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Les télévisions africaines face au défi de la modernité

De
272 pages
Se fondant sur l'expérience particulière de la Cameroon Radion Television (CRVT), l'auteur soutient que les télévisions africaines ont maille à partir avec la modernité. La trajectoire historique de la CRTV est mise en lumière à la faveur d'une analyse la comparant avec celle de télévisions européennes emblématiques. Dans un contexte africain de migration vers le numérique et de mondialisation médiatique qui incline vers une uniformisation aussi féconde que destructrice d'identités, l'auteur livre sa vision d'un modèle de télévision authentiquement africain.
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Olivier Bilé

LES TÉLÉVISIONS AFRICAINES
FACE AU DÉFI DE LA MODERNITÉ

L’expérience de la CRTV

20/02/15 17:46

Les télévisions africaines
face au défi de la modernité

Olivier Bilé

Les télévisions africaines
face au défi de la modernité

L’expérience de la CRTV

© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-05657-9
EAN : 9782343056579

À mes parents Grégoire Marie et Berthe Bilé.

REMERCIEMENTS

Avant toutes choses, jetiens à remercier le Maître du temps etdes
circonstances, mon Dieusi présentetsi près de moi, pour m’avoir
donné la force de pouvoir enfin mettre le présentouvrage à la portée
dugrand public afin que ce dernier puisse en découvrir l’utilité etje
l’espère detoutcœur, en faire bonusage.

Je remercie le Pr LaurentCharles BOYOMO ASSALA pour son
inépuisable disponibilité ainsi que pour l’ensemble de son
accompagnementdans le cadre de l’élaboration duprésentouvrage.
En plus d’avoir dirigé mathèse de Doctorat, il faitpartie de ceuxqui
ontstimulé mon intérêtpour l’académie etl’intellectualisme.
Merci à mon épouse Chetah BILE pour ses précieuxconseils, sa
patience ainsi que les fécondantes discussions auxquelles elle
m’expose surtoutes sortes de sujets.
Toute ma gratitude à Yolande, celle-là même qui aujourd’hui
disparue, s’estdonnéeun mal fouà assurer letravail de saisie
informatique etde mise en page de la première mouture duprésent
ouvrage. Merci dans la même lancée à mes chers étudiants de
l’Université de Yaoundé II-ESSTIC, notammentà Christelle
TEMGOUA TSOFACK etJoseph Arthur ESSISSIMA MBAZOA de
la filière Edition pour leur contribution significative à la conception de
la couverture età la mise en page finale.

Ma reconnaissanceva égalementà mon éditeur L’Harmattan et
particulièrementà Roger MONDOUE, directeur de l’agence du
Cameroun, pour l’accueil sans cesse bienveillantréservé à mes
publications ausein de ses rayons. Jevoudrais exprimer le même mot
de gratitude à l’endroitduPr Alexandre TJOUEN, de Sorelle Agnès
MATOTA EHOUNGUE etdudoctorantStéphane KOUAM
FONDJIO pour leur contribution en qualité de relecteurs. J’ai aussi
une pensée à l’égard de certains de mes collègues de l’ESSTIC etde
la CRTV pour les échanges fructueuxque nous avons souventeus sur
lathématique de latélévision.

AVANT-PROPOS

Le paysagetélévisuel africain en général etcamerounais en
particuliertire-t-iltous les bénéfices escomptables des avancées
juridico-technologiques ducontexte audiovisuel mondial? La
démonopolisation de l’audiovisuel africain dès l’orée des années
1990, avec pour corollaire l’accroissementdunombre de diffuseurs
locaux,traduit-elle l’émergence d’unevéritable dynamique de
modernisation dusecteur sous la forme de la production d’une
abondance programmatique quantitative etsurtoutqualitative aussi
bien envolume d’émissions que de chaînes detélévision ?

Partantdupostulatgénéral selon lequel la problématique africaine
qu’elle soitde nature politique, économique, sociale ouculturelle, se
décline dans les divers Etats àtravers les mêmestendances lourdes, je
me suis appuyé surune étude minutieuse de latélévision publique
camerounaise de même que surune observation, certes plus distante
des écrans africains, pour constater que la plupartde nostélévisions
ont véritablementmaille à partir avec la modernité.

Plusieurs raisons m’ontpar conséquentmotivé à mettre à la portée
dupublic cetouvrage adapté de mathèse de doctoratpubliée en2009.
D’abord, ilya le grand intérêtd’un sujetquitouche àun domaine et
un service désormais plus que familiers pour la quasi-totalité de nos
populations devenues grandes consommatrices detélévision. Ensuite,
en cette période décisive de basculement vers le Numérique, le souci
de fournir auxpouvoirs publics etauxresponsables des chaînes de
télévision ducontinent, publiques etprivées, quelques outils
théoriques etmanagériauxsusceptibles de les aider à réformer et
moderniser les entreprises ainsi que l’environnementinstitutionnel. Et
enfin, le désir de mettre à la disposition des chercheurs, des
consultants, des étudiants,voire de la population générale,un ouvrage
ayantégalementquelque portée historique etdidactique dansun
contexte oùles publications scientifiques dans cette spécialité des
sciences de la communication qu’estlatélévision sontfortrares. Avec
le secretespoir qu’il suscitera d’autres ouvrages qui, dans les années à
venir, servirontà émanciper davantage l’audiovisuel africain.

INTRODUCTION

Le débutdes années 1990estemblématique etconstitue le pointde
départd’un ensemble de mutations hautementdéterminantes qui,tout
aulong des années suivantes,vontrestructurer et transformer la scène
sociopolitique etsocio-médiatique africaine dans le sens d’une
libéralisation plus accrue de son espace public.
En se fondantsur l’étymologie grecque du terme « moderne »
signifiant« d’aujourd’hui » etqui, dans l’espritde Descartes, seveut
en rupture avec ce qui précède notammentlestraditions, les modes de
vie, les perceptions communes ethabituelles,voire les lois, on
pourraitassurémentconsidérer que les divers bouleversements
survenus dans cette période sur le continentnoir sontconstitutifs de
modernité. Selon le lexique des sciences sociales, la modernité,terme
datantde 1848 et utilisé par Chateaubriand à la faveur de la
transformation duqualificatif « moderne » en substantif, peutêtre
définie commeun concept un peuflou, s’éloignantdusenstechnique
pour englober desvaleurs de façontrès large : l’actuel etl’avenir ou
1
encore l’espoir etla critique .
Comme effets de la modernité issue ducontexte mondial des
années 1990, on peutrelever sur le plan politique, des événements
majeurstels que la chute dumur de Berlin oule célèbre discours de
La Baule qui ontsuscité en Afrique, la libéralisation ducadre
politique etl’émergence desvaleurs de démocratie, de droits de
l’homme etd’Etatde droit. Auplan économique, letriomphe de
l’idéologie néolibérale bien ancrée dans la doctrine etles orientations
prescriptives des institutions de Bretton Woods déjà auchevetde
nombre d’Etats africains, concourtà la libéralisation età la
déréglementationtous azimuts de leurs économies.
Latraduction dans le champ communicationnel - celui qui mobilise
notre préoccupation dans le cadre duprésentouvrage - de cette
nouvelle donne sociopolitique etsocioéconomique est un mouvement
général de libéralisation des activités médiatiques, lequel s’appuie sur
des loisvotées par les parlements de la plupartdes Etats africains. À

1
Lexique des sciences sociales, 8e édition, Dalloz,2004.

partir de ce momenthistorique et tournantle dos auxlogiques de
monopoles d’Etatjusque-là entretenues par les médias locaux, le
paysage médiatique africain a amorcé sa mue en s’engouffrantdans le
paradigme de la démonopolisation.
AuCameroun en particulier, ce mouvementestmatérialisé par
l’entrée envigueur de la loi 90/052du19 décembre 1990relative à la
liberté de communication sociale. A la faveur de ladite loi, l’empreinte
de la libéralisation devientassezrapidementperceptible dans le
domaine de la presse écrite oùl’on observe déjàunevéritable
floraison destitres aupérigée des années 1990.
S’agissantdupaysagetélévisuel, c’està la suite de la même loi de
1990– nonobstantle retard pris par la signature dudécret
d’application de sonvoletaudiovisuel - que s’estdéveloppée la
2
réception des chaînestransnationalesvia les satellites de diffusion
directe. L’émergence de cette concurrence de faitpour la CRTV,
télévision publique duCameroun,traduitégalementson basculement
– bien qu’à lavérité davantage au titre de spectatrice que d’actrice
dans les réalités etla complexité dupaysage audiovisuel international.
Les nouvelles chaînes detélévision en présence, pour la plupart
européennes, d’abord reçues par antennes paraboliques puis ensuite
par réseauxcâblés, symbolisentincontestablementpour la CRTV,
l’émergence d’unvoisinage etd’un environnement télévisuels
marqués par ce que certains auteurs nommentla modernité
occidentale. Chezces nouveauxacteurs de la diffusiontélévisuelle, la
marque de cette modernité occidentaletransparaîtnotammentaux
plans organisationnel,technologique, programmatique eten matière
de gestion des audiences etdes publics.
La modernité organisationnelle faitalors référence auxpolitiques
d’adaptation déployées en particulier depuis le milieudes années 1980
par lestélévisions publiques européennes, confrontées qu’elles se sont
3
trouvées à la montée en charge destélévisions commerciales . Les
stratégies généralementretenues pour ces organismes étaientalors
orientées, d’une part,vers la reformulation des orientations
stratégiques etle réaménagementducadre organisationnel, souvent

2
M. SILLA,Le paria du village planétaire ou l’Afrique à l’heure de la télévision mondiale,
Nouvelles Éditions Africaines duSénégal, Dakar, 1994, pages 15 et19.
3
Y. ACHILLE etJ. IBANEZ BUENO,Les télévisions publiques en quête d’avenir, Presses
Universitaires de Grenoble, 1994.

14

sous la prescription de cabinets privés spécialisés, etd’autre part,vers
des politiques de réforme en matière de gestion des ressources
humaines articulées autour duconceptmanagérial de flexibilité.
La modernitétechnologiquetransparaîtaussi bien auniveaudes
supports de diffusion etde réception en œuvre que dans la qualité des
outils mobilisés pour la production de contenus de plus en plus
attrayants pour le public. Elle estmatérialisée dans les faits, par la
généralisation de l’informatique etdestechniques de compression
numérique dans les équipements relevantdes filières de production et
de diffusion,toutes choses quitraduisentl’irrésistible affirmation du
4
paradigme informatmaionnel en tière detélévision.
Des caméras auxsystèmes de diffusion numériques en passantpar
les équipements audionumériques, les décors, les bancs de montage et
les serveursvirtuels, les ordinateurs de création d’images de synthèse
en2D ou 3D marquantl’âge d’or de l’infographie etplus
généralementdumultimédia entre autres, la logique dulangage
binairetend à s’affirmer commevecteur central etfondamental de
configuration des nouveauxoutils enusage dans le domaine de la
télévision.
L’avènementetla propagation de la « digital litteracy» -terme
anglo-saxon désignantla culture numérique - aura ainsi favorisé la
réalisation à l’échelle planétaire, d’une mutation socio-technique et
socio-anthropologique considérable.
Philippe Breton etSerge Proulxparlentà ce propos de
5
convergencetechnologique des industries de la communication
représentées par l’informatique, l’audiovisuel etles
télécommunications.
La modernité programmatique qui estelle aussi mise en évidence à
la lumière ducontexte concurrentiel européen sus évoqué, est
articulée, d’une part, autour des logiques d’action des diffuseurs sur
les programmes offerts, etd’autre part, autour des pratiques relevant
de l’habillage etde la promotion d’antenne érigés envéritables
phénomènes de mode à la faveur des possibilitéstechnologiques de

4
C. LAFONTAINE,L’empire cybernétique : Des machines à penser à la pensée machine,
Seuil,2004, p.16.
5
P. BRETON etS. PROULX,L’explosion de la communication, Paris, La Découverte, Coll.
Grands Repères, P.305.

15

création autorisées par ce que Francis Balle appelle la convergence
6
stratégique etdécisive de l’audiovisuel etde l’informatique .
La quête permanente de production d’éléments d’embellissementet
d’identification des antennes devientalorsune pratique déterminante
dans le niveaud’attraitdes contenus offerts par ces multiples chaînes
proposées àuntéléspectatoratde plus en plus fragmenté. La nouvelle
manière de faire de latélévision qui en a découlé està l’origine de la
télévision dite de fluxdans laquelle lesvariables de promotion et
d’habillage d’antenne jouent un rôle décisif.
« Habillage et autopromotion des antennes de télévision sont
l’une des caractéristiques majeures de la modernisation de la
télévision. Plus encore que le contenu de la télévision ou la
transformation des genres télévisuels, l’évolution et
l’importance de l’habillage et de l’autopromotion confirment
7
la démarcation entre une paléo et une néo télévision » .

La modernité en matière de gestion des audiences etdes publics est
relative à cettetradition d’études quantitatives etqualitatives dont
l’objetestd’évaluer les choixde consommation médiatique des
8
téléspectateurs . Cette logique d’évaluation qui aufil des ans a été
systématisée etconsolidée, porte, d’une part, sur la mesure duniveau
de performance des divers organes entermes de parts de marché
d’audience, etd’autre part, sur l’étude ducomportementgénéral etdes
dispositions mentales etpsychologiques durécepteur face aux
contenus de la grille des programmes proposée. Il semble aureste que
c’estl’exposition destéléspectateurs camerounais à ces nouveaux
contenustélévisuelsvenus d’ailleurs, qui a contribué à aiguiser leur
9
sens critique à l’encontre des programmes de la CRTV. Ce
phénomène d’exposition à cette offretélévisuelletransnationale
10
marqueraitdonc les débuts de la désaffection dupublic camerounais
à l’égard des programmes de cette chaîne qui, à l’instar de la majeure

6
F. BALLE,Médias et Sociétés, Paris, Montchrestien, 9e Edition, 1999.
7
E. MBEDE,L’identité de la télévision publique en Afrique, Le cas de CRTV (Cameroun) et
RTS 1 (Sénégal), Thèse de doctorat, Université Lumière Lyon2,2006
8
R. RIEFFEL,Sociologie des médias, Paris, Ellipses, coll. Infocom,2001.
9
M. SILLA, Le paria du village…, op. cit. p.21.
10
J. T. OKALA,Les télévisions africaines…,op.cit., p. 120. Voir aussi à ce sujetM.TJADE
EONE,Démonopolisation, Libéralisation et Liberté de Communication au Cameroun :
Avancées et reculades, L’Harmattan,2001, p.62.

16

11
partie de ses consœurs africaines, connaîtdéjàunevéritable crise
dans son fonctionnement.

12
Après 1990, l’an2000fournit un autre repère juridique majeur de
l’histoire de latélévision camerounaise s’agissantdes
bouleversements contextuels opérés. Sur le plan réglementaire, les
modalités d’applicationtantattendues du voletaudiovisuel de la loi du
19 décembre 1990sontenfin adoptées à la faveur de la signature du
décretN°2000/158 du 3avril2000fixantles conditions etles
modalités de création etd’exploitation des entreprises privées de
communication audiovisuelle.

L’entrée envigueur de ce décretentraîne dans la
période20002005,une accélération et un approfondissementdes mutations du
paysage audiovisuel camerounais relevées dans la période 1990-2000.

En matière d’offretélévisuelle, on observeun accroissement
significatif des canauxde diffusion à la faveur dudéveloppementde la
diffusion satellitaire etde la câblodistribution, d’une part, etd’autre
part, de la création des premières chaînes detélévision privées locales.
En dépitde moyens plutôtdérisoires, ces jeunestélévisions locales
affichent une certaine ambition qui reflète leurvolonté detenir la
dragée haute à la CRTV.

Dans le mêmetemps, lestendances lourdes de modernisation en
vigueur auniveaude l’audiovisuel mondial connaissentelles aussiun
réel approfondissement. L’accroissementeffréné des performances de
l’outiltechnique s’accompagne d’unevéritable sophistication des
stratégies etdes grilles de programmation à la faveur notammentde
13
l’affinementdes instruments de mesure d’audience etdes outils de
régulation de latélévision dans les pays avancés.

L’empreinte significative de la logique de réforme, de
flexibilisation des structures etdes contenus ainsi que de promotion de
l’innovationtechnoscientifique - portée par l’ordinateur aussi bien
comme outiltechnique de production qu’entantqu’instrumentde
gestion etde régulation - en faitindiscutablementdes médias de l’ère

11
P.C. NDEMBIYEMBE,Crise et dynamique des médias publics en Afrique, L’expérience
camerounaise, Thèse de doctoratd’Étaten sociologie politique, Université de Yaoundé I,
2005.
12
M.TJADE EONE,Démonopolisation…, op. cit. p.23.
13
R. CHANIAC etJ.P. JEZEQUEL,La Télévision, Paris La Découverte, Coll. Repères,2005, p.24.

17

14
dite « post. C’esmoderne » tdésormais dansuntel environnement
plus que jamais marqué dusceaude la mondialisation etde la quête
permanente d’une compétitivité etd’une productivitétoujours plus
importante que se déploie la CRTV. Visiblementplus soucieuse
qu’avantle décretd’avril2000, de la nécessité,voire de l’urgence de
s’adapter aunouvel environnementenvigueur auCameroun, celle-ci
s’engage alorsun peuplus résolumentdans lavoie d’un certain
aggiornamento. Peut-ontoutefois se satisfaire d’unetelle posture de
réception dans la mesure oùelle adopte la modernité occidentale
commeunique cadre de référence ?

Il devientalorsurgentde s’interroger à propos des diverses
modalités d’organisation etde fonctionnementde latélévision sus
évoquées, entantquevecteurs absolus etincontestables de modernité.
En effet, cettetrop rapide assimilation de la modernité occidentale en
modernité absolue cache en réalitéune conception inadéquate,
insatisfaisante etpartrop réductrice de la notion même de modernité.
Qui plus est, lestravers etles dérives portés en germes par l’idéologie
capitaliste-libérale qui estelle-même le socle d’inspiration de cette
culture de la modernité occidentale avectous ses excès, sontautant
d’arguments supplémentaires pour rendreunetelle conception de la
modernité inopérante. Ébenezer Njoh Mouelle, remettant
vigoureusementen question l’approche courante de la modernité
essentiellementfondée sur le critère d’actualité etde nouveauté, nous
en donne également une perception plus précise etplus satisfaisante
lorsqu’il indique que :

« Il faut que le moderne ne soit pas seulement l’actuel mais
aussi le meilleur par rapport aux aspirations fondamentales de
l’homme […] Le critère qui devrait nous fonder à assimiler
modernité et progrès doit donc être recherché dans une double
direction : le perfectionnement des méthodes et des
instruments et l’épanouissement de l’homme qui devrait en
découler. La modernisation doit donc être, non pas une simple
question d’adaptation formelle au présent, mais un souci
15
d’amélioration réelle de la condition humaine. »

14
J.F. LYOTARD,La condition postmoderne, Paris, Éditions de minuit, 1979.
15
E. NJOH MOUELLE,De la médiocrité à l’excellence, Essai sur la signification humaine du
développement, Yaoundé, Éditions CLE, 1972, p.60.

18

Pour la CRTV, la modernité organisationnelle,technologique,
programmatique eten matière de gestion de l’audience etdes publics,
bien qu’accoudée auxfacteurs de la rationalité occidentale etau
critère d’actualité qui méritentpar ailleurs d’être significativement
tempérés, ne peutdonc être réduite à ces seuls critères.

Aulieud’être appréhendée aupremier degré, cette notion de
modernitétélévisuelle occidentale mérite alors d’être plus
rigoureusementetplus systématiquementquestionnée afin de dégager
ce qui devraiten constituer les déterminants essentiels s’agissant
notammentducontexte camerounais en particulier etafricain en
général.

19

Chapitre I

LA RECEPTION
DE LA MODERNITÉ
ORGANISATIONNELLE

Aucœur de la question de la modernité organisationnelle, setrouve
celle de l’adaptation d’une organisation confrontée à de nouveaux
défis. La question organisationnelle apparaîtprimordiale parce que
recouvrantl’ensemble des dispositifs d’abordthéoriques etensuite
pratiques mis en place envue de favoriserun déploiementoptimal de
l’ensemble des acteurs etsecteurs detoute structure donnée.

LES DÉTERMINANTS DE LA MODERNITÉ
ORGANISATIONNELLE DANS L’AUDIOVISUEL
CONTEMPORAIN

La mise en exergue des stratégies adaptatives courantes en matière
télévisuelle a été effectuée en référence à l’expérience de quelques
16
télévisions publiques européennes . Confrontées dès l’aube des
années 1990àunetriple crise d’identité, de financementetde
17
fonctionnement, cestélévisions - dontl’ancienneté peutlogiquement
avoirvaleur d’exemple malgré la spécificité de leurs contextes
respectifs – ont, depuis lors, expérimenté des politiques d’adaptation
etde modernisationtouchantà la reformulation de leurs orientations
stratégiques età la gestion de leurs ressources humaines, d’une part, et
à leur organisation structurelle, d’autre part.

REFORMULATION DES ORIENTATIONS
STRATÉGIQUES ET GESTION DES RESSOURCES
HUMAINES

LA REFORMULATION DES ORIENTATIONS
STRATÉGIQUES

Selon Yves Achille, n’étantplus adaptées auxdéfis dumomenten
matière financière etprogrammatique,« l’ensemble des chaînes
généralistes du secteur public audiovisuel […] se sont lancées dans
une reformulation de leurs orientations stratégiques et une
18
restructuration de l’ensemble de leurs activités ».

16
Ces pays sont: l’Allemagne, la France, la Belgique, la Grande-Bretagne, l’Espagne et
l’Italie.
17
Y. ACHILLE etJ. IBANEZ BUENO, op.cit., p.11.
18
Ibid., p.14.

23

C’estdire l’intérêt, pourtoutprojetd’amélioration de la condition
d’une entreprise oudetoute autre organisation, d’une phase de
réflexion etd’étudethéorique préalable àtoute forme de décision et
d’action sur leterrain. Ces réflexions etces études qui sous-tendentles
réformes peuventêtre menées ausein de l’entreprise autantqu’elles
peuventêtre confiées à des consultants extérieurs spécialisés dans la
fourniture de cetype de prestations. La spécificité des entreprises
télévisuelles -un secteur oùles mutations sontrégulières - rend ces
opérations de remise en question encore plus nécessaires.

La BBC

Le recours à cetype de services estplus que significatif dans les
télévisions européennes. On pourraità cetégard relever avec Yves
Achille, s’agissantde latélévision publique britannique que :

« La BBC avait réuni quinze groupes de travail (Task forces)
constitués des cadres les plus dynamiques désignés pour
prendre les décisions stratégiques. Leur mission de réflexion
portait sur des thèmes centraux concernant la programmation,
l’audience, les coûts de production ou la structure de direction
de la BBC ...

Mais les modifications survenues dans les orientations
stratégiques de la BBC ne résultent pas seulement des
changements dans l’environnement économique : elles
proviennent également des conclusions présentées en 1991
dans le rapport effectué à la demande du gouvernement par le
19
cabinet de consultants Price Waterhouse ».

Ducôté belge,
la RTBF,via son
auditfinancier au

La RTBF

confrontée depuis 1982àun déficitd’exploitation,
conseil d’administration, confie la réalisation d’un
20
cabinetde consultants Mc Kinsey. Les résultats

19
Ibid., p.99.
20
Le rapportMc Kinseymetl’accentsur la forte rigidité de la structure des coûts de la RTBF
puisque selon les années, la partdes charges fixes oscille entre 76% et74%. Dans cette part,
les charges de personnel fixes représententenviron 60%. À la suite des pressions exercées par
le pouvoir politique, le plan «troisièmevoie » proposé par l’administrateur général Robert

24

proposéstententde dégagerun résultatd’exploitation indiquantla
performance de gestion etl’évolution de celle-ci d’année en année.
Dans le paysage audiovisuel européen, la RTBF s’illustre
particulièrementpar l’importance des études stratégiques effectuées
pour faire face à latourmente essentiellementdue à l’exacerbation de
la concurrence destélévisions privées.
En 1990, la réalisation d’un rapportinterne intitulé « Réflexions sur
la gestion duservice public de radiotélévision » estconfiée à Robert
Wangermée, chercheur de notoriété internationale. Malheureusement,
cetravail se heurte àune opposition farouche auchangementausein
21
de l’entMenée areprise . udépartsous forme d’entretiens avec des
membres de la RTBF, de comparaisons avec des institutions
étrangères etde consultations juridiques, cette étude s’est trouvéetrès
rapidementarrêtée par le présidentduconseil d’administration
soucieuxde restaurerun climatde sérénité, etestimantqu’il n’était
pas souhaitable de poursuivre plus avant untravail d’enquête ausens
stricte du terme.
Par la suite, le conseil d’administration approuveun plan de
restructuration fondé sur des données quantitatives. Le document
dénommé « Objectif 93»tente de chiffrer les économies qu’il serait
possible de réaliser avantla fin dumandatde l’administrateur de
l’époque, RobertStéphane.
Le problème de fond de la RTBF résidaitdans la modification de
son statut, ses structures étantrestées figées pendant une dizaine
d’années. En effet, après la réforme institutionnelle d’août1980qui a
communautarisé les instituts de radio-télévision, il n’yavaitplus eude
modification dustatutoudufonctionnementpour la simple raison que
le personnel continuaitde dépendre duministère national de la
fonction publique.
Dans le registre des plans de sauvetage « ertébéens »,un autre
dispositif baptisé « Horizon 97 » futmis en place par les dirigeants en
1993. Selon Yves Achille :

Stéphane à partir durapportMc Kinseyn’a pas été mis en place. De ce fait, l’absence de
remise en question de la structure des coûts ne permettaitpas d’espérerun rétablissementde
la situation financière : la RTBF étaitentrée dansune période de déficitstructurel.
21
Celui-ci avaitpourtantpour objectif de mettre en évidence ce qui, dans le statutde
l’institution, devaitêtre maintenupour sauvegarder l’espritduservice public etce qui devait
être modifié pour répondre de manière cohérente auxexigences de modernisation de la RTBF.

25

« Il s’est avéré indispensable à la suite du refus de la
communauté française d’indexer sa dotation en 1992 et 1993
et de son choix contraire d’en réduire le montant de 250
millions de francs belges. La RTBF se trouve ainsi confrontée
22
à la plus grave crise financière de ces dernières décennies ».

Ce plan futà sontour confronté à l’hostilité des syndicats,
l’argumentle plus contesté se rapportantà la mise en retraite anticipée
de près de 600salariés âgés de plus de 58 ans avant1997. Hugues Le
Paige évoqueune initiative de restructuration plus récente dénommée
« plan Magellan ». Il en relève d’une partles effets pervers entraînés
par la surdiminution dupersonnel etson corollaire, la difficulté
d’assurerune production suffisante d’émissions. D’autre part, il en
souligne les faiblesses dupointdevue des contenus :

« L’interférence des consultants auxquels il a largement été
fait appel, Andersen en premier lieu, a eu des effets pervers sur
la ligne éditoriale globale du service public. Notamment par la
présélection de cadres peu sensibles à l’identité du service
public et par une pression permanente en faveur des
programmes calqués sur le modèle privé. Aucune réflexion
collective à moyen ou long terme n’a été développée pour la
construction d’un projet audiovisuel.

Le service d’étude se résume à une analyse permanente des
audiences qui apparaît comme l’élément déterminant dans la
23
fabrication d’une grille des programmes ».

Les chaînes publiques françaises

Analysantla situation des chaînes publiques françaises dans la
période 1987-1990, Yves Achille dresse le constatci-après :
« À l’image de la situation observée dans les autres pays
européens, la déréglementation du secteur public s’est traduite
en France par des conséquences fâcheuses dans quatre
domaines : perte de parts de marché, stagnation des

22
Y. ACHILLE etJ. I. BUENO, op. cit., p.108.
23
H. LE PAIGE, RTBF : Entre l’offre etla
http://liege.indymedia.org/news/2005/04/4197.php.

26

demande, Le grand écart,