une horloge
indique qu’il est huit heure quarante cinq. Il
hausse les épaules et fait une petite moue en
songeant qu’il lui reste un quart d’heure pour se
rendre à son institut de formation, à pieds.
Marcher ne lui a jamais fait peur et cela lui
permettra de se composer un visage plus
présentable pour les autres élèves de sa
promotion d’assistants de service social. Joss
quitte la gare et se met en route, le cœur lourd.
Très tôt ce matin, le jeune homme s’est
rendu, comme il le fait ponctuellement dans
l’année, à l’hôpital Oscar Lambret de Lille pour
faire contrôler l’évolution de sa tumeur au
cerveau. Les premiers résultats ne sont guère
encourageants. Etrangement, cette nouvelle n’a
pas surpris Joss. Depuis qu’il a séjourné dans
l’autre monde, ses maux de tête ont empiré. Ils
sont devenus plus violents et plus insidieux. Le
jeune homme sait pertinemment qu’il ne pourra
plus cacher très longtemps sa maladie à ses
parents. Il est parvenu à leur faire croire jusqu’à
présent qu’il s’agissait de simples migraines.
Certains jours, Joss a l’impression d’être sans
forces et sans défenses devant l’inévitable qu’il
34 Rencontres surprenantes
sent approcher à grands pas. Très peu de
personnes sont au courant de son état de santé
et en ce qui le concerne, c’est très bien ainsi.
Dans le lot de ces individus exceptionnels en
qui Joss place une entière confiance se trouve
celle qui est sans nul doute, sa meilleure amie :
Magali Habermann.
Je jeune homme avance le long du canal en
pensant à tous ceux qu’il a laissé trois mois plus
tôt à Bords-de-l’Ombre. Il ne voulait pas quitter
cet endroit et il ne se passe pas une nuit sans
qu’il ne rêve d’y retourner. C’est presque
devenu une obsession. Joss arrive devant
l’institut à la façade sale et au parvis semé de
mégots de cigarettes. Il est à l’heure, mais tout
juste. Le temps de saluer quelques amis devant
la porte et il sera officiellement en retard !
Alors que Joss Hampson monte les marches
de l’escalier menant au premier et unique étage
du bâtiment, une grande femme maigre à l’air
égaré l’interpelle. « Joss, peux-tu venir un
instant, s’il te plaît ?
– Euh… Oui, Myriam. Bien sûr. »
Sans en dévoiler davantage sur ses
motivations, la dénommée Myriam : la
responsable de formation pour les promotions
d’étudiants en assistance sociale, fait entrer le
jeune homme dans son bureau, puis s’installe
derrière son ordinateur. Elle cherche quelques
papiers dans son tiroir et commence à remplir
35 Les chroniques de Kaarina
un document. Joss la regarde écrire, puis raturer
le formulaire avant de l’annoter. La femme relit
le papier d’un air septique et le chiffonne pour
le jeter à la corbeille. Elle prend un nouveau
document et s’apprête à le remplir, lorsque le
jeune homme toussote légèrement. Myriam lève
les sourcils pour regarder Joss, étonnée. Elle
s’exclame : « Ah oui ! Peux-tu me dire ce qu’est
l’éthique pour toi ? » Le jeune homme écarquille
de grands yeux ronds, surpris par la question. Il
bredouille :
– Quoi ?
– Est-ce que rencontrer une assistante
sociale, afin d’obtenir des informations
personnelle est un acte d’éthique, selon toi ? Ta
tutrice de stage m’a informé hier matin de son
mécontentement quant au fait que tu t’es servi
de ton statut de stagiaire pour te présenter
auprès de l’une de ses collègues. »
Le jeune homme comprend parfaitement où
veut en venir Myriam. Il ne peut pas
s’empêcher de sourire intérieurement. Cela fait
déjà plusieurs mois que cette affaire a eu lieu,
lorsqu’il effectuait son stage dans l’Education
Nationale et c’est seulement maintenant que sa
tutrice de stage se réveille ! Le pathétisme de la
situation, ainsi que les insinuations éhontées de
la responsable de formation suffiraient à mettre
n’importe quel autre étudiant en colère, mais
pas Joss Hampson. Celui-ci a vu et vécu trop de
36 Rencontres surprenantes
choses ces derniers mois pour perdre la maîtrise
de soi. Il respire profondément, étire ses bras
devant lui, puis répond avec calme et
éloquence : « Si c’est cela qu’elle vous a dit,
alors peut-être serait-il bon que vous
connaissiez l’exacte vérité. J’ai en effet
rencontré une collègue de Aude et je l’ai fait
dans une démarche citoyenne, certainement pas
en me présentant comme assistant social
stagiaire. D’ailleurs, je l’ai fait sur mon temps
personnel et en aucun cas sur mon temps de
stage. Aude était parfaitement au courant de
cette rencontre, puisque je lui en avais parlé
auparavant. J’ai discuté avec sa collège de la
situation préoccupante de l’une de mes jeunes
voisines qui était scolarisée dans l’établissement
où exerçait ladite assistante sociale. C’est donc
moi qui lui ai fait part d’informations
personnelles et non l’inverse. Je lui ai expliqué
quelles étaient mes inquiétudes. Toutefois,
comme plusieurs semaines après, elle n’avait
toujours pas agit en conséquence, j’ai pris la
décision de sortir moi-même la gamine de
l’enfer où elle se trouvait. J’imagine que cela a
dû être terriblement frustrant pour l’assistante
sociale qu’un bleu sans véritable expérience du
métier se montre plus perspicace et plus vif
qu’elle. Elle s’en est très certainement plaint à
Aude qui est ensuite venue vous en faire
doléance. Ce qui m’étonne le plus est que Aude
37 Les chroniques de Kaarina
possède mon numéro de téléphone portable. A
de très nombreuses reprises, elle m’a envoyé
des messages écrits et la plupart n’étaient pas
d’ordre professionnel, alors pourquoi ne m’en a
t’elle pas parlé directement ? Oh, mais je suis
déjà en retard aux cours ! Puis-je y aller ? »
Myriam est complètement abasourdie par ce
qu’elle vient d’entendre. De tous ses étudiants,
Joss Hampson est très certainement celui qui a
le plus de verve et il sait s’en servir. Elle
demeure perdue dans les mots du jeune homme
un instant, puis bafouille qu’il peut aller en
cours. Joss l’en remercie d’un hochement de
tête, puis quitte le bureau.
Joss entre dans la salle de cour en s’excusant
de son retard auprès de l’intervenant. C’est la
particularité des instituts de formation qui
contrairement aux lycées ne font pas appel à
des professeurs, mais à des professionnels.
Celui-ci se contente de sourire au jeune homme
avant de reprendre ses explications. Joss
s’installe à côté d’une jeune fille habillée de
dizaines de couleurs fluorescentes en
murmurant :
– Salut petite fille, tu vas bien ?
– Tu n’as pas entendu le réveil sonner ce
matin ? Demande sa voisine de table.
– Non… Myriam m’a convoqué dans son
bureau. Il va absolument falloir que je te
38 Rencontres surprenantes
raconte cette histoire… Si tu veux mon avis, le
social est vraiment un milieu de pourris.
– Carrément. Parce que tu ne le savais pas ?
Malgré la langueur qui pèse sur son cœur,
Joss ne peut pas s’empêcher de se fendre d’un
sourire radieux. Elodie qu’il a surnommé
quelques mois auparavant : petite fille, est l’une
des rares amies avec Magali a savoir lui faire
quitter son rôle d’homme sombre. Un jour, il
lui dira pour sa maladie et peut-être aussi pour
son périple dans l’autre monde. Cependant, en
ce qui concerne ce dernier point, rien n’est
moins sûr.

L’heure du petit déjeuner approche et
lorsque sonne midi, la salle se vide presque
instantanément de ses étudiants. C’est toujours
un spectacle saisissant pour un intervenant
d’assister à la fuite désordonnée et pressée
d’une meute de futurs assistants du service
social affamés. Joss demeure seul en compagnie
de Elodie. L’intervenant range ses documents
dans sa sacoche, tout en regardant, amusé les
deux jeunes gens encore présents dans la salle.
Il enfile sa veste et demande : « C’est tous les
midis comme cela, ou c’est juste mon cour qui
est ennuyeux ?
– Non, répond le jeune homme sous les rires
de son amie. C’est toujours la course le midi.
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