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Les tribulations d'un technocrate européen

De
214 pages
"Je suis là pour promouvoir et défendre des valeurs européennes comme la légalité, l'état de droit, le respect de la dignité humaine par exemple". Combattre l'obscurantisme européen et oriental à coups d'utopies. Ce récit est l'histoire d'un mec, technocrate mais pas complètement. C'est l'histoire d'une Europe qui défend la dignité et la justice, qui est fière et encore respectée pour cela dans les pays du Proche Orient.
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Patrick RenauldLes tribulations
d’un technocrate européen
- À quoi servez-vous ? me demande l’Ambassadeur d’Allemagne.
- Eh bien, par comparaison, si vous êtes ici pour vendre des
Mercedes, du Siemens et autres produits de votre industrie,
moi je suis là pour promouvoir et défendre des valeurs LLees ts trriibubulalattiioonnsseuropéennes comme la légalité, l’état de droit, le respect de
la dignité humaine par exemple.
dd’’uunn t teechchnnoocrcraatteeCombat re l’obscurant sme européen et oriental à coups
d’utopies. européen
Ce récit est l’histoire d’un mec, technocrate mais pas
complètement.
C’est l’histoire d’une Europe qui défend la dignité et la just ce,
Récitqui est fi ère et encore respectée pour cela dans les pays
du Proche Orient où ces deux mots, dignité et just ce, sont
traduits en Europe par le mot démocrat e.
Diplomate européen pendant trente années,
Patrick Renauld a servi dans les pays du pourtour
méditerranéen et au Proche Orient.
ISBN : 978-2-343-05436-0
21 €
Les tribulations
Patrick Renauld
d’un technocrate européen




Les tribulations
d’un technocrate européen


Patrick Renauld


Les tribulations
d’un technocrate européen



Récit















































© L'HARMATTAN, 2015
5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-05436-0
EAN : 9782343054360




À mes petits-enfants.
Pour qu’ils sachent où j’étais
quand je n’étais pas là.
Et pourquoi pas aussi à ma femme et mes filles
pour les mêmes raisons.


Sommaire

Prologue ........................................................................... 11

Bruxelles 1978 - 1988 ...................................................... 17

Rabat 1988 - 1992 ............................................................ 31

Alger 1992 - 1994 47

Sarajevo 1996 - 1998 ....................................................... 65

Le Kosovo 1996 - 2001 .................................................... 77

Le Liban 2001 - 2006 ...................................................... 85

La Jordanie 2006 - 2010 ................................................ 151

Le Liban 2 ...................................................................... 185

La Palestine 2011 - 2013 195

Entretien ......................................................................... 205

9

Prologue

- Mais tu m’emmerdes ! Je ne me justifie pas. Je
réfléchis.
Après tout, il est fort probable que notre
arrière-grandmère espagnole ait forniqué avec un arabe. Non, pardon
Pilar. Avec un maure.
- Tu veux dire que tu penses avoir du sang arabe ?
- Oui, de même que mes filles ont du sang juif. Et
alors ? Ce n’est pas le problème. La question est : est-ce le
hasard de la vie si j’ai passé autant de temps au sud de la
méditerranée ?
- Et tu te prends la tête parce que tu as passé vingt-huit
ans à t’occuper des pays arabes. Tu ne pourrais pas
occuper ta retraite à autre chose ?
- Ben justement j’écris pour Alexandre et tous mes
autres petits enfants.

11

- Dis Paddy, tu nous racontes l’histoire du petit ver de
terre.
Pratiquement chaque soir, en vacances, mes
petitsenfants me demandent de leur raconter cette histoire pour
s’endormir.
- Il était une fois un petit ver de terre très curieux et très
désobéissant qui se promenait partout sans permission…
Mais vous la connaissez déjà celle-là. Ne voulez-vous pas
plutôt celle de l’éleveur d’écrevisses ?
L’incapacité à écrire quoique ce soit lors de la première
épreuve écrite du concours de l’ENA m’a conduit à me
lancer dans l’élevage d’écrevisses. J’avais des
circonstances atténuantes : je venais d’accoucher de ma
première fille, Caroline. Vingt-quatre heures de souffrance
sur le visage de Marianne m’avaient épuisé. Et puis
disserter, je ne savais pas le faire avec intelligence et sans
provocation. Je préférais inventer. Pas de grandes
inventions, je suis incapable d’abstraction. Mais trouver
une solution à un cas désespéré, ça, j’adore. La disparition
des écrevisses à pattes rouges des eaux françaises me
paraissait devoir mériter plus d’attention que L’avenir de
la France, il y a trente ans et aujourd’hui (concours
externe, ENA-1974). Bon, d’accord, ce n’était pas la ligne
que m’avait fixée mon père mais j’avais quand même
accepté de faire un pas vers l’administration en passant en
13 1971 le concours d’inspecteur des douanes. Pourquoi les
douanes ? Parce que l’école était à Neuilly et pas à
Clermont-Ferrand ou à Pétaouchnock, loin de celle que
j’aimais et que cela me permettait de préparer l’ENA en
gagnant ma vie, condition sine qua non pour me marier.
Aux douanes, j’ai appris l’économie, la vraie, celle de
l’entrepreneur, celle du commerçant, pas celle que l’on vous
explique après, quand c’est trop tard et que les règles ont
changé. J’ai appris le commerce extérieur, principale question
du nouvel univers économique dans lequel nous entrions par
la porte de l’européanisation. En étant nommé au Bureau de la
Lutte contre la Fraude, rue de Rivoli, je ne savais pas encore
la chance que j’avais. Je ne savais pas que la mondialisation
était en marche et que j’allais pouvoir inventer des trucs pour
vivre avec des voisins de plus en plus proches, de plus en plus
exigeants, de plus en plus oppressants.
Chargé des dossiers du trafic des armes et du trafic des
objets d’arts – trafics pas toujours associés – je me suis
mis à écrire des petits manuels style le trafic des objets
d’arts pour les nuls à l’usage des douaniers à la frontière.
Le premier avait pour but de déterminer comment,
devant une valise ouverte, faire la différence entre une
lithographie et une affiche d’Andy Warhol. Comment en
déduire sa valeur et coincer les fraudeurs. Ravi de cette
aubaine qui m’était donnée de rencontrer les voisins
directeurs au musée du Louvre, j’apprenais et traduisais
leur science pour les douaniers de base dont j’étais.
14 Pour les armes, c’était un trafic un peu différent car
largement partagé entre les truands et les états fabricants.
Cela étant et malgré mon passé soixanthuitard, j’ai réussi
à me débrouiller pour écrire quelque chose qui distingue le
bon et le mauvais marchand d’armes. Spécieux ? Peut-être
mais il faut bien commencer sa carrière diplomatique par
un bout. Au moins, j’ai appris ce qu’était que se trouver
dans une situation pourrie et inventer quelque chose pour
en sortir ou la faire avaler. L’avaler moi-même, j’ai
toujours eu difficile comme on dit outre-quiévrain.
C’est pour cela que parallèlement et pour me refaire le
goût, j’ai élevé des écrevisses. Ce n’est pas tout à fait
exact. En fait, c’est en triturant les listings d’import-export
d’armements que je me suis aperçu que la France
importait 90% de sa consommation d’écrevisses de
Yougoslavie. Ne faites aucun lien avec les missiles, vous
n’avez certainement pas l’esprit assez tordu pour cela.
Je suis donc allé trouver un petit négociant qui possédait
une cave avec de l’eau de source du côté de la rue Saint
Denis et lui ai acheté vingt femelles écrevisses patte rouge
pour lancer mon élevage. Oui, rue Saint Denis. Mais je ne
voudrais pas vous ennuyer, alors je me tourne seulement
vers les fines gueules pour préciser que seule la patte rouge
a le vrai goût d’écrevisse. L’autre, avec des pattes blanches,
sent la vase et comme l’escargot il faut au moins deux
gousses d’ail pour lui donner du goût. Je ne parle même pas
de l’américaine, fausse grosse patte rouge, qui est en train
de détruire complètement la faune pittoresque de nos étangs
et cours d’eau européens. Elle bouffe tout et surtout nos
15 chers alevins raffinés, protégés depuis les années
soixantedix par l’association émérite des astaciculteurs.
Pardon, je digresse.
Pour stimuler mon appétit pour les affaires
diplomatiques, mon directeur me confia le secrétariat du
Secrétariat pour l’Assistance Mutuelle pour la Lutte contre
la Fraude Douanière. Secrétariat qui réunissait tout ce que
comptait l’Europe des Dix de services anti-fraude.
De ce secrétariat, je retirerai deux leçons de modestie
très utiles lorsque l’on prétend à la Carrière.
La première est une de mes pires humiliations alors
qu’il m’a fallu être l’interprète du collègue anglais qui
avait un accent désastreux et employait des mots
incompréhensibles pour un élève français médiocre qui
avait fait allemand première langue.
Je retiendrai également la réunion que nous avons tenue
à Naples avec le gratin des services européens du
renseignement et de la lutte contre les trafiquants de tous
poils : à la sortie d’une des séances de travail, l’une de nos
élites policières françaises, le Commissaire D., s’est fait
piquer son portefeuille au beau milieu de notre groupe de
justiciers… Dur. Et c’est fort de ce petit pécule
d’expériences de fraude en tout genre que je me suis
retrouvé détaché comme expert auprès du service des
fraudes agricoles du Fond Européen de Garantie Agricole
(FEOGA) à la Commission Européenne à Bruxelles.
16 Bruxelles 1978 - 1988

Les Administrations des Etats européens détachent
auprès des Institutions européennes des fonctionnaires
pour apporter leur expérience nationale sectorielle et aussi
pour leur faire gagner une expérience communautaire.
Le résultat n’est pas anecdotique.
Imaginez. Vous avez été formé dans une école (ou
plusieurs !), une université, une administration, vous avez
baigné dans des codes, une culture, un langage, et on vous
plonge avec vos habits tout neufs dans une baignoire où
vous ne reconnaissez ni le robinet d’eau chaude ni celui
d’eau froide. Vous toussez, vous crachez, vous râlez et
puis doucement vous sortez de l’eau avec des vêtements
qui n’ont plus vraiment la même couleur, ni la même
forme mais vous vous sentez bien dedans.
Mon premier patron européen, Wolfgang Kummer,
était allemand. Juriste remarquable et rigoureux,
navigateur au long cours, il m’a appris la concision. Mais
aussi très imaginatif, il m’a appris à démonter les circuits
tournants de produits laitiers qui circulaient entre les Pays
Bas, la Belgique et la France et touchaient des sous à
chaque passage de frontière. Pour les arrêter il ne
s’agissait pas d’écarter les bras et de dire stop. Non, trop
simple. Il fallait démontrer aux Etats membres au cours de
longues réunions (en anglais) qu’ils devaient accepter des
17 codes de conduites un peu contraignants en échange du
soutien financier européen.
Mon détachement à Bruxelles touchait à sa fin et je dois
dire que la fonction publique européenne me plaisait bien.
Cette administration européenne naissait. Confrontée
chaque jour à des situations différentes, elle était souple,
ouverte, dynamique, créative. Ajoutez à cela la vie dans
une capitale, sans ses inconvénients de stress et de
pollution, ses habitants joyeux et sympas et vous
comprendrez que le choix était facile. Les jaloux vous
diront que les fonctionnaires européens ont de gros
salaires et ne paient pas d’impôts. Oui, nous touchions une
prime d’éloignement mais qui, à cette époque acceptait de
quitter de gaité de cœur Issy les Moulineaux ou Passy, son
petit coin de patrie pour un ciel si gris qu’un canal s’est
pendu. Non, nous n’étions pas exemptés d’impôts aussi
élevés qu’en France mais moins douloureux car prélevés à
la source. Même pas vrai que l’on pouvait tout se payer
hors taxe ; seulement une voiture lors de la prise de
fonction et quatre litres d’alcool pur chaque année pour
conserver les griottes qui manquaient de soleil.
De toute façon, je n’avais plus le choix, mon père
m’avait coupé toute possibilité de retraite.
En voulant tuer un pic-vert voleur, il avait éclaté d’un
beau doublé de coups de fusil les naissoirs de mes bébés
écrevisses. J’ai donc passé un concours et suis devenu
fonctionnaire européen. Et pour éviter tout conflit
d’intérêt, j’ai démissionné de la fonction publique
18 française. C’était une décision délicate car si je me sentais
redevable à l’égard de mon Administration d’origine, je ne
voyais pas comment je pourrai conserver ma chère liberté
en gardant un lien statutaire.
Fonctionnaire européen
Pendant quatre années, j’ai parcouru l’Europe au gré
des saisons pour contrôler la façon dont les Etats membres
finançaient ces fameuses restitutions à l’exportation de
produits agricoles et les montants compensatoires
monétaires (qui compensaient les différences de taux de
change). Nous étions deux, une jeune Allemande et moi
pour contrôler des dépenses de quelques dix milliards
d’euros par an. Pour être plus précis ces dépenses étaient
contrôlées par les administrations des Etats membres et
nous allions contrôler au hasard si ces administrations
nationales avaient bien fait leur boulot.
On était noté au rendement. Alors, pour rentabiliser nos
contrôles nous analysions les dispositions des règlements
qui pouvaient prêter à interprétation et vérifions si l’Etat
membre l’avait bien interprété dans l’intérêt du budget
communautaire. Notre travail de préparation se basait sur
les discussions menées avec les Etats Membres dans les
comités de gestion. Quand nous voyions que la tendance
était à dévoyer l’interprétation d’un règlement de la
Commission, nous prenions note et bien évidemment, lors
de nos visites sur place, nous choisissions de contrôler
cette disposition. Contrairement à ce que les médisants
peuvent penser, les administrations des pays européens du
19 sud n’étaient pas plus tricheuses que celles des pays du
nord, seulement la méthode était différente. Dans le sud,
on nous disait que le document que nous demandions
n’était pas disponible car enfermé dans une armoire dont
la clé était détenue par le chef de service qui était
malheureusement en vacances. Dans le nord, on nous
abrutissait de raisons administrativo-juridiques pour nous
expliquer que le document n’était pas nécessaire.
La note pouvait être salée et se monter à plusieurs
millions d’euros à rembourser au budget européen.
Oui, nous étions mal aimés. Et particulièrement dans
notre pays d’origine. Une administration de contrôle
déteste être contrôlée et surtout par un de ses collègues qui
se la coule douce à Bruxelles.
Nous nous consolions en choisissant la saison de nos
visites : janvier dans les brumes de Hambourg, février à
Scheveningen en Hollande pour ses restaurants de poisson,
Paris à Pâques, mai en Italie, septembre en Grèce, et
Londres avant Noël.
L’arabisation
Et puis j’ai découvert la Méditerranée.
Bien sûr, nous passions l’été à Beauvallon (Var) et je
connaissais toute les boîtes de Saint-Tropez. Mais ce n’est
pas cette Méditerranée-là dont il s’agit. La Méditerranée
dont je vais vous parler tout le reste de ce récit, c’est celle
20