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Les Nuits du Coeur

De
104 pages
Isabelle Glain et ses équipes des "Nuits du Cœur" nous plongent dans l'univers des laissés pour compte. Ce livre présente douze années passées auprès de ces hommes et femmes que nous croisons tous les jours, assis par terre la main tendue, au feu rouge un gobelet à la main, endormis sur un banc à côté d'une bouteille vide ou errant dans la rue un caddie rempli d'affaires personnelles… L'auteur nous touche par la sensibilité de son écriture, par la simplicité de ses histoires, par sa foi en l'Homme, en Dieu, qu'elle réunit par sa seule présence.Š
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L’intégralité des droits d’auteur sera reversée à parts égales à : L’Arche International qui oeuvre à la construction d’une société plus humaine. www.larche.org
La Communanuté de l’Agneau qui vit au quotidien la rencontre avec les plus démunis. www.communautedelagneau.org
Isabelle Glain et les équipes des « Nuits du Cœur » Les Nuits du Cœur
Préface
Les Nuits du Cœur n’est pas juste un livre. C’est un chant, un cri, une action de grâce, une louange, un appel. Je n’ai pas pu le mettre de côté car, à chaque page, j’ai rencontré Jésus. Jésus vivant, Jésus pleurant, Jésus flagellé, Jésus crucifié, Jésus ressuscité, Jésus se réjouissant des rencontres. Les Nuits du Cœur n’est pas une théorie. Ce livre n’est pas une théologie ; il est plus, il est une révélation. Chacun de ces hommes et de ces femmes de la rue est une présence de Dieu ; un Dieu caché dans la pauvreté humaine, dans la misère, dans le fumier et dans la poussière. — « Ainsi parle celui qui est haut et élevé, dont la demeure est éternelle et dont le nom est saint. Je suis haut et saint dans ma demeure et je demeure avec l’homme humilié et au cœur broyé, pour rendre vie à l’esprit des gens blessés, pour rendre vie aux cœurs des gens broyés ». (Is. 57,73) Oui, Dieu demeure chez les gens broyés : C’est la découverte et la révélation des équipes de la paroisse Sainte-Cécile. Le psalmiste crie « Dieu relève le faible de la poussière, il tire le pauvre du tas d’ordures pour l’installer avec les princes ». (Ps. 113,7-8) Marie, la mère de Jésus chante dans son chant de reconnaissance. — « Il a fait descendre les puissants de leur trône, il a élevé les humiliés ». Merci, Isabelle, de nous avoir montré à travers ces pages les visages et les noms de tant de nos frères et sœurs en humanité. Leur soif est certes pour un café et un plat chaud ; il est surtout pour le regard qui dit : «Je t’aime, tu es important pour moi, tu es précieux ». Jésus est venu annoncer une bonne nouvelle aux pauvres. Vous, les équipes de Sainte-Cécile, vous faites comme Jésus, non en disant : — « Dieu vous aime ». Mais en disant : — « Moi je vous aime au nom de Jésus ». Vous devenez pour chacun le visage et une présence de Jésus, qui en vous, révèle la beauté cachée en chacun et le relève en lui donnant le goût de vivre. Jean Vanier Fondateur de l’Arche
Avant-propos
Il y a douze ans, j’ai rencontré une jeune femme qui m’a raconté qu’elle avait passé la soirée dans la rue, auprès des sans-abris. J’ai été bouleversée par son témoignage et me suis sentie comme appelée… Je lui ai demandé si je pouvais l’accompagner la fois suivante. Je me suis donc retrouvée dans une église du Châtelet, au milieu d’une cinquantaine de jeunes, envoyés en mission par un prêtre après la messe. Nous sommes partis deux par deux à la rencontre des pauvres de la rue. Après plusieurs soirées, j’ai eu envie de monter la même opération à partir de ma commune Boulogne-Billancourt. Il me fallait le soutien d’une paroisse pour être en mission d’Eglise. C’est à la paroisse de l’Immaculée Conception que nous avons été accueillis par le Père Allard. Nous avons passé trois ou quatre années très riches. Nos sorties étaient tous les quinze jours, le vendredi soir. Le Père faisait une messe avant de partir, à laquelle il conviait tous ceux qui voulaient et c’étaient les petites dames âgées de la paroisse qui étaient là. Elles nous préparaient des petits gâteaux tout chauds pour apporter aux personnes dans la rue, ça sentait bon ! Elles nous disaient : — « Nous sommes trop vieilles pour sortir le soir avec vous, mais on peut prier ! Toute la soirée nous prierons pour vous et ceux que vous rencontrerez ». Le Père Allard portait aussi toutes nos rencontres dans sa prière, il connaissait tous les prénoms de ceux que nous avions rencontrés lors de la sortie précédente. C’était une sorte de mission à deux vitesses, ceux qui sortaient dans la rue et ceux qui priaient… Puis le Père Allard a changé de paroisse et nous nous sommes rapprochés de la paroisse Sainte Cécile, avec le Père Jean-Philippe qui dirigeait déjà les « Vendredis du Cœur », un repas offert aux gens de la rue, tous les vendredis et les « Tournées du Cœur », trois fois par semaine, des rencontres auprès des personnes qui vivent de la prostitution dans le Bois de Boulogne. Nous avons donc créé pour compléter, les « Nuits du Cœur ». Depuis nos équipes tournent toujours toutes les deux semaines le vendredi. Nous sommes à chaque fois environ une douzaine. Depuis huit ans, les équipes se sont renouvelées, mais il reste aussi des piliers qui sont là depuis le début. Concrètement, comment cela se passe ? Nous nous retrouvons à 20 heures pour préparer les sacs à dos, nous faisons chauffer de l’eau que nous emportons dans des thermos, pour préparer du café, des soupes, des plats chauds instantanés. Puis nous partageons un moment de prière avant de partir deux par deux, un homme, une femme… Une équipe va toujours sur Boulogne-Billancourt, les autres se dirigent vers Paris, le métro, les gares, les rues. Nous nous retrouvons vers 23 h 30, pour prier ensemble devant le Saint Sacrement et pour confier tous ceux que nous avons rencontrés. Nous avons conscience que nous avons fait un petit pas et nous savons que Dieu peut faire le reste… ! Aussi notre mission ne s’arrête pas là. Nous avons souvent promis de prier pour ceux que nous avons rencontrés, alors tous les jours, nous nous engageons à prier pour eux. Afin de ne pas oublier ces trésors reçus, nous écrivons toutes nos rencontres, pour les porter dans la prière mais aussi pour partager entre les équipes. Voilà pourquoi je me suis trouvée en possession de douze ans de témoignages écrits, d’une richesse inépuisable à l’image des personnes que nous rencontrons. Le secret pour la découvrir, c’est le temps. Personne d’entre nous ne peut dire qu’il n’a jamais vu de pauvre lui tendre la main et personne n’est non plus vraiment indifférent. Le problème est que nous n’avons pas le temps… Quand on va travailler ou qu’on revient fatigué, les minutes sont comptées, pas le temps de s’arrêter pour sortir son porte-monnaie, alors on tourne la tête de l’autre côté et l’on se dit que de toute façon, il n’aurait sans doute pas fait bon usage de cette pièce. Quand nous partons faire nos maraudes le vendredi soir, nous sommes libérés de cette contrainte de
temps. Notre soirée est pour eux, nous avons tout le temps de nous asseoir pour discuter, surtout écouter. Le café est un prétexte juste pour entrer en relation et presque chaque fois, nous sommes accueillis à bras ouvert. Tout est tellement simple... Ils nous disent bien souvent que personne ne leur a parlé de toute la journée ! Ils sont tellement contents de voir que quelqu’un s’intéresse à eux. Nous commençons toujours par nous présenter pour ne pas nous imposer et puis au cours de la discussion, il est fréquent qu’on nous demande pourquoi nous passons notre soirée dans le métro ou dans les rues au lieu de rester chez nous. Nous sommes obligés de témoigner de ce qui nous a mis en route : notre foi en Jésus-Christ qui nous a demandé de prendre soin les uns des autres, avec amour et désintéressement. Et neuf fois sur dix, cela ouvre la porte à un échange sur Dieu. Dieu est tellement proche des pauvres ! Nous le voyons se manifester sous nos yeux. C’est très bouleversant ! Nous proposons des médailles de Marie de la rue du Bac et ce que nous avons en retour est incroyablement riche. Nous touchons le fond de leur cœur et apportons alors bien plus qu’un café. Il arrive que nous rencontrions des personnes que l’alcool fait parler un peu fort, nous hésitons toujours à les aborder, par peur de leur réaction. Mais maintenant après toutes ces expériences, je sais que cette peur est injustifiée et que les rencontres sont toujours sources inépuisables. Le plus beau moment est incontestablement la prière que nous proposons et qui est presque toujours acceptée. Dans un élan le plus naturel, nous prions ensemble, debout ou à genoux, tout haut ou à voix basse, selon ce qui se présente, ce sont eux qui nous guident. Voici les récits que j’ai retenus, toutes les personnes rencontrées sont gravées à jamais dans ma mémoire. Merci à tous ceux qui ont participé avec fidélité et dévouement à cette magnifique mission. C’est une œuvre qui est dirigée par l’Esprit Saint en personne, rien besoin d’organiser. Au cours des années, les équipes changent, bien sur, ceux qui arrivent remplacent ceux qui s’en vont, mais la richesse de chacun d’entre eux me comble de joie. Que le Seigneur bénisse tous ceux qui ont participé ainsi que tous ceux que nous avons rencontrés ! *** *Pour des raisons de confidentialité, certains prénoms ont été changés.
Récits Entre 1998 et 2010
A Aaron, Adam, Aïcha, Alexandre, Amid, Amirouch, André, Anouar, Anouk, Ardouino
Abandonné de tous À la station Billancourt se trouve à moitié allongé par terre, un homme, dans un état incroyable, complètement à l’abandon. Il a la peau toute noire de crasse, il nous regarde à travers ses lunettes noires, sales elles aussi ; son pantalon n’est plus qu’un morceau de carton tout raide et plein d’énormes trous, il a des grosses plaies sur les genoux… Nous l’avons déjà rencontré plusieurs fois dans les rues de Boulogne, mais chaque fois il refusait de nous adresser la parole ; cette fois-ci il veut bien manger quelque chose. Incapable de manger quoi que ce soit de solide, il nous demande d’ajouter de l’eau à son hachis Parmentier et il commence à laper presque comme un animal. Il nous parle, il s’appelle Raymond, il a eu un accident avec son genou qui le fait beaucoup souffrir. Tout n’est pas compréhensible, mais j’ai bien entendu : — « J’ai de la chance… ». Quand il a fini, il reprend son sac plastique rempli d’ordures et il repart pour dormir au Pont de Sèvres. Nous sommes très bouleversés par cette rencontre. Comment peux-t-on en arriver à ce stade-là ? J’essayais de voir le Christ en lui et je me disais : — « Pauvre Christ, quelle souffrance, abandonné de tous… ». 2 Mai 2004
L’abîme du Forum Au rez-de-chaussée du Forum des Halles, dans les dédales crasseux, plusieurs personnes dorment emmitouflées dans des sacs de couchage. Nous n’aimons pas réveiller ceux qui dorment, alors nous nous approchons d’un homme assis sur des cartons qui fume et parle tout seul. Quand on lui propose un café, il bondit de joie ! — « Quelle chance, un café ! » et puis nous proposons une soupe, alors là, c’est carrément l’explosion de joie. Il s’appelle Momo, il n’a pas mangé depuis hier et il a terriblement faim, il se rue sur la soupe, quitte à se brûler. Je lui donne une salade pour demain, mais il la mange tout de suite et puis des gâteaux « c’est la fête aujourd’hui ! ». Il a une énergie incroyable, (on se demande un peu ce qu’il y avait dans ses cigarettes !). Il explose de joie, parle si fort que les gens dans la rue rigolent. Il sort de l’hôpital où il a été soigné pendant six mois pour une méningite. Il nous raconte la vie difficile à l’hôpital, les piqûres, médicaments et autres difficultés. Nous lui donnons une invitation pour venir aux Vendredis du cœur, la semaine prochaine, nouvelle explosion de joie. — « Je viendrai, je demanderai Isa et Sébastien ! Je ne suis pas prêt de vous oublier ! À la semaine prochaine ». 20 Février 2004 *** Entre les sex-shops et la périphérie du forum, dans chaque recoin, nous découvrons des petites bandes qui semblent comploter on ne sait quoi.
Devant les escalators qui plongent dans les sous-sols, d’habitude il y avait toujours quelques groupes qui dormaient à l’abri, mais ce soir pas de personnes au sol, que des groupes de blacks qui discutent et puis la police qui fait sa ronde. Nous nous aventurons dans les jardins, c’est un coin particulièrement dangereux car c’est le royaume des dealers et il ne faut pas les déranger. Nous suivons une vieille dame qui nourrit les pigeons, ce n’est sûrement pas une dealeuse… Et en effet elle nous mène à un petit groupe de quinquagénaires très gentils ! Christelle, la plus bavarde, avec des jolis petits yeux bridés, mignonne comme tout, Jean-Noël que j’ai déjà vu, caché sous sa casquette, Clément tout sourire et Maria, une toute petite espagnole qui est la protectrice des chats du quartier. Quand nous disons que nous venons de Sainte Cécile, ils sont super contents, ils connaissent très bien ! Autour d’un café commence une discussion enflammée sur la société, le monde, les hommes, le racisme… Arrive un monsieur black du quartier qui vient discuter aussi pour le plaisir, c’est très sympathique ! Pendant ce temps-là, Maria sort une boîte de Ronron et une dizaine de chats noirs sortent de derrière les grilles du jardin, — « il paraît qu’ils vont raser ce jardin, que vont devenir les chats ?… ». Christelle nous remercie chaleureusement, en disant qu’elle s’occupe des chats et nous, des hommes. 8 Janvier 2010 *** En tournant autour du Forum, nous découvrons à l’entrée d’un parking deux hommes allongés sur des matelas, ce sont des Indous Sébi et Rocky. Ils acceptent une soupe chaude et nous racontent leur vie difficile. Ils sont arrivés, l’un il y a dix ans, l’autre huit ans. Ils parlent mal le français et n’ont visiblement pas de travail. Ils sont souriants et courageux, ils ont fui la misère et se retrouvent là, devant ce parking. Ils sont maintenant tolérés, on les laisse tranquille. Rocky voudrait ramener sa femme et son fils de huit ans, ici à Paris. Nous leur donnons des médailles et cela les touche énormément. Ils disent qu’elle sera toujours sur leur cœur, et se confondent en remerciements. La main sur le cœur nous nous bénissons mutuellement même si nous n’avons aucune idée de leur religion. Ils sont très très touchants… 22 Janvier 2010 *** Comme il fait bon ce soir, il ne doit pas y avoir grand monde dans le métro, nous restons dans les jardins à côté du Forum. Nous rencontrons Wang, il prend un café et un plat chaud, mais ne semble pas vouloir parler. Il faut dire qu’il est chinois et ne s’exprime que très difficilement en français. Il ressemble aux images de chinois dans Tintin, les cheveux longs et la grande barbichette au bout du menton, Bruno lui dit aussi qu’il ressemble à Géronimo avec son bandeau dans les cheveux. Il se détend un peu et commence à communiquer. Je ne comprends rien à ce qu’il chuchote, il fait des gestes, une grande explication incompréhensible. Bruno attrape quelques mots au passage, il parle d’hôtel Nikko, Sofitel, du Forum, difficile à suivre, mais le plus important c’est qu’il avait besoin de parler et que nous sommes là assis à l’écouter… Un peu plus loin un groupe de trois qui font beaucoup de bruit en rigolant entre eux. Nous hésitons à