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Les Mapuche à la mode

De
300 pages
Les treize essais réunis ici détaillent les caractéristiques principales du monde socioculturel mapuche au Chili et en Argentine, montrant la revitalisation de leurs ressources sociales et politiques pour s'imposer en tant que protagonistes de leur insertion dans le monde contemporain.
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esthétiques
Sous la direction de Ricardo SALASASTRAINetFabienLEBONNIEC
Les Mapuche à la mode Modes d’existence et de résistance au Chili, en Argentine et au-delà
15/03/15 17:42
Les Mapuche à la mode
Esthétiques Collection dirigée par Jean-Louis Déotte Pour situer notre collection, nous pouvons reprendre les termes de Benjamin annonçant son projet de revue :Angelus Novus. « En justifiant sa propre forme, la revue dont voici le projet voudrait faire en sorte qu’on ait confiance en son contenu. Sa forme est née de la réflexion sur ce qui fait l’essence de la revue et elle peut, non pas rendre le programme inutile, mais éviter qu’il suscite une productivité illusoire. Les programmes ne valent que pour l’activité que quelques individus ou quelques personnes étroitement liées entre elles déploient en direction d’un but précis ; une revue, qui expression vitale d’un certain esprit, est toujours bien plus imprévisible et plus inconsciente, mais aussi plus riche d’avenir et de développement que ne peut l’être toute manifestation de la volonté, une telle revue se méprendrait sur elle-même si elle voulait se reconnaître dans des principes, quels qu’ils soient. Par conséquent, pour autant que l’on puisse en attendre une réflexion – et, bien comprise, une telle attente est légitimement sans limites –, la réflexion que voici devra porter, moins sur ses pensées et ses opinions que sur les fondements et ses lois ; d’ailleurs, on ne doit plus attendre de l’être humain qu’il ait toujours conscience de ses tendances les plus intimes, mais bien qu’il ait conscience de sa destination. La véritable destination d’une revue est de témoigner de l’esprit de son époque. L’actualité de cet esprit importe plus à mes yeux, que son unité ou sa clarté elles-mêmes ; voilà ce qui la condamnerait – tel un quotidien – à l’inconsistance si ne prenait forme en elle une vie assez puissante pour sauver encore ce qui est problématique, pour la simple raison qu’elle l’admet. En effet, l’existence d’une revue dont l’actualité est dépourvue de toute prétention historique est justifiée… » Dernières parutions Denis SKOPIN,La photographie de groupe et la politique de la disparition dans la Russie de Staline, 2015 Alain NAZE (dir.),Walter Benjamin. Politiques de l’image, 2015. Tiphaine GONDOUIN,Medium et appareil dans la création photographique, 2014. Sous la direction d’Audrey RIEBER,Penser l’art, penser l’histoire,2014.Martine BUBB,Philosophie et art numérique, 2014. Anne BÉNICHOU,Un imaginaire institutionnel, 2013. Caroline COPPEY,Claude Monet : A l’école de l’œil,2013. Claude AMEY,Le devenir autre de l’art. Littéralisation et distraction, 2013. Gaston JOSSE,La folie, cette passagère, pour une psychiatrie de combat,2013. Jean-Michel DURAFOUR,Brian de Palma. Épanchements : sang, perception, théorie, 2013.
Sous la direction de Ricardo SALASASTRAINet Fabien LEBONNIECLes Mapuche à la mode
Modes d’existence et de résistance au Chili, en Argentine et au-delà
© L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-05031-7 EAN : 9782343050317
Prologue Ricardo SALASASTRAINet Fabien LEBONNIECDans beaucoup de pays latinoaméricains se définissant comme métis, divers mouvements et conflits sont apparus avec force afin de réclamer auprès des États les terres usurpées, l’autonomie et la construction de nouvelles identités ethnopolitiques. Cette nouvelle et croissante visibilité des peuples indigènes est significative pour appréhender le Chili et l’Argentine d’aujourd’hui non plus comme des pays culturellement homogènes, mais plurinationaux. Cette conscience de faire partie d’un pays composé d’une mosaïque de peuples autochtones a progressivement imprégné les institutions et oblige à repenser l’identité culturelle, particulièrement dans le cas des collectivités autochtones de vie qui deviennent une question politicojuridique qui va bien plus loin que les frontières étatiques. Du dernier recensement réalisé au Chili en 2012, très questionné pour sa méthodologie et l’inexactitude de ses résultats, on peut cependant observer certaines tendances générales qui ne font que confirmer ce que montraient les enquêtes démographiques antérieures, nous donnant ainsi une idée générale de ce qu’est «» au Chili. Lorsquêtre indigène il leur est demandés’ils appartiennent à un peuple indigène, plus de 8% des enquêtés chiliens répondent affirmativement. Une seconde conclusion, au Chili avec plus de 80 % de la population indigène, ce sont les Mapuche qui représentent la part la plus importante des autochtones, 6 % étant Aymaras et 2 % Diaguitas. Enfin, un autre résultat significatif est que la concentration la plus importante de population mapuche se partage entre leurs territoires historiques et la capitale Santiago avec plus de 30 % dans chacune de ces régions. Cela est décisif pour comprendre que les identités, qu’elles soient ethniques ou culturelles, ne se conservent pas en fonction de l’établissement sur les territoires d’origine comment on a pu le penser à un moment. La permanence voire la réaffirmation de ces identités en villes renvoie à une réalité, celle des « Mapuche urbains », qui durant longtemps a été discutée, voire niée, mais qui aujourd’hui est incontestable.Les recensements chiliens se basent sur l’et ne« autoassignation » font pas référence à d’autres critères plus anthropologiques généralement utilisés par les études démographiques dans le monde pour définir un peuple originaire. Ce qui est significatif dans ces quelques données quantitatives, c’est que nous sommes en présence de nouvelles subjectivités de l’ethnicité présentes tout au long du territoire national, cellesci ne s’associent pas à un modèle déterminé de production traditionnelle, mais incorporent de façon sélective et créative différents éléments de la culture moderne dominante tout en maintenant un fort sens de «l’identité culturelle» comme principale
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caractéristique. Il faut repenser avec rigueur et sérieux les perspectives théoriques permettant de définir l’identité d’une collectivité autochtone et son immuabilité en fonction de contextes autres que ceux considérés comme traditionnels. En effet, le monde mapuche n’est pas seulement une partie de la macrorégion sud du Chili et de quelques provinces de la Patagonie argentine, il apparaît intimement lié à des personnes et collectivités qui maintiennent leur assignation mapuche en dehors de ces territoires ancestraux. Ces quelques données générales sont importantes pour rendre compte de la trame dans laquelle a été plongée une partie des sciences humaines et sociales qui s’est chargée d’étudier, au niveau local et global, les transformations socioculturelles et économiques expérimentées par les sociétés indigènes ainsi que par celles qui les englobent. Ces questions ont constitué une préoccupation centrale duNúcleo de estudios interétnicos e interculturales(NEII) de l’Université Catholique de Temuco qui a réuni un groupe de ses chercheurs travaillant ces thématiques dans le contexte mapuche afin de présenter quelquesuns des résultats de leur recherche. On a également invité des collègues francophones provenant d’autres universités et centres de recherche afin de nous aider à dénouer la relation complexe entre modernité et identité en territoires mapuche, question restant d’actualité dans les études relatives aux sociétés autochtones. L’exercice proposé à chacun des auteurs a consisté à rédiger une contribution dans leur domaine de compétence répondant à la fois aux exigences de rigueur scientifique et s’adressant à un lectorat hétérogène pour une grande part profane sur la question. En recourant à une perspective interculturelle et interethnique pour aborder les contextes actuels des communautés et collectivités mapuche, habitants du cône sud, on cherche à approfondir l’étude des différents domaines liés àl’émergence et la reconstruction d’identités collectives se revendiquant comme autochtones et ancestrales dans des espaces sociaux et territoires marqués par la modernité et le métissage. Il s’agit aussi d’appréhender les modalités avec lesquelles la plupart des peuples autochtones joue un rôle politicoculturel sur leur territoire historique tout en réorganisant leur vie dans l’exode urbain.L’émergence d’un important mouvement sociopolitique et culturel mapuche dispersé sur les territoireschiliens et argentins s’est caractérisé par un croisement et un choc de logiques culturelles entre la société dominante et la société indigène, c’est en partie pour cela que ce recueil cherche à présenter sous des angles variés cette croissante conflictualité entre différents mondes socioculturels. Lorsqu’on se réfère à la conflictualité en contextes interethniques c’est seulement pour préciser que les asymétries historiques ont été si violentes, qu’il ne suffit pas de répondre à une question spécifique, puisqu’il s’agit de l’ensemble de la vie indigène qui a été mise à l’épreuve par les Etats
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Nations. À la différence d’autres époques, les Mapuche sont devenus des acteurs politiques avec la capacité de proposer face à l’État. Une telle situation est souvent interprétée comme un acte de belligérance étant donné qu’il n’y a pas si longtemps beaucoup pensaient que les Mapuche avaient été « réduits », certaines études pronostiquant même leur disparition. Ces tensions sont aujourd’hui devenues patentes dans la macrorégion sud, et particulièrement dans la région de l’Araucanie au Chili, mais apparaissent également avec d’autres tonalités du côté argentin comme le rappellent Claudia Briones et Fabiana Nahuelquir dans ce volume. Cette asymétrie entre sociétés, nœud problématique de cet ouvrage, a fait l’objet de divers articles dans des revues nationales et internationales. Ce qui est mis en relief dans les travaux réunis dans cet ouvrage collectif, même si leur thématique et leur perspective se différencient, c’est le contexte historique d’asymétries, d’exclusions et de discriminations qui perdure encore enWallmapumapuche). Cependant, ces contributions laissent (pays clairement apparaître, des éléments relativement nouveaux dans les réflexions sur la société mapuchepuisqu’ils abordent la prise de conscience politique et culturelle des Mapuche quant à leur avenir en tant que peuple et les nouveaux enjeux auxquels sont confrontés les États pour répondre à ces demandes d’identités collectives et donc politiques. La part de conflictualité inhérente à l’émergence sur les scènes politiques régionales et nationales des Mapuche, en tant qu’acteurs subalternes spoliés et revendiquant parfois violemment des droits, a été présentée de façon erronée dans la presse chilienne comme faisant partie du « conflit mapuche ». Ce qui est vrai ; surtout dans le cas du Chili, une répression constante sévit dans un certain nombre de communautés revendiquant leurs droits territoriaux et politiques. Cette situation entraîne en corollaire le procès de militants et dirigeants, notamment sous le chef d’accusation d’infraction à la loi antiterroriste, législation héritée de la dictature de Pinochet. Au sein d’un mouvement mapuche qui s’avère être très hétérogène, on retrouve cependant un élément discursif commun qui consiste à questionner la façon dont les États chilien et argentin ont envahi leurs territoires il y a un peu plus d’un siècle à travers l’imposition de leurs différentes institutions économiques, politicoculturelles, administratives et éducatives. En ce sens l’idée du titre de cet ouvrage,Les Mapuche à la mode, est de mettre en évidence et décrire comment les Mapuche se sont transformés en acteurs politicoculturels d’importance à l’intérieur des sociétés dominantes démontrant que les identités ethniques ne sont pas en train de disparaître ni de se volatiliser. En pays mapuche,Wallmapu, est apparue une nouvelle conscience de valeurs autour d’un certain style de vie, de la nécessité d’être protagoniste de la vie politique et de la forcede l’identité pour faire face à la« grande transformation » et aux déstructurations provoquées par la modernisation menée par les gouvernements chiliens et argentins. Cela apparaît manifeste
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